Convergence des variables aléatoires
Cours de É. Bouchet ECS1 19 mai 2021
Table des matières
1 Inégalités probabilistes 2
1.1 Inégalité de Markov . . . 2 1.2 Inégalité de Bienaymé-Tchebychev . . . 2
2 Convergence en probabilité 3
2.1 Convergence en probabilité . . . 3 2.2 Loi faible des grands nombres . . . 4
3 Convergence en loi 5
3.1 Convergence en loi . . . 5 3.2 Approximation poissonnienne d'une loi binomiale . . . 6 3.3 Théorème limite central . . . 7
1 Inégalités probabilistes
1.1 Inégalité de Markov
Soit X une variable aléatoire discrète positive admettant une espérance etλ∈R∗+ :
P(X>λ)6 E(X) λ . Proposition (Inégalité de Markov).
Remarque. Le résultat énoncé est celui du programme, cependant la condition variable discrète n'est pas nécessaire pour que l'inégalité soit vériée.
Démonstration. (démonstration à connaître) Comme X est une variable aléatoire discrète, on peut supposer que X(Ω) ={xi|i∈I} oùI est un sous-ensemble deZ. Alors :
P(X>λ) = X
xi>λ
P(X =xi).
Par ailleurs, par dénition de l'espérance et positivité desxi, E(X) =X
i∈I
xiP(X =xi)> X
xi>λ
xiP(X=xi)> X
xi>λ
λP(X=xi) =λX
xi>λ
P(X=xi).
DoncE(X)>λP(X>λ), et en divisant parλ∈R∗+ on obtient le résultat souhaité.
1.2 Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Soit X une variable aléatoire discrète admettant un moment d'ordre2etε∈R∗+ :
P(|X−E(X)|>ε)6 V (X) ε2 . Proposition (Inégalité de Bienaymé-Tchebychev).
Démonstration. La variable(X−E(X))2 est une variable aléatoire discrète positive admettant une espérance (carX admet une variance), on peut donc lui appliquer l'inégalité de Markov : pourλ=ε2 ∈R∗+,
P (X−E(X))2 >ε2
6 E (X−E(X))2
ε2 = V(X) ε2 .
Or,(X−E(X))2 >ε2⇐⇒ |X−E(X)|>εcarε >0et par stricte croissance de la fonction racine carrée deR+ dans R+. Donc
P (X−E(X))2 >ε2
=P(|X−E(X)|>ε) d'où le résultat.
2 Convergence en probabilité
2.1 Convergence en probabilité
Soit (Xn)n∈N etX des variables aléatoires dénies sur un même espace probabilisé(Ω,A, P). On dit que (Xn)n∈N converge en probabilité versX lorsque pour toutε >0,
n→+∞lim P(|Xn−X|> ε) = 0.
On noteXn
−→P X.
Dénition (Convergence en probabilité).
Remarque. Xn−X−P→0 si et seulement siXn−→P X Remarque. Il sut de montrer que lim
n→+∞P(|Xn−X|>ε) = 0 car∀ε >0, 06P(|Xn−X|> ε)6P(|Xn−X|>ε). Remarque. Il sut de montrer que∀ε∈]0,1], lim
n→+∞P(|Xn−X|> ε) = 0. En eet, siε >1, 06P(|Xn−X|> ε)6P(|Xn−X|>1).
Exemple 1. Si pour tout n ∈ N∗, Xn suit une loi exponentielle de paramètre n, la suite des (Xn) converge en probabilités vers la variable aléatoire constante égale à0.
En eet, si on xeε >0,
P(|Xn−X|> ε) =P(Xn> ε) = 1−P(Xn6ε). La fonction de répartition de la loi exponentielle donne donc :
P(|Xn−X|> ε) = 1−1 +e−nε=e−nε−−−→
n→∞ 0.
D'où le résultat (on aurait aussi pu vouloir utiliser l'inégalité de Markov, mais le programme de première année ne le permet pas car c'est une variable à densité).
Remarque. La convergence en probabilités n'entraîne pas la convergence des espérances.
Exemple 2. Pour tout n∈N∗, on dénit une variable aléatoireXn telle que Xn =n avec probabilité n1 etXn= 0 avec probabilité1−1n. Alors(Xn)n>0converge en probabilités vers la variable aléatoire constante égale à0maisE(Xn) ne converge pas versE(0).
Soitε∈]0,1[(on peut se ramener à étudier cet intervalle, car ce sont les petitsεqui posent problème) : P(|Xn−X|> ε) =P(Xn> ε)ε>0= P(Xn=n) = 1
n. Comme lim
n→∞
1
n = 0, on en déduit la convergence en probabilités annoncée. Il ne reste plus qu'à calculer l'espérance : pour toutn∈N∗,
E(Xn) = 0P(Xn= 0) +nP(Xn=n) = 0 +n n = 1.
Or1 ne converge pas vers0. D'où le résultat.
2.2 Loi faible des grands nombres
Soit (Xn)n∈N∗ une suite de variables aléatoires telles que ∀n∈N∗,Xn,→ B(n, p), alors 1 nXn P
−→p. Théorème (Loi faible des grands nombres).
Démonstration. (démonstration à connaître) On utilise l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev : les 1
nXnsont des variables aléatoires discrètes, qui admettent une variance. Notamment, pour tout entiern,
E Xn
n
= 1
nE(Xn) = np
n =p et V Xn
n
= 1
n2V(Xn) = np(1−p)
n2 = p(1−p) n . On a donc, pourn∈Net toutε >0,
06P
Xn
n −p >ε
6 p(1−p)
nε2 −−−−−→
n→+∞ 0.
D'où le résultat par théorème d'encadrement.
3 Convergence en loi
3.1 Convergence en loi
Soit (Xn)n∈N une suite de variables aléatoires réelles. On dit que (Xn)n∈N converge en loi vers une variable aléatoire réelle X lorsque pour toutx∈R oùFX est continue,
n→+∞lim FXn(x) =FX(x).
On note alorsXn
−→L X.
Dénition (Convergence en loi).
Remarque. La nature des variablesXn et de X peut être diérente (discrètes ou à densité).
Exemple 3. Pour toutn∈N∗, on dénitXnune variable aléatoire de loi uniforme sur
−n1,1n
. Étudier la convergence en loi de la suite(Xn)n∈N∗.
On commence par déterminer la fonction de répartition deXn, en utilisant la fonction de répartition de la loi uniforme :
FXn(x) =
0 si x6−n1
nx+1
2 si x∈
−n1,n1 1 si x> 1n
Soit x >0. Pour tout n> x1, on ax> n1 et donc FXn(x) = 1. Donc lim
n→+∞FXn(x) = 1. Soit x <0. Pour tout n>−1x,x6−1n et doncFXn(x) = 0. Donc lim
n→+∞FXn(x) = 0.
On reconnaît après passage à la limite la fonction de répartition de la variable certaine égale à0(qui n'est pas continue enx= 0, ce qui justie de n'avoir pas étudié les limites en ce point). Donc la suite(Xn)converge en loi vers la variable certaine égale à0.
Soit (Xn)n∈N une suite de variables aléatoires réelles et X une variable aléatoire réelle. On suppose que Xn(Ω)etX(Ω)sont inclus dans N. AlorsXn
−→L X si et seulement si pour touti∈N,
n→+∞lim P(Xn=i) =P(X=i). Proposition (Cas où Xn etX sont à valeurs dansN).
Démonstration.
Supposons que∀i∈N, lim
n→+∞P(Xn=i) =P(X=i). Soit x∈R, par propriété de la fonction de répartition, pour tout k∈N,
FXk(x) =
bxc
X
i=0
P(Xk=i),
qui converge par linéarité des limites vers
bxc
X
i=0
P(X=i) =FX(x). DoncXn−→L X.
Supposons queXn−→L X. Alors pour toutx∈R\N(qui correspondent aux points de continuité),limFXk(x) = FX(x). Or on sait que par propriété de la fonction de répartition, pour tout k, et pour touti>0,
P(Xk=i) =FXk(i)−FXk(i−1),
sauf que ça n'aboutit pas ici : on ne peut pas passer à la limite, parce que i et i+ 1 ne sont pas des points de continuité. On peut par contre modier légèrement l'expression pour contourner ce problème : comme la variable aléatoire est à valeurs entières, pour tout k, et pour touti∈N,
P(Xk=i) =FXk
i+1
2
−FXk
i−1
2
,
et on est alors bien en des points de continuité : on peut passer à la limite, et
k→+∞lim P(Xk=i) =FX
i+1 2
−FX
i−1 2
=P(X=i).
3.2 Approximation poissonnienne d'une loi binomiale
Soit(pn)∈]0,1[Nune suite de réels telle que(npn)converge vers un réel strictement positifλ. Soit(Xn)n∈N une suite de variables aléatoires telle que pour toutn∈N,Xn,→ B(n, pn). AlorsXn−→L Y, oùY ,→ P(λ).
Proposition (Approximation poissonnienne d'une loi binomiale).
Démonstration. (démonstration à connaître) Pour toutk∈N et pour toutn>k(car Xn(Ω) = [[0, n]]), P(Xn=k) =
n k
pkn(1−pn)n−k.
Or n
k
∼ nk
k! à kxé, donc n
k
pkn∼ (npn)k
k! va converger vers λk
k! lorsque ntend vers l'inni. De plus, (1−pn)n−k= exp ((n−k) ln(1−pn)),
et ln(1−pn) ∼ −pn, car −pn ∼ −λ
n converge vers 0. Donc (n−k) ln(1−pn) ∼ −npn ∼ −λ, et par continuité de l'exponentielle en−λ,
n→+∞lim (1−pn)n−k= exp(−λ).
Par produit, on obtient : lim
n→+∞P(Xn=k) = λk
k!e−λ, ce qui termine la preuve.
3.3 Théorème limite central
Soit (Xn)n∈N une suite de variables aléatoires réelles discrètes telle que pour toutn∈N,Xn ,→ B(n, p). Alors
Xn∗ = Xn−np pnp(1−p)
−→L Y, où Y ,→ N (0,1).
Théorème (Théorème limite central : approximation normale d'une loi binomiale).
Soient λ > 0 et (Xn)n∈N∗ une suite de variables aléatoires réelles discrètes telle que pour tout n ∈ N∗, Xn,→ P(nλ). Alors
Xn∗ = Xn−nλ
√ nλ
−→L Y, où Y ,→ N (0,1).
Théorème (Théorème limite central : approximation normale d'une loi de Poisson).
Exemple 4. Étudier la convergence en loi de la suite de variables Xqn−2nn3
9
!
n∈N∗
où Xn suit une loi binomiale de
paramètre n,13
. En déduire que lim
n→+∞
1 3n
bn/3c
X
k=0
n k
2n−k= 1 2.
Soit n ∈ N∗. La variable aléatoire étudiée est la variable centrée réduite Xn∗ associée à la variable Xn, car pn = n3, etp(1−p)n = n323 = 2n9 . Par le théorème limite central, la suite de variables converge donc en loi vers une variable aléatoireY de loi normale centrée réduite. FY est continue surR, donc pour toutx∈R,FXn∗(x)converge versFY(x).
1
2 nous évoqueFY(0), ce que incite à étudier le cas particulierx= 0:
n→+∞lim FX∗n(0) =FY(0) = 1 2. Par ailleurs,
FXn∗(0) =P
Xn−n 3 r2n
9
60
=P
Xn−n 3 60
=P
Xn6 n 3
=P
Xn6 jn
3 k
,
où la dernière égalité est vraie carXn est à valeurs entières. Or on connaît la loi de Xn : P
Xn6 n 3
=
bn/3c
X
k=0
n k
1 3
k 1− 1
3 n−k
= 1 3n
bn/3c
X
k=0
n k
2n−k. En remplaçant dans les expressions précédentes, on obtient donc bien la limite demandée.