• Aucun résultat trouvé

Conceptualisation de modèles d’analyses et d’une méthodologie

Dans le document Disponible à / Available at permalink : (Page 171-174)

Chapitre 16. Discussion générale et conclusions

1. Points clés de l’étude

1.5. Conceptualisation de modèles d’analyses et d’une méthodologie

Jeunes

Même si un programme de prévention au travail repose aussi (et d’abord) sur une

bonne connaissance de la réglementation et des normes vis-à-vis desquelles

l’entreprise doit se mettre en conformité (28), cette seule approche reste

insuffisante. La prévention du risque professionnel requiert des méthodes, des

techniques et des connaissances d'autant plus précises que l’éventail même des

risques ne cesse de s’élargir et de se compliquer, que les publics sont fort

différents et les contextes multiples (29-30). Pourquoi des jeunes de professions à

risque minimisent-ils ou négligent-ils les risques pour leur santé ou leur sécurité ?

Les perceptions des jeunes doivent être étudiées sociologiquement, car il y a

souvent un gouffre entre l’analyse du risque par les épidémiologistes et la

perception des individus (31). Les combinaisons de modèles socio-

comportementaux adaptés à cette situation indiquent que la perception du risque

professionnel et l’intention d’adopter des comportements de protection

déterminent l’adoption de ces comportements.

1.5.1. Déterminants de la perception des risques professionnels chez les

Jeunes

Si certaines études s’intéressent de façon fort générale aux actions de

prévention à mettre en place dans certains contextes professionnels, il existe peu

d’études qui analysent les déterminants de ces comportements. Notre suivi

longitudinal de jeunes a utilisé une combinaison du modèle de croyances en santé

et de celui de l’action raisonnée (32-34) pour essayer de comprendre les

déterminants associés à l'intention d'adopter des comportements de prévention

chez les jeunes dans leur profession.

-Dans notre population d'étude, la perception du risque est très faible,

secondairement à une mauvaise perception de la sévérité et de la susceptibilité à

ces problèmes de santé. Ces déterminants peuvent expliquer à eux seuls une trop

faible intention d’adopter des comportements de prévention au travail (35). Notre

étude montre cependant bien que le fait de simplement passer d'un contexte

scolaire à un contexte professionnel (sans intervention) favorise l'amélioration de

la perception du risque professionnel chez les individus. Malgré cette différence,

l'évaluation des niveaux de perception reste insuffisante dans les deux contextes

et ces variables ne sont pas identifiées dans l’étude comme déterminants de

l'intention d'adopter des comportements de prévention au travail chez ces jeunes.

La méconnaissance des risques à la base (au sein des institutions de formations

professionnelles entre autres) est spontanément évoquée par les élèves pour

rendre compte de cette constatation.

Notre étude montre aussi que dès la fin de la formation scolaire, l'intention des

jeunes d'adopter des comportements de prévention au travail est forte et provient

principalement d'une perception importante des normes. L'association entre les

déterminants « normes subjectives » et l'intention d'adopter des comportements

de protection au travail est encore plus forte une fois que le jeune est dans son

milieu professionnel. De façon opérationnelle, cela peut s'expliquer probablement

par une volonté au sein des établissements scolaires d'insister dans le cadre de

l'apprentissage sur la maîtrise des risques. Les professeurs d'atelier tiennent par

exemple une place primordiale, dans la mesure où leurs comportements à l'égard

des risques sont un modèle quotidien pour les élèves. Les stages professionnels

représentent aussi des moments particulièrement sensibles, au cours desquels les

jeunes sont confrontés aux risques d'accidents de leur futur milieu professionnel.

Lors de ces stages, ils "héritent" directement de l’état de sécurité des entreprises,

où les pratiques sécuritaires sont variables, paraissant très dépendantes de la

taille des entreprises et du type d'encadrement proposé.

1.5.2. Modèle d’analyse de la perception des risques professionnels

La conduite humaine est un phénomène social total qui englobe les

comportements observables (habitudes, coutumes, réactions défensives, etc.) et

les paramètres plus difficilement mesurables de l’attitude tels que instincts,

principes personnels ou valeurs, émotions ou encore représentations (36). Notre

travail a permis de confirmer l’intérêt d’utiliser certains modèles d’explication ou de

développement des comportements comme cadre d’analyse pour décrire et mieux

comprendre la prise de risque au travail et de certains comportements

professionnels de jeunes terminant leur formation scolaire et qui entrent dans la

vie professionnelle. C’est ainsi que nous confirmons que la combinaison du

modèle de croyance de santé (HBM) et la théorie de l’action raisonnée (TRA)

semble appropriée pour mesurer les différents concepts qui évaluent les étapes

initiant l’intention d’un individu d’adopter des comportements de prévention au

travail.

Pour rappel, la théorie de l'action raisonnée suppose que le déterminant immédiat

et unique du comportement en question est l'intention de passer à l'acte ou pas.

Les déterminants immédiats de l'intention d'adopter un comportement donné sont

l'attitude de l'individu relativement au passage à l'acte et l'influence des facteurs

-sociaux (par exemple les croyances perçues du conjoint) sur le passage à l'acte

(37). Le modèle de base peut être résumé comme suit :

C » I = (Aact)co1 + (NS)co2

C étant le comportement, I l'intention comportementale, Aact, l'attitude envers le

comportement, NS, une mesure de la perception d'un individu de ce que la

majorité des «personnages clés» pensent à propos de son adoption du

comportement en question, et co1 et co2, des coefficients de pondération

empiriques déterminés par une analyse de régression multiple. Selon la théorie de

l'action raisonnée, les coefficients de pondération (co1 et co2) doivent indiquer des

écarts intersituationnels et interindividuels. Pour certains comportements, la

composante comportementale (Aact) est le principal déterminant des intentions,

alors que pour d'autres comportements, la composante normative (NS) est

dominante.

Le modèle de la croyance à la santé se fonde sur un certain nombre de croyances

chez les individus, croyances qui sont utilisées pour prédire leur comportement.

Les croyances qui sont considérées comme nécessaires pour le changement de

comportement sont que la personne se croit exposée à une menace pour sa

santé ; que cette menace soit perçue comme grave (douleur, mort, conséquences

sociales, etc.), que les bénéfices d'un comportement préventif l'emportent sur le

coût et les inconvénients du changement de comportement ; que le comportement

modifié puisse être considéré comme adoptable et qu'il y ait une incitation à

l'action qui pousse la personne à adopter ce comportement (38).

La clé de cette théorie réside d’une part dans la croyance de la personne en la

sévérité de la pathologie et d’autre part dans la conviction qu'elle peut avoir de son

exposition à cette pathologie. Le modèle utilisé peut être représenté comme suit ;

C » PR = {(PSe)co1

X

(PSu)co2} + (BP)co3

C étant le comportement, PR la perception du risque, PSe, la perception de la

sévérité de la pathologie, PSu, une mesure de la perception de la susceptibilité à

avoir cette pathologie, BP, l’évaluation des bénéfices de la prévention et co1, co2

et co3, des coefficients de pondération empiriques déterminés par une analyse de

régression multiple.

La combinaison des deux modèles proposés dans et validés par notre étude

détermine que la perception du risque professionnel et l’intention sont des

déterminants fondamentaux de l’adoption de comportements de prévention, et que

des déficits dans ces éléments sont associés à la prise de risque. Le modèle

prédit qu’une personne avertie et motivée adoptera des actions préventives.

L’information et la motivation peuvent donc avoir des effets directs sur le

comportement préventif (39). L'association entre les modèles de croyance en

santé et de l’action raisonnée permet la conceptualisation d'actions de prévention

dirigées vers des groupes de populations spécifiques.

Cette adaptation des modèles psychosociaux aux accidents et maladies

professionnelles considère que l’adoption de comportements de prévention résulte

tout d’abord d’une perception suffisamment élevée du risque professionnel (le

produit de la sévérité perçue et de la susceptibilité perçue). Cette prise de

conscience doit être suivie d’une estimation du meilleur comportement à adopter

-pour éviter le risque en question. Une fois le comportement adopté, il est utile de

maintenir le changement de comportement dans le temps et c’est à ces niveaux,

adoption et maintien du comportement de prévention (40), qu’interviennent alors

les éléments de l’attitude et les normes subjectives.

Dans le document Disponible à / Available at permalink : (Page 171-174)