Critères de classification propre au territoire

In document Liste des espèces végétales invasives de la région Centre-Val de Loire (Page 11-14)

2. Méthodologie

2.2 Echelle "d’invasibilité" de Lavergne [Lavergne et al., à paraître]

2.2.2 Critères de classification propre au territoire

La densité des populations rencontrées sur le territoire

La densité des populations observées permet de déduire, à partir de critères mesurables et connus des botanistes, l’impact suspecté du taxon étudié sur l’abondance des populations d’espèces indigènes et la diversité spécifique de la communauté végétale envahie. Une population dense correspond à un taux de recouvrement maximal (en projection verticale des parties aériennes des végétaux) supérieur à 25% de la surface d’occurrence de l’espèce. Ce taux de recouvrement doit

cependant être atteint à l’échelle de l’habitat colonisé (et non à l’échelle de la population du taxon considéré).

L’impact des taxons régulièrement dominants ou co-dominants (taux de recouvrement supérieur à 25%) est supposé important.

NB : Les taxons se propageant sur le territoire mais ne formant pas de populations denses ne sont pas considérés comme invasifs. Ils ne présentent pour le moment pas de risque identifié pour les habitats et la diversité spécifique même si leur potentiel de dispersion est important.

NB’ : La méthode précédente considérait deux niveaux de priorité dans le classement selon la fréquence à laquelle l’espèce forme des populations dense. Les espèces souvent dominantes ou co-dominantes étaient considérées comme prioritaires, les espèces rarement dominante ou co-dominante étaient considérées comme secondaires. Cette distinction n’est désormais plus appliquée.

La nature des milieux colonisés

Une distinction est faite entre les espèces présentant un caractère invasif en milieux naturels non ou faiblement perturbés, des espèces se propageant dans les milieux fortement perturbés. La colonisation de ces derniers peut toutefois constituer le stade d’invasion préalable à l’invasion des habitats naturels non ou faiblement perturbés. Une perturbation est définie selon White and Pickett comme « un événement qui cause des modifications de l'environnement physique et des changements brusques dans l'écosystème, la communauté ou la structure de la population ou dans la disponibilité des ressources ou du substrat ».

Sont considérés comme milieux naturels non ou faiblement perturbés :

les eaux douces (hors bassins d’ornement, réservoirs industriels, lagunes) ;

les végétations riveraines (y sont incluses les prairies inondables et les mégaphorbiaies) ;

les basses grèves des grandes vallées ;

les tourbières et bas-marais ;

les forêts riveraines et fourrés très humides ;

les forêts caducifoliées y compris les chemins, lisières, landes et fruticées non humides (hors fourrés rudéraux, forêts plantées d'espèces exotiques) ;

les pelouses sèches et prairies mésophiles.

Sont considérés comme milieux fortement perturbés :

les zones urbaines et friches rudérales ;

les réseaux routiers et ferroviaires et zones associées (sauf si l’habitat peut être rattaché à un habitat naturel cité précédemment) ;

les cultures et terres en jachère ;

les coupes forestières et milieux forestiers à faible naturalité, perturbés par des activités humaines ;

les friches des hautes grèves des vallées alluviales.

NB : Dans la méthode précédente, la distinction s’effectuait entre milieux naturels et milieux perturbés fortement influencés par les activités humaines. Dans le processus d’invasion, la perturbation des milieux est un facteur favorisant la colonisation par les

espèces invasives. Un certain nombre d’entre elles, de par leur écologie et leur biologie, semblent incapables de coloniser des milieux non perturbés et restent confinées dans les espaces perturbés par l’Homme ou par des processus naturels (une majorité des espèces de rang 3). Il apparaît donc cohérent de considérer les milieux naturels fortement perturbés par des processus naturels, telles que les friches des grandes vallées, au même niveau que les milieux anthropiques perturbés par les activités humaines.

La répartition

Afin de guider les futurs choix d’interventions, l’ampleur de l’invasion est prise en compte dans le classement des espèces. La distribution des espèces dont les populations sont isolées sur le territoire (présentes sur moins de 2% des communes de la région) est dite « ponctuelle ». Ces espèces qualifiées d’émergentes (rang 2) ne sont pas encore invasives sur le territoire régional mais le développement d’un comportement invasif ou leur comportement invasif dans des territoires proches laisse penser qu’elles pourraient devenir invasives à plus ou moins long terme. L’éradication de ces espèces dont l’extension est encore réduite en région est encore possible et doit être mise en œuvre.

La distribution des espèces établies à l’intérieur d’un ou de plusieurs sous-territoires et n’ayant pas encore colonisées l’ensemble des habitats et espaces d’accueil potentiels est dite « localisées ».

L’éradication de ces espèces n’est plus possible. Un contrôle des fronts de colonisation via la mise en place de bonnes pratiques de gestion est souhaitable afin de limiter la progression de l’espèce à l’ensemble du territoire.

La distribution des espèces causant des nuisances notables dans de nombreux sites répartis sur l’ensemble du territoire est dite « généralisée ». Seule une régulation est envisageable, c’est à dire la mise en œuvre d’interventions permettant de réduire leurs populations à des niveaux où les nuisances qu’elles causent deviennent non significatives ou acceptables. Cela revient à "vivre avec" l’invasion en la gérant de manière continue. Ces interventions devraient, à terme, s’intégrer à la gestion courante des espaces. Les opérations de lutte active doivent prioritairement concerner les sites à enjeux.

Distribution ponctuelle Distribution localisée Distribution généralisée

Lagarosiphon major (Ridl.) Moss Ludwigia peploides (Kunth) P.H.Raven Robinia pseudoacacia L.

CBNBP-MNHN, décembre 2007

Figure 4 : Exemple de distribution

NB : Dans la méthode précédente, la répartition de l’espèce était un critère secondaire n’ayant pas de réelle influence sur le classement (excepté pour les espèces émergentes de rang 2). Cette version donne plus d’importance à ce critère qui devient déterminant dans la classification puisqu’il permet désormais de distinguer en plus des espèces de rang 2 les espèces de rang 5 et de rang 4.

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