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LES SATELLITES A DIFFUSION DIRECTE : L'ENJEU POUR LA FRANCE

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Academic year: 2022

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LES SATELLITES A D I F F U S I O N D I R E C T E : L ' E N J E U P O U R L A F R A N C E

V

oici plusieurs mois que l'on parle des « satellites à diffusion directe », sans que l'opinion publique ait été mieux informée sur ce qu'ils sont, dans quels buts ils sont c o n ç u s et ce à quoi ils doivent servir.

Est-ce un gadget de plus dans la panoplie déjà complexe des moyens de communication ou bien le fruit d'une technologie révolutionnaire ?

11 faut rappeler que la nouveauté essentielle de ce satellite, par rapport à ceux qui sont actuellement utilisés, réside en ce qu'il n'a pas besoin d'être relié à des stations au sol, qui décryp- teraient et relaieraient les messages qu'il transmet. A u contraire, il « arrose » une contrée déterminée d'une « pluie » d'ondes que chacun peut capter directement grâce à une antenne appropriée.

Il est également capable de transmettre des messages d'un point à l'autre d'un territoire sans être gêné par les obstacles naturels.

Ses avantages sont donc évidents, aussi bien pour les t é l é c o m m u - nications que pour la télévision ; pour cette dernière, en parti- culier, ne devraient plus se poser les problèmes de « zones d'ombre » ou d'éloignement des relais-réémetteurs.

On pourrait, à la limite, imaginer que quelques satellites de ce type, placés sur orbite géostationnaire quelque part au-dessus de la France, supplanteraient purement et simplement l'infrastructure terrestre complexe et coûteuse qu'utilisent, pour le moment, nos réseaux de communications.

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Cependant, il importe moins d'admirer les performances, aussi impressionnantes soient-elles, de tels engins, que de savoir en quoi ils peuvent être utiles à notre pays, quels sont les objectifs recherchés et surtout les moyens d'y parvenir face à une redoutable concurrence étrangère. Enfin — et ce n'est pas le moins préoccupant — il nous faut examiner quelles peuvent en être les c o n s é q u e n c e s sur notre vie é c o n o m i q u e , notre indé- pendance politique et notre organisation sociale et culturelle.

L ' E N J E U POUR L A F R A N C E

La nécessité de communications rapides et faciles

La France, en matière de t é l é c o m m u n i c a t i o n s , s'est long- temps trouvée à la traîne des pays développés. U n effort remarquable vient, cependant, d'être consenti pour rattraper ce retard. Mais, aujourd'hui, il faut être en avance sur les autres pour avoir des chances de gagner la compétition technologique : la « guerre des satellites » qui s'est engagée.

Les autres, ce sont le Japon, les Etats-Unis, le Canada, les pays nordiques, l'Allemagne fédérale, le Luxembourg. Si tous ces Etats, petits ou puissants, se sont lancés dans la bataille (le Japon dispose déjà d'un satellite à diffusion directe à des fins d'expérimentation), c'est que l'enjeu en est considérable.

Nous vivons dans un monde où la puissance é c o n o m i q u e et politique des nations dépend de plus en plus étroitement du perfectionnement et de la variété de leurs moyens de commu- nication. Pour assurer sa p r é d o m i n a n c e , un pays doit désormais se rendre maître de l'espace par lequel transiteront de plus en plus ses communications, grâce aux satellites à diffusion directe comme aux multiples ressources de l'informatique.

Les objectifs recherchés

L a mise en place de ces satellites doit repondre à trois types de préoccupations :

— Des raisons économiques :

Nous savons que, pour le moment, les Américains dominent ce secteur de pointe et que les stratégies de leurs grandes firmes

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imposent aux pays européens de réagir activement, faute de quoi ils seraient complètement dominés.

L'avenir appartient à ceux qui auront su miser à temps sur le d é v e l o p p e m e n t des technologies nouvelles. L a France est, semble-t-il, bien placée car elle dispose des capacités indus- trielles et des atouts é c o n o m i q u e s lui permettant d'être parmi les premiers et de tenir ainsi son rang dans le monde.

— Des raisons politiques :

E n l'absence de toute législation internationale relative à l'utilisation de l'espace à des fins civiles, l'objectif de chaque pays engagé dans cette bataille technologique est de mettre sur orbite des satellites suffisamment puissants pour couvrir non seulement ses propres besoins, mais aussi pour tenter de s'imposer à ses voisins, puisque les satellites ignorent les frontières.

L'espace risque ainsi, à court terme, d'être d é c o u p é en zones d'influence plus ou moins importantes, selon les moyens qu'aura mis en œuvre chaque nation.

La France doit donc chercher à préserver à tout prix son indépendance par une stratégie offensive qui lui permette de contrôler l'utilisation de « son » espace par les ondes venues d'ailleurs et d'assurer, grâce aux satellites, son influence politique et son rayonnement scientifique et culturel. Les choix doivent être clairs et les moyens importants.

— Des raisons culturelles :

Un pays dépendant sur le plan technique risquerait d'être dominé aussi sur le plan des contenus et des messages diffusés ; si tel devait être le cas pour la France, notre culture et notre langue, déjà fortement atteintes par la prédominance anglo- saxonne, ne résisteraient plus longtemps et ne seraient plus qu'à ranger au musée des belles-lettres.

Notre pays ne saurait le tolérer ; il doit, au contraire, profiter de cette nouveauté technologique pour diffuser, mieux qu'il ne le fait actuellement, les richesses de son patrimoine culturel et défendre l'usage de la langue française dans le monde. Encore faut-il le vouloir et y mettre le prix !

Voici trois objectifs clairs et trois raisons qui doivent nous pousser à agir vite pour nous placer parmi les premiers. E n avons-nous les moyens ?

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NOS M O Y E N S F A C E A L A C O N C U R R E N C E E T R A N G E R E

Les forces en présence

Le satellite à diffusion directe est destiné à deux types d'utilisation : les télécommunications et la télévision. Le premier n'est pas celui qui suscite des inquiétudes ou des appétits démesurés. Il s'agit, certes, pour les pays en concurrence, de perfectionner au maximum leurs télécommunications à usage interne. C'est dans cette perspective que la France a décidé de réaliser le projet T é l é c o m 1.

En revanche, le satellite de télévision crée beaucoup plus de difficultés parce que, à la différence du satellite de t é l é c o m m u - nications qui transmet des messages de point à point, il « arrose » indifféremment toute une contrée : plus le satellite est puissant, plus vaste est la surface qu'il peut couvrir.

Actuellement, plusieurs projets sont en cours d'étude aux Etats-Unis, au Canada et, plus près de nous, au Luxembourg et en Grande-Bretagne.

Quel est le choix de la France ?

Notre pays a, pour sa part, décidé de préparer, en c o o p é - ration avec la R é p u b l i q u e fédérale d'Allemagne, le lancement d'un satellite qui couvrira la plus grande partie de nos deux pays. Il devrait être opérationnel dans les années 1983-1984.

LES RISQUES A C O M B A T T R E

Les conséquences juridiques

L a première des c o n s é q u e n c e s que l'on peut attendre de l'apparition des satellites de télévision est la fin pure et simple du monopole d'Etat des télévisions nationales.

On répondra, certes, qu'en matière de radio, n'importe quel auditeur bien équipé peut entendre les radios commerciales ou

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les radios étrangères et que, en matière de télévision, nos régions frontalières sont « arrosées » par les programmes de nos voisins.

Mais rien ne pourrait empêcher un groupe financier puissant de s'offrir le satellite d'un Etat pauvre, ou m ê m e de placer le sien propre sous « pavillon de complaisance » et de déverser ainsi sans vergogne ses émissions sur les territoires qu'il aurait choisis pour cible, d'autant plus que rien ne peut légalement dissuader qui que ce soit de faire ce qu'il veut dans l'espace.

A moins que ne s'engage une véritable guerre des satellites et que, pour un pays ou une entité privée, tous les moyens devien- nent bons pour détruire ou endommager un satellite gênant...

Ce raisonnement tient si peu de la science-fiction que certains pays ont déjà prévu de telles parades !

Les conséquences économiques

Sur le plan strictement é c o n o m i q u e , les risques ne sont pas moindres : en effet, seule la puissance financière est l'élément déterminant de la bataille qui s'engage. Les choix politiques, la volonté d'indépendance des nations, risquent alors de ne servir strictement à rien : ce n'est, é v i d e m m e n t , pas pour nous réjouir ! Les conséquences culturelles

M ê m e si l'existence d'accords internationaux, tels ceux de la C o n f é r e n c e de G e n è v e en septembre 1979, permet de croire à la limitation de tels risques et à une certaine organisation des réseaux spatiaux de télécommunications, il ne faut, cependant, guère se faire d'illusions. Les premiers arrivés seront les mieux servis et, de fait, imposeront leur production — en matière de télévision — aux moins bien nantis. O n pourrait alors redouter la naissance d'un véritable impérialisme culturel.

Mais il est une autre question qui a trait au droit des créateurs et des auteurs sur leurs œuvres télévisées ; lorsque celles-ci seront diffusées sans contrôle à des millions de téléspec- tateurs étrangers, comment protégera-t-on ce droit ?

Enfin, lorsqu'un Français aura une vingtaine de chaînes différentes, nationales, étrangères ou commerciales à sa disposi- tion, fera-t-on encore l'effort d'une création télévisée originale, alors que tant de navets commerciaux seront diffusés à moindres

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frais 7 Nous connaissons déjà la part congrue faite à la création française face aux séries étrangères ; le p h é n o m è n e ne peut que s'accentuer dangereusement avec les satellites de télévision directe.

C'est ainsi qu'il faut considérer les risques que nous courons, et encore est-on loin de mesurer toutes les c o n s é q u e n c e s de la mise en œuvre de ces nouvelles techniques.

T e problème n'est pas de refuser l'innovation, ce qui serait -L< vain et irréaliste. Mais, bien au contraire, de donner à notre pays les moyens d'être en meilleure position dans cette c o m p é - tition ardue tout en veillant à le prémunir contre les c o n s é q u e n c e s nuisibles à son indépendance politique, son activité é c o n o m i q u e et sa culture.

J E A N C L U Z E L

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