Théorie des mondes possibles

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Parcours exploratoire et virtualités : une théorie des mondes possibles vidéoludiques

Parcours exploratoire et virtualités : une théorie des mondes possibles vidéoludiques

Au second chapitre, nous avons posé les bases d’une théorie des mondes possibles vidéoludiques en débutant par définir la notion de monde vidéoludique elle-même : il s’agit d’un ensemble artéfactuel composé d’actifs (nécessaires ou possibles) qui sont agencés par des procédures (nécessaires ou possibles) et qui a la propriété d’être interactif et ludique, au sens où il facilite l’adoption d’une posture cognitive qui correspond à l’attitude ludique de Jacques Henriot. Afin d’y accéder, la joueuse doit effectuer une opération de recentrement vidéoludique qui, au contraire des notions de recentrement fictionnel (Ryan) et de recentrement virtuel (Van Looy), ne consiste pas seulement à feindre de se relocaliser au sein d’un monde artéfactuel, mais qui pose plutôt que la joueuse arrive à se délocaliser partiellement, à partager sa puissance actualisante entre deux mondes : le monde réel qu’elle habite et le monde vidéoludique. La joueuse ne feint pas d’actualiser un monde de jeu : elle l’actualise réellement et le dynamise par ses actions. La dernière partie de ce chapitre a eu pour objectif de mettre de l’avant, en s’inspirant des travaux de Lubomír Doležel dans son ouvrage Heterocosmica, les mécanismes par lesquels le monde vidéoludique peut être actualisé. Ce dernier est une entité essentiellement statique jusqu’à ce qu’une joueuse, qui est externe au monde, vienne le dynamiser par son acte de jeu.
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De théodicée en théorie de la fiction :  le paradigme des mondes possibles dans la littérature de jeunesse contemporaine.

De théodicée en théorie de la fiction : le paradigme des mondes possibles dans la littérature de jeunesse contemporaine.

De telles questions avaient été marginalisées en critique littéraire au moment où prédominait encore, il n’y a pas si longtemps, le dogme structuraliste. Le grand mérite des oeuvres considérées est de les mettre en lumière en en faisant tout à la fois le sujet, l’argument et la méthode qui structurent leur fiction. Ce n’est donc pas pour rien si cette résurgence du mythe des mondes possibles dans la littérature de jeunesse contemporaine coïncide, à plus large échelle, avec le changement de paradigme qui a fait passer de la galaxie Gutenberg à l’ère du numérique et d’une civilisation de l’imprimé à la prépondérance de l’image virtuelle. De monadologie en phénoménologie et de théodicée en théorie de la fiction, une nouvelle épistémè se met en place pour dépasser la sacro-sainte clôture du texte et réinstaurer la porosité qui institue l’activité de lecture comme le fonctionnement de l’imaginaire. Une telle révolution n’est pas sans impact sur la portée de telles oeuvres. Contrairement à ce que prétend trop souvent le sens commun, une littérature ayant fait le pari d’investir la fiction au point d’en dérouler tous les possibles n’est pas nécessairement un péril pervers qui détourne les jeunes esprits des réalités du monde qui nous entoure, bien au contraire : les interrogations qui hantent de tels récits sont au fond très exactement celles-là même auxquelles sont confrontés – souvent sans le savoir – les jeunes publics convertis aux jeux en ligne et/ou aux métavers. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si tous les héros du corpus sont des orphelins en recherche d’ascendance, à l’instar du Will de À la croisée des mondes : si c’est à lui qu’échoit le privilège de passer entre les univers, c’est bien que toute son histoire procède d’une volonté de déployer « des jeux imaginaires » pour « reprendre le flambeau 34 » d’une paternité disparue. On songe aux bâtards romanesques décrits
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Fondements métaphysiques des probabilités leibniziennes par le degré de perfection des mondes possibles

Fondements métaphysiques des probabilités leibniziennes par le degré de perfection des mondes possibles

12 Avant d’élaborer notre thèse, notons un élément important de la conception philosophique des probabilités : de nos jours, il est généralement admis qu’il existe deux concepts de probabilité. D’une part, nous retrouvons une probabilité dite « physique » ou « objective », représentant la probabilité de survenance d'événements dont la réalisation dépend de l’agencement de conditions physiques connues. Plusieurs philosophes des probabilités réfèrent à cette conception de la probabilité en parlant de processus physiques présentant des fréquences stables (à long terme). On peut considérer ce type de probabilités comme se rapportant à une situation où les éléments importants du monde extérieur sont déjà connus, donnés, et transposés en langage mathématique. Comme exemple de probabilité physique, on peut penser à la probabilité de piger certaines combinaisons de billes de couleur lors d'un tirage dans une urne, où la composition de l’urne est connue. On pourrait aussi prendre comme exemple de probabilités physiques les événements reliés aux lancers de dés. Le deuxième concept de probabilité réfère à ce qui est communément appelé la probabilité « inductive », « subjective » ou « épistémique », représentant l'incertitude épistémologique devant des affirmations circonstancielles, ou lors de la prédiction d'un événement futur. Ainsi, cette forme de probabilité peut s'appliquer à un grand nombre d'événements. Principalement, les philosophes utiliseront cette forme de probabilité pour analyser les liens de causes à effets, ou encore pour calculer la probabilité qu'une certaine théorie physique soit juste, ou finalement pour l’étude de l’induction selon laquelle les événements passés donnent une indication des événements futurs. Plusieurs tentatives ont été effectuées afin de regrouper cette dualité en un grand concept plus général, avec plus ou moins de succès. Nous n'en approfondirons pas davantage l'analyse dans ce mémoire. On pourra référer à Gillies (2000) pour une revue exhaustive des interprétations contemporaines de la théorie des probabilités.
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Les cités et les mondes de Luc Boltanski

Les cités et les mondes de Luc Boltanski

LE MODELE DE BOLTANSKI : LES CITES ET LES MONDES La conception de la justice chez Boltanski et ses élèves, élaborée dans des travaux publiés surtout au début des années 90, commence aujourd’hui à passer dans les textes de vulgarisation. La théorie des « Cités » et des « Mondes » est ainsi utilisée, par exemple, par des formateurs en travail social. Elle vient concurrencer les analyses classiques en termes de stratégie (Crozier, Friedberg) ou en termes de champ et d’habitus (Bourdieu). Il est donc utile de la présenter brièvement, étant donné la place qu’elle commence à occuper dans la sociologie francophone. Il reste qu’il s’agit d’un langage s’écartant du langage habituel de la sociologie, élaboré par une école de pensée particulière au fil d’ouvrages publiés au cours des douze dernières années. Le résumé qui est présenté ici est personnel et il ne peut donc remplacer, pour ceux que cette conception intéresse, la référence aux textes. Ainsi, nous avons construit nous-même une bonne part des exemples. Et par ailleurs, on s’est permis, assez fréquemment, mais en le signalant chaque fois, de s’éloigner de la terminologie de Boltanski lorsque celle-ci ne nous paraît pas claire ou lorsqu’il paraît possible d’en donner une « transposition » dans des termes plus familiers de la sociologie. Dans ce cas, on a signalé par un astérisque la première utilisation d’un terme qui ne fait pas partie du vocabulaire de l’auteur. Nous invitons donc le lecteur à considérer le texte qui suit davantage comme une « interprétation » de la conception boltanskienne que comme un exposé pur et simple 1 . Par ailleurs, pour simplifier l’exposé, certains commentaires ont été renvoyés à des notes de bas de page qui ne font pas partie de la matière.
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Deux mondes et l'action du corps

Deux mondes et l'action du corps

177 rayon visible. C’est seulement sous le point commun de « ce qui reflète le rayon visible », que nous pouvons percevoir les choses extérieures et être perçus. Nous pouvons néanmoins nous demander si nous ne pouvons pas connaître d’« autre chose ? Quand on parle quotidiennement d’une autre chose, ou quand on dit : « c’est autre », il s’agit justement du problème de la théorie de connaissance. En effet, l’on trouve ce qui est autre sous le critère de ce qu’on connaît, ou bien de ce qui nous appartient. Pour parler rigoureusement, de ce qui existe tout autrement que nous le faisons, on ne le connaîtra pas du tout, même on ne prendra jamais conscience de son existence. Permettons-nous d’utiliser le terme « désordre » dont Bergson parle dans l’Évolution Créatrice. Il est ce qu’on nomme ainsi, dit-il, à cause de l’absence d’un ordre qu’on cherche ou attend. Il faudrait donc l’appeler « autre ordre », au lieu d’appeler « désordre », sans présupposition qu’il y aurait le néant quelque part, sans supposer qu’il n’a rien du caractère d’un ordre. Bergson nous fait remarquer que cet « autre ordre » serait en dehors de notre idée toute faite de l’ordre, puisqu’il déborderait le concept de l’ordre, comme le fait le chaos. Or, peut-on appeler autre ordre ce qui est au-delà du cadre de nos connaissances ? Ne serait-il pas pertinent qu’on dise « autre » ce dont on ne connaît jamais de l’existence ? Pour dire une chose autre, il faut en connaître au moins ce qui n’est pas même et, pour cela, il faut le percevoir et le penser, bref, le déterminer. Mais dans le cas où il s’agit d’une chose à tout autre niveau ontologique que, peut-on même l’imaginer ? Il est vrai que l’imagination résulte elle aussi de notre connaissance, quoi qu’elle soit consciente ou inconsciente. En quoi consisterait la représentation d’une telle nouveauté ? Pour représenter quelque chose de nouveau, il faut recomposer des signes ou bien des termes qu’on connaît déjà. Et Bergson dit que « comment une chose nouvelle peut-être représentée par une autre qui est déjà connue ? Ce n’est pas possible ; ce sont deux choses différentes ». 197 Au sujet de l’Autre, donc, on ne peut pas le représenter, ni l’imaginer, ni le mentionner. Car il est au-delà de tout ce qu’on connaît déjà, et,
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Pluralité des mondes et questionnement sur Dieu

Pluralité des mondes et questionnement sur Dieu

L'individu en effet prime sur l'ensemble et le monde lui-même est perçu comme une singularité. On voit apparaître ici la théorie ockhamienne de la connaissance. En définitive, chez Guillaume d'Ockham comme chez Thomas d'Aquin, les présupposés noétiques conduisent ces deux auteurs à soutenir des positions opposées sur la question de la pluralité des mondes, plus que la condamnation de 1277 . Celle-ci possède néanmoins son importance, car elle engage, comme on l'a vu plus haut, à la fois une redéfinition de la théologie par rapport aux connaissances profanes, science et philosophie, et une réappréciation du rapport de la puissance ordonnée à la puissance absolue du Créateur. Mais, l'articulation de la pensée au réel et son expression par le langage a un rôle au moins aussi important pour comprendre les engagements ontologiques opposés de Guillaume et de Thomas et la réponse différente qu'ils apportent à la question de savoir s'il existe un ou plusieurs mondes.
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Les mondes de l'art au-delà des artistes

Les mondes de l'art au-delà des artistes

dès le premier article que Becker a consacré à la question (Becker 1974). Pour Brenda et Charles Griffin, la notion de coopération se caractérise par une profonde ambiguïté. Tout d’abord, l’affirmation que l’artiste travaille au centre d’un vaste réseau de personnes peut faire l’objet de deux lectures : 1. les différents coopérants sont conscients de l’existence les uns des autres ; 2. la coopération dont il est question n’implique pas nécessairement de contacts, et ne suppose pas la connaissance du réseau de coopération permettant à l’œuvre d’être produite (Griffin & Griffin 1976 : 174). En outre, ajoutent les deux auteurs, l’analyse beckerienne de l’action collective n’est pas claire quant à la place qu’elle accorde aux divers conflits qui alimentent la production des œuvres (ibid. : 176), un point également discuté dans la réception française des Mondes de l’art. Pierre-Michel Menger oppose ainsi la coopération aux « situations strictement conflictuelles » (in Becker 1988 : 8). En rapprochant interactionnisme et théorie des jeux, il suggère que la notion de coopération chez Becker pourrait s’apparenter à une action guidée par un but coopératif tel que le définit Edna Ullman-Margalit (ibid. :18). Selon cette acception, il n’y aurait coopération à strictement parler que dans les cas où les participants ont « au moins un intérêt […], celui de faire exister le type d’art concerné » (ibid. : 8).
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La pluralité des mondes

La pluralité des mondes

L’évolution de nos connaissances depuis la Renaissance aura produit un premier effet de décentrement et le sentiment d’être perdus dans un univers dont la périphérie est partout et le centre nulle part. Pascal consignera ce sentiment dans la pensée célèbre où il confesse : « Le silence éternel des espaces infinis m’effraie » (Brunschvicg 206, Lafuma 201, Le Guern 187, Sellier 233). La théorie de l’évolution de Darwin et Wallace nous aura intégrer à la longue suite des chaînons de la vie et rendus à notre animalité, la théorie de l’inconscient nous aura ôté l’illusion de notre propre souveraineté sur nos pensées, la découverte de la vie ailleurs que sur terre nous aura enfin jeté dans l’empire de la banalité et contraints de finir de consentir que rien ne peut plus être l’objet en l’homme d’une admiration aussi naïve que présomptueuse. L’homme et le vivant dont il dépend pourraient bien devenir à nos yeux objet de déception si tout leur est ôté jusqu’au privilège de la vie voire de l’intelligence.
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De l'adolescente errante dans nos mondes contemporains

De l'adolescente errante dans nos mondes contemporains

fantasme forment comme une grande fenêtre sur le vide qui désigne une place - celle du nom, que le sujet doit occuper une seconde fois. Du nom et du sexuel Le nom, bien sûr, n'est pas la référence mais ce à partir de quoi il peut y avoir de la référence. L'habitat du nom se dessine comme un défi pour celui qui ne sait loger son être entre parade et déchéance, entre rebut et fétiche. Face à ce vide représentationnel les adolescents, les garçons surtout, scindent très nettement la figure paternelle. La théorie sexuelle infantile abandonnée, le père apparaît à nouveau comme sexué, sexuel. L'enfant est le produit du génital. Les pulsions partielles ratent, elles ne peuvent plus être théorisées comme essentiellement fécondes, responsables de la naissance sexuée de l’enfant. Du moins cet aspect de ce que Freud a nommé « Théories sexuelles infantiles » passe-t-il à l'inconscient, désignant ainsi les croyances pulsionnelles sur l’enfantement. A l’adolescence, ces théories vivent dans le murmure du psychisme inconscient, et c’est l’agent du sexuel, les parents sexués et la génitalité qui doivent être symbolisés. La puissance paternelle doit être pensée afin que le soit la fonction sexuelle. Le père sexuel et l’ensemble de la puissance sexuelle appelle une symbolisation laquelle s’opère le plus souvent par des traits symptomatiques d’identifications et de contre-identification.
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Les mondes de l'image: entre fiction et réalité

Les mondes de l'image: entre fiction et réalité

L’heure, dit-on, est au mélange des genres audiovisuels. Pourtant, le cinéma et la télévision, qui en sont le terreau, manquent singulièrement d’un système structurant, qui permette d’expliquer aussi bien la conception, la structuration des films et des programmes que leur réception. C’est dans le but de combler un tel manque que cet article propose une théorie des genres qui se fonde à la fois sur une sémiotique de l’image et sur une approche pragmatique des genres, conçus comme des promesses sur des manières de faire des mon- des. Dans la mesure où la fiction occupe un rôle crucial dans la définition des genres, cet article s’interroge d’abord sur ce concept, qui n’est guère consensuel s’agissant de l’image. De l’examen des divers sens que l’on donne au terme fiction s’agissant de l’image et des sons, il dégage les trois façons dont on les pense comme signes, qui sont autant de façon de construire leur objet. Il devient alors possible de définir les mondes de l’image (et des sons) qui en sont les interprétants.
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Construire des mondes : une démarche picturale immersive

Construire des mondes : une démarche picturale immersive

Lorsque je regarde un de mes corpus installés dans l’espace d’exposition, je pense vivre une expérience équivoque et c’est ce que j’essaie de créer pour un regardeur éventuel. J’observe mes travaux en décuplant mes points de vue et ensuite je cherche à lier les choses entre elles. Ainsi, mon regard et mon corps sont mobiles dans l’espace afin de comprendre l’organisation formelle et narrative du tout. En créant des jeux d’association entre les images, je vois se tisser plusieurs histoires qui s’entrecoupent. Ainsi, je m’amuse à multiplier les pistes narratives. Cela décuple le nombre d’interprétations possibles que l’on peut faire de mon travail. J’ai alors la sensation que je simule une histoire dont j’ignore complètement les tenants et aboutissants. Lorsqu’une piste narrative devient trop lisible et illustrative, j’ai le réflexe de la briser. J’ai besoin de sentir que, moi-même, je n’ai pas les clefs pour comprendre toutes les énigmes qu’un ensemble propose. J’ai besoin de sentir qu’il y a un mystère qui habite mon travail, puisque c’est celui-ci qui stimule mon imaginaire.
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Guerre des mondes - offre de paix

Guerre des mondes - offre de paix

On ne se rend pas compte à quel point était commode cette solution au problème de la composition d’un monde commun —nom que l’on peut donner à la politique.2 Car enfin, le travail était fait, l’unité déjà constituée, armée de pied en cap, le monde était déjà unifié, il ne restait plus qu’à en convaincre les derniers récalcitrants —et si l’on échouait, eh bien, l’on pouvait toujours ranger le résidu dans les valeurs à respecter, la diversité culturelle, la tradition, etc. bref les regrouper dans un musée ou une réserve. On les transformait alors en des formes plus ou moins collectives de subjectivité, d’où elles ne pourraient jamais revenir pour prétendre à l’objectivité et occuper une place dans le monde. On les avait à jamais banni, comme les femmes et les enfants de dynasties renversées qu’on enfermait à vie dans des couvents. A cette époque pas si lointaine, il ne pouvait pas exister de guerre des mondes. Il y avait certes des guerres, innombrables, mais il n’y avait du moins qu’un seul monde qui autorisait à parler, sans hésitation, d’une planète, d’une humanité, des droits de l’homme, de l’humain comme tel.
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Les figures de l’habitant dans les mondes virtuels

Les figures de l’habitant dans les mondes virtuels

Bien que le « squat » n’existe pas au sens strict du terme dans les mondes virtuels, nombreux sont ceux qui profitent des territoires laissés « ouverts » par les propriétaires ou administrateurs ; ces derniers souhaitant par exemple partager ce bien avec la communauté, vendre des objets, organiser des événements, valoriser leurs productions, etc. (Lucas, 2013a). Il est intéressant de constater qu’un utilisateur qui ne possède pas de lieu « à lui » peut prendre pour « habitude » de se connecter ou se déconnecter d’un même endroit, à l’image de ceux qui mettent en place des « conventions de phasage », qui sont des phases en début de session durant lesquelles un joueur va prendre le temps de se remettre « dans la peau » de son avatar (Auray, 2003). C’est ce que fait Makoun, un avatar de Second Life que nous avons rencontré. Ce dernier occupe habituellement un espace de manière opportuniste au point que celui-ci est devenu son « point de chute ». Il déclare même considérer ce lieu « un peu comme le sien », bien qu’il n’ait aucune possibilité d’action sur lui. Il est donc incapable de faire plier ce lieu à son image. Malgré cela, il éprouve une certaine « attache » à ce lieu, dont il affectionne particulièrement l’ambiance. Alors qu’aucune trace, aucune empreinte, aucun stigmate n’est lisible après son passage, l’« habitant-opportuniste » peut éprouver un certain ancrage psychique pour un lieu, c’est-à-dire un « attachement », parce qu’un lien s’est créé, qu’il est attaché à lui, affecté par lui (Latour, 2000 ; Hennion, 2010). Paradoxalement, alors qu’il ne possède pas le lieu qu’il occupe par la présence de son avatar, il peut être « possédé par lui ». Ainsi, par la répétition de l’ancrage corporel de leur avatar en un même lieu (habitude), certains individus développeront le sentiment de loger, voire d’habiter dans un lieu qu’ils ne possèdent pas, et au sein duquel ils ne peuvent pas se répandre. En un sens, l’habitant-opportuniste est plus habité par le lieu qu’il ne l’habite. En revanche, cet ancrage corporel et affectif reste précaire, car soumis à l’accord d’un tiers qui peut choisir à tout moment de restreindre l’accès au lieu qu’il partage. D’une certaine manière, le sentiment d’habiter, voire l’« effet d’habiter », peut alors se dissiper rapidement.
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Intermédiaires culturels et mobilisations dans les mondes de l’art

Intermédiaires culturels et mobilisations dans les mondes de l’art

Le présent dossier, qui prend le parti d’un traitement trans-sectoriel (musique, cinéma, littérature et beaux-arts), entend explorer ces questionnements en adoptant une démarche jusqu’alors peu usitée : il s’agit d’appréhender les activités artistiques en les situant dans leur « écologie » institutionnelle, économique et sociale, en nous inspirant du travail théorique mené par Andrew Abott à propos du processus historique de constitution des « territoires professionnels » 1 . Autrement dit, plutôt que d’observer soit les artistes et leur environnement, soit les publics ou les commanditaires et leurs pratiques, nous avons choisi de nous intéresser aux activités intermédiaires qui s’emploient, à travers des activités diverses, à les mettre en relation : agents d’artistes, galeristes, programmateurs, financeurs, promoteurs, etc. En réintégrant dans les mondes de l’art l’ensemble des « personnels de renfort » 2 qui en sont parties prenantes, les productions artistiques et culturelles étudiées sont ainsi replacées dans des systèmes d’intermédiation qui déterminent leurs contours et leurs modalités. Ces systèmes définissent, en effet, la répartition des territoires d’activités entre divers métiers (ou groupes), et les tensions entre ces derniers, liées à la défense ou à la conquête de ces territoires. Par exemple, dans chacun des secteurs de la production culturelle, le territoire constitué par le contrôle du marché du travail artistique est l’objet de luttes entre ses multiples protagonistes (artistes de différents statuts, employeurs de types multiples, etc.) pour la répartition des risques et des bénéfices qui lui sont associés ; les tentatives de délimitation des frontières avec les territoires avoisinants, tels que celui du financement et du montage des projets artistiques, celui de la distribution des œuvres ou encore celui de la prescription des goûts, génèrent également de multiples tensions.
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L'entreprise face aux mondes virtuels

L'entreprise face aux mondes virtuels

La station de métro Chatelet-les-Halles est réputée par l’ampleur et la complexité de son réseau de couloirs. Devant la multitude de chemins envisageables et le temps nécessaire pour se repérer, des comportements de stress apparaissent dans cette station. Ce stress peut être renforcé en fonction de plusieurs variables : densité de la foule, pannes, retards, travaux, etc. Or, le stress affecte les capacités du voyageur à s’orienter. La taille importante de Châtelet- les-Halles en fait un endroit qui apparaît anxiogène pour certains voyageurs. Cette station apparaît alors comme le lieu idéal pour la RATP afin d’expérimenter un Serious Game pour apprendre aux voyageurs à se repérer dans les transports parisiens. De plus, en introduisant une possibilité de dialogue entre un agent RATP et les joueurs, ce jeu permet aussi de former les agents à RATP à mieux conseiller et orienter les voyageurs perdus. Pour apprendre au voyageur à s’orienter dans le métro, le Serious Game favorise l’immersion dans plusieurs scénarios de jeu possibles où l’objectif du joueur est d’arriver à bonne destination en prenant le meilleur chemin pour y arriver compte tenu de ses contraintes personnelles. Pour cela, le joueur doit être capable d’analyser son environnement (panneaux, foules, ...) et de se diriger dans les couloirs du métro.
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Du champ des possibles à l'espace du pouvoir

Du champ des possibles à l'espace du pouvoir

manière tout à fait appropriée par le concept grec d’« archê ». Ce terme désignant tout aussi bien le commencement que le commandement fait référence à la fondation d’une cité, sur le plan physique mais aussi politique, dans une inscription à l’ordre cosmique des choses (gnomon). Le préfixe du mot architecture conduit alors l’auteur à cette définition préalable : « configuration de choses qui rend des événements possibles 1 », englobant les prédicats d’activité (la structuration de l’espace), de produit (de son époque, des techniques, d’une idéologie) et d’instrument (comme médiation entre l’humain et la nature). L’architectonique qui fait de l’Homme la mesure de toute chose, comme chez Vitruve, peut alors être
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L'anthropologie de la communication pour étudier la rencontre des mondes

L'anthropologie de la communication pour étudier la rencontre des mondes

Au bilan, l‟anthropologie conserve deux atouts, le premier en tant que biographe des sociétés disparues et panoptique des savoirs réunis sur ces sociétés. Elle a accumulé pas mal de matériaux, d‟objets, d‟informations sur la diversité des cultures perdues, à partir desquels elle peut s‟interroger et mettre en abîme nos mondes contemporains aplanis par la globalisation. Le second atout est sa méthode, d‟immersion ethnographique, d‟observation patiente, de compréhension des microsociétés étudiées par imprégnation, et en même temps, de mise en perspective des connaissances recueillies, en les resituant dans un projet anthropologique global plus vaste, celui d‟une histoire de l‟humanité, qui débute avec des communautés dispersées de par le monde, isolées les unes des autres, communautés qui, fascinées par leurs différences, ont commencé à se rencontrer, jusqu‟à former cette civilisation planétaire que tissent les réseaux de communication.
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Les mondes apicoles entre agriculture et environnement

Les mondes apicoles entre agriculture et environnement

temps long. C’est précisément l’objet de cette introduction : fournir un éclai- rage histo rique et des repères chronologiques permettant de mieux com- prendre la place singulière de l’apiculture, évoluant au fil du temps entre agriculture et environ nement. Pour en rendre compte, nous analysons d’abord le pro cessus historique de dissociation entre ces deux activités « sœurs » [Decourtye 2018] – l’apiculture et l’agriculture – sous l’effet du « progrès agri- cole » qui met fin à l’existence de l’« apiculture paysanne » et entérine la rup- ture entre deux mondes dont les rapports oscillent entre complémentarité et antagonisme. Puis, nous revenons sur le basculement des années 1990 qui ouvrent une période caractérisée par deux phénomènes majeurs. Le premier renvoie à l’effondrement des colonies d’abeilles dans les élevages apicoles ; le second à l’émergence des préoccupations environnementales à l’échelle inter- nationale autour du déclin des abeilles sauvages et à l’irruption dans l’espace public des enjeux de pollinisation. Enfin, nous examinons les conséquences de ce double processus sur l’exercice de l’activité apicole en montrant qu’elle oscille entre deux tendances : celle de « l’agricolisation » associée à une profes- sionnalisation et celle du développement d’une apiculture au plus près de la nature. L’api culture apparaît alors plus diversifiée que jamais dans ses formes, ses objectifs, ses pratiques et ses publics.
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Tourisme et pauvreté : le champ des possibles

Tourisme et pauvreté : le champ des possibles

27 Le tourisme ouvre un champ des possibles dont les incidences (positives, négatives) relèvent du contexte dans lequel s’inscrit le projet touristique. Les dérives ne sont pas inéluctables (mais résultent davantage d’un laisser-faire, éventuellement motivé par des intérêts financiers) et, inversement, il ne faut pas avoir la naïveté de considérer que le tourisme porte intrinsèquement des valeurs qui conduiraient «  au meilleur des mondes  ». Comme tous les projets de développement, il donne une nouvelle orientation économique motivée par l’identification de potentialités dans une conjoncture favorable, plus ou moins soutenue par une communauté hôte (peu ou prou cohérente, fragilisée, ouverte…), avec des enjeux financiers complexes (allant du local à l’international) et l’implication d’acteurs avec des intérêts parfois contradictoires. 2.2. Le tourisme pro-pauvre : la lutte contre la pauvreté grâce au tourisme
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Ouvrir l'Université aux possibles démocratiques

Ouvrir l'Université aux possibles démocratiques

Il s’agit ici de prendre la mesure de deux schismes historiques que les mondes du savoir ont vécu et nourri : celui du « penser » et du « faire » pour reprendre les propos de Dominique Pestre (2009) qui féconda une dépolitisation lente mais inexorable de la corporation des scientifiques, chercheurs et ingénieurs ; celui du spirituel et du scientifique enfin, qui évacue la question du sens de la pensée, du sens de tous les métiers de la connaissance. Dans le premier cas, c’est la question du lien entre savoir et démocratie que nous devons affronter, mais recontextualisé, sans se goberger de grands mots mais de perspectives sociales, économiques et politiques très concrètes. Dans le second cas, la crise actuelle illustre le saut que nos sociétés sont en train de franchir : celui du besoin « congénital » d’un méta-discours. Qu’il fût théologique à ses origines, philosophiques par la suite, scientiste plus récemment, l’univers des savoirs ne peut faire l’économie d’un « encastrement » spirituel et laïque - sous peine de nourrir une crise du sens aux effets incommensurables. Nous faisons le pari que nous assistons aujourd’hui à l’apparition d’un paradigme « écologique » au sens très large et qui dépasse les disciplines éponymes. Ecologie des savoirs (profanes, techniques et scientifiques compris), biodiversité des disciplines, coopération conceptuelle etc.… Les révolutions les plus douces - ce souterrain des choses aurait dit Walter Benjamin - sont presque toujours en définitive les plus puissantes 21 . Elles sont en
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