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Les importations françaises

Dans le document conseil economique et social (Page 190-195)

CHAPITRE II LA RUSSIE ET L’ÉLARGISSEMENT

2. Les importations françaises

Elles se sont élevées en 2003 à 6 152 millions d’euros (+ 17,8 % par rapport à l’année précédente), atteignant un niveau inégalé. Les hydrocarbures et les produits énergétiques constituent toujours la plus grande part de ces importations, à hauteur de 5 376 millions d’euros, soit 87,7 % du total, malgré la baisse du dollar. Les produits industriels (701 millions d’euros) et les biens intermédiaires (635 millions d’euros) représentent l’essentiel du reste de nos importations.

Sous l’effet de la montée des cours du brut, notre déficit commercial à l’égard de la Russie s’est fortement accentué depuis 1998, pour s’élever à 3 351 millions d’euros en 2003. Le taux de couverture se maintient à 46 %.

La France occupe donc une position insuffisante dans les échanges avec la Russie, surtout si l’on compare cette position avec celle de nos voisins allemands et, dans une moindre mesure, italiens comme l’ont fait, de manière très éclairante les conseillers pour la Russie du commerce extérieur de la France137.

En 2002, la France a exporté en Russie pour 1 892 milliards de dollars (données Goskomstat), l’Allemagne pour 6 585 milliards de dollars, soit 3,5 fois plus, l’Italie pour 2 222 milliards de dollars, soit 11 % de plus138. Cette faiblesse relative de la France est d’autant plus frappante qu’elle est sans rapport avec les performances mondiales des trois pays à l’export. C’est ainsi qu’en 2001, l’Allemagne a exporté vers la Russie près de 3,8 fois plus que la France, alors que le volume global de ses exportations dans le monde représentait moins du double de celui des exportations françaises globales. De même si, en 2002, le montant global des exportations italiennes au niveau mondial ne représentait que 75 % du montant des exportations françaises, elles n’en étaient pas moins, à destination de la Russie, de 11% supérieures à celles de la France. Il apparaît donc clairement qu’en dépit d’efforts de rattrapage récemment entrepris, la France occupe encore une position retardataire dans ses relations commerciales avec la Russie.

137 « Reconquérir la Russie. La France resterait-elle moins performante sur le marché russe que l’Allemagne et l’Italie ? »; mars 2004.

138 Dernières données disponibles.

Principaux pays exportateurs vers la Russie (données Goskomstats, en parts de marché)

0,00 2,00 4,00 6,00 8,00 10,00 12,00 14,00 16,00

1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002

Allemagne Italie France USA Chine

Source : « Reconquérir la Russie - La France resterait-elle moins performante sur le marché russe que l’Allemagne et l’Italie ? », étude du Comité national des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, Section Russie, mars 2004.

Plusieurs raisons cumulent leurs effets pour expliquer ce retard :

- Malgré le discours officiel tenu par la partie française, on doit constater un relatif manque d’intérêt pour la Russie de la part des opérateurs français dont les exportations se concentrent, à hauteur de 61 %, sur les quinze membres de l’Union européenne, suivis des Etats-Unis (8,1 %) et du Japon (1,7 %), soit un total de 71,6 % pour la triade Union européenne - Etats-Unis - Japon. Le reste se disperse pour l’essentiel entre les PECO, nouveaux membres de l’Union européenne, les pays du Maghreb et l’Asie, et il est significatif que, dans ces 28,4 %, la Russie, loin d’apparaître comme une destination prioritaire, ne figure qu’après la Turquie, le Maroc ou Hong-Kong.

Les principaux pays destinataires des exportations françaises en 2002 (données DREE)

Pays de l'UE (à 15) 64,3%

Japon 1,7% Autres pays

13,4%

Maroc 0,8%

EAU 0,7%

Corée du Sud 0,7%

RUSSIE 0,7%

Tunisie 0,9%

Hong-Kong 0,8%

Brésil 0,8%

Canada 0,8%

Pays hors triade 12,4%

Etats-Unis 8,1%

Hongrie 0,6%

République tchèque 0,6%

Singapour 0,6%

Turquie Chine 0,9%

1,1%

Algérie 1,2%

Pologne 1,2%

Source : « Reconquérir la Russie - La France resterait-elle moins performante sur le marché russe que l’Allemagne et l’Italie ? », étude du Comité national des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, Section Russie, mars 2004.

- Une inadéquation partielle de l’offre française à la demande russe

À la suite de la crise pétrolière en 1973, le tissu industriel français a subi une profonde évolution marquée notamment par une forte régression du secteur des biens d’équipement (machines-outils, textiles, équipements médicaux et hospitaliers…) au profit de l’aéronautique, de l’énergie, des transports, de la chimie et des services. Aussi bien, s’agissant des biens d’équipement lourd qui représentent à eux seuls 15 % des importations russes, la part de marché de la France n’est plus que de 3,4 % contre 5,6 % pour l’Italie et 22,4 % pour l’Allemagne.

À partir du début des années 1990, il n’y a plus eu de contrats franco-russes de production d’usines clé en mains en Russie, les producteurs de biens d’équipement français ayant quasiment disparu avec les industries lourdes : le commerce français n’a donc pu profiter des renouvellements de matériel intervenus durant la période Eltsine.

En revanche, la France a connu durant la même époque un développement important du secteur des services. Si l’exportation de ces derniers n’apparaît pas dans les statistiques des échanges commerciaux, on doit constater que les banques françaises ont été les premières présentes en Russie et y sont bien représentées, ainsi que les cabinets d’avocats et d’expert-comptables, ou encore les entreprises du secteur de la logistique (FM Logistics, Daher, Géraud Marchandises Générales).

- Des entreprises en nombre insuffisant et trop concentrées géographiquement

La présence française en Russie se manifeste en premier lieu par celle de nos grands groupes qui se sont implantés dans des domaines variés allant de la grande distribution (Auchan) à l’agroalimentaire (Bonduelle, Danone, Lactalis, Soufflet, Sucden…) en passant par le verre (Saint-Gobain), l’automobile (Renault) ou les pneumatiques (Michelin). Ces grands groupes assurent les deux tiers des exportations françaises.

Cependant, si quelque 450 entreprises françaises sont présentes en Russie sous des formes diverses, on dénombre 2 705 firmes allemandes qui disposent d’une représentation, 805 joint-ventures germano-russes et 637 filiales 100 % allemandes. Par ailleurs, 700 sociétés italo-russes ou 100 % italiennes sont implantées en Russie. Les écarts de résultats avec nos concurrents tiennent à deux causes. D’une part, le nombre des PME exportatrices françaises est sensiblement inférieur à celui des PME allemandes et, plus encore, italiennes.

D’autre part, la gestion des grandes entreprises françaises, généralement très centralisée, laisse peu d’autonomie aux managers de terrain dans l’appréciation des risques et la prise de décision.

De plus, les entreprises françaises se sont concentrées quasi exclusivement sur les régions de Moscou et de Saint-Pétersbourg, auxquelles il faut ajouter, mais dans une moindre mesure, celle de Nijni-Novgorod, considérant, jusqu’à une date très récente, que le marché des biens de consommation, à commencer par celui de la capitale, était de seul marché solvable et délaissant exagérément le marché des biens d’équipement, beaucoup plus décentralisé puisqu’il épouse le tissu industriel russe.

Cette concentration géographique des entreprises françaises en explique d’autres sans pour autant les justifier : Air France ne dessert que Moscou et Saint-Pétersbourg, alors que la Lufthansa assure de nombreux vols depuis cinq villes d’Allemagne vers six villes de province russes. La Mission économique française n’est présente qu’à Moscou et Saint-Pétersbourg alors que son équivalent allemand l’est également à Novossibirsk et Kaliningrad, et que l’Institut national du Commerce extérieur italien dispose de bureaux à Novissibirsk, Ekaterinbourg et Krasnodar. Compte tenu de cette faible pénétration de la province, il n’est donc pas surprenant que le nombre d’exposants français dans les grandes foires et les salons organisés en Russie soit beaucoup moins élevé que celui de leurs concurrents.

Nombre d’exposants français, allemands et italiens présents aux foires et salons organisées par Expocentr (données Expocentr)

83

386 644

360 1119

1823

1037

1421 2165

1074 1231

1543

1263 1099

1597

274 311 332 375

175 297 92 43

1362

1338

532 526

30 27 14

1185 1578

1572

70 185 65

0 500 1000 1500 2000 2500

1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002

Nombre d'exposants

France Italie Allemagne

Source : « Reconquérir la Russie - La France resterait-elle moins performante sur le marché russe que l’Allemagne et l’Italie ? », étude du Comité national des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, Section Russie, mars 2004.

- Le dispositif de soutien à la présence française.

L’élément le plus important de ce dispositif est la Mission économique française à Moscou, service public chargé en premier lieu de gérer les relations entre les pouvoirs publics russes dans le cadre du Conseil économique, financier, industriel et commercial (CEFIC) qui constitue la principe structure franco-russe consacrée aux relations bilatérales dans ces divers domaines. En second lieu, la Mission accomplit une mission de veille et d’analyse de la conjoncture économique du pays, ainsi que des conditions d’accès au marché. C’est dans ce cadre qu’elle délivre une information, régulière sous la forme d’analyses macroéconomiques ou de cadrages plus sectoriels. C’est également à ce titre qu’elle émet des avis sur des dossiers de demandes de couverture COFACE.

Enfin, la Mission peut avoir un rôle d’accompagnement et de soutien des grandes sociétés françaises lorsque celles-ci prospectent un marché ou souhaitent s’engager dans des investissements importants.

Pour enrichir l’action de soutien de la Mission économique à nos entreprises, il n’existe pas de Chambre de commerce française en Russie mais seulement un Club d’affaires, le « Club France », qui réunit 120 sociétés françaises ou de pays francophones. Créé en 1997, il est la seule structure professionnelle ayant pour objectif la promotion de l’investissement français en Russie et la défense de ses membres. En fait, il s’apparente davantage à une

« amicale » d’information et d’échanges entre opérateurs français qu’à une

structure de lobbying puissante et agissante. La relative modestie de ses ambitions est confirmée par le fait que chaque fois que possible, lorsque les intérêts des sociétés françaises convergent avec ceux de leurs homologues européennes, elles font appel à l’European business club (EBC) ou à de grandes associations professionnelles telles que l’Association Internationale de l’industrie pharmaceutique.

Créé en 1995, à l’initiative de grandes entreprises, de la représentation de la Commission européenne en Russie et de divers ambassadeurs, l’EBC regroupe 420 entreprises issues de tous les pays d’Europe, dont 62 françaises et seulement 56 allemandes. Mais l’Allemagne dispose, en fait, d’une structure de lobbying extrêmement efficace avec son club d’affaires intitulé Union de l’Economie allemande qui constitue avec l’AM-CHAM (Chambre de commerce américaine) le plus puissant des clubs nationaux. L’UEA est proche de l’EBC tant par le nombre de ses membres (quelque 390 sociétés) que par son mode de fonctionnement (comités sectoriels et groupes de travail).

On observe enfin qu’à la différence du dispositif français, son homologue allemand sépare clairement les tâches politico-administratives confiées au service économique de l’ambassade, de la fonction commerciale qui relève d’une Délégation de l’économie allemande en Fédération de Russie. Cette Délégation est une émanation de l’Union allemande des Chambre de commerce et d’industrie et travaille en liaison avec l’UEA. Ses services s’adressent aussi bien aux entreprises allemandes qu’aux entreprises russes qui recherchent des partenaires allemands. La force de frappe et de réactivité de notre principal concurrent repose donc sur une véritable communauté d’affaires allemande en Russie, qui n’a pas d’équivalent français.

Dans le document conseil economique et social (Page 190-195)