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Agriculture

Dans le document conseil economique et social (Page 102-105)

CHAPITRE I PANORAMA DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE

3. Agriculture

Après des années d’un débat acharné, une loi adoptée en 2002 a fait de la terre un bien comme un autre, que l’on peut vendre et acheter librement (sauf les étrangers), et qui pourrait bien devenir, avec les hydrocarbures et les matières premières, source d’une économie de rente, comme le laisse penser l’intérêt nouveau que lui portent les oligarques. Toutefois, ceci s’explique aussi par le fait que l’agriculture fait preuve d’un nouveau dynamisme, permettant au pays de

41 Claude Cabanne, Elena Tchistiakova, « La Russie. Perspectives économiques et sociales », Armand Colin, Paris, 2002, pp. 206-221.

redevenir exportateur de céréales pour la première fois depuis l’époque tsariste.

Dans le même temps, est intervenue la réforme foncière : la loi de juillet 2002 (entrée en vigueur le 27 janvier 2003) libéralise et simplifie les transactions portant sur le foncier agricole, qu’il s’agisse de la vente de terres déjà privatisées, de cession de terrains encore sous le contrôle des entités publiques, d’hypothèques ou de contrats de location.

En termes de production et de productivité, contrairement aux assertions de certaines institutions internationales, les performances de l’agriculture depuis le début de la transition ont été plutôt meilleures que celles des autres secteurs de l’économie.

Mais la situation sur le terrain est contrastée ; certaines régions et certaines exploitations faisant preuve d’une réelle vitalité alors que d’autres périclitent. On peut néanmoins distinguer trois phases dans l’évolution d l’agriculture russe depuis le début de la transition :

- dans la première moitié des années 1990, le secteur subit une série de chocs qui entraînent une contraction marquée de l’offre. Faute de nouveaux acteurs (la production ne progresse pas à cause de l’attribution de mauvaises terres, du manque de matériels, de crédits bancaires difficilement accessibles), les structures anciennes se maintiennent. Il s’agit des kolkhozes qui ont changé leur statut mais pas leur habitude de fonctionnement ;

- puis, se mettent en place des mécanismes d’adaptation qui permettent d’enrayer la chute de la production. Les fermes se concentrent sur leurs meilleures terres, elles tirent parti de rotations culturales complexes. On pallie l’absence d’engrais et de pesticides et l’agriculture russe est en passe de devenir l’une des plus

« écologiques » au monde. Les exploitations ont également la capacité à se doter d’outils de distribution et de valorisation de leur production ;

- après la crise financière de 1998, ces mécanismes se généralisent et débouchent sur une reprise soutenue de l’offre de productions végétales, le secteur animal n’ayant que très récemment amorcé son redémarrage. La dévaluation du rouble a joué sur une agriculture russe déjà entrée partiellement en phase d’adaptation un rôle salutaire d’aiguillon. Elle a entraîné un phénomène de substitution aux importations dont les effets ont été rapides : les productions nationales ont retrouvé la faveur des consommateurs, les importations de denrées alimentaires chutant de 18,1 milliards de dollars en 1997 à 10,5 milliards en 1999, alors que la consommation en Russie de ce type de biens se maintenait en volume.

L’agriculture russe tend à apparaître sous un jour assez favorable malgré une sous-utilisation des terres et de la main-d’œuvre. Les surfaces emblavées sont passées de 117 millions d’hectares en 1990 à 85 millions en 200042, soit une diminution équivalente à une fois et demie la surface des terres arables et des cultures permanentes de la France ; les effectifs agricoles sont tombés de 8 millions en 1992 à 5 millions en 200043. Pour autant, de nombreuses exploitations ont su en quelques années acquérir de nouvelles pratiques de gestion et devenir rentables.

Les oligarques, qui ne s’intéressaient pas dans un premier temps à l’agriculture, ont reçu des fermes en faillite en contrepartie de dettes contractées notamment auprès des gouvernements locaux, souvent pour des fournitures de combustibles. Ils peuvent contrôler plusieurs dizaines de fermes, structures dénommées « agro-holdings ». Du fait de l’augmentation de la productivité, les oligarques s’intéressent maintenant à l’agriculture mais leurs motivations sont diverses :

- certains ont une logique financière. Ils sont attirés par la rapidité du retour sur investissements, sachant qu’il ne faut guère que 1000 dollars de mise de fond pendant quelques mois pour mettre en culture un hectare dans les Terres Noires, ce qui permet aux exploitations bien gérées de survivre avec des prix des céréales particulièrement bas (fin 2002, moins de 40 dollars par tonne pour le blé fourragé dont les rendements dans des régions comme celle de Voronej sont de l’ordre de 3 tonnes à l’hectare). Ces nouveaux investisseurs sont également sensibles au fait que les cycles des prix internationaux des denrées agricoles ne sont pas corrélés avec ceux des métaux ou de l’énergie, ce qui leur donne la possibilité de mieux répartir leurs risques de marché en diversifiant leur activité ;

- d’autres, semblent avoir une vision à plus long terme dont ne sont pas absentes les considérations politiques. Leurs investissements s’inscrivent dans de véritables projets industriels dans des régions où ils possèdent déjà d’autres actifs et où ils disposent d’une certaine influence sur les autorités locales.

Des agro-holdings ont pesé d’un poids déterminant dans l’adoption de la nouvelle loi foncière, au travers du lobbying de l’Union des industriels et des entrepreneurs et, surtout, de l’Association des branches agroalimentaires. Il faudrait toutefois que la Russie se dote à la fois d’une politique des marchés agricoles et d’une politique de développement d’entrepreneurs spécifiques.

En outre, l’agriculture russe souffre d’une décapitalisation qui l’empêche de tirer parti de son potentiel naturel. Cependant le capital fixe ou circulant ne pourra se reconstituer par l’autofinancement ou par des apports extérieurs que si

42 Goskomstat, “Russia in Figures”, 2001, p. 207.

43 World Bank, “Food and agricultural policy in Russia”, Washington, 2002, p. 59.

les taux de profit sont durablement élevés, mais de tels taux élevés ne pourront être obtenus qu’en appliquant une surprotection tarifaire entraînant un surcoût pour les consommateurs ou grâce à d’importantes subventions publiques à la production. En conséquence, la rentabilité sera fonction essentiellement de l’efficacité de l’organisation et de la gestion de la production, qui présente des différences importantes d’une ferme à l’autre.

Il est de même important de favoriser l’émergence de réseaux de véritables fermiers entrepreneurs et la reconstruction d’un système national de crédit à l’agriculture. La production agricole susceptible de connaître une croissance soutenue dans les prochaines années pourrait en effet tirer parti d’un volant considérable de terres en friches qu’il serait relativement aisé de remettre en cultures. Quant à la main-d’œuvre elle apparaît largement suffisante pour faire face à la fois à une intensification de la production végétale et à la relance de l’élevage.

Ainsi, sous réserve d’une bonne gestion, l’agriculture russe pourrait devenir à terme l’une des plus productives d’Europe. L’économie rurale continuera d’être un maillon essentiel de sa structure économique et sociale pendant une bonne partie du XXIème siècle. Mais pour concrétiser ce potentiel, la Russie doit favoriser le développement et la mise en place de mécanismes de régulation du marché efficaces et éliminer les obstacles structurels qui empêchent l’émergence d’un secteur agroalimentaire puissant et compétitif44.

En ce qui concerne la forêt, celle-ci représente 25 % des réserves mondiales dont 50 % en conifères couvrant 60 % du territoire russe. Un Code forestier est en cours d’élaboration au principe que le sol n’est pas aliénable, 95 % des recettes d’exploitation étant versées au budget de la Fédération.

Dans le document conseil economique et social (Page 102-105)