IV. Traitement du cancer IV.1. Traitements dans le cas du mélanome IV.1.3. La doxorubicine : un anthracycline La Doxorubicine est un antibiotique à large spectre, c’est une anthracycline utilisée pour traiter une variété de tumeurs malignes. Il interfère avec la production de matériel génétique et peut tuer les cellules en division rapide, telles que les cellules tumorales. Il est considéré comme étant le médicament de référence pour le traitement du cancer du sein, de la tumeur solide chez l’enfant, du sarcome des tissus mous, du myélome multiple, et des lymphomes agressifs (Alba et al., 2003). La doxorubicine (ou adriamycine), composee d’un noyau tetracyclique chromophore relie par une liaison glucosidique a un substitut glucosamine, est l’anthracycline de référence. Figure 5. Structure moléculaire des de la doxorubicine (Alba et al., 2003) Au pH intracellulaire, le groupement sucre se charge positivement, ce qui permet de stabiliser la molécule intercalée via des liaisons électrostatiques. L’épirubicine est un épimère en 4’ de la doxorubicine. Bien que cette différence structurale soit modeste, il en découle quelques spécificités dont les plus manifestes sont une meilleure pénétration cellulaire du fait d’un pKa plus faible et une élimination par glucuronication plus active. Comparée à la doxorubicine, ses caractéristiques donnent à l’épirubicine une meilleure activité anti-tumorale et une toxicité réduite. Les anthracyclines sont utilisées par voie veineuse. La demi-vie de l’épirubicine est de 35 heures et elle possède une importante diffusion tissulaire. Son transport transmembranaire associe une diffusion passive et un efflux actif (notamment dans les cellules qui expriment la P-glycoproteine ou PgP). Elle est métabolisée sous forme d’épirubicinol mais également sous forme de dérivés glucuroconjugués de l'épirubicinol et de l'épirubicine. Elle est éliminée principalement par voie biliaire mais également par voie rénale (10 à 15 % de la dose administrée sont retrouvés dans les urines en 7 jours) (Ratain & Ewesuedo, 1999). IV.1.3.1. Mode d’action de la Doxorubicine Les mécanismes d’actions de ces molécules sont multiples : - Les anthracyclines entrainent une inhibition de la réplication et la transcription. En raison de l'existence dans leur structure de cycles plans qui s'intercalent dans la double hélice des acides nucléiques et en gênent les fonctions, ces molécules peuvent interférer avec l’activité des topoisomérases en bloquant la réplication et en entrainant la mort cellulaire (Duguet, 1994). Les topoisomerases sont des enzymes qui permettent la séparation des brins d’ADN lors des phases de transcription, de réplication et de réparation. Ces topoisomérases sont de deux types : la topoisomerase I, qui crée une rupture monocaténaire et la topoisomérase II, qui coupe les deux brins de l’ADN. La relaxation de la molécule d’ADN est suivie d’une religation du ou des brins coupes. Les agents inhibiteurs des topoisomérases forment un complexe ternaire stable avec l’enzyme et l’ADN scindé, empêchant ainsi la soudure des brins d’ADN. - L’inhibition de la synthèse d’ADN par une voie de signalisation impliquant la protéine P53 (Kastan et al., 1991) est un autre mode d’action. En effet, la doxorubicine peut induire l'expression de la protéine P53 de manière dose dépendante. En réponse à des niveaux élevés de P53, la synthèse d’ADN est inhibée. - La doxorubicine peut également exercer son action cytotoxique en interagissant avec les membranes plasmiques. En effet, la doxorubicine modifie les propriétés de fluidité membranaire (Siegfried et al., 1983). De plus, l’inhibition de l’entrée dans la cellule par couplage de la doxorubicine avec une molécule volumineuse ne supprime pas l’action cytotoxique de la molécule (Triton et Yee, 1983). IV.1.3.2. Les limites de la chimiothérapie aux anthracylines Une des limites de la chimiothérapie est que son effet est non spécifique, non sélectif des cellules tumorales ce qui peut entrainer une toxicité. Son efficacité étant maximale sur des cellules proliférantes, elle ne touche pas les tumeurs à cellules non proliferantes. Il existe une sensibilité variable des cellules au sein d’une même tumeur et cela peut conduire à la sélection de cellules résistantes. Les principales toxicités communes pour les médicaments à effet antiprolifératif atteignent l'appareil digestif (nausées et vomissements, diarrhées ou constipation, mucites), la peau et les phanères (troubles cutanés, alopécie) et le système hématopoïétique (neutropénie, thrombopénie, anémie). Il existe également des toxicités spécifiques lié au type de molécule utilisée. Ainsi des atteintes de l’appareil cardiovasculaire (myocardiopathie responsables d'insuffisance ventriculaire retardée) sont principalement observées lors de l’utilisation d’anthracyclines, tandis qu’une neuro-toxicité sera plutôt observée avec des agents alkylants et des agents anti-métabolites. La doxorubicine : inducteur de stress oxydatif cellulaire La toxicité induite par le traitement par la doxorubicine est principalement liée à sa cardiotoxicité, du fait du passage du médicament dans la circulation sanguine et obligatoirement par le myocarde, les cardiomyocytes sont exposés directement aux métabolites réactifs toxiques de ce médicament. En effet, Le mode d’action le plus connu des antrhracycline reste leur capacité à majorer la production de radicaux libres oxygénés induisant le phénomène de stress oxydatif au niveau de la cellule tumorale et cela contribue à leur action cytotoxique mais aussi au niveau des cardiomyocytes (Mates et al., 2008). Le phénomène de stress oxydant a été défini comme étant un déséquilibre intracellulaire prononcé entre antioxydants et pro-oxydants en faveur de ces derniers et de leurs effet potentiellement néfastes. Les composés incriminés dans la production des radicaux libres sont les dérivés réactifs de l’oxygène (ERO) dont la réactivité est différente selon le type de radical impliqué. Il est potentiellement impliqué dans le développement de plus d’une centaine de pathologies humaines différentes (Pincemail et al., 2002) allant de l’athérosclérose au cancer tout en passant par les maladies inflammatoires, cardiovasculaires, neurodégénératives et le diabète. Le rôle du stress oxydant a été également évoqué même dans des processus physiologiques tel que le vieillissement (Martinez-Cayuela, 1995 ; Lehucher-Michel et al., 2001 ; Sorg, 2004 ; Valko et al., 2007). Le déséquilibre pro-oxydant anti-oxydants peut avoir diverses origines, citons la surproduction endogène d’agents prooxydants d’origine inflammatoire, un déficit nutritionnel en antioxydants ou même une exposition environnementale à des facteurs pro-oxydants (tabac, alcool, rayons gamma, rayons ultraviolets, herbicides, ozone, amiante, métaux toxiques (Pincemail et al., 2002 ; Sorg, 2004 ; Kocchilin-Ramonatxo, 2006). La biotransformation de certains médicaments conduit à la génération des ROS, c’est le cas des anthracyclines. En effet, des études ont mis en évidence une corrélation entre la quantité de radicaux hydroxyles formés et la cytotoxicité induite par la doxorubicine. Cette formation de radicaux libres est induite soit directement lors de la formation de complexes, soit indirectement lors d’une activation métabolique. En effet, comme tous les xénobiotiques, les anthracyclines peuvent subir des réactions d’oxydo-réductions par les enzymes de phase I, telles que les cytochromes P450 pour les rendre plus hydrosolubles et donc plus facilement éliminables par l’organisme. Ce processus est connu pour générer des espèces réactives de l’oxygène (ERO) (Chopra et al., 1995). Les anthracyclines peuvent subir d’autres étapes de biotransformation qui consistent en des réactions de réduction impliquant le transfert d’un ou de deux électrons et conduisant a la formation de radical semi-quinone ou d’hydroquinone respectivement. Ces réductions sont catalysées par différentes réductases telles que la NADPH cytochrome P450 réductase, la cytochrome b5 réductase, la xanthine oxydase ou la xanthine déshydrogénase. En présence d’oxygène ou de peroxyde d’hydrogène, le radical semi quinone est oxyde et perd cet électron pour produire des ERO telles que l’anion superoxyde, le peroxyde d’hydrogène, le radical hydroxyle, et l’oxygène singulet (O’Brien et Tew, 1996) Enfin, le radical semi-quinone des anthracyclines est un réducteur de métaux (en particulier du fer) et forme avec ceux-ci des complexes qui réagissent avec l’oxygène moléculaire ou d’autres espèces oxygénées pour donner des radicaux hydroxyles. Dans ce cas, la formation de radicaux libres oxygénés est indépendante de toute activité enzymatique (Simon et al., 1994) (Figure 6). Figure 6 : Production de radicaux libres oxygénés au cours de la transformation métabolique de la doxorubicine. Trois mécanismes ont été proposes dans la production de radical hydroxyle par le radical semi-quinone de la doxorubicine (indiques par trois couleurs différentes sur le schéma). DOX : forme native, DOX °- :radical semi-quinone, HO° : radical hydroxyle, H2O2 : peroxyde d’hydrogène ( Muindi et al., 1985). Dans le document Modulation par l’extrait de Propolis algérienne du système de détoxification au cours du stress oxydatif secondaire à la doxorubicine et de la progression tumorale sur un modèle murin de cancer primaire de mélanome cutané (Page 49-53)