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Les femmes dans l'armée française pendant les guerres (XIXe-XXe siècles) : histoire, historiographie et problématique de genre

Les femmes dans l'armée française pendant les guerres (XIXe-XXe siècles) : histoire, historiographie et problématique de genre

De cette mutation de l’histoire militaire résultent donc de nouvelles perspectives parmi lesquelles celle de la mémoire collective. Les études d’histoire militaire transmettant notamment celle des guerres, envisager la féminisation de l’armée sous cet angle revient à s’interroger à la fois sur la mémoire individuelle des femmes militaires mais aussi sur l’héritage qu’elles ont légué à l’histoire. Selon Jacques Le Goff, « la mémoire est la matière première de l’histoire. Mentale, orale ou écrite, elle est le vivier où puisent les historiens 65 ». C’est parce que celle des femmes n’occupe que très peu de place dans l’histoire militaire que cette recherche s’est ensuite orientée vers sa restitution. Après un relevé minutieux des récits de guerre et des témoignages féminins, la question d’une transmission féminine de l’expérience guerrière s’est posée. Alors que l’existence d’une mémoire orale et écrite des militaires féminines de la première génération est incontestable, reste à savoir si celle-ci s’érige en lieu de mémoire tel que l’a défini Pierre Nora : « toute unité significative, d’ordre matériel ou idéel, dont la volonté des hommes ou le travail du temps a fait un élément symbolique du patrimoine mémoriel d’une quelconque communauté 66 ». Il a alors fallu se rendre à l’évidence : il existe bien des lieux de mémoire féminine mais ils sont loin d’avoir conquis leur place dans l’imaginaire collectif. Le rôle des historien-ne-s étant de « rendre compte de ces souvenirs et de ces oublis, pour les transformer en matière pensable 67 », leur étude permet de restituer l’expérience guerrière des femmes. Il n’est pas pour autant question de faire de cette restitution un devoir de mémoire qui « implique une lecture du passé univoque ; proche d’une mémoire officielle, en opposition avec une appré- hension souple et diverse d’un même passé 68 ». Il s’agit plutôt de rétablir dans une globalité mémorielle la place et le rôle des femmes militaires dans les guerres françaises de 1939 à 1962.
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Penser à l'échelle du Monde. Histoire conceptuelle de la mondialisation en géographie (fin du XIXe siècle/entre-deux-guerres)

Penser à l'échelle du Monde. Histoire conceptuelle de la mondialisation en géographie (fin du XIXe siècle/entre-deux-guerres)

l’histoire de la géographie, non seulement se trouve avoir écrit un certain nombre de textes se référant au monde, et parmi les premiers dans les Annales de Géographie, mais il fut aussi, selon la nécrologie écrite par Emmanuel de Martonne, « le lien entre l’époque où la géographie, considérée à peu près exclusivement du point de vue historique, était réservée à un petit cénacle d’érudits, et celle où, en liaison avec les sciences de la nature en même temps qu’avec une vie économique de plus en plus active, elle s’imposait dans des cercles de plus en plus étendus, suscitant des travaux et des publications de plus en plus nombreux et tenant une place de plus en plus importante dans l’enseignement universitaire » (1941, p. 161). Il note même que Gallois, très investi dans la Bibliographie géographique, y trouvait matière à élargir « son expérience de la géographie moderne », qu’il y abordait « tous les sujets généraux et régionaux », « les grandes questions de la géographie économique et même politique » (et de citer ici l’article de 1898 sur le coton dans le monde) 13 . Gallois serait donc un géographe polyvalent, et sensible à la dimension mondiale ; nous le retrouverons de fait assez souvent, comme ces autres grandes figures. Il est apparu plus pertinent cependant, de consacrer quelques pages à des « géographes » secondaires, mais présentant suffisamment de traits communs pour dégager quelques chose comme un profil capable, dans une certaine mesure, d’expliquer l’apparition d’une pensée du Monde en géographie. Un profil intellectuel (centre d’intérêts, types de publications, lieux d’enseignement…) et idéologique (politique et économique) qui associe intimement, mais dans des proportions variables, géographie et économie. Commencer à dégager ce profil est l’ambition de ces éléments biographiques sur Daniel Bellet, Pierre Clerget, Henri Hauser, plus ou moins connus aujourd’hui 14 , et de la présentation plus étoffée de Maurice Zimmermann qui suivra 15 . Nous les envisageons ici dans les décennies 1890-1910, même si Clerget, Hauser et Zimmermann continuent à publier dans l’entre-deux-guerres, et nous les retrouverons d’ailleurs à tel ou tel moment. Mais l’enjeu est de ressaisir le tournant des années 1900 dans une perspective biobibliographique, et non de rédiger de complètes notices biographiques.
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Histoire et rhétorique : Grégoire de Tours et les guerres civiles mérovingiennes

Histoire et rhétorique : Grégoire de Tours et les guerres civiles mérovingiennes

67 cellule familiale se déchirait, alors que les fils combattaient leur père et que les frères s’affrontaient, afin d’accentuer le lien entre la fin du monde et les guerres civiles. 223 Après avoir démontré l’importance du récit qu’il s’apprêtait à narrer pour son auditoire, Grégoire pouvait aborder son thème principal de la guerre civile et de ses impacts sur le royaume. Pour ce faire, l’évêque de Tours a utilisé l’argument historique de trois manières. Premièrement, il propose des exemples indéfinis, mais assez facilement reconnaissables, dans lesquels il rappelle que des rois précédents ont été vaincus au moment où ils se sont divisés et que la ville des villes et la capitale du monde entier s’est effondrée à chaque fois qu’elle a été minée par la guerre civile. Les rois en question sont vraisemblablement les rois des Thuringiens. Rappelons que selon Grégoire, trois frères, Baderic, Hermanfried et Berthier dirigeaient ce royaume. Un jour, Hermanfried élimina Berthier et fut persuadé par sa femme de combattre Baderic pour s’emparer de sa section du royaume. Pour ce faire, il fit appel à Thierry afin de mener une guerre contre son frère et proposa au Franc de partager avec lui le territoire de Baderic. Thierry accepta et Hermanfried remporta une victoire qui fit de lui le seul maître des Thuringiens. Il oublia ensuite les promesses faites à Thierry et fut lui-même vaincu par une attaque commune de Thierry et de Clotaire. 224 Grégoire oppose donc
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Logiques nationales, internationales et identitaires : une histoire du pacifisme du Bureau International de la Paix dans l'entre-deux guerres

Logiques nationales, internationales et identitaires : une histoire du pacifisme du Bureau International de la Paix dans l'entre-deux guerres

Chapitre 5 – La paix : un secteur concurrentiel ? Fondé dans l’espoir d’unir à l’échelle internationale les efforts pacifistes des associations nationales, le Bureau sort de la Première Guerre mondiale exsangue. Les structures pacifistes nationales, par esprit d’Union Sacrée, n’ont pas tenu leur rang durant le conflit et se sont mises en sommeil. Le Bureau lui-même s’est détourné de ses objectifs pour se consacrer à la recherche des disparus au combat. Le contexte de l’immédiat après- guerre est donc celui de la reconstruction. Mais il est aussi marqué par l’émergence de nouveaux acteurs dans le monde pacifiste : la Société des Nations, objectif longtemps poursuivi par le Bureau, naît du conflit et à sa suite, pour l’accompagner dans un envol souhaité, l’Union Internationale des Associations pour la Société des Nations. Prônant la coopération, l’union des forces pacifistes, l’organisation bernoise, puis genevoise, doit aussi se positionner par rapport à ces forces pacifistes, nationales comme internationales. De par ses statuts, c’est dans sa relation aux autres qu’existe le Bureau. Mais, nous l’avons vu, c’est aussi de par sa démarcation qu’il peut continuer d’exister, ne serait-ce que pour des raisons financières. 1 D’autres considérations entrent aussi en compte dans son positionnement : volonté d’influence, de reconnaissance, de prestige ou encore d’indépendance. Autant de facteurs qui posent question à l’historien : de quelle manière le Bureau se place-t-il dans la construction de ce nouvel ordre mondial ? Comment envisage- t-il ses relations associatives tant à l’échelle nationale qu’internationale ? L’arrivée de nouveaux acteurs influence-t-elle la position du Bureau ? Sous couvert de collaboration, inhérente à la doctrine pacifiste, le pacifisme n’est-il pas finalement un secteur concurrentiel dans lequel chacun lutte pour son maintien ? Si le prisme par lequel nous observons le pacifisme dans l’entre-deux guerres reste limité au B.I.P., celui-ci peut toutefois servir de base pour certaines réponses.
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Le pire ami de l'homme. Du lapin de garenne aux guerres biologiques

Le pire ami de l'homme. Du lapin de garenne aux guerres biologiques

1 1 s'en est fallu d'un poil que je cui- sine un lapin aux amis qui viennent dîner ce soir. J'avais prévu le vin, les légumes qui le mettraient en valeur... Et puis, j'ai change d'avis. C'est que j'avais, entre-temps, mis la main sur Le Pire Ami de l'homme (Ed. Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 176 p., 13 €), formidable histoire de l'espèce écrite à quatre mains par Catherine Mougenot et Lucienne Strivay. Non pas que ces deux chercheuses, respectivement sociologue et anthropologue, m'aient sciemment découragée de manger la bête. Là n'est pas leur propos. Mais leur livre est si foisonnant, si passionnant, il relate si bien l'incroyable saga qu'a connue Oryctolagus cuniculus - tel est le nom latin du lapin - à travers siècles et espaces... que l'appétit m'en est passé.
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Histoire sociale, Histoire militaire et Histoire officielle

Histoire sociale, Histoire militaire et Histoire officielle

Cette histoire s’organise autour des opérations majeures et des guerres auxquelles le Canada a participé depuis un siècle et demi, qu’il s’agisse de guerres classiques, d’opérations de maintien de la paix ou de toute autre mission confiée aux forces armées. Des projets de recherche majeurs ont aussi mené à la publication d’ouvrages qui retracent l’histoire com- plète de la marine et de l’aviation canadiennes depuis leur création, dans les premières décennies du XX e siècle.

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Les chanteurs ambulants et l'édition musicale dans l'entre-eux guerres

Les chanteurs ambulants et l'édition musicale dans l'entre-eux guerres

Car si pour un artiste, rue peut rimer avec succès, c’est toujours à la condition d’en sortir. Sur le monde enchanté de la chanson se raconte, depuis l’apparition du vedettariat à la fin du XIXe siècle, la même édifiante histoire : celle des humbles débuts dans la rue de célébrités qui ont eu ensuite leurs noms en haut de l’affiche. La rue, magnifiée en “music-hall du courant d’air”, devient alors “école du spectacle”, lieu d’apprentissage du métier et de la rencontre avec le public et la gloire. De toutes ces vedettes issues du spectacle, la mémoire collective a retenu Piaf, la plus fameuse, mais il suffit d’ouvrir quelque dictionnaire de la chanson
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Guerres, conflits, transnational et territoire (Partie 1)

Guerres, conflits, transnational et territoire (Partie 1)

Les discours contemporains sur l'ordre international ne sont pas le réactif aux évolutions des conflits qui, objectivement, seraient plus nombreux et instaureraient le désordre, ils ont leurs propres normes de construction et déterminent nos visions de ce qu'est, à un moment donné, la conflictualité. Par exemple, les conflits périphériques, les conflits de basse intensité qui étaient négligeables deviennent le signe du désordre international. Dès lors, il existe des décalages (entre les acteurs concernés dits locaux et les acteurs occidentaux dits centraux), des retards de perceptions (croyances dans la primauté de l'État des stratégistes), ou des anticipations qui créent par leurs catégories nouvelles, de nouvelles visions sur l'ordre international joignant ce qui était disjoint (zone grise, turbulences stratégiques) et disjoignant ce qui était insécable auparavant (guerres populaires en narco guérilla, terrorisme, crime organisé...). Ces nouvelles visions sur la sécurité, sont alors autant dépendantes des luttes internes entre ces acteurs de la sécurité pour imposer une grille de lecture sur " le sens " du monde que des évolutions contemporaines de la conflictualité. Nous avons analysé le premier temps de cette dynamique dans un article précédent en décrivant comment un certain nombre de " grands récits " (fin de l'Histoire, unipolarité, désordre international, clash civilisationnel) ne se distribuent pas au hasard de l'inventivité de quelques intellectuels, mais selon des logiques de positionnement au sein du monde de la sécurité et selon l'économie des luttes qui s'y déroulent pour la prédominance ; prédominance qui tient à la capacité de désigner qui sera le nouvel ennemi, où sont les menaces, et qui fait peur 2 . Ces discours provenant des acteurs de la sécurité créent des
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Une étude de trajectoire. Kyrille Popoff, les guerres et la balistique

Une étude de trajectoire. Kyrille Popoff, les guerres et la balistique

Le problème fondamental de la balistique extérieure peut être énoncé assez simplement comme celui consistant à étudier le mouvement d’un projectile (typiquement un obus) après son expulsion de la bouche d’un canon. Sous cette forme, on comprend qu’il s’agisse effectivement de la question principale à laquelle doit faire face une artillerie quand elle dispose et utilise ses canons. L’histoire de la balistique peut donc ainsi être grossièrement mise en parallèle avec celle des techniques militaires utilisant des projectiles, ce qui la fait remonter à l’Antiquité. Naturel- lement, l’apparition de la poudre et des canons dans l’Europe de la fin du Moyen-Age fit considérablement évoluer les nécessités relatives aux modes d’utilisation de l’artillerie, et la mise en place des lois de la mécanique newtonienne consacra la balistique comme une branche de la mécanique. L’ingénieur-général Prosper Charbonnier, qui prit la tête de la commission de Gâvres en 1912, et qu’on retrouvera plus loin en liaison avec Popoff, écrivit en 1928 un petit opuscule ([8]) sur l’his- toire de la balistique depuis ses origines plus ou moins conçu comme une introduction à l’imposant traité en deux volumes publiés en 1921 et 1927 ([6], [7]) où il prétendait faire le tour des différentes approches développées jusque là. Ce n’est évidemment pas un hasard si ce traité fut publié au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le conflit joua un rôle essentiel dans l’évolution non seulement de la technique balistique mais aussi de la reconnaissance de celle-ci comme science à part entière. Une des raisons fut clairement l’implication de scienti- fiques mobilisés dans des études balistiques (telles que la construction de tables de tir) en étroite liaison avec les autorités militaires. Sur cette histoire, considérable, on pourra se reporter aux travaux de D.Aubin [1] et de A.Carrière et L-R.Oudin [5]. En outre, on pourra consulter [9] pour voir un inventaire des travaux réalisés à cette époque.
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L'École normale de Douai durant l'entre-deux-guerres

L'École normale de Douai durant l'entre-deux-guerres

1) Les origines géographiques. Comme le relève Jean-François Chanet dans son ouvrage, l’Ecole républicaine et les petites patries, le monde des instituteurs et des institutrices primaires forme une institution de « proximité » qui recrute ses maîtres essentiellement à l’échelle du département. Par le concours organisé au niveau départemental, par l’action des inspecteurs primaires et le rayonnement de l’école normale, l’enracinement est très fort. On insiste aussi lors des années d’école normale sur la nécessité d’enraciner l’enseignement primaire sur les réalités économiques locales, sur le besoin aussi de stopper l’exode rural. Histoire locale, sorties pédagogiques viennent donner le culte de leur petite patrie, qui doit être intégrée dans la grande nation 25 . Le maître comme la maîtresse sont aussi « l’homme » à tout faire de la république qui doit s’engager dans la commune au service de l’éducation prolongée et de l’ensemble des habitants. Cours du soir, conseils agricoles, éducatifs ou de lecture, aides diverses sont le lot quotidien des enseignants qui doivent bien connaître le « pays ». Et pour cause puisqu’ils en sont en grande partie issus.
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L'éducation sanitaire par le cinéma dans l'entre-deux-guerres en France

L'éducation sanitaire par le cinéma dans l'entre-deux-guerres en France

81 écoles de jeunes filles 23 . Il était une fois trois amis (1927), écrit par le D r Devraigne envisage la maladie en tant que cause de mortalité infantile [ill. 7]. Un médecin raconte à son fils une histoire empruntée à sa carrière : trois amis, Charles, garagiste et ancien chauffeur du médecin, Georges, employé de banque, et Jacques, cultivateur, se retrouvent pour fêter leurs fiançailles. Georges s’est fait soigner pour une syphilis contractée un soir de bal au régiment, alors que les deux autres pensent avoir échappé à la mala- die. « Vingt mois » plus tard, les trois ménages se retrouvent pour le bap- tême du second fils de Georges. La femme de Jacques est absente pour cause de fausse couche, et celle de Charles est à la maternité où elle donne naissance à un enfant mal formé, un « monstre ». Le médecin convoque son ancien chauffeur et lui apprend qu’il est porteur d’une « hérédo seconde », car la syphilis lui aurait été transmise par son père. Il l’incite à venir à la consultation pour découvrir les modalités de dépistage et de soin. « Cinq ans » plus tard, les trois amis sont réunis pour la naissance du premier enfant de Jacques. Malheureusement, le bébé décède, car il est lui aussi por- teur de cette « affreuse maladie ». Jacques, prenant enfin conscience de son mal, accepte de se faire soigner. « Vingt-cinq ans » après, ils se retrouvent pour fêter leurs noces d’argent et un photographe s’évertue à rassembler dans le cadre les trop nombreuses descendances. Le curé et l’instituteur ont été conviés aux réjouissances et le premier se désole : « Quelle jolie fête, M. l’Instituteur. Et quel dommage que le bon docteur n’ait pu assister au triomphe de son art ! ». Le film s’achève alors que le médecin enjoint son fils à transmettre à ses amis le message : « Dis-leur qu’il n’y a pas de mala- dies honteuses mais seulement des malades honteux. »
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Exploration, colonisation et décolonisation dans l'entre-deux-guerres français

Exploration, colonisation et décolonisation dans l'entre-deux-guerres français

Delafosse continuera à publier : Les Civilisations disparues : les civilisations négro-africaines (1925), sa grande Histoire de l’Afrique occidentale française (1926), Les Nègres (1927)… Entre 1920 et 1939, La Géographie publie, elle, une série impressionnante de textes sur l'Afrique subsaharienne et l'océan Indien. Dès 1919, Paul Carié définit pour toute la période l'image du Noir qui va prédominer et que le Bulletin va se charger de véhiculer. Parlant des Noirs (« créoles ») de l'île Maurice, Paul Carié les définit comme une « race restée quelque peu enfantine, naïve, impulsive, superstitieuse, de mœurs douces, pour qui le larcin et le mensonge sont devenus une seconde nature, mais incapable d'actes criminels ». L'homme est généralement paresseux et laisse aux soins de la femme les travaux difficiles : « l'homme fait semblant de travailler, et boit le samedi la paye de la semaine ». Dernière scène, le Noir aime être « élégamment vêtu » et « danser aussi souvent que possible » 1. Paul Carié récidive en 1920 : évoquant La Réunion et Maurice 2, il regrette « l'abolition irréfléchie de l'esclavage, qui a brusquement jeté à la rue et à la paresse les hommes attachés jusque-là au sol ». Mais cette évolution n'exclut certes pas la permanence de la bêtise, du cannibalisme, de la ségrégation nécessaire, dans le portrait qui est dressé : il faut instruire et éduquer, telle est l'œuvre française dans les colonies. Il est frappant de constater l'homogénéité des clichés concernant les colonisés, dans la France de l'entre-deux-guerres. Le Noir est paresseux, buveur, insouciant, parfois anthropophage. Le Moï de la Chaîne annamitique n'a rien à lui envier : il est tout aussi primitif et sauvage que le Noir ! Les « cérémonies grotesques » des Moïs ne donnent-elles pas lieu à des sacrifices humains, à des meurtres ? Le cannibalisme n'est-il pas une de leurs caractéristiques ? 3 La tâche de la France consiste aussi à empêcher la propagation de l'Islam dans les colonies, notamment au Maroc. La France doit opposer à cette religion « la civilisation latine […] tout imprégnée de christianisme, la plus belle, la plus féconde et la plus humaine » 4, la « race pilote » doit aussi s'imposer par le nombre (c'est la colonisation de peuplement) et ne pas
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L'adolescent dans la foule: un chronotype romanesque de l'entre-deux-guerres

L'adolescent dans la foule: un chronotype romanesque de l'entre-deux-guerres

les Barbares, les pirates); d) la violence instinctive et « bestiale » des foules conduit aux métaphores animalières (le « troupeau », la « bergerie », la fourmilière, le ruche, la termitière). Dans les chapitres qui vont suivre, il ne s’agira pas seulement de relever les occurrences de ces traits ainsi que les traces interdiscursives ou intertextuelles de savoirs et de textes bien identifiables dans les romans retenus pour l’étude. Une fois ce repérage effectué, le travail herméneutique nous mènera plutôt à mettre en évidence l’écart créatif opéré par certaines œuvres romanesques de l’entre-deux-guerres par rapport aux représentations doxiques, aux savoirs et aux modèles littéraires du siècle précédent. Tout texte est en dialogue continu avec la façon dont le monde est connu en son temps. Comme les discours qui l’entourent, il hérite d’un répertoire de lieux communs qui provient de deux grandes sources. Il faut d’abord prendre en considération le fait que les écrivains de l’époque ont une connaissance relative des caractéristiques de la foule avancées et listées par les spécialistes : les travaux et les essais de ces derniers constituent un intertexte d’autant plus facile d’accès qu’ils sont vulgarisés dans maints journaux et revues. On observera en retour que lesdits spécialistes puisent eux-mêmes très souvent leurs exemples dans les romans antérieurs (Balzac, Zola, etc.) mettant en scène des foules, lesquels sont cités comme exemples par ceux-là. Il importe ensuite de noter que l’imaginaire des écrivains de l’entre-deux- guerres est nourri par l’ensemble des textes traitant de l’histoire des foules. Depuis la Révolution française s’est en effet constituée une mémoire urbaine des rassemblements – révolutionnaires, mais aussi festifs, sociaux, etc. –, lesquels marquèrent durablement les lieux où ils se produisaient en sorte que le raccord entre la ville et la foule est un véritable nœud mémoriel. Cette mémoire forme une banque analogique à laquelle puisent autant les textes qui racontent des élévations de barricades que ceux dont un passage décrit une affluence autour d’un incendie. Il s’ensuit que, à quelques exceptions près, nul ne peut créer une scène où des socialistes échauffés au sortir d’un meeting proposent de monter à l’Hôtel de Ville sans y glisser, volontairement ou non, une allusion à la Commune. Pour éviter ces réflexes obligés, pour ne pas reproduire des modèles dont les formes sont inadéquates pour parler des villes nouvelles, il n’y a qu’une solution : soumettre la thématisation des groupements humains à un profond travail scriptural.
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La Cinéologie de l'entre-deux-guerres : les écrivains français et le cinéma

La Cinéologie de l'entre-deux-guerres : les écrivains français et le cinéma

16 le discours lui-même dans la mesure où une analyse des motifs, des images et des références utilisées pour développer une diversité de pensées sur le cinéma sera proposée. Ainsi, la cinéologie de l’entre-deux-guerres, fixée par l'écrit et dépendante de l'univers de référence duquel elle émerge sera envisagée en corrélation avec l’environnement social, artistique et culturel de l’époque. Cette approche, puisqu’elle favorise le dialogue entre les champs littéraire et cinématographique, se situe dans une perspective de décloisonnement des disciplines et constitue un apport tant aux études littéraires que cinématographiques. En rappelant une production d’écrivains s’étant peu ou prou illustrés dans le domaine des lettres, elle nous permet d’analyser la circulation et la propagation de représentations du cinéma dans une vaste production textuelle. De plus, s’intéresser à des productions dispersées et cibler certains éléments du discours, repris d’auteurs en auteurs, de publications en publications, et identifiables par le biais de mécanismes énonciatifs, de références intertextuelles et d’inventions lexicales, permet d’ouvrir de nouvelles perspectives pour l’histoire du cinéma et de ses représentations.
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Machiavel et Guicciardini : guerre et politique au prisme des guerres d'Italie

Machiavel et Guicciardini : guerre et politique au prisme des guerres d'Italie

Lorsqu’ils pensent la question de la guerre et des armes, Machiavel et Guicciardini insèrent leur réflexion dans l’histoire de leur temps ; les questions qu’ils se posent naissent des guerres qui se mènent sous leurs yeux et auxquelles ils participent comme acteurs, parfois de premier plan ; ces questions mettent en jeu à la fois la politique et la façon de mener la guerre. Tous deux constatent la faiblesse de Florence et réfléchissent au moyen qu’elle ne perde pas « la libertá e stato suo » ; tous deux se demandent comment éviter que se perpétue l’incapacité des armées italiennes à faire bonne figure face aux armées d’outre-monts. Comme nous l’avons vu, les réponses que Machiavel et Guicciardini donnent à ces questions fondamentales et indissoluble- ment liées sont différentes : d’un côté, pour Machiavel, un lien dialec- tique entre le militaire et le politique, dans lequel l’aspect déterminant est l’existence de bonnes armes, qui précisément ne peuvent exister sans la cohésion qui naît de l’amour des soldats pour la patrie et leurs capitaines ; de l’autre, pour Guicciardini, la mise côte à côte de bons ordres pour la cité et d’une armée expérimentée. Néanmoins, les inter- rogations sont semblables et naissent d’une même lecture de la « qua- lité des temps » ; quant aux méthodes déployées pour y répondre, elles sont identiques. La nécessité de penser les guerres d’Italie a amené l’un et l’autre à s’appuyer sur une méthode partant de l’expérience, à effectuer une historicisation permanente des temps présents, à déployer une approche pragmatique des faits et des effets des guerres en cours en considérant la verità effettuale della cosa ou la natura delle
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La géographie du Liban, entre guerres et mondialisation

La géographie du Liban, entre guerres et mondialisation

La géographie du Liban, entre guerres et mondialisation Eric Verdeil André Bourgey 1 Bien avant la création du Liban et la fixation de ses frontières en 1920, nombre d’écrivains occidentaux, tels Constantin-François Volney, Lamartine ou Ernest Renan, ont célébré avec fascination la diversité des paysages et des populations de cette région du monde. Les contrastes et les oppositions qui font la personnalité de ce petit pays s’enracinent dans une longue histoire et une géographie physique singulière. Mais son organisation actuelle résulte de profondes transformations, liées à la géopolitique régionale du XX e siècle et du début du XXI e , notamment aux intenses mouvements de
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Une polysémie vestimentaire dans l'Algérie rurale de l'entre-deux-guerres

Une polysémie vestimentaire dans l'Algérie rurale de l'entre-deux-guerres

Nous souhaiterions poursuivre sur sa lancée en explorant d’autres horizons qui l’ont intéressé autrement dans ses travaux. On sait en effet peu de choses des vêtements du quotidien éloignés de la scène du pouvoir, portés par des anonymes dans toute la diversité juridique, sociale et culturelle qui précède les indépendances. Le savoir se réduit davantage si l’on s’éloigne des villes, dans un entre-deux-guerres où le monde rural pèse encore lourd – au moins 80 % de la population à l’échelle du Maghreb 7 – tandis que les transformations vestimentaires s’y font déjà ressentir. Georges Marçais ne l’ignore pas mais laisse « à d’autres le soin d’étudier dans les campagnes ce qui se maintient de l’accoutrement des anciens Arabes et Berbères, de rechercher s’il reste quelques régions déshéritées où les colporteurs n’ont pas introduit nos équipements militaires hors d’usage et où l’on ne découpe pas encore les sandales dans des pneumatiques d’automobiles 8 ». Fine et dédaigneuse à la fois, son observation restreint les acteurs, le sens et les raisons possibles du changement. Elle nous cantonne aux principales pièces du costume sans entrevoir toute la richesse du langage vestimentaire. S’atteler à un tel programme suppose cependant une dernière condition et pas la moindre s’agissant du Maghreb rural de cette époque : disposer d’une documentation suffisamment étoffée pour un espace donné. Une recherche en cours sur la micro-histoire d’un domaine colonial nous en fournit l’occasion. Aussi réduirons-nous la focale aux habits portés au milieu des vignes, sur un marché et dans la cour d’une ferme de la plaine des Issers à quelque 60 kilomètres à l’est d’Alger. Pour ces lieux rapprochés les uns des autres, dix-sept clichés pris entre 1923 et 1941 autorisent ce type d’enquête (cf. annexe).
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Les représentations du soldat américain dans le cinéma des guerres du Golfe

Les représentations du soldat américain dans le cinéma des guerres du Golfe

INTRODUCTION L’idée de ce sujet de mémoire est venue à notre esprit suite au visionnage consécutif de plusieurs œuvres cinématographiques et télévisuelles américaines ayant une des deux guerres du Golfe (1990-1991 et 2003-2011 respectivement) comme contexte. Nous avions le sentiment que la plupart de ces œuvres étaient, en raison de leur dimension pessimiste, représentatives d’une certaine amertume portée par les Américains vis-à-vis de leur intervention armée en Irak en 2003 (mais aussi plus tôt dans l’Histoire, en Afghanistan et au Koweït). En prenant la figure du soldat comme une sorte de « fil rouge » au travers d'un corpus filmique rassemblant des œuvres ancrées dans le contexte des guerres du Golfe , l’objectif était de mettre en valeur ce que nous percevions alors encore comme quelque chose de tout à fait inédit dans la représentation que se fait le cinéma américain de sa propre armée : des personnages de soldats impuissants, déboussolés, cherchant tantôt à fuir la guerre (Stop- Loss 1 ), tantôt à fuir la vie civile au profit de cette même guerre (Démineurs 2 ). Nous partions alors sur un présupposé selon lequel la représentation de la figure du soldat américain au cinéma avait toujours été produite, jusqu’à très récemment, de manière extrêmement complaisante. Nos recherches nous ont amené à largement relativiser cette vision binaire, et à réaliser, entre autres, que depuis les années 1940 au moins, on remarque une certaine « constante » dans la représentation du soldat américain à l’écran, avec effectivement une rupture dans les années 1980, qui voient arriver sur les écrans des fictions au ton extrêmement pessimiste, avec la guerre du Vietnam en toile de fond.
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De quelques publications récentes sur les Guerres d’Italie

De quelques publications récentes sur les Guerres d’Italie

Currents in the Post-Savonarola Years ). L’intérêt de cet ouvrage nous semble double. Tout d’abord, l’auteur lie de manière convaincante la pratique économique et la pensée politique, deux dimensions trop peu souvent associées. C’est de la contestation d’un modèle fiscal et économique qu’émergent la révolution et une nouvelle pensée républicaine. Ensuite, sur le pan méthodologique, elle imbrique au sein de sa démonstration des données factuelles, politiques et économiques, et la philosophie politique elle-même. Cette démarche démontre clairement qu’aucune histoire de la pensée politique ne peut s’écrire sans une assise événementielle solide et que, contrairement à ce que certains pensent, la pen- sée politique, quelle que soit la période, n’est pas évanescente, déconnectée du réel, mais que, au contraire, elle s’y intègre pleinement, s’en nourrit et le nourrit, tout simplement parce que ceux qui la produisent sont des hommes, autrement dit, les acteurs par excellence du réel.
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Guerres introuvables et guerres innommées Pour un retour sur l'objet de la polémologie

Guerres introuvables et guerres innommées Pour un retour sur l'objet de la polémologie

imperii germanici publié en 1667. Plusieurs écrits en allemand et en anglais existent dès les années qui suivent la paix de Westphalie, qui parlent de la Guerre de Trente ans en lui conférant par conséquent une unité explicative. Ce sont cependant des publications d'auteurs protestants qui avaient intérêt à démontrer que toutes les guerres menées en Europe depuis 1618 se ramenaient à un même combat pour la défense des libertés religieuses et constitutionnelles. L'Europe catholique voyait les événements tout autrement. Eberhard Wassenberg, l'un des historiographes officiels des Habsbourg, publie en 1639 une histoire du conflit jusqu'à cette date, qui ne considère chacune des campagnes que comme une nouvelle attaque lancée contre l'empereur, parlant ainsi de la Guerre danoise de 1625-1629, de “l'autre guerre d'Autriche” (le soulèvement paysan de 1626), de la troisième guerre de Transylvanie, de la guerre de Mantoue, et ainsi de suite. Le compartimentage est excessif, mais la plupart des catholiques voyaient au moins une grande différence entre les campagnes menées jusqu'en 1629, où l'empereur avait pour principaux adversaires ses propres sujets, occasionnellement soutenus de l'extérieur, et le combat qu'il mena à partir de 1630 contre des puissances étrangères qui n'avaient le plus souvent en Allemagne que des alliés peu nombreux et de peu de ressources.
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