Chapitre 3 : Construction de modèles tridimensionnels à partir d’un
3.2. Approximation de la géométrie du faisceau de rayons X par une
3.3.2. Acquisition des paramètres de projection
Dans ce paragraphe, nous décrivons une méthode permettant d’obtenir les paramètres de
projection (plan et source) d’une vue radiographique de l’objet que nous souhaitons
modéliser. Nous utilisons un localisateur optique tridimensionnel. Cet appareil est fourni
avec un pointeur permettant de connaître la position tridimensionnelle de points
particuliers. Des corps rigides sont également disponibles.
A l’aide du pointeur, l’utilisateur acquiert des points spécifiques permettant de déterminer
la position du plan de projection et de la source de rayons X.
Pour localiser le plan de projection, au moins trois points sont nécessaires. Ceux-ci sont
généralement situés dans un plan parallèle au plan de projection, à une certaine distance de
ce dernier et choisis de telle manière à ce que leur projection puisse également être
localisée sur l’image radiographique. A cet effet, des marqueurs radio-opaques sont
généralement utilisés.
La position de la source de rayons X, physiquement inaccessible, est habituellement
renseignée dans le manuel du fabricant par rapport à des points accessibles de l’appareil.
La numérisation de ces points permet donc de déduire la position du centre de projection.
Pour connaître la position de l’objet à modéliser, un corps rigide est fixé rigidement à
celui-ci et définit un système de coordonnées qui lui est lié.
Avant d’effectuer le cliché, les différents points nécessaires à la détermination des
paramètres de projection sont acquis. Il en va de même pour l’étoile fixée à l’objet
d’intérêt. Ensuite, le cliché est effectué sans modifier les paramètres de projection. Un
certain nombre de paramètres concernant la géométrie du cliché sont donc connus :
la position du corps rigide fixé à l’objet,
la position 3D de la source de rayons X,
les positions 3D d’au moins 3 points appartenant à un plan parallèle au plan de
projection,
l'image numérisée de la radiographie sur laquelle on peut localiser la projection des
points précédents (minimum 3) et le contour de l’objet à modéliser. Ces éléments sont
bien sûr bidimensionnels puisqu'ils sont exprimés dans les coordonnées des pixels de
l'image.
Deux types de données différentes sont présents ; celles provenant du localisateur optique
qui sont tridimensionnelles et celles provenant de l'image numérisée de la radiographie qui
sont bidimensionnelles. Cependant, ces deux types de données peuvent être liés grâce à la
connaissance des coordonnées d’au moins trois points dans les deux référentiels.
Désignons par Pi, P2, ..., Pn les points connus dans le référentiel tridimensionnel du
localisateur optique et par pi, p2, ..., Pn les coordonnées en pixel des projections de ces
mêmes points sur le plan de la radiographie. Comme ces points doivent déterminer un plan,
ils ne peuvent être colinéaires et n doit valoir au moins 3.
3. CONSTRUCTION DE MODELES TRIDIMENSIONNELS A PARTIR D’UN NOMBRE
RESTREINT DE PROJECTIONS
Problème de correspondance
Si ces points sont digitalisés dans un certain ordre et que celui-ci peut être retrouvé pour les
projections des points sur l’image, grâce à une configuration géométrique particulière par
exemple, aucun problème de correspondance ne doit être résolu et tout point P, correspond
au point pi de l’image (i = 1, 2, ..., n). Par contre, si ce n’est pas le cas, il faut rechercher
les paires de points qui se correspondent. Nous avons implémenté une telle méthode dans
le cas où n = 3. Les points repérés par le localisateur tridimensionnel constituent donc le
triangle P1P2P3 et ceux détectés sur l’image forment un triangle semblable piP2P3- Notre
solution consiste à calculer les 6 angles intérieurs de ces deux triangles et d'en associer un à
chaque sommet. H suffit alors d'envisager les 6 configurations possibles, de calculer pour
chacune d'elle une fonction de coût tenant compte du carré de la différence des angles entre
les sommets correspondants des deux triangles, et enfin de choisir la configuration dont la
fonction de coût est la plus petite (Fig. 3.10.). L’ordre des points peut dès lors être
réarrangé pour qu’ils se correspondent selon leur indice. Bien sûr, pour que cette méthode
détermine la bonne configuration, il faut s'assurer que les deux triangles ne sont pas
isocèles.
P2 P2
/ tt2
P. ^--- )ai tt3 f ')P1 P3 (
P3 Pl ‘ P3
Config. 1 Config. 2 Config. 3 Config. 4 Config. 5 Config. 6
Pi<-^Pi Pi Pi Pl<->P2 Pl^P2 Pi<^p3 Pi <^P3
P2<-> P2 P2<-^P3 P2<^ Pi P2^ P3 P2<-^Pi P2^P2
P3<-^ P3 P3«->p2 P3^P3 P3<^Pl P3^P2 P3 Pi
Fonctions de coût des 6 configurations possibles :
Fi = (a,-p,)2-h («2 P2)^ + («3 - P3)2
F2 = (a,P,)" + («2 P3)^ + («3
-F3 = (a,-p2)^ + (tt2 -P,)2 +
(a3-F4 = (a,-P2)^ + (»2 - ^3)^ + (0t3 - Pl)^
Fs = (0Cl-P3)^ + (tt2 -Pi)^+(a3- P2)2
Fe = (ai - p3)^ + (tt2 - ^2)^ + (0^3 - Pl)"
Fig. 3.10. - Problème de correspondance lorsque la détermination du plan de projection
s’effectue avec 3 points
Cet algorithme peut aisément être généralisé lorsque n > 3 : il suffit de considérer, à la
place des deux triangles, les deux polygones convexes {Convex Hulï) dont les sommets
Transformation de coordonnées
Le problème que nous devons résoudre maintenant est de trouver une transformation qui
fournit les coordonnées tridimensionnelles (X, Y, Z) de tout pixel p de l’image dont nous
connaissons les coordonnées bidimensionnelles (x, y). A cet effet, nous possédons une
série de paires de points correspondants (P;, pi) où Pi est un point 3D appartenant à un plan
71 parallèle à celui de la radiographie et pi est la projection correspondante (point 2D)
appartenant à l’image et dont on connaît les coordonnées en pixel. Remarquons qu’il n’est
pas nécessaire de déterminer les coordonnées tridimensionnelles du point situé sur la
radiographie : celles du point correspondant situé dans le plan 7i suffisent puisque tous les
éléments géométriques situés dans ce plan sont semblables à ceux du plan de l’image. De
plus, le cône de projection peut également être construit à partir des éléments du plan n.
Dans un premier temps, nous avons considéré le cas où seulement 3 points sont utilisés.
Dans un second temps, nous avons mis au point un algorithme valable pour un nombre
quelconque de points.
Cas où n = 3
Supposons que le localisateur optique fournisse les coordonnées des points dans un
—> —> —>
système de référence normalisé [O; IX, lY, IZ]. Les trois points Pi, P2 et P3 sont donc
exprimés dans ce système de coordonnées. Chaque pixel de l’image numérisée et possède
—> —>
des coordonnées bidimensionnelles exprimées dans un système de référence [o; Ix, ly ]
dans lequel sont exprimés les points pi, p2 et pa (Fig. 3.11.). Dans le plan
7X,nous pouvons
construire un système de coordonnées non orthogonal [Pi; U, V ] à partir des trois points
digitalisés où
Ü= (X2-XOIX + (Y2-YOIY + (Z2-Z,)1Z
V = (X3-XOIX + (Y3-YOIY + (Z3-Z,)1Z
ce qui peut s’écrire sous forme matricielle :
IX
lY
IZ
U
-V
Cil C12 Cl3 C21 C22 C23De même, nous pouvons créer un système de coordonnées non orthogonal bidimensionnel
[pi; U , V ] à partir des projections des trois points précédents. Les vecteurs u et v sont
définis comme suit :
—> —> —>
U =(x2-xi)lx +(y2-yi)ly
V =
(X3-Xi)lx
+(y3-yi)ly
3. CONSTRUCTION DE MODELES TRIDIMENSIONNELS A PARTIR D’UN NOMBRE
RESTREINT DE PROJECTIONS
Puisque les projections des trois points digitalisés ne sont pas colinéaires, cette dernière
relation peut être inversée :
Ix bii bi2
U/y. bai b 22
—>
Vavec [b] = [a]''
Données 3D
J
V Données 2D
J
Fig. 3.11. - Détermination du point P correspondant à un pixel p de l’image
Comme les deux systèmes de références définis ci-dessus sont semblables, les coordonnées
de P dans le premier sont identiques à celles de p dans le second et vallent Up et Vp :
P|P = Up U + Vp V
Pip = Up U + Vp V
Il suffit donc de calculer Up et Vp à partir des données de l’image pour obtenir les
coordonnées tridimensionnelles de P :
—> —> —>
P,P =(x-xi)lx +(y-yi)ly
—> —>
On en déduit Up et Vp :
Up
= bn(x-xi) + b2i(y-yi)
Vp = b2i(x-xi) + b22(y-yi)
En remplaçant Up et Vp dans l’expression de PjP et en exprimant U et V dans les
coordonnées du localisateur 3D, on obtient :
P,P = [bii(x-xi) + b2i(y-y0] (cu IX +C12 lY +C13 IZ)
+ [b2i(x-xi) + b22(y-yi)] (C21 IX + C22 lY + C23 IZ)
Les coordonnées (X, Y, Z) du point P peuvent donc finalement s’écrire :
X = Xi +C11 [bu(x-xi) + b2i(y-yi)]+C2i [b2i(x-xi) + b22(y-yi)]
Y = X] + C12 [bn(x-xi) + b2i(y-y0] + C22 [b2i(x-x0 + b22(y-y0]
Z = Xi + ci3 [bii(x-xi) + b2i(y-yi)] + C23 [b2i(x-x0 + b22(y-yi)]
On constate donc bien qu’à partir des coordonnées d’un pixel p de l’image, les
coordonnées tridimensionnelles du point P correspondant peuvent être calculées.
Cas où n> 3
Dans le cas où n est supérieur à 3, nous devons chercher une transformation linéaire L qui
fournit pour tout pixel (x, y), le point tridimensionnel L(x, y) = (X, Y, Z) correspondant, ce
qui peut s’écrire sous forme matricielle :
L(x,y)=
X
Y
Mil Mi2 M21 M22 X +'Tl'
T2Z
M31 M32.y.
T3où les coefficients de la matrice M et du vecteur T sont à déterminer. A cet effet, nous
connaissons les coordonnées bidimensionnelles des n points pi = (xi, yi) et les points 3D
correspondants Pj = (Xi, Yj, Zj). Nous calculons les coefficients par la méthode des
moindres carrés en minimisant la fonction :
E=3|P'-(M-pi+T)f
i=l
En calculant la norme euclidienne, la fonction E peut s’écrire :
E=J(Mii-Xi+Mi2-yi+Ti-Xi)2+(M2i-Xi+M22-yi+T2-Yi)2+(M3i-Xi+M32-yi+T3-Zi)2 i=l
En annulant les dérivées de E par rapport à Mu, M12 et Ti, on obtient le système de 3
3. CONSTRUCTION DE MODELES TRIDIMENSIONNELS A PARTIR D’UN NOMBRE
RESTREINT DE PROJECTIONS
n-Ti+Jxi-Mii+Jyi-Mi2=JXi
i=l i=l i=l
n n n n
^Xi-Ti+^Xi -Ml 1+^Xi-yi-Mi2=^xi-Xi
i=l i=l i=l i=l
^yi-Ti+^Xi-yi-Mii+y|yi^Mi2=y^yi-Xi
i=l i=l
Un raisonnement similaire sur les autres coefficients permet d’obtenir les deux autres
systèmes d’équations suivants :
r
<
nT2+Jxi-M2i+J]yi-M22=^X
i=l i=l i=l
^Xi-T2+^Xi^-M2)+^Xi-yiM22=^Xi-X
i=l i=l i=l i=l
^yi-T2+^Xi-yi-M2i+^yi^M22= Jyi-X,
i=l i=I
n -T3+^Xi -M3
1+^ yi M32=^X
i=l i=l i=l
^Xi-T3+^Xi^-M3i+^Xi-yi-M32=^Xi-Xi
i=l i=l i=l i=l
]^yi-T3+^Xi-yi-M3i+^yi^M32=^yi-X
i=l i=l
La résolution des ces 3 systèmes de 3 équations à 3 inconnues fournit les coefficients de la
matrice M et du vecteur T recherchés.
Dans la suite, nous confondrons le plan réel de l’image et le plan 7t puisqu’ils contiennent
des informations semblables. De plus, comme ce dernier est souvent situé à une distance
fort proche du plan de l’image, aucun élément n’est physiquement présent entre les deux
plans, ce qui permet de considérer le plan 7i comme un plan de projection « artificiel »
jouant le même rôle que le plan de l’image mais où nous connaissons les coordonnées
tridimensionnelles des pixels de l’image.
Mise en correspondance des éléments des différentes vues
Pour chacune des vues radiographiques de l’objet, les paramètres de projection sont
exprimés dans le système de référence du localisateur tridimensionnel. Or, entre la prise
des différents clichés, celui-ci peut être déplacé ou l’objet lui-même peut bouger, ce qui
implique que les données acquises pour chaque vue sont exprimées dans des repères
différents. Dès lors, avant d’utiliser simultanément les paramètres de projection des
différentes vues, ceux-ci doivent être exprimés dans un système de référence commun ;
celui lié à l’objet à modéliser. Cette tâche est rendue possible grâce au corps rigide fixé à
l’objet et dont on connaît la position pour chaque cliché. La construction d’un système de
coordonnées orthonormé lié à l’objet considéré est aisée puisque nous connaissons la
position des 3 points (diodes du corps rigide) fixés rigidement à celui-ci dans le système de
référence du localisateur optique. Les paramètres de projection de chaque vue peuvent
donc facilement être exprimés dans le repère lié à l’objet grâce à un simple changement de
coordonnées.
Construction des cônes de projection
Pour construire le cône de projection d’un objet relatif à un certain cliché, nous devons
déterminer le contour de l’objet sur l’image. Plusieurs types de méthodes de détection de
contour existent : automatiques, semi-automatiques ou manuelles. Quelle que soit la
méthode considérée, son résultat peut se ramener à un ensemble de points ordonnés
définissant un contour polygonal. Nous avons montré plus haut qu’il était possible de
transformer les coordonnées bidimensionnelles (exprimées en pixels) d’un point de l’image
en coordonnées tridimensionnelles exprimées dans le système de référence du localisateur
optique. Un second changement de coordonnées permet ensuite de connaître les
coordonnées de ce point dans le repère lié à l’objet considéré.
La source de rayons X, connue dans le système de référence du localisateur, peut
également s’exprimer dans ce repère.
Pour chaque vue considérée, les rayons du cône de projection, reliant la source aux points
du contour de l’objet, sont donc connus dans un repère unique lié à l’objet (Fig. 3.12.).
Fig. 3.12. - Cônes de projection d’un objet relatifs à deux vues a et fi
Les applications que nous envisageons concernent la modélisation d’objets allongés selon
une dimension. Ils possèdent donc un axe principal prépondérant et deux autres axes
secondaires. En outre, les vues de ces objets sont prises selon des directions
approximativement perpendiculaires à cet axe principal, ce qui implique que les contours
de l’objet dans les plans de projections sont également allongés. Un cône de projection
étant défini par son sommet et un tel contour, on peut définir une série d’autres éléments
particuliers relatifs au cône (Fig. 3.13.) :
3. CONSTRUCTION DE MODELES TRIDIMENSIONNELS A PARTIR D’UN NOMBRE
RESTREINT DE PROJECTIONS
le centre de gravité du contour, calculé en triangulant le contour polygonal (voir 3.4.5.
pour l’algorithme de triangulation utilisé), en remplaçant chaque triangle par son
centre de gravité pondéré par l’aire du triangle et en calculant la moyenne de ces points
ainsi pondérés,
la direction principale du contour, donnée par la direction du vecteur propre
correspondant à la plus grande valeur propre de la matrice de covariance des points
pondérés générés pour le calcul du centre de gravité,
- la droite principale d’un contour qui est la droite passant par le centre de gravité du
contour et parallèle à la direction principale de ce dernier,
- la droite centrale d’un cône de projection, définie comme la droite passant par le
sommet du cône et par le centre de gravité du contour,
le plan principal d’un cône, défini comme le plan contenant la droite centrale du cône
et la droite principale du contour.
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