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A LA COUR PONTIFICALE AU TEMPS DES BORGIA ET DES MÉDICIS JACQUES HEERS

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LA VIE Q U O T I D I E N N E

A LA COUR PONTIFICALE AU TEMPS DES BORGIA

ET DES MÉDICIS 1420-1520

J A C Q U E S H E E R S

HACHETTE

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L

'ITALIE des années 1400 reste, dans les mémoires et pour nos manuels, celle des belles années, de l'apogée d'une civilisa- tion. Mais on évoque plus volontiers, pour les lettres et pour les arts, pour les peintres ou les humanistes, Florence et Venise que les villes de cour pourtant si nombreuses à travers la péninsu- le, de Mantoue et de Milan à Naples, si brillantes dans les domaines de la pensée, de l'écriture, et des réalisations urbanistiques ou artistiques. Rome tient ici sans conteste une place de distinction, la première place même parmi les nations d'Occi- dent et, bien évidemment, elle le doit à la présence des papes, de leurs familiers, des cardinaux et des prélats. Aucune cité ne peut, sur le plan de ce que nous appelons le mécénat, rivaliser avec cette

« nouvelle Rome », si attachée aux souvenirs de l'ancienne.

Longtemps absents, chassés en quelque sorte de la ville par les guerres civiles, par les querelles de partis tout au moins, installés à Avignon en 1307 et pendant trois quarts de siècle sous la coupe de la monarchie capétienne, les papes sont bien revenus à Rome en 1378 avec Grégoire XI

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puis Urbain VI. Mais c'était un faux retour car les cardinaux français élirent un autre pape qui regagna Avignon; ce fut le grand schisme d'Occi- dent, réglé seulement, et non sans mal, au concile de Constance, en 1417, avec l'élection de Mar- tin V. Son installation à Rome marqua enfin le début d'une véritable politique de restauration, d'abord timide puis porteuse d'étonnants résul- tats : Rome se réveilla, se transforma; les jeux de l'esprit et l'amour du beau y triomphèrent.

Une autre limite chronologique, ici, s'impose également : c'est le sac de la ville en 1527, par des troupes de lansquenets allemands, par les Espa- gnols et même par un parti noble, celui des Colonna : non certes un irrémédiable déclin, mais une brutale fracture, un hiatus.

L'étude de la vie quotidienne implique bien sûr celle de la civilisation, de ses agents et de ses composantes. Cependant, il n'a pas semblé utile de s'attarder ici sur les aspects très matériels et ordinaires du style de vie, sur les aliments et les étoffes par exemple. Ni la table ni le costume, si souvent décrits par ailleurs pour cette époque, ne se distinguent par une grande originalité.

On pourrait s'étonner aussi de ne pas trouver dans cette évocation de la vie de cour de longs développements sur le gaspillage et les dépenses excessives, sur la dégradation de l'esprit de modes- tie. C'est une facilité à laquelle il n'a pas paru nécessaire de céder : quelques instants de réflexion y font inévitablement renoncer. En effet, comme toujours en pareil cas, ces critiques qui ont alimenté toute une polémique, voire des querelles de personnes, n'étaient pas du tout gratuites; elles ont servi des intentions dès cette époque, puis, par

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la suite, une haine recuite contre tout ce qui se réclamait « romain », ou « latin ». Surtout l'on peut aisément admettre que tout système politique sécrète ses abus, ses injustices, ses gaspillages d'énergies et d'argent. Les papes ont énormément dépensé pour leur cour, pour leur palais et leurs fêtes; ceci afin de s'affirmer et donner d'eux l'image que le peuple de Rome, que même les visiteurs, souvent, attendaient. Au moins, de ces grandes dépenses, nous reste-t-il quelque chose.

Peut-on en dire autant de celles que suscite le fonctionnement ordinaire de nos Etats « moder- nes » ?

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MARTIN V (11 novembre 1417-20 février 1431).

Oddone Colonna. Romain.

Cardinal de San Giorgio in Velabro.

EUGÈNE IV (3 mars 1431-23 février 1447).

Gabriele Condulmer, né en 1383. Vénitien.

Moine augustin.

Évêque de Sienne, 1407.

Cardinal, 1408.

NICOLAS V (4 mars 1447-24 mars 1455).

Tommaso Parentucelli.

Né à Pise en 1398, fils d'un barbier-chirur- gien.

Evêque de Bologne, 1444.

Cardinal, 1446.

CALIXTE III (8 avril 1455-6 août 1458).

Alonso Borgia.

Né à Javita en Espagne en 1378.

Évêque de Valence (Espagne), 1429.

Cardinal, 1444.

PIE II (19 août 1458-14 août 1464).

Aenas Sylvius Piccolomini.

Siennois, né à Corsignano le 14 octobre 1405.

Ordonné diacre, 1447.

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Évêque de Trieste, 1447. Évêque de Sienne, 1450.

Cardinal, 1456.

PAUL II (30 août 1464-26 juillet 1471).

Pietro Barbo.

Vénitien, né en 1418.

Cardinal de San Marco, 1440.

SIXTE IV (9 août 1471-12 août 1484).

Francesco della Rovere.

Né à Celle Ligure, près de Savone, en 1414.

Franciscain, général de l'ordre, 1464.

Cardinal de San Pietro in Vincoli, 1467.

INNOCENT VIII (29 août 1484-25 juillet 1492).

Giovanni Battista Cibo.

Né à Gênes en 1432.

Évêque de Malfetta, 1472.

Cardinal, 1473.

ALEXANDRE VI (8 août 1492-18 août 1503).

Rodrigo Borgia.

Né à Jativa en 1431.

Chanoine de Jativa, plusieurs évêchés.

Cardinal en 1456.

PIE III (20 septembre 1503-18 octobre 1503).

Francesco Todeschini, dit Piccolomini.

Né à Sienne en 1439.

Archevêque de Sienne. Cardinal, 1460.

JULES II ( 1 novembre 1503-21 février 1513).

Giuliano della Rovere.

Né à Albisola, près de Savone, en 1443.

Nombreux évêchés.

Cardinal de San Pietro in Vincoli.

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LÉON X (11 mars 1513-décembre 1521).

Giovanni dei Medici.

Né à Florence en 1475.

Diacre. Cardinal, 1489.

Evêque après l'élection au conclave.

ADRIEN VI (9 février 1522-18 novembre 1523).

Adriaan Floriszoon.

Né à Utrecht en 1459.

CLÉMENT VII (novembre 1523 - 25 septembre 1534).

Giulio dei Medici.

Né à Florence en 1478.

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C H A P I T R E P R E M I E R

ROME SUR L'ÉCHIQUIER EUROPÉEN

L

E DIMANCHE 29 septembre 1420, Martin V fait son entrée solennelle dans la ville de Rome. Élu le 11 novembre 1417 au concile de Constance, désormais seul souverain pontife, il a mis près de trois ans avant de se décider à affronter une ville déchirée par tant de désordres, de conflits entre les factions, une cité mise en coupe réglée par des bandes armées, en proie à la terreur. La veille, il avait pris gîte, gardé par une escorte de gens d'armes, dans une méchante bâtisse, dépendance de l'église de Santa Maria del Popolo. L'accueil est enthousiaste; des foules énormes se pressent sur tout le parcours, sur la via Lata du nord au sud puis, vers l'ouest, sur la via dei Pontefici jusqu'au pont Saint-Ange et au Borgo ou faubourg du Vatican là où, tant bien que mal, il pense établir ses offices, son gouvernement, sa cour. Le pape chevauche, abrité par un dais carmin et, signe de soumission, les représentants des treize quartiers de Rome, les rioni, les cham- pions lors des courses et des jeux populaires, lui fraient le chemin 1

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De cette cour pontificale définitivement ins- tallée à Rome, celle d'Avignon avait déjà donné une certaine image. Mais elle prend maintenant une ampleur, un éclat extraordinaires; elle s'af- firme dans tous les domaines et marque la ville, omniprésente, décidant de tout, donnant le ton, imposant ses projets d'urbanisme, d'aménage- ments, développant ses chantiers de constructions, ses modes littéraires et artistiques. Rome devient vraiment une ville de cour et une capitale d'État.

Cette évolution paraît inéluctable, résultat obligé de celle des mœurs et des structures politi- ques; la cour de Rome n'offre qu'un exemple particulier, exacerbé peut-être, plus spectaculaire que d'autres, de la concentration des pouvoirs, de la cristallisation des activités intellectuelles autour des maîtres d'États imposants, de cette étonnante floraison de grandes capitales. Partout en Europe les villes de cour, de tradition et d'origine fort anciennes ou de création toute récente, l'empor- tent sur les autres cités; elles ponctuent la carte de foyers où la civilisation prend un tour original, plus brillant. Ainsi en France, à Paris et, d'une manière plus ou moins éclatante, dans les capitales des États apanagés où se dressent, de plus en plus nombreux, plus riches, ostentatoires, les palais des princes et de leurs familiers, courtisans, grands commis : à Dijon, à Bourges, à Angers ou à Moulins. Ainsi en Angleterre, à Londres; en Espagne, à Madrid déjà naissante; dans l'empire, à Prague depuis quelque temps avec Charles de Luxembourg. Plus encore sans doute en Italie où les villes « de communes » ne peuvent revendiquer qu'une part, notable mais limitée, des activités et

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des créations littéraires ou artistiques; face à Venise et à Gênes que de villes dominées par des princes, par des « tyrans » : les Este à Ferrare, les Gonzague à Mantoue, les Malatesta à Rimini, les Sforza à Milan... et tant d'autres, dans de petites villes même des Marches ou de la Romagne! Tout va dans ce sens : à Bologne, ville marchande, les Bentivoglio issus de marchands, imposent leur seigneurie pendant trois générations et, fastueux, arrogants, se conduisent comme les véritables maîtres de la ville; de même à Florence avec les Médicis, sous Laurent le Magnifique déjà et davantage après le retour au pouvoir de la famille, en 1512.

Ce triomphe de la société de cour, princière, tient à toutes sortes de facteurs et en premier lieu, à une conjoncture politique nouvelle. Les façons de gouverner ne sont plus du tout les mêmes : le prince impose sa loi et ne tolère plus ni usurpa- tions, ni infidélités, ni émiettement de son autori- té; les organes administratifs, financiers ou judi- ciaires, se gonflent d'une façon démesurée et se fixent à demeure dans une seule ville, trop lour- dement empêtrés dans des habitudes de cabinets et de bureaucrates pour se déplacer. Si les familiers de l'hôtel du prince le suivent dans ses tournées, ses visites et ses campagnes guerrières, les tribu- naux, le parlement, la Chambre des comptes restent en place et correspondent par un va- et-vient incessant de missives. C'est bien là le temps des légistes, des offices, des capitales.

D'autre part, la puissance du prince se mesu- re, précisément, à cet appareil, au faste qu'il peut lui donner. Il se montre et montre sa cour à ses sujets qui applaudissent, rassurés, réconfortés sans

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doute, et eux-mêmes flattés par tout cet étalage de richesses, cette magnificence, par les cortèges, le nombre de familiers, les costumes, la vaisselle d'or et d'argent exposée lors des banquets, par les fêtes qui soulignent l'éclat des grandes cérémonies et invitent à participer. De beaux palais, neufs, bien ordonnés, une basilique solidement dressée, abri- tant les tombeaux de marbre de la dynastie, une belle ville aussi, bien tenue, prospère et fière, sont autant d'atouts dans une politique de prestige qui ne peut rien négliger au service d'une réputa- tion.

Les papes, à Avignon, avaient montré la voie.

Ceux d'après les années 1340-1350 en particulier imposaient, avec un stupéfiant accroissement de leurs finances et de leur administration, une vie de cour très remarquée, très brillante 2 Ils construi- saient un magnifique palais et faisaient orner les murs de scènes profanes par des artistes venus d'Italie. Ils s'entouraient de nombreux cardinaux qui, eux aussi, s'empressaient de bâtir de belles demeures - leurs livrées -, bouleversant forcément les structures de la ville, remodelant complète- ment le paysage urbain. Avignon, ville plutôt médiocre jusqu'alors, absolument pas préparée à recevoir un tel afflux, connaissait en quelques années un essor inimaginable et faisait face, par- fois dans le plus complet désordre, à quantité de problèmes et de contraintes; bientôt la ville ne fut plus assez vaste : les livrées s'établirent de l'autre côté du Rhône, à Villeneuve 3

Toutes proportions gardées, Rome, qui, en l'an 1420, a perdu ses papes depuis plus d'un siècle, subit ou suscite les mêmes élans.

Déjà, première contrainte sévèrement ressen-

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tie, la présence d'une telle machine administra- tive, d'une cour de cette ampleur, alourdit, voire paralyse les actions du pape. Le transfert d'Avi- gnon à Rome paraît une tâche fort complexe et, pour certains qui y mettaient sans doute beaucoup de mauvaise volonté, insurmontable. Ce fut l'une des raisons d'attitudes hésitantes, d'apparentes ter- giversations, de retards chez les papes pourtant décidés au départ et qui, pour s'affranchir de la tutelle française si pesante, désiraient vraiment s'installer en Italie. Ils y avaient envoyé, par avance, leurs légats et leurs capitaines, pour pré- parer le terrain, mettre à raison les rebelles, pacifier et déjà administrer. Mais il fallait prévoir d'impressionnants déménagements, des convois interminables, affrêter des navires et, pendant ce temps, faire en sorte que rien, ou presque, ne s'arrête, que les suppliques soient reçues, les bénéfices attribués, que les procès suivent leur cours sans retards scandaleux, que les revenus des dîmes pontificales soient toujours acheminés et administrés d'une façon correcte. Sans parler, bien sûr, des difficultés à convoquer le Sacré Collège, à tenir un conclave. A plusieurs reprises l'on dut renoncer et finalement, pour les offices essentiels, se résigner à les dédoubler et à les maintenir en contact par un extraordinaire trafic de courriers, chevaucheurs, chargés de missions. Cette installa- tion fut certainement, sur le plan logistique, un véritable casse-tête, l'une des opérations les plus considérables de l'époque - somme toute bien réussie.

A Rome, toute cette activité ne cesse de s'affirmer, de s'enfler. Le pape retrouve avec sa ville une indépendance presque totale, en un mot

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les moyens d'une grande politique; le voici enfin capable d'intervenir d'une manière efficace, sur tout l'échiquier européen; de se présenter même comme le défenseur de la Chrétienté face aux infidèles. Ses attributions, celles de la cour et des bureaux, se développent, se diversifient sans cesse;

elles deviennent - on ne le considère pas toujours - infiniment plus complexes que celles des rois et des princes. Chef de l'Église, chef spirituel, il intervient naturellement dans tous les pays d'Oc- cident pour les problèmes d'administration ecclé- siastique, pour les nominations, les conflits, les règlements. Il légifère et juge en dernier ressort : ses tribunaux ont à connaître des affaires de toutes sortes, de toutes origines. Pour l'important, la cour reçoit les parties, entend les causes et tranche. Se pressent dans la ville, s'y installent le temps qu'il faut - et souvent fort longtemps! - des hommes, des prélats, des évêques, des abbés, venus de toutes les provinces; les plus intéressés, les ordres reli- gieux puis les chefs d'Etat finissent par y entrete- nir une représentation stable qui s'ancre dans la cité, dans un palais, rassemble une petite équipe, s'établit.

Tout cela fait bien du monde, accouru d'ho- rizons divers. Rome nombril et creuset de l'uni- vers... La cour, ici, en matière de religion et de finances, n'administre pas un État cohérent, encore moins une nation, mais des hommes et des communautés dispersés dans une multitude de milieux ethniques, linguistiques. Elle est, par essence, cosmopolite.

De plus, depuis fort longtemps et maintenant d'une façon très déterminée, le pape gère un État territorial centré en plein cœur de l'Italie, un des

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plus vastes de la péninsule, souvent arbitre lors des luttes d'influence, en tout cas toujours fort actif et pas seulement réduit à se défendre. Ses États s'étendent fort loin de Rome, atteignent l'Adriati- que dans les Marches et la Romagne, voisinent au nord avec les possessions de Venise, au sud avec celles du roi de Naples. Les gouverneurs pontifi- caux administrent de nombreuses villes : Orvieto, Pérouse, Viterbe... Quantité de princes prêtent fidélité et hommage, versent régulièrement un tribut en signe d'allégeance. Les Este de Ferrare même, quelque temps réticents, finissent par se rallier après de longues tergiversations, après un curieux ballet diplomatique, et cette alliance, cette soumission plutôt, préparée par de magnifiques fêtes et réceptions, marque le triomphe d'une papauté toujours influente, nécessaire pour main- tenir dans la péninsule un certain équilibre; Borso d'Este vient ainsi se faire couronner marquis de Ferrare par Paul II en mars 1471.

Chef d'une diplomatie envahissante, le pape s'appuie sur un réseau bien en place d'agents, d'évêques et abbés : la cour pontificale paraît l'antithèse de ces petites cours princières d'opéret- te, plutôt endormies, remâchant leurs étiquettes et traditions, gaspillant des semblants d'énergie à vider des querelles dérisoires, repliées sur elles- mêmes. C'est là, tout au contraire, un formidable appareil toujours en action. Elle tend partout sa toile, ourdit, infatigable, ses intrigues; elle négocie des alliances, place ses pions dans le jeu politique italien, scrute et manipule les ambitions des rois et des princes étrangers toujours avides de passer les Alpes pour quelque conquête spectaculaire. Le temps est révolu, excepté dans d'amers souvenirs,

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où le roi de France décidait - ou se persuadait de pouvoir le faire - de la politique des papes à demi prisonniers dans Avignon. Plus de tutelle désor- mais... Les parents, frères et neveux, et même les enfants servent d'atouts; et les mariages, mûre- ment et savamment négociés, orchestrés à grand bruit, assortis de dots fastueuses, secondent un jeu diplomatique déjà très subtil. Alexandre VI Borgia en usa sans vergogne et Jules II della Rovere, lui, n'hésita pas à recruter d'importantes compagnies d'hommes d'armes, à les conduire lui-même, pour de courts moments il est vrai, contre l'ennemi.

LES AMBASSADES,

LES GRECS, LE GRAND TURC

Pour toutes ces raisons, la cour de Rome, plus que celles de France et d'Espagne, peut-être, attire un personnel politique étranger considérable : ambassadeurs établis à demeure, orateurs envoyés en mission. Ils se pressent dès la nouvelle de l'élection d'un nouveau pape pour lui présenter leurs compliments... et, déjà, quelques suppliques;

ils viennent expliquer, justifier les attitudes de leurs maîtres, s'assurer d'une complaisance, au moins d'une neutralité bienveillante. La représen- tation à Rome devient, dans l'art diplomatique, pour toutes les nations, des princes souverains aux petits princes vassaux et aux communes d'Italie, Venise et Florence en tête, une impérieuse obli- gation, source de grand arroi et de lourdes dépen- ses. On compte sur les cardinaux du pays, on se rassemble dans leurs palais. Parallèlement, pour ne rien négliger, et parfois même sans raison

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apparente, on accrédite un personnage bien en cour, ami ou acheté. Surtout, on porte tous ses soins aux ambassades. Il faut là des hommes capables d'intriguer, de recueillir des renseigne- ments, de présenter sans cesse de nouvelles affai- res; des hommes aussi qui en imposent par leur suite, l'étalage d'un certain luxe, costumes, servi- teurs et chevaux. Ils s'installent comme ils peuvent; c'est, pour l'envoyé de Venise ou de Florence, pour l'orateur du roi de France ou de l'empereur, un bien grand souci que de loger toute sa maison d'une façon décente, pas trop inconfortable, pas trop loin en tout cas du pape, des cardinaux, de la cour, des tribunaux.

En 1503-1504, plusieurs mois après le con- clave et l'élection de Jules II, la ville est encore engorgée de toutes les légations venues en hâte honorer le pape; les logements manquent et même les provisions. Il faut, pour installer tous ces diplomates, chasser les familles de leurs demeures; le pape y consent. Mais, quand bien même, on finit par camper un peu partout.

L'ambassadeur florentin, Francesco Pepi, encore sur les routes, adresse des missives alarmées à Nicolas Machiavel qui, lui, avait pris les devants et, seul, se contente de l'auberge. Pepi n'aurait voulu, pour toute suite, qu'un valet, mais com- ment faire « sachant bien que si j'arrivais seul ce serait comme si je n'y étais pas » ? Il traîne avec lui, « pour ne pas offenser la dignité de la Répu- blique », huit valets à cheval, deux laquais, un courrier, son intendant, son fils, son gendre et quatre nobles cavaliers de ses amis, eux aussi avec leurs serviteurs (« ... et leur idée, bien sûr, est de

c o n t i n u e r à l o g e r a v e c m o i » ) .

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Ces visites accompagnées de mises en scène ostentatoires, ces montres de suivants et de fami- liers, ce déploiement de fastes impressionnent-ils vraiment une cour d'hommes certainement bla- sés ? En tout cas, c'est révérence nécessaire, recon- naissance d'une primauté, et le peuple romain ne s'y trompe pas, qui voit dans ces ambassades le reflet de la puissance du prince étranger et un signe de ses intentions.

Cosmopolite, la cour de Rome étend ses entreprises bien au-delà des pays voisins, au-delà de l'Occident même. Elle se veut le centre de la Chrétienté et n'a en aucune façon abandonné le rêve, la politique bien arrêtée plutôt, d'une reprise en main de l'Orient chrétien par une réunion de l'Église orthodoxe, à vrai dire par la soumission de celle-ci. Martin V signe avant sa mort, en 1430, la convention qui organise le concile de l'Union et Eugène IV, en 1438, décide de le tenir à Ferrare, puis à Florence, et verse aux Grecs présents aux réunions, à l'empereur Jean VIII, à son frère le despote Démétrius, au patriarche de Constantino- ple, aux représentants des autres patriarches orien- taux, aux dix-sept métropolitains, aux nombreux évêques et aux staurophes (chanoines) de Sainte- Sophie des allocations mensuelles pour les aider à supporter la longueur des débats et les inciter à rester. Finalement l'acte d'Union, en août 1445, sonne le grand triomphe de l'Église et de la cour de Rome sur toutes les oppositions et réticences Le pape ordonne de grandes cérémonies, des actions de grâces à Rome et dans plusieurs villes;

il nomme aussitôt cardinaux romains deux prélats orientaux : Bessarion et Isidore de Kiev; il fait représenter la réunion du concile sur les portes de

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bronze de Saint-Pierre. De ce fait, Rome et sa cour accueillent de nombreux Grecs, ceux surtout qui avaient œuvré décidément pour l'Union et furent si mal reçut à Constantinople. Bessarion en revient très vite; il s'installe à Rome puis, lié de sincère amitié avec Pie II Piccolomini, après deux prestigieuses légations à Bologne et en Allemagne, reçoit la charge de chancelier et, sous Paul II, se

r e t i r e à T u s c u l u m

La cour alors s'orientalise. Bessarion y fonde sa célèbre Académie, foyer culturel fort actif, ouvert à toutes les études et curiosités de l'Anti- que. Avec les modes intellectuelles et littéraires, pénètrent dans la ville de meilleures connaissances du monde byzantin, des goûts différents, des thèmes iconographiques jusque-là plutôt négligés, enrichis maintenant d'éléments nouveaux, de décors, de costumes exotiques. C'est bien l'arrivée des dignitaires grecs, l'entrée triomphale de l'em- pereur de Constantinople à Florence surtout (en février 1439), qui inspirent alors, depuis Benozzo Gozzoli, tant d'images de cortèges somptueux, à l'orientale, cortèges des rois mages, des ambassa- deurs grecs. Les fresques des églises et des palais d'Italie, à Rome en particulier, en gardent de brillants souvenirs.

Cosmopolite et orientale aussi, la cour de Rome par l'accueil, la protection même qu'elle réserve souvent aux princes de l'Orient en visite ou plus souvent déchus ou menacés par l'avance des Turcs. On y voit, lors des fêtes de Pâques, lors des grandes cérémonies et réceptions, le roi ou la reine de Serbie venir en pèlerinage, faire leurs dévotions et s'incliner devant le souverain pontife.

Sixte IV verse une pension à Sophie Paléologue

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(il s'employa même à la marier) et au despote d'Épire, et aussi à la reine de Chypre, Charlotte, qui fut fêtée par de belles démonstrations et logée au Borgo, près du palais du Vatican; puis encore aux fils du despote de Morée, réduits à une misérable pauvreté. Enfin, marque du rayonne- ment universel de Rome, toujours sous Sixte IV, en l'an 1481, se présente dans Rome et à la cour, la belle ambassade du prêtre Jean qui désirait noti- fier son avènement. Le célèbre roi-prêtre, dont l'histoire a suscité d'interminables controverses, régnait sans doute sur une part de l'Éthiopie et s'affirmait en tout cas chrétien, ennemi des infi- dèles. Le pape reçut fort bien cette légation qui fit beaucoup parler d'elle par son ordonnance, ses costumes et ses attributs orientaux; il réserva même bon accueil à divers escrocs qui, tour à tour, se présentèrent comme le seul véritable prêtre Jean... et s'empressa de discuter avec eux de leurs e r r e u r s

De plus, non seulement Rome établit ainsi, par sa cour d'hommes lettrés souvent passionnés par tout ce qui vient de l'Orient, des liens solides et constants avec le monde grec, et affirme sa primauté et sa tutelle sur cette Église de Constan- tinople qui lui avait complètement échappé pen- dant des siècles, mais se pose décidément en rempart naturel de la Chrétienté face aux Turcs envahisseurs. Calixte III puis Pie II et encore Sixte IV se sont réellement employés à organiser une croisade pour les attaquer chez eux; ils ont loué ou fait construire des vaisseaux, recruté des hommes, collecté des armes dans la ville, même chez les plus humbles artisans. Les princes ne les ont pas suivis et la croisade est restée un rêve...

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Mais Sixte IV fait un cadeau somptueux - un cheval blanc harnaché de draps de soie et d'or - au messager qui apporte, le 2 juin 1481, de Venise, la nouvelle de la mort de Mahomet;

il officie lui-même la messe dans l'église Santa Maria del Popolo, parcourt lentement à cheval toute la ville par de longs détours, acclamé par les cris d'allégresse, décrète trois jours entiers de grandes fêtes, fait sonner les cloches et illuminer les églises

La succession du Grand Turc, difficile, con- testée, donne à la cour romaine quelque espoir, en tout cas l'occasion de briller. Otrante est délivrée des Turcs et nombre de leurs soldats désertent. On parle d'anarchie et même de combats entre les prétendants. Finalement, c'est le fils aîné, Bayazid, qui l'emporte mais le cadet, Djem Sultan, fils d'une princesse serbe et chrétienne, continue à revendiquer le trône et à intriguer. Il se réfugie d'abord à Rhodes, chez les chevaliers de Saint- Jean, et, à demi prisonnier, fait l'objet de sordides marchandages; on le vendit au plus offrant, on le voulait de partout : son frère pour le suppri- mer, Charles VIII et Venise comme monnaie d'échange dans leurs négociations. Ce fut le pape qui l'obtint. Le sultan arriva à Toulon, puis à Civitavecchia, puis Ostie, enfin Rome où il fit, le 13 mars 1489, son entrée solennelle accompagné par le fils du pape Franceschetto, par le prieur des chevaliers pour la province d'Auvergne, par le sénateur de Rome, par les écuyers du pape et par les clercs des cérémonies. Une foule énorme l'attendait; s'il ne fit, lui-même, pas très forte impression (« il avait l'air dur et farouche [...] il louchait d'un œil qu'il tenait toujours mi-clos »), le

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cortège et les costumes étonnèrent beaucoup les Romains qui crurent pouvoir se réjouir de garder un prisonnier turc de plus.

Logé d'abord au Vatican, on l'enferma ensuite au château Saint-Ange; mais, en 1495, il fallut bien, tout de même, le livrer au roi de France; il mourut peu a p r è s Pendant plus de six ans, le peuple de Rome put méditer sur cette présence d'un prince turc dans ses murs... Simple enjeu, prince malheureux, lassé de tant d'aventu- res, trop souvent averti de la précarité de sa condition de proscrit traqué, sa seule présence plaçait, une fois de plus, la cour de Rome au cœur d'actions diplomatiques obstinées.

Sans conteste, la ville et la cour émergent brillamment d'une sorte de triste médiocrité où les avaient plongées et la papauté d'Avignon et le schisme; elles s'élèvent bien au-dessus de toutes les capitales du moment.

LE MONDE DES FAMILIERS

Comme partout alors, la cour elle-même se définit très mal. Le mot, si souvent employé pour des réalités diverses, finit par les masquer toutes.

Au sens strict, la curia est un tribunal, au plus un gouvernement restreint; au sens plus large et plus commun, c'est un groupe social mal délimité, certes, mais bien vivant, qui s'imposait à tous, sinon très structuré tout au moins très actif, puissant, doté de grandes possibilités : là se nouent les intrigues, se prennent les décisions. On peut y rencontrer et y circonvenir des hommes influents.

C'est à la fois l'entourage et le conseil du pape, ses

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agents d'exécution et un foyer de réflexion politi- que, un foyer spirituel et culturel surtout.

Les conditions sociales définies par une hié- rarchie assez floue et, de même, la multiplicité des charges, la pratique constante des cumuls, décou- ragent tout essai de stricte classification. La cour se présente non comme une pyramide mais comme un ensemble, une société unie par une fidélité, par une dépendance. Pour l'essentiel, elle se trouve étroitement tributaire du pape et, effec- tivement, subit, lorsqu'il disparaît, de profonds bouleversements.

A un premier échelon, mais non négligeables par leur influence, se situent tous ceux qui for- ment ce que l'on appelle la maison du pape ou son Hôtel, institution que l'on retrouve auprès de tous les rois ou princes d'Europe, et même de certains grands personnages, et qui gère, en principe, les biens personnels du maître, sa cassette, budget et trésorerie, qui tient les comptes particuliers et veille au bon entretien des bâtiments privés et de la garde-robe, c'est-à-dire les vêtements et les armes. Dans la réalité, la confusion entre le privé et le public, souvent acceptée inconsciemment par commodité, parfois suscitée par nécessité ou soif d'argent, provoque un fort gonflement de ce proche personnel de l'Hôtel. Ici, à Rome, le pape s'entoure d'un nombre toujours plus élevé de fidèles et leur attribue divers emplois dont l'utilité ne paraît pas toujours démontrée. Son goût de l'apparat, ses dépenses ostentatoires accroissent encore les interventions financières de sa mai- son.

Dans l'Hôtel certains services restent vrai- ment domestiques, ne concernant que le pontife et

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un petit nombre de parents, d'intimes, admis dans sa familiarité. Ainsi la chambre pour les achats d'étoffes, vêtements, bijoux, tentures et tapisseries, petits meubles et, souvent, objets d'art. Ainsi la chapelle pour les services religieux, les processions, pour faire fabriquer les bannières et les décors, pour passer commandes d'objets pieux, de reli- quaires, de retables. Ainsi le corps des médecins chirurgiens.

Alexandre VI fut soigné par une dizaine de médecins, tous hommes remarquables qu'il sut bien récompenser; le favori étant, pendant long- temps, Bernardo Bongiovanni, évêque de Venosa, que le pape prêta un moment à son fils César puis, définitivement, à sa fille Lucrezia lorsqu'elle partit pour Ferrare après son mariage. Autre praticien très tôt remarqué, l'Espagnol Andreà Vives devint

« collecteur du plomb » et clerc de la chancellerie.

Deux autres Espagnols, Pedro Pinto et Gaspare Torella, sont bien connus comme auteurs de savants traités sur la peste. On trouvait aussi à la cour, deux médecins français, Bernard de Pon- toise et son fils Jean qui, par la faveur du pape, cumula plusieurs bénéfices Jules II, lui, eut au moins sept médecins, dont un rabbin espagnol, Samuele Sarfati, un cistercien français, Jean Bodier, et un Napolitain, Girolamo Nifo. D'eux d'entre eux, Torella et Matteo Curti, rédigèrent des ouvrages fort appréciés, non sur les épidémies et maladies mais sur l'art de bien manger 11

D'autres services, plus modestes et plus spé- cialisés, veillent simplement à la bonne marche du palais, à son ravitaillement, à l'engrangement des réserves, aux déplacements de tout un train de courtisans et de bagages; ce sont la paneterie, la

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boutellerie et, plus importante, constamment sur le qui-vive, la maréchalerie chargée de l'écurie, des achats de chevaux et de mulets, des charrois, des postes. D'abord tributaires à Avignon des courriers des compagnies florentines, les papes, à Rome, furent parmi les tout premiers à organiser un réseau régulier de messagers, porteurs de dépê- ches; non plus seulement chevaucheurs occasion- nels, recrutés à la hâte et payés à la tâche, mais hommes de confiance, connus, appointés.

Ces offices de l'Hôtel, moins nombreux cer- tainement et moins spécialisés aussi que ceux des hôtels princiers de France par exemple, se canton- nent en des tâches bien limitées, somme toute assez modestes. Mais ils tiennent en main l'orga- nisation matérielle de la cour, de la vie quoti- dienne; ils en sont responsables et c'est par eux, par leur comptabilité que nous appréhendons ces aspects matériels non négligeables de la vie de cour : les achats et les acheminements de vivres, les arrivées de vins, la consommation des denrées, l'ordonnance même des repas et la qualité des convives.

D'autre part, certains services acquièrent dans quelques domaines une autre importance, prolongeant leurs activités dans des sphères plus larges. Le pape entretient ainsi, aux frais de sa maison, l'aumônerie qui distribue des secours aux pauvres, aux pèlerins malades, aux étudiants beso- gneux, aux filles à marier dépourvues de dot; le don d'un beau morceau de drap blanc et d'une bourse pleine de pièces d'or aux « pauvres pucel- les » le jour de la Quasimodo devient bientôt, pour tout Rome, prétexte à beau spectacle. Le pape suivi des cardinaux se rend en grande pompe, sur

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une litière de velours carmin, accompagné d'un cortège de mules richement parées, à l'église Santa Maria Minerva; il se tient dans le chœur de l'église et donne sa bénédiction aux jeunes filles, qui défilent en procession : « elles étaient au nombre de çant et sept; elles sont chacune accom- pagnées d'une vieille parante [...] elles ont le visage couvert d'un linge et n'ont d'ouvert que l'endroit de la vue ». En 1580, Michel de Montaigne affirme encore qu'« il n'est nulle fille à marier à laquelle il n'aide pour la loger si elle est de bas-lieu 12 ».

De l'Hôtel dépendent aussi l'école de théolo- gie du Vatican, école domestique d'abord, et la bibliothèque qui prend dans ces premiers temps du retour à Rome une ampleur considérable. Ce service très particulier, qui assure la renommée de Rome, capitale des lettres et de l'érudition, qui acquiert encore plus de prestige avec la création d'une véritable Bibliothèque vaticane, intervient aussi constamment dans la direction et la gestion du studium de Saint-Pierre, l'Université pontifi- cale du Vatican.

Enfin le pape entretient près de lui, proté- geant le Borgo de toute intrusion, une garde personnelle d'hommes, compagnie de mercenaires soldés, plus ou moins nombreux, parfois recrutés à la hâte. De plus en plus, ce sont des Suisses, fantassins qui s'étaient, depuis quelque temps déjà, acquis une solide renommée sur les champs de bataille au-delà des Alpes.

Au total, cet Hôtel pontifical, réduit à quel- ques dizaines de personnes, aux compétences d'abord domestiques, forme, au cœur de la vie romaine, un petit groupe d'hommes de confiance qui peuvent vraiment approcher le souverain pon-

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