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Cinq clés de recherche

Dans le document Paysages de l’après– (Page 143-146)

Pour que l’agriculture urbaine puisse focaliser ainsi une certaine utopie sociale, nous proposons 5 clés de recherche :

1 – Du côté des grandes cultures : Michel Griffon expliquait récemment que, face aux risques de réchauffement climatique et d’augmentation des prix des carburants, il ne sera plus possible de financer à bas coûts le labour des sols et qu’il faudra imaginer des modes d’exploitation agricole écologiquement inten�

sifs2. Déjà, à Villarceaux dans le Val d’Oise, une ferme expérimentale développe sur 300 ha ce type de démarche. Elle consiste, selon Baptiste Sanson, agronome du Centre d’éco–développement de Villarceaux (CEV), à fragmenter les grandes étendues par des chemins de terre enherbés ou plantés, qui reconstituent la diversité du milieu et laissent nidifier les prédateurs de parasites. Cette ouverture de l’espace agricole autorise ainsi la promenade piétonne, signe d’apaisement des relations entre urbains et ruraux.

2 – Côté planification : pour accompagner ce processus de transition, il est nécessaire de mettre en place une réflexion stratégique, accompagnée du dévelop�

pement d’une ingénierie technique à la bonne échelle. Sans quoi, on peut redouter que les lisières ne fassent que de se déplacer sous la poussée de l’urbanisation.

L’ingénierie territoriale reste un luxe de grandes communes et les initiatives innovantes peinent à s’ancrer dans les terroirs plus pauvres en ressources. Le département de Seine–et–Marne a donc développé un projet de territoire qui passe d’une logique de subventions ponctuelles à une logique de contractua�

lisation globale par projets en partenariat avec les collectivités, en cohérence avec les bassins de vie en Seine–et–Marne où seront favorisées les dynamiques intercommunales. Des acteurs privés ont été associés au processus ainsi créé, afin que le projet commun s’inscrive clairement sur le territoire. Il est fait égale�

ment appel au tissu associatif pour animer des débats sur la qualité de l’alimen�

[2] INRA, ANR , Atelier de réflexion prospective ADAGE, Paris, 2009.

tation comme aussi sur un aménagement concerté des territoires ruraux (avec notamment les Agenda 21, les Plans Climat Energie Territoriaux, les Initiatives pour la commercialisation locale, etc.) Bien qu’ils suscitent le débat autour d’une nouvelle forme d’aménagement, aux différentes échelles du territoire, et soulèvent un débat de société portant sur l’intérêt général de l’agglomération, les projets d’agriculture durable restent néanmoins encore sporadiques sur ce territoire.

3 – Côté ingénierie technique : un grand vivier d’ingénierie se situe dans la sphère privée, qu’il s’agisse de consultants comme d’associations, de réseaux d’acteurs, d’organismes et d’habitants qui interviennent ou peuvent intervenir sur le territoire. Ces acteurs représentent un gisement d’idées et de projets qui peuvent influencer le développement du territoire en renforçant les compétences humaines. Pour répondre aux grands enjeux nationaux (énergie–climat, biodi�

versité, lutte contre l’étalement urbain, relocalisation des activités économiques, etc.), une nouvelle gouvernance est requise, un nouveau mode d’action politique.

Les différentes conférences territoriales qui naissent en région Ile–de–France, tels que les conseils participatifs ou consultatifs, les conseils de développement et les réunions d’exécutifs ont pour but de pallier la méconnaissance de la demande réelle par les collectivités, en proposant une offre d’ingénierie adaptée et un partage des expériences vécues au sein des territoires.

4 – Côté paysage et aménagement : comment ces nouveaux remparts littoraux donneront–ils une figure claire de la société en transition ? Aujourd’hui, s’il est un lieu en attente de projets, c’est bien celui des lisières de l’agglomération. Les meilleures terres s’y trouvent à proximité d’une population précaire en augmen�

tation, car rejetée en troisième couronne par le coût du logement comme par celui de l’énergie. Il s’agit d’aménager ce que l’on appelle « le littoral d’agglo�

mération » au service prioritairement des jeunes et des nouveaux entrants, qui sont repoussés à l’extérieur de l’espace compétitif central. La carte de ce ruban, défini par l’INSEE, existe. Elle dessine un territoire fait de 13 800 km de lisière dont 8 000 km sont au contact de terres agricoles, sur 10 à 25 km de profondeur.

Aménager ce ruban permettrait, selon le géographe Hervé Gazel3, de créer de nouveaux espaces de solidarité entre la ville et la campagne par des jumelages de terrains, toute intervention en faveur de l’urbain devant s’accompagner d’une restructuration agricole ou de la revalorisation d’un espace ouvert. Aménager ce ruban est un projet qui défie le cœur de la gouvernance du fait du nombre d’acteurs publics et privés qu’il interpelle (20% de la surface de la région et plusieurs centaines de communes4).

[3] Hervé Gazel, présentation au colloque international « Agriculture et métropole, la question de l’interface rural/urbain » Moissy–Cramayel, 29 avril 2010.

[4] Christophe Bayle, « Les lisières, nouvelles frontières du grand Paris », conclusions de la session 2010 des ateliers de Cergy « L’interface rural/ urbain à l’Est du grand Paris », revue Métropolitique, 2010.

La pression foncière est plus forte aux limites de l’agglomération, dont les vallées sont très prisées. On constate que les PNR ne freinent pas l’étalement urbain, et que le nombre d’exploitations diminue, en particulier les petites exploitations.

Ce littoral devient le lieu stratégique pour mobiliser les nouveaux urbains à l’échelle régionale. La démarche de Thierry Laverne à Marcoussis, dans l’Essonne, en est un exemple. Transcrite directement en actes par la pratique expérimentale d’une association d’élus qui reconfigurent l’espace politique en même temps que l’espace paysager, le succès du Triangle Vert révèle que des valeurs culturelles encore éparses, investies actuellement dans ces périphéries plus ou moins agricoles, sont à même d’organiser naturellement un co–voisinage d’activités structurant de nou�

velles figures de villes. Profitant de la complémentarité apportée par l’agriculture urbaine, les périurbains deviennent les premiers à défendre les liaisons vertes et bleues. Les bases sont ainsi posées pour une troisième voie, celle de la ville litto�

rale, pivot du bien–être de toute une agglomération qui, pour le coup, deviendrait durable. Cette nouvelle armature littorale redonnerait du sens à l’échelle régio�

nale, avec un ancrage et une identité retrouvés. Une structure en réseau, avec des nœuds et des portes d’entrée, etc. des ports, comme l’avait imaginé à son échelle

le paysagiste Alphand pour la figure urbaine de Paris au XIXe siècle.

Cette toute nouvelle figure de la région et de sa représentation ne seraient plus signifiées par la seule axialité historique laborieusement prolongée jusqu’à La Défense, figure en bout de course qui n’est plus à l’échelle de l’ampleur de l’agglomération, mais par de nouveaux couloirs agri–urbains, générateurs d’intensification ou d’apaisement urbain, qu’il reste à dessiner et à inventer pour organiser un nouveau paysage. Le dessin ci–dessous, lauréat en 2012 des ateliers du grand paysage de la région, ouvre ce nouveau champ.

5 – Côté alimentation : force est de constater que la prise de conscience qui concerne le cadre de vie touche beaucoup moins la réalité des pratiques alimentaires. L’appa�

rente abondance et l’omniprésence de la nourriture ont fait oublier sa valeur. Habi�

tuée à consommer tout produit en tout temps, hors saison, hors territoires, la société vit détachée de la réalité de la

production alimentaire. L’émer�

gence de la question alimentaire dans les débats français a été jusqu’ici cantonnée aux spé�

cialistes de la production et de la consommation. Néanmoins, dans ce domaine, certaines col�

lectivités locales sont en pointe et leurs démarches, inspirées

par l’amélioration des repas dans les écoles, se voient largement reconnues par les populations locales. Des communes ont ainsi créé des commissions pour des menus innovants, ou fixé des objectifs ambitieux, comme celui de la ville de Paris, d’atteindre 30 % d’alimentation « durable » en 2014. Les liens entre la question alimentaire (et même sanitaire) et la production locale pourraient–ils alors se traduire sur le territoire par le biais, par exemple, de la nomination d’un élu « Adjoint à l’alimentation commu�

nale ou intercommunale » qui aurait, pourquoi pas, un rôle permettant de franchir les limites communales afin de créer des complémentarités entre communes comme de catalyser les initiatives publiques et privées, locales et régionales, individuelles et associatives, rurales et urbaines ?

Dans le document Paysages de l’après– (Page 143-146)