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Industrialisation

Dans le document conseil economique et social (Page 105-110)

CHAPITRE I PANORAMA DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE

4. Industrialisation

les taux de profit sont durablement élevés, mais de tels taux élevés ne pourront être obtenus qu’en appliquant une surprotection tarifaire entraînant un surcoût pour les consommateurs ou grâce à d’importantes subventions publiques à la production. En conséquence, la rentabilité sera fonction essentiellement de l’efficacité de l’organisation et de la gestion de la production, qui présente des différences importantes d’une ferme à l’autre.

Il est de même important de favoriser l’émergence de réseaux de véritables fermiers entrepreneurs et la reconstruction d’un système national de crédit à l’agriculture. La production agricole susceptible de connaître une croissance soutenue dans les prochaines années pourrait en effet tirer parti d’un volant considérable de terres en friches qu’il serait relativement aisé de remettre en cultures. Quant à la main-d’œuvre elle apparaît largement suffisante pour faire face à la fois à une intensification de la production végétale et à la relance de l’élevage.

Ainsi, sous réserve d’une bonne gestion, l’agriculture russe pourrait devenir à terme l’une des plus productives d’Europe. L’économie rurale continuera d’être un maillon essentiel de sa structure économique et sociale pendant une bonne partie du XXIème siècle. Mais pour concrétiser ce potentiel, la Russie doit favoriser le développement et la mise en place de mécanismes de régulation du marché efficaces et éliminer les obstacles structurels qui empêchent l’émergence d’un secteur agroalimentaire puissant et compétitif44.

En ce qui concerne la forêt, celle-ci représente 25 % des réserves mondiales dont 50 % en conifères couvrant 60 % du territoire russe. Un Code forestier est en cours d’élaboration au principe que le sol n’est pas aliénable, 95 % des recettes d’exploitation étant versées au budget de la Fédération.

Il reste que le développement industriel s’est effectué et continue de s’effectuer dans des conditions peu respectueuses de l’environnement, et de la protection de la santé des travailleurs et des populations. En ce domaine, le constat est préoccupant ; l’exploitation des richesses du sous-sol et du sol s’effectue et ce depuis le début de l’industrialisation du pays selon des méthodes extensives sans souci de productivité, la pollution atmosphérique atteint, par les rejets, des niveaux dépassant largement la teneur admissible en substances polluantes, la dégradation de la qualité des eaux par de nombreux polluants et par la vétusté des réseaux s’accentue, l’érosion et la contamination des sols perdurent, les forêts subissent de nombreuses atteintes, et la question du stockage et du retraitement des déchets nucléaires reste posée avec acuité.

Les privatisations qui ont été le plus souvent un simple changement de propriétaires et le déclin continu des investissements aggravent les retards technologiques de l’industrie sans apport de capitaux nouveaux à l’entreprise45.

Il apparaît également nécessaire d’envisager certaines clauses de sauvegarde, même provisoires, qui permettraient le développement de l’industrie russe. Le nouvel objectif, annoncé récemment par le président, de doublement de la richesse nationale en dix ans ne pourra être atteint qu’au prix d’une accélération dans la mise en œuvre des réformes structurelles. Dans cette perspective, il a lancé la restructuration de l’industrie, surtout en matière d’hydrocarbures, secteur ayant la plus grand potentiel d’entraînement de la croissance et capable donc de favoriser le redressement de l’économie.

a) Industries lourdes

La sidérurgie. La chute spectaculaire de la production d’acier s’est produite au début des années 1990. L’embellie de la sidérurgie russe en 1999 est liée à la baisse des prix des productions locales due à la dévaluation du rouble et à une conjoncture mondiale favorable. La Russie se classe en 2000 au quatrième rang mondial après la Chine, le Japon et les Etats-Unis.

Une certaine concentration d’entreprises s’est effectuée à l’occasion des privatisations. Le groupe le plus important est Eurasholding qui gère des entreprises métallurgiques à Nijni Taghil, Kouznetsk et en Sibérie occidentale ; Severstal dans l’oblast’ de Vologda ou les dirigeants possèdent le contrôle total de l’usine de Tcherepovets après l’achat en juin 1999 de 10 % des actions dont disposait le gouvernement.

La sidérurgie en 2000 représente 9 % de l’ensemble de la valeur de la production industrielle russe. L’augmentation de la production en 1999/2000 a été due pour 80 % aux exportations et pour 20 % à la demande intérieure. Mais l’inflation a fait rapidement perdre une partie de ces avantages tandis que les prix du marché mondial de la sidérurgie ont au contraire baissé, si bien que la

45 Claude Cabanne et Elena Tchistiakova, « La Russie. Perspectives économiques et sociale », Armand Colin, Paris, 2002, p. 137.

croissance de la sidérurgie russe s’est ralentie dès le second semestre de l’année 2000.

Les métaux non ferreux sont un secteur important de l’industrie qui a bien résisté. Pour les métaux rares, la Russie domine même le marché mondial. C’est le cas du palladium dont elle assure près de 70 % de l’offre (96,4 tonnes en 2000, du vanadium ou du rhodium, sous produit du platine et du palladium). Ce dernier a été préféré au platine, plus cher, pour équiper les pots catalytiques des automobiles. Le pays reste bien placé pour les métaux précieux comme le platine (20 % de la production mondiale) et l’or pour lequel la Russie occupe le 4ème rang.

Les réserves aurifères du pays sont plus importantes que la production.

Avec 3 500 tonnes environ, elles viennent au 3ème rang après l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, mais la Russie ne se situe en 2000 qu’au 8ème rang des producteurs. Pour certains métaux non ferreux, la production a rejoint puis dépassé celle de 1990. C’est le cas de l’aluminium, du cuivre, du plomb et du zinc.

L’industrie chimique. L’URSS avait accumulé du retard en chimie organique avant les années 1970. La privatisation des années 2000 a multiplié le nombre d’entreprises en raison de la faiblesse croissante des grandes unités travaillant à un bas niveau de leur capacité. Dans la plupart des branches le fléchissement a été important de 1990 à 1994 (ammoniac synthétique, acide sulfurique et soude caustique). Pour des produits plus élaborés la chute a été encore plus brutale. La reprise a été confirmée en 2000 pour des productions jusqu’alors malmenées telles que les produits lessiviels synthétiques. Pour l’ensemble du secteur, la reprise en chimie et pétrochimie est certaine. La Russie garde aussi de grandes usines dans le secteur de la chimie comme le combinat Togliatiazot, premier producteur européen d’engrais chimiques avec une capacité de 3 millions de tonnes d’ammoniac (15 % du marché mondial). 85 % de la production est exportée.

L’industrie du bois est l’un des grands secteurs industriels du pays. Le bois utilise en 2000 plus de main-d’œuvre que la sidérurgie, les métaux non ferreux, les industries énergétiques ou la chimie. Cependant la production a beaucoup régressé de 1992 à 1998 et la reprise en 1999-2000 a été faible. La cellulose a mieux résisté. Les perspectives actuelles de développement sont réelles. Par exemple, l’usine de cellulose de Bratsk qui tient le 4ème rang en Russie a produit 590 000 tonnes en 2000 et envisage de dépasser rapidement le million de tonnes grâce à des ventes accrues à la Chine qui absorbe déjà 75 % de ces exportations.

L’industrie du bois est naturellement située dans les grandes régions forestières. Le bois d’œuvre provient d’abord de la partie septentrionale de la Russie qui possède une immense taïga, elle est favorisée par la proximité des marchés finlandais et suédois ainsi que par le port d’Arkhangelsk pour

l’exportation par mer. La faiblesse persistante de la demande de la part du secteur de la construction pénalise l’industrie du bois en Russie.

Le secteur des matériaux de construction se caractérise à la fois par une augmentation du nombre d’entreprises et par la volonté de restauration des logements par les particuliers eux-mêmes. Pour les professionnels, la reprise économique de 1999-2000 a provoqué une forte relance d’autant qu’il y a eu volonté réelle de développer la construction de la part des autorités locales à Moscou et à Saint-Pétersbourg. En outre, quelques grands travaux publics ont été lancés en 2000-2001 avec la construction d’un troisième terminal international, Cheremetievo III, pour le principal aéroport de Moscou mais aussi d’un terminal international à l’aéroport de Domodiedovo jusqu’ici cantonné dans les vols nationaux vers la Sibérie. On assiste aussi à la construction de grands magasins, hôtels et quartiers d’affaires.

b) Industries légères

L’industrie textile avait vu le nombre d’entreprises augmenter suite aux privatisations, mais la crise a multiplié les faillites. La chute de la production textile est notamment liée à la rupture géographique entre les grandes usines textiles des régions industrielles du centre-ouest de la Russie et les régions de production des fibres, l’Asie centrale, surtout l’Ouzbékistan pour le coton ou les Pays Baltes pour le lin. Il en va de même pour la soierie. En outre la concurrence des produits importés, surtout en provenance du bassin méditerranéen, à été très forte jusqu’en 1998, année qui marque le creux de la plupart des productions russes. La crise a permis d’améliorer leur compétitivité sur le marché et de relancer la production. Les progrès se sont confirmés en 2000 surtout pour les tissus.

Les industries agroalimentaires sont celles qui ont le moins régressé depuis 1990 en raison du marché local de consommation. Mais elles ont connu la concurrence des produits étrangers. Si la progression en 2000 est de 15 % par rapport à 1998, la situation continue à être difficile pour la viande dont la production en 2000 est de moins de 25 % de celle de 1992, pour le beurre 35 %, les produits laitiers 63 %, le fromage 71 %, la farine 58 %, les pâtes 61 %, le pain 53 %. Dans l’ensemble, on assiste à une crise permanente des produits de la boulangerie. Mais la consommation locale reste assurée. Le secteur des boissons est actif. La production de vodka a chuté jusqu’en 1996 pour se redresser vigoureusement depuis. La bière est en plein essor. Au total ces industries alimentaires sont en grande partie liées à des productions agricoles locales et sont inégalement réparties sur le territoire. Elles sont plus denses dans les grandes régions consommatrices comme Moscou ou Saint-Pétersbourg et dans le sud où le climat favorise l’agriculture. Ainsi dans la région de Krasnodar, le groupe Rusagro est l’une des trois compagnies les plus actives sur le marché du sucre et développe localement la production d’huile de tournesol.

Les industries légères diverses englobent des activités plus difficilement classables comme le tabac, l’emballage, etc. Compte tenu des blocages socio- politiques qui visent à freiner la consommation des cigarettes aux Etats-Unis, au Japon, en Europe occidentale, la Russie est devenue un marché particulièrement actif pour la plupart des fabricants mondiaux. De 1991 à 1999, on estime que 1 milliard de dollars dont 600 millions en provenance de l’étranger a été investi dans l’industrie du tabac. La production, qui a stagné jusqu’en 1996, s’est depuis vigoureusement développée.

c) Constructions mécaniques et industrie de pointe

C’est un secteur d’emploi essentiel même s’il a beaucoup fléchi. La crise de 1998 a provoqué des faillites et nécessité des restructurations. En 2000 la croissance de l’ensemble du secteur a été de 15,5 % par rapport à 1999 et de 34 % sur 1998.

Dans le secteur des constructions mécaniques, le complexe militaro- industriel était le plus actif en URSS. Des villes, parfois des régions entières comme l’Oudmurtie, dépendaient presque exclusivement des fabrications pour la défense nationale. Fin 1980, début 1990 la production du complexe militaro- industriel a été réduite. La production de plusieurs usines a été complètement arrêtée. Aujourd’hui ce secteur est en chute libre et contraint à la reconversion.

Même si la Russie continue à se classer dans les premiers rangs des Etats exportateurs d’armes dans le monde, le volume de la production n’a cessé de s’effondrer de 1990 à 1997 pour remonter un peu depuis. Les constructions de machines-outils demeurent en difficulté.

L’industrie automobile est un des secteurs majeurs de la construction mécanique. C’est un secteur d’avenir qui attire les constructeurs étrangers car les possibilités théoriques de croissance sont fortes en raison du faible taux de motorisation du pays. Ce secteur a subi moins de difficultés que d’autres en raison d’une demande soutenue comme en témoigne le développement de la circulation automobile dans les villes, souvent satisfait par des importations de voitures étrangères de seconde main.

L’industrie de l’électroménager a subi de plein fouet dès le début des années 1990 la concurrence étrangère (Scandinavie, Allemagne, Japon). Même si les prix russes sont souvent moins élevés, les consommateurs se sont tournés vers les produits importés, réputés plus fiables et dont ils avaient été privés. La reprise reste timide sauf pour les téléviseurs.

L’industrie aéronautique est également en difficulté. Les compagnies ont une faible capacité d’achat. L’industrie est dispersée entre plusieurs entreprises, environ 300, souvent petites et peu compétitives. Un projet de restructuration a été élaboré en 2000. Le gouvernement compte le mettre en place en 2004. Deux holdings seraient formés, construisant pour les deux secteurs, civil et militaire, l’un à partir des sociétés MIG et Tupolev, l’autre des groupes Iliouchine et Soukhoi, le montage se faisant dans les trois usines de Voronej, Kazan et

Oulianovsk d’une part et celles de Soukhoi d’autre part. L’ensemble des autres entreprises actuelles serait regroupé dans d’autres holdings (6 ou 7) spécialisés dans les diverses branches d’activité (motorisme, armement, avionique), l’Etat gardant 51 % du capital des deux holdings principaux.

Les télécommunications connaissent un réel développement, l’immense espace russe renforçant les besoins et augmentant les coûts. Les investissements ont été considérables depuis 1995 avec un développement rapide des nouvelles technologies. Au cours de l’année 2000 le nombre d’usagers d’Internet a doublé.

De 1995 à 2000, la consommation par e-mail a été multipliée par sept. Depuis 1990, la part du secteur des télécommunications a doublé dans le revenu national brut et les possibilités de développement sont considérables. En 2000 il n’y avait encore que 22 téléphones pour 1 000 habitants, soit 26,4 dans les villes et 9,6 dans les campagnes. Le déficit du budget national n’a pas permis aux communications par satellites de se développer comme on le pensait au début de la décennie 1990. Sur les 9 satellites de communications en service en 2000, huit sont en fin de vie. Mais un important programme de développement du secteur a été proposé par le Ministère fédéral des communications et approuvé par le gouvernement en décembre 2000. Cependant, la Russie connaît un ralentissement de la téléphonie cellulaire.

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