Chapitre 4. Modélisation thermique du perçage de l’os cortical : approche analytique137
4.5.1 Application au perçage des matériaux de tests biomécaniques (Sawbones)
Dans ce paragraphe, on propose alors d’appliquer le modèle au perçage du Sawbones. Pour une
comparaison complète entre le modèle et l’expérience, nous avons besoin des données sur les
propriétés thermiques du Sawbones (k la conductivité thermique et c la capacité calorifique), ainsi
que le coefficient de frottement entre l’outil et la matière. Ces paramètres dépendent du taux de
porosité du matériau (Autrement du BV/TV). Lors de l’opération de perçage, un phénomène de
densification peut se produire suivant les conditions de coupe. Ce qui rend l’identification de ces
paramètres très complexe. D’après nos recherches bibliographiques, nous n’avons trouvé aucune
donnée concernant ces paramètres. Dans l’étude expérimentale, on note que les seuls signaux de
moments exploitables sont ceux du PU50 pour la condition de coupe V
c=32 minm . Par la suite,
on suppose que l’effet de la vitesse de coupe sur l’effort d’avance et le moment axial est
négligeable. La vérification de cette hypothèse nécessite une autre campagne expérimentale en
améliorant les moyens de mesure pour le couple. Compte tenu du manque de données, on limite la
validation du modèle analytique au PU50 (=800kg m
3) en ne prenant en compte que la source
de chaleur au niveau de la pointe du foret et en fixant la valeur de la capacité calorique c à 1400
J/kg K (cette valeur est proche de celle de l’os cortical). On présentera aussi une étude sur l’effet
de c la capacité calorifique.
L’application du modèle analytique, en prenant en compte que le cône, nécessite la calibration de
deux paramètres : (la fraction de la puissance de coupe qui contribue à l’échauffement de l’os)
et k (le coefficient de conductivité thermique). Cette calibration a été réalisée par rapport à la
condition de coupe V
c=64 minm et f = 0.04 mm/tr en ajustant et k respectivement par rapport
à la valeur maximale de la température et à la phase de refroidissement. Le but étant de réduire la
différence entre le modèle l’expérience pour cette condition de coupe. On obtient alors 0.25 et
0.25
158
Après la calibration du modèle pour V
c=64 minm et f = 0.04 mm/tr, on passe à la comparaison
avec l’expérience pour d’autres conditions de coupe. La Figure 4-8 montre l’effet de l’avance par
tour pour une vitesse de coupe V
c=32 minm . On note que le modèle reproduit la baisse de
température quand on augmente f. Cette baisse s’explique par le fait que la vitesse d’avance V soit
proportionnelle à f (V f Vc= (2R)). Or l’échauffement de l’os durant le perçage résulte de deux
effets combinés : l’intensité de la source q
cet le temps t t
c(
c=d V d profondeur du trou, : )
d’exposition du matériau percé qui est fonction de la vitesse V. Ainsi l’augmentation de f induit
une élévation de q
cet une réduction de t
c. Les résultats montrent que c’est le deuxième effet qui
l’a emporté puisque la température baisse quand f augmente. On retrouve la même tendance pour
c
V = 64 et 96 m/min (Figure 4-8). On note également que le modèle reproduit d’une manière
acceptable les tendances expérimentales pour f = 0.04 mm/tr et ceci pour l’ensemble des vitesses
de coupe et pour les deux capteurs. En revanche la différence entre le modèle et l’expérience est
plus importante pour f = 0.02 mm/tr. Il est clair que compte tenu de : (i) la complexité de
l’interaction outil – matière (densification et ses effets secondaires sur l’évolution des paramètres
thermiques et des effets de coupe) et les difficultés d’acquisition des signaux propres et exploitables
du moment axial…(ii) la simplicité du modèle, on ne peut pas s’attendre à ce que le modèle
reproduise une physique qui n’est pas prise en compte. L’intérêt donc de cette approche est
d’apporter des explications sur les tendances globales.
Sur la Figure 4-8, on note que la montée en température ainsi que le déclenchement de la phase de
refroidissement se fait plus rapidement quand on augmente l’avance par tour f. Le modèle reproduit
correctement cette tendance qui s’explique, pour la partie montée en température, par le fait que la
source de chaleur et sa vitesse de pénétration (qui est la vitesse d’avance du foret V) soient des
fonctions croissantes de f. D’un autre côté, comme le temps d’exposition est une fonction
décroissante de V, la phase de refroidissement se déclenche plus tôt quand on augmente f. Cette
tendance est la même pour les trois vitesses de coupe et pour les deux capteurs. La Figure 4-9
présente l’effet de la vitesse de coupe V
cpour f = 0.02, 0.04 et 0.08 mm/tr. Comme pour f, la
source de chaleur q
cet la vitesse d’avance V croissent avec V
c. On retrouve les deux effets
159
opposés à savoir la température croit avec q
cet décroit si on réduit le temps d’exposition.
Cependant, contrairement à l’effet de f, où c’est le second effet qui l’emporte, ici les deux effets se
compensent d’où une stagnation de la température maximale en fonction de V
c. On retrouve la
même évolution dans les courbes expérimentales sauf pour la plus petite avance f = 0.02 mm/tr.
Concernant la montée en température et le déclenchement de la phase de refroidissement, ils se
font plus tôt quand on augmente V
ccomme pour f et pour les mêmes raisons.
160
Figure 4-9 : Comparaison des résultats du de l’expérience et du modèle, PU50 ; Effet de la vitesse de
coupe pour une avance par tour fixe.
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• Effet de (angle de pointe du foret)
Afin de pouvoir étudier l’effet de la géométrie de la pointe du foret, on considère deux cas : un trou
non débouchant et (ii) un trou débouchant (Figure 4-10).
La Figure 4-11 mon l’effet de l’angle à la pointe du foret pour deux types de trou : le trou
débouchant et non débouchant. Les conditions de coupe sont fixées à V
c= 32 m/min, f = 0.02
mm/tr, d = 4 mm (profondeur du trou) et =118 et 118°/2. Les résultats du modèle indiquent que
la diminution de retarde la montée en température. Ceci est dû au fait que la hauteur de la pointe
( )
sin 2
R
H
=
passe de 1 mm pour =118à 2.8 mm pour =118 / 2 et donc son
engagement total dans la matière prend plus de temps. Dans le cas d’un trou non débouchant, la
pointe du foret descend à une profondeur d = 4 mm et l’outil imprime une empreinte conique au
fond du trou dont la hauteur H croit quand on diminue . Ainsi la diminution de se traduit
par une baisse de la quantité de matière enlevée durant le perçage et donc moins d’échauffement
(Figure 4-11). En revanche si on passe à un trou débouchant, la quantité de matière enlevée est
indépendante de . Par conséquence, l’effet de se limite à un décalage dans le temps de la
montée en température.
162
Figure 4-11 : Evaluation de l’effet de l’angle de pointe du foret sur l’augmentation de la température par
le modèle.
• Effet du pré-trou.
Lors du perçage de l’os, on cherche à réduire l’échauffement des tissus osseux en optimisant les
conditions de coupe : la vitesse de coupe, la vitesse d’avance et la géométrie du foret. On peut
également mettre en place les stratégies de perçage comme la technique du pré-trou. Pour illustrer
cette technique, on se place dans le cas du PU50 avec les conditions de coupe suivants : V
c= 10
et 32 m/min, f = 0.02 mm/tr et d = 4 mm. Le diamètre du pré-trou est de 2 mm sachant que le rayon
du foret est de 1.6 mm (On cherche à percer un trou de 3.2 mm de diamètre). La Figure 4-12
présente une comparaison entre le perçage avec et sans pré-trou pour les deux vitesses de coupe.
On s’est placé dans le cas où après le pré-trou, la température de l’os est revenue à la température
ambiante avant de percer le trou de 3.2 mm de diamètre. Comme on pouvait s’y attendre, la
technique du pré-trou réduit l’échauffement du matériau usiné, pour les deux vitesses de coupe,
comme dans les résultats expérimentaux (Chapitre 2).
Cette tendance s’explique par le fait que la source de chaleur due à l’interaction PU50 – pointe du
foret (ou Os – pointe du foret), est plus faible dans le cas du perçage avec pré – trou. D’un autre
côté, comme pour l’étude consacrée au perçage de l’os aux faibles vitesses de coupe (Paragraphe
4.4), quand on passe de V
c= 32 m/min à 10 m/min, la température au voisinage du trou baisse.
C’est le résultat de la compétition entre l’augmentation du temps d’exposition et la diminution de
la source de chaleur lors de la réduction de la vitesse de coupe. Les tendances obtenues montrent
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que c’est le deuxième effet qui l’a emporté alors qu’aux grandes vitesses de coupe les deux effets
se compensent pour les conditions de coupe que nous avons considérées.
Figure 4-12 : Evaluation de l’effet du pré-perçage sur l’augmentation de la température prédite par le
modèle.
• Effet de la capacité thermique c
L’effet principal de la capacité thermique est sur T
max(Figure 4-13). Compte tenu de la procédure
de calibration utilisée dans le travail, si on surestime (ou sous-estime) la valeur de c, il suffit de
diminuer (respectivement augmenter ) lors de la phase de calibration par rapport aux données
expérimentales pour la condition V
c= 94 m/min et f = 0.04 mm /tr.
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Dans le document
Impact de l’opération de perçage sur l’intégrité des tissus osseux : modélisation et expérimentation
(Page 176-183)