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Années 2000 : la fin de l’isolement

Dans le document conseil economique et social (Page 127-133)

CHAPITRE I PANORAMA DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE

4. Années 2000 : la fin de l’isolement

La stratégie de Vladimir Poutine visant à rompre avec l’isolement de la Russie entraîne une participation active du pays aux organisations internationales et aux structures d’intégration régionale ainsi qu’à la dynamique des relations bilatérales. Ces orientations, paraissent motivées par la conviction que la marginalisation internationale relative de son pays tient en premier lieu à son retard économique, social et technologique. Dans ce contexte, son espoir est qu’une intégration progressive des structures russes dans les structures occidentales représente la voie la plus vertueuse pour dépasser, à plus ou moins long terme, ces distorsions71.

En effet, Vladimir Poutine tire plusieurs conclusions de la série d’échecs de l’année 1999 (son isolement après la crise du Kosovo et la guerre en Tchétchénie). Premièrement, les règles du jeu international mises en place après la seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide disparaissent, d’autres voyant le jour mais sans la collaboration ni la participation de la Russie.

De plus, la mondialisation économique et financière et l’intégration européenne se sont réalisées rapidement et indépendamment de la Russie. La Russie considère alors qu’elle n’a plus d’influence et qu’elle est isolée.

En janvier 2001, Vladimir Poutine déclare que la politique étrangère de la Russie « doit nous permettre de concentrer nos efforts et nos ressources autant que possible sur les missions économiques et sociales de l’Etat »72. Selon lui, la Russie a gaspillé trop d’énergie à vouloir empêcher des évolutions sur lesquelles elle n’avait finalement que très peu de contrôle. Le gouvernement a pris conscience du lien qui existe entre la situation intérieure et la situation extérieure : il faut mettre fin au cercle vicieux de l’isolement de la Russie et de sa faiblesse interne, qui fait obstacle à un consensus en matière de réformes et renforce des forces politiques radicales.

Le parcours actuel du président semble rappeler la priorité qu’il attache au facteur économique dans la conduite de la politique extérieure dont la conception semble reposer sur l’idée que des changements et des réformes substantielles seront impossibles si la Russie ne parvient pas à attirer des ressources extérieures et à inscrire son développement dans un cadre international favorable.

Corollaire de la priorité accordée à la politique nationale, V. Poutine a besoin d’un environnement extérieur prévisible et favorable, il veut davantage de certitude dans les relations internationales. Igor Ivanov insista sur ce point dans un entretien accordé aux Izvestia le 10 juillet 2002, dans lequel il déclarait que la période d’incertitude de la Russie en matière de politique étrangère était terminée : « au début des années 1990, nous en étions à un stade de recherche et de flottement, ne sachant pas s’il fallait être avec l’Europe, avec l’Asie ou

71 Facon I., « Les relations politiques et de sécurité entre la Russie et l’Union européenne », Fondation pour la Recherche stratégique, n° 28, septembre 2002, p. 9.

72 Ministère des Affaires étrangères, Moscou, 29 janvier 2001.

quelqu’un d’autre »73. Selon le chef de la diplomatie, ces hésitations ont pris fin, la Russie étant désormais alignée avec l’Occident ; du reste, les menaces extérieures pour la Russie ne viennent plus de l’Ouest, mais du Sud et de l’Est74. Renonçant à sa quête de multipolarité, la Russie cherche davantage aujourd’hui à faire partie du « pôle » euro-atlantique qu’à être l’un des « pôles » mondiaux.

La politique du nouveau président met en valeur les signes d’un retour de son pays sur la scène internationale : remboursement anticipé de la dette, rencontres au sommet, défense des intérêts des grands entrepreneurs russes…

Moscou s’efforce également de renouer avec l’OTAN75, dont il reconnaît qu’elle demeure un acteur majeur sur la scène de la sécurité et sera donc un

« partenaire nécessaire ». Ses objections à la première vague d’élargissement de l’OTAN n’ayant fait que l’isoler, Moscou souhaite rester un acteur en Europe au moment où l’OTAN doit se prononcer sur une prochaine vague d’élargissement, à l’égard de laquelle la Russie maintient une attitude négative. Le Kremlin veut une interaction qui soit davantage structurée par les rapports avec les membres européens de l’OTAN (onze des quinze Etats membres de l’UE d’alors sont également membres de l’Alliance), que par une relation trop exclusive avec les Etats-Unis, très détériorée et déséquilibrée.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont bouleversé le contexte des relations Russie-Etats-Unis-UE.

Les positions de la Russie, de la France et de l’Allemagne ont évolué vers une convergence contre l’invasion de l’Irak en 2003. Ce tournant montre l’émergence d’une identité stratégique entre certains pays de l’UE et la Russie.

Tout cela ne fait que convaincre Moscou une fois de plus que des Etats membres de l’UE peuvent être des partenaires frustrants aussi bien que des alliés importants pour des questions vitales de sécurité internationale, comme en témoignent les positions conjointes alors élaborées par Paris, Berlin et Moscou.

Néanmoins si la politique de la Russie a pris un tournant européen décisif, le maintien d’une relation privilégiée avec les Etats-Unis reste important.

73 Jeremy Bransten, Izvestia, Prague, 11 juillet 2002.

74 Lynch D., « La Russie face à l’Europe », Cahiers de Chaillot, n°60 , mai 2003, p. 11.

75 La visite de M. Robertson en Russie a marqué le début d’une nouvelle période qui a duré jusqu’au 11 septembre 2001, pendant laquelle V. Poutine a rétabli des relations officielles avec l’Alliance dans tous les domaines.

B - LA RUSSIE ET L’UNION EUROPÉENNE

Moscou considère comme importants ses rapports avec l’UE, rapports dont les dimensions politiques et de sécurité restent cependant à la traîne des aspects économiques et commerciaux et subordonnés aux relations avec les Etats-Unis.

Pendant la première moitié des années 1990, la politique européenne de la Russie est donc largement déterminée par le « facteur américain »76.

Compte tenu de la préoccupation américaine de la politique russe, et en l’absence de réelle stratégie politique de la part de l’UE, l’influence européenne en Russie du début des années 1990 est limitée. Il existe des divergences entre les acteurs communautaires (Etats membres ou agents économiques) et les Russes, qui attendent que l’UE parle d’une seule voix et ont des difficultés à négocier avec douze Etats simultanément. Les Européens se montrent prudents vis-à-vis de la Russie. Alors que la Russie désirait ouvrir largement son marché intérieur, les pays occidentaux ont eu tendance à se montrer protectionnistes à son égard.

La controverse sur le statut qui sera accordé à leur économie par l’UE est déterminante pour les Russes, qui réclament par ailleurs un meilleur accès de leurs produits au marché communautaire. Le manque de clarté de la Communauté sur la politique vis-à-vis de la Russie crée un décalage avec les attentes russes. Le texte même de l’APC, signé le 24 juin 1994 après de longs mois de négociations apparaît comme un compromis fragile. L’accord a institutionnalisé le dialogue politique entre la Russie et l’UE, mais ce dialogue n’a pas de consistance : la Russie considère l’UE comme un partenaire économique plutôt que politique.

De même, Moscou est irrité par le fait que l’UE a clairement donné la priorité, dans ses initiatives à l’Est, au rapprochement avec les pays de l’Europe centrale et orientale plutôt qu’aux relations avec la Russie. De fait, les accords souscrits par l’UE avec les PECO (accords d’association) sont plus

« importants », dans la hiérarchie des accords de l’UE avec les pays non-membres de l’UE, que l’APC proposé à la Russie77. Ce décalage a une incidence très importante pour les dirigeants russes au moment où ils cherchent à obtenir de la communauté internationale la reconnaissance de l’importance du rôle que leur pays peut jouer dans les affaires internationales et, en particulier, européennes.

Après l’échec des réformes imposées par le FMI et la crise de 1998, la présidence autrichienne dans sa déclaration au nom de l’UE, en septembre 1998,

76 Facon I., « Les relations politiques et de sécurité entre la Russie et l’Union européenne », Fondation pour la Recherche Stratégique, n° 28, septembre 2002, p. 3.

77 Dans le domaine économique, l’APC est en retrait par rapport aux accords avec les dix PECO car il ne comporte pas de clauses de libre-échange et ne mentionne pas davantage la possibilité d’adhésion à l’UE.

a invité la Russie à s’engager sur la voie d’une « économie sociale de marché »78. La crise a représenté pour l’Europe une opportunité pour accélérer la définition d’une politique globale de l’UE en Russie. Après 1998, l’UE propose sa propre analyse de la crise, fondée sur une critique des politiques ultra-libérales menées par le gouvernement russe au début des années 1990, tout en rappelant que « la responsabilité principale de mettre fin à la crise incombe aux russes eux- mêmes »79. La Commission propose également des conseils politiques aux autorités russes, l’appui à l’établissement d’institutions de régulation et la prise en compte des conséquences sociales de la crise. L’UE accélère également la formalisation d’une stratégie politique vis-à-vis de la Russie, inexistante jusque là. L’UE exprime ainsi sa vision d’une Russie arrimée au continent européen.Cet effort européen donne lieu à une stratégie commune avec la Russie adoptée au Conseil européen de Cologne en juin 19991. Elle témoigne une nouvelle fois de l’importance de la Russie pour l’Union80.

Cependant, après l’échec des réformes imposées par les occidentaux, les Russes ont une attitude très négative vis-à-vis de ces derniers. Le gouvernement fait preuve d’une attitude défensive vis-à-vis des Européens sur la question des réformes internes. Il est gêné dans la mise en œuvre de réformes économiques, souhaitées par l’UE, par de nombreux blocages budgétaires et politiques (en particulier à cause de ses relations difficiles avec la Douma) La prise de conscience par les Russes de l’inutilité des réformes lancées par les gouvernements de Boris Eltsine pendant les années 1990, la guerre en Tchétchénie largement critiquée par les Européens et la perspective déstabilisatrice des prochaines élections présidentielles en 2000, créent une atmosphère tendue, d’où une stagnation du partenariat sur les plans politique et économique.

Il existe alors un déséquilibre dans les relations avec l’UE qui se caractérisent avant tout par la dimension économique alors que les relations parallèles avec les Etats-Unis privilégient la dimension politique et de sécurité.

Par la suite, la politique économique poursuivie par le président Poutine paraît être en partie motivée par le désir de développer un partenariat économique avec l’UE. Dès octobre 1999, alors qu’il n’est encore que Premier ministre, il présente la « Stratégie de développement des relations de la Russie avec l’UE pour le moyen terme (2000-2010) » à l’occasion du sommet UE-Russie d’Helsinki, ce qui montre son attachement à une approche positive vis-à-vis de l’UE. Cette stratégie en grande partie consacrée aux aspects économiques de la relation confirme cependant la dynamique de celles-ci vers un

78 Conseil européen de Vienne, 11-12 décembre 1998, Conclusions de la présidence, Bulletin de l’Union européenne, n° 12, 1998, point I 22.

79 Commission européenne, « The situation in Russia », dans Information à la presse 98/787, 3/09/1998.

80 Delcour L., « La politique de l’union européenne en Russie (1990-2000). De l’assistance au partenariat ? », L’Harmattan, Paris, 2001, p. 82.

partenariat plus substantiel avec l’Union européenne dans les domaines politique et de sécurité81.

Il est à noter que le nouveau président russe n’a pas par ailleurs de connections avec l’élite des hommes politiques qui ont développé l’« américanocentrisme » en Russie au début de la transition. Les différents membres importants de l’Exécutif ont tout comme lui un profil européen, ce qui constitue une ressource supplémentaire pour sa ligne de rapprochement avec l’UE. Des négociations importantes sont de même engagées sur un projet d’espace économique commun.

Vladimir Poutine montre également sa volonté de construire le partenariat avec l’UE sur de nouvelles bases, dans le souci de dépasser le déséquilibre entre les dossiers économiques et les aspects de politique et de sécurité. Au lendemain de la crise du Kosovo, le dialogue avec l’OTAN est difficile, voire impossible. Vladimir Poutine pense pouvoir compenser ce désaccord à travers un lien qu’il veut privilégier avec l’UE. Les responsables russes espèrent qu’il sera, dans ce cadre, reconnu à la Russie une influence plus évidente compte tenu de la proximité géographique, amenée à se consolider avec l’élargissement de l’UE, et des interdépendances économiques entre les deux acteurs, même si celles-ci sont asymétriques, et au désavantage de la Russie.

Le programme de politique étrangère de la Fédération de Russie, adopté par décret présidentiel fin juin 2000, place l’UE comme deuxième priorité régionale, après la CEI, dans les efforts diplomatiques de la Russie. Les rédacteurs traduisent la volonté du Kremlin d’appréhender les relations avec l’UE sur un mode stratégique : il s’agit de développer avec elle « une coopération intensive, cohérente et de long terme, à l’abri des aléas de la conjoncture ».

En octobre 2001, lors de la rencontre annuelle Russie/UE à Bruxelles, le président exprime la volonté de la Russie d’intégrer l’OMC et de resserrer les liens avec l’UE. Le Président Poutine et les représentants de l’UE s’accordent également sur des mesures de coopération plus substantielles à mener et des discussions s’engagent par ailleurs sur les investissements en Russie. Le représentant russe auprès de la Commission européenne devrait avoir désormais des rencontres mensuelles avec le Comité de politique et de sécurité, responsable de la coordination de la politique étrangère et de défense.

Il existe de même des efforts diplomatiques déployés par le président Poutine envers les pays de l’UE. Dans son discours annuel au Parlement en avril 2002, il a insisté devant les parlementaires russes sur le fait que

« l’importance de la poursuite des efforts pour établir un partenariat avec l’Union européenne s’accroît irrémédiablement », en soulignant qu’une « ligne d’intégration avec l’Europe devient l’une des orientations clef de notre politique extérieure ».

81 Facon I., « Les relations politiques et de sécurité entre la Russie et l’Union européenne », Fondation pour la Recherche Stratégique, n° 28, septembre 2002. p. 5.

Dans le document conseil economique et social (Page 127-133)