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Employés et indépendants

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Titulaires d’emplois, musiciens, choristes, éléments du corps de ballet, machinistes,

personnel administratif, personnel de salle, pompiers, inspecteurs communaux, voituriers,

chefs de services, et fournisseurs attitrés forment l’essentiel des «acteurs» de la Monnaie et

constituent un contingent de plus de 300 personnes dépendant directement des activités

théâtrales. Ce personnel pléthorique peut se retrouver sous trois statuts différents : les

employés communaux, les employés de la direction et les indépendants. S’il arrive

fréquemment que des employés de la direction soient également des indépendants, la Ville

s’est toujours opposée, pour des raisons d’objectivité, à ce que ses fonctionnaires de théâtre

puissent dépendre financièrement des concessionnaires.

Les salariés communaux sont très minoritaires et doivent, avant tout, veiller aux intérêts

de la Ville (cfr^Mpra). Ce statut communal est recherché car il offre une sécurité d’emploi et

des avantages sociaux (retraite) non négligeables. Les musiciens de l’orchestre ne sont pas

Cahier des charges des théâtres de la Ville de Bruxelles, Bruxelles, s. é., 31 mars 1847, article

28, p. 11.

Durant la saison d’été de mai 1846, les troupes de la Monnaie sont autorisées à se produire à

Charleroi. Le 27 mars 1889, le personnel du ballet peut se rendre à Anvers pour y jouer

Milenka (BXL, AVB : IP 2991). Le 22 janvier 1901, pour circonstance exceptionnelle (le

mariage de la Reine Wilhelmine), Gaetano Saracco, maître de ballet et deux quadrilles de

danseuses sont autorisés à se rendre deux jours à Amsterdam (BXL, AVB : IP 2970).

les seuls à vouloir intégrer les rangs municipaux. La Ville est régulièrement sollicitée par les

employés de la direction qui souhaitent changer de régime. Bien que la plupart de ces

demandes soient systématiquement rejetées, la Ville recevra en permanence de pareilles

requêtes. Cela s’explique par l’ambiguïté que la Ville entretient en ce qui concerne la

préservation et la surveillance de son patrimoine. En avril 1839, Josse Clinien, artificier en

chef à la Monnaie, est remercié car la direction a engagé un autre artificier aux exigences

moins élevées. L’employé licencié fait remarquer à la Ville que le théâtre n’a pas brûlé alors

qu’il était en fonction et qu’il serait logique qu’un pxjste d’une telle responsabilité émargeât

directement de l’administration communale"*®. Un argumentaire similaire sera développé dès

que les intérêts de la Ville sont directement mis en cause et celle-ci recevra des demandes

d’incorporation émanant du bibliothécaire, du contrôleur des recettes, du caissier, du chef

comparse, des ouvriers gaziers"*’. À l’exception du comptable qui deviendra un employé

communal {cix supra), ces fonctions recevront un statut hybride ; elles seront rétribuées par

la direction et ne dépendront que d’elle, mais les engagements devront être agréés par la

Ville.

Le concierge dépend directement de la Ville, des règlements communaux imposent sa

présence et définissent ses fonctions®®. Le concierge doit élire domicile au théâtre et y résider

avec sa famille. 11 doit particulièrement surveiller l’allumage et l’extinction des feux

(chauffage et éclairage), veiller à limiter l’accès du théâtre en dehors des heures d’ouverture.

"*^ On consultera à ce propos le bilan de la tournée londonienne qu’Hanssens adresse à la Ville,

2 août 1845 (BXL, AVB : IP 3087) et éventuellement J. ISNARDON, c>/>. cû.,p. 342.

"*® Lettre de Josse Clinien au bourgmestre, avril 1839 (BXL, AVB ; 2923).

"*’ Michelot, contrôleur sous Hanssens et licencié par Letellier écrit au bourgmestre (9 Juillet

1853, BXL, AVB ; IP 2926) afin d’être engagé par la Ville car : « un contrôleur est plus

important que le caissier car il peut se glisser au contrôle bien des abus qui sont tous plus ou

moins préjudiciables à la ville qui fait de grands sacrifices pour soutenir le théâtre ». On

trouvera de nombreuses demandes identiques sous la même référence. Le cas des ouvriers

gaziers est plus complexe. En effet, la Ville est producteur de gaz et ces ouvriers dépendaient

de l’administration communale jusqu’à l’incendie de 1855. Lorsque la troupe s’exila au

théâtre du Cirque, la commune céda, contre leur gré, ces employés à l’administration de la

Monnaie (cfr la lettre de Pierre Deïode et Louis Jonau, ouvriers gaziers au bourgmestre, 23

mars 1855 (idem). Voir également à propos de ces postes la séance du Conseil communal du

21 février 1881, in Bulletin communal. Année 1881, Bmxelles, Imprimerie Vve Julien

Baertsoen, 1881, vol. II, p. 268.

®° Voir les règlements et ordonnances communaux du 14 mai 1819, 20 juillet 1850, 24 juillet

1852 et 23 juillet 1883 (copies ou résumés de ces décrets sont conservés en BXL, AVB : IP

2916 et 2921). Jusqu’en 1830, le concierge (Verhanck) est nommé par l’administration du

théâtre mais payé par la commission royale. Il dépend ensuite du gouvernement provisoire et

est incorporé en 1831 à l’administration théâtrale. Rapidement la Ville lui alloue un

« supplément quelconque pour avoir une surveillance plus active de sa part et moins de risques

à courir » (Note de service de 1834, BXL, AVB : IP 2926), il rejoint ensuite le personnel

communal. Le statut du concierge du conservatoire de la danse est tout aussi flou que celui du

bâtiment qu’il surveille. Ce conservatoire est épisodiquement incorporé dans les cahiers des

charges et donc dans la concession; mais les directeurs refuseront systématiquement de s’en

occuper. Cette institution qui dépendait du roi Guillaume n’a pas été reprise par la Ville lors du

règlement du séquestre (1840). L’administration communale fournira des aides ponctuelles à

cette école, prenant notamment en charge les appointements de son concierge à partir de 1848

(date à laquelle le séquestre semble ne plus vouloir le payer). Cette situation ne perdurera pas et

la charge de concierge du conservatoire semble ne plus exister dans la seconde moitié du XIXe

siècle (BXL, AVB : IP 2926).

II est également chargé d’accueillir et abriter le corps de pompiers et les effectifs de police.

Enfin, il seconde le conservateur du matériel (qui est son supérieur hiérarchique) dans

l’élaboration des inventaires. Ces différentes tâches font du concierge un «expert immobilier»

dont l’avis sera écouté lors des restaurations du bâtiment. En 1848, Jean-Baptiste Haeck

supervise l’installation du plancher du bal et adjoint à son titre de concierge du grand théâtre

celui de machiniste^\ poste émanant d’ordinaire de l’administration théâtrale. C’est

également en tant que concierge et chef machiniste que Gilles Haeck adresse ses rapports

concernant l’incendie du théâtre. Il y décrit son emploi. Comme concierge, il vit au théâtre et

en pxDssède toutes les clefs. C’est lui qui ouvre le bâtiment aux 13 machinistes payés par le

concessionnaire et qui relève les présences et les absences. Il devient ainsi chef machiniste,

fonction qu’il conforte en distribuant les tâches à chacun^^. Dans les années 1860, le chef

machiniste est toujours un membre de la dynastie des Haeck. Toutefois Charles Haeck n’est

plus concierge, il se qualifie de chef machiniste ou de décorateur et est employé de la

direction. Il dirige également un atelier de construction indéj^endant qui sous-traite ses

prestations pour la Monnaie. Ces quelques exemples démontrent qu’il est malaisé pour le

public et même pour certains membres du personnel théâtral de distinguer le statut de chacun.

Cette confusion se renforce lorsqu’après une faillite, les artistes se mettent en société. Dans

ce cas le petit pjersonnel semble être rémunéré par la Ville qui, en réalité, ne fait que

redistribuer les avoirs du directeur faillit®^.

Les cahiers comptables reprennent sous la rubrique «administration» de nombreux

employés. Selon les usages théâtraux « On considère comme faisant partie de

l’administration d’un théâtre non seulement les véritables employés supérieurs administratifs,

tels que le directeur gérant, l’administrateur général, le caissier, le secrétaire de la direction,

mais encore certains chefs de services artistiques, tels que les régisseurs et les chefs

d’orchestre, auxquels incombe, en réalité, une certaine responsabilité administrative®'* ». À

l’exception du chef d’orchestre qui est systématiquement rangé parmi les membres de

l’orchestre, la Monnaie se conforme à cette description. Il n’est pas rare de détailler

l’ensemble des machinistes aux côtés de leur chef de service et voir alors des registres de

personnel administratif mentionner plus de 70 employés®®. Les chefs de service jouent un

rôle important. Ils infligent les amendes et, jusqu’en 1848, ils perçoivent l’ensemble des

salaires de leur service qu’ils répartissent ensuite selon les appointements prévus. Ce système

®' Note de service de 1848 (BXL, AVB : IP 2926). C’est également Jean-Baptiste Haeck qui

supervise les travaux de reconstruction de la scène et de la machinerie de la Monnaie après

l’incendie. On trouvera des éléments biographiques concernant Jean-Baptiste Haeck et Charles-

Jules Haeck in É. C

abwz

, La Monnaie. Chronique architecturale de 1696 à nos jours,Lannoo,

Tielt, 1996, p. 191.

®^ Note de service de 1855 (BXL, AVB : IP 3049).

^ Cïx supra. Sur l’instauration de cette pratique, on consultera les documents de février 1831

concernant la société d’artistes dirigée par Bernard. On y voit le petit personnel se mettre

spontanément sous la protection de la Ville et s’opposer aux titulaires d’emplois (BXL, AVB :

IP 2926).

ne pose aucun problème lors d’une exploitation normale du théâtre mais permet tous les abus

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