RAPPORT SUR LA SITUATION DE LA TORTUE GÉOGRAPHIQUE,
GRAPTEMYS GEOGHRAPHICA AU QUÉBEC ET AU CANADA
par Joël Bonin
pour
Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
Février 1991
PROTÉGER LA FAUNE ET LA FLORE MENACÉES
...C'EST DANS MA NATURE
Québec
RAPPORT SUR LA SITUATION DE LA
TORTUE GÉOGRAPHIQUE, GRAPTEMYS GEOGHRAPHICA AU QUÉBEC ET AU CANADA
par Joël BONIN
biologiste
pour le
Ministère du Loisir de la Chasse et de la Pêche Direction de la gestion des espèces et des habitats
Québec, février 1991
Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec 2e trimestre 1991
KBN: 2-550-21815-9
Ill
RESUME
La Tortue géographique, Graptemys geographica (Le Sueur), occupe à sa limite septentrionale de distribution le sud de l'Ontario et le sud-ouest du Québec. On la retrouve dans les lacs et les rivières de grande étendue où elle n'utilise les milieux terrestres adjacents que pour la ponte au mois de juin. Les paramètres de sa population canadienne sont pratiquement inconnus. Il semble que sa distribution soit stable. La destruction des rives et la pollution de son habitat menacent cette espèce. Malgré qu'elle soit commune dans quelques régions de l'Ontario, on ne retrouve qu'une seule population d'importance au Québec, celle du lac des Deux- Montagnes. L'espèce est ainsi considérée vulnérable au Québec tandis qu'une attention spéciale devrait y être accordée dans le reste du Canada. Il est recommandé d'accroître nos connaissances sur la Tortue géographique au Canada et d'assurer la protection des sites utilisés par l'espèce au Québec.
ABSTRACT
The Map turtle, Graptemys geographica (Le Sueur), is found in the northern part of its range restricted to southern Ontario and southwestern Quebec. It frequents large bodies of water such as rivers or lakes, and comes ashore only for nesting in June. Canadian population size and trend are almost unknown. It seems that its range is stable. Shores destruction and habitat pollution are the main threats.
Although it is common in some regions of Ontario, only one population of importance is found in Quebec, the one of lac des Deux-Montagnes. Thus, the species is considered vulnerable in Quebec province while special concern should be given to the Canadian population. It is recommended to increase our knowledge on the species in Canada and to protect used sites in Quebec.
REMERCIEMENTS
Ce rapport a pu être réalisé grâce au support financier du Service des habitats fauniques du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec.
J'aimerais remercier Dr Francis Cook, directeur de la collection herpetologique du Musée National des sciences naturelles du Canada, pour sa collaboration et son enthousiasme, Dr Roger Bider, Dr Richard Vogt, Dr Martin Obbard, Dr C.J. McCoy, Dr T.G. Pluto, M. André Gaudette et Mmes Sylvie Matte et Candace Robinson pour leur collaboration inestimable. Des remerciements sont adressés également à Mmes Lysanne et Thérèse Besse pour la révision des textes.
vu
TABLE DES MATIÈRES
RÉSUMÉ > iii REMERCIEMENTS v TABLE DES MATIÈRES vii LISTE DES FIGURES . ix
1. Introduction 1 2. Répartition 3 3. Protection 5 4. Taille de la population et tendance démographique 7 5. Habitat , 9 6. Biologie générale 11 7. Facteurs limitatifs 13 8. Importance particulière de l'espèce 15 9. Évaluation 15 10. Recommandations de l'auteur 16 BIBLIOGRAPHIE 18
IX
LISTE DES FIGURES
Figure 1: La Tortue géographique, Graptemys geographica 2 Figure 2: Cartes de distribution de la Tortue géographique
en Amérique du Nord et au Canada 4
1. INTRODUCTION
La Tortue géographique, Graptemys geographica, fait partie la famille des Emydidae.
Le genre Graptemys est endémique à l'Amérique du nord et contrairement aux Chrysemys, les Graptemys ne font pas de migration terrestre. Conséquemment, le genre comprend une douzaine d'espèces (ou sous-espèces) qui ont évolué séparé- ment dans différents réseaux hydrographiques (Harless et Morlock, 1979).
Néanmoins, il n'y a pas de sous-espèce de Graptemys geographica (McCoy et Vogt, 1990). Elle se reconnaît à sa dossière de couleur brun-vert qui possède une carène dorsale, une marge postérieure en dents de scie ainsi qu'un fin motif de lignes jaunes rappelant une carte topographique (figure 1). Le plastron est jaune uni chez l'adulte tandis qu'il est orné, chez les jeunes, de lignes foncées à la jonction des plaques ventrales. La peau, également de couleur brun-vert, est rayée de jaune.
Une marque jaune, plus ou moins triangulaire et de taille variable, est située derrière l'oeil. Les femelles sont généralement deux fois plus grosses que les mâles; la longueur de la carapace des femelles varie de 17,5 à 27 cm tandis qu'elle n'est que de 10 à 16 cm chez les mâles (Ernst et Barbour, 1972). McCoy et Vogt (1990) ont publié une revue de la littérature sur l'espèce.
Figure 1: La Tortue géographique, Graptemys geographica
(Tiré de: Cook, 1984)
2. REPARTITION
Graptemys geographica se répartit aux États-Unis dans le bassin de drainage du Mississipi: du sud-est du Minnesota jusqu'au sud de l'Arkansas et au nord de l'Alabama, en allant de l'est du Kansas jusqu'à l'ouest de la Pennsylvanie.
L'espèce habite également le bassin des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent jusqu'aux lacs Georges et Champlain à l'ouest de l'état de New-York. Une population isolée occupe le réseau de drainage de la rivière Susquehanna en Pennsylvanie tandis qu'une autre aurait été introduite dans la rivière Delaware (Conant, 1975)(figure 2a).
Au Canada, la Tortue géographique se retrouve dans le sud de l'Ontario et le sud- ouest du Québec associée au bassin des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent.
Elle colonise au nord la rivière des Outaouais et à l'est la rivière Richelieu. Une petite population aurait été introduite au nord de l'Ontario, dans le comté de Cochrane (Oldham et Sutherland, 1986). La carte de distribution canadienne de l'espèce (Figure 2b) fut réalisée à l'aide des données disponibles à la collection herpétologique du Musée National du Canada (Cook, comm. pers.), des atlas herpétologiques de l'Ontario 1988, 1985 et 1984 (Cook, comm. pers.; Oldham et Sutherland, 1986), de l'atlas herpétologique du Québec 1988 (Bider et Matte, 1989) ainsi que de la collaboration d'herpétologistes québécois.
Au Québec, l'espèce fut observée le long de la rivière des Outaouais à la hauteur:
de Norway bay, de l'île Calumet et de différents sites autour du lac des Deux- Montagnes (île à Ritté et Pointe des Anglais à Oka, Pointe Monk à l'île-Bizard,
Figure 2: Cartes de distribution de la Tortue géographique en Amérique du Nord et au Canada
2a
(Adaptée de: Conant, 1975)
2b
• Localisations récentes, après 1980 o Localisations additionnelles, avant 1980 x Localisations isolées, introductions
? Localisations incertaines
Cap-Saint-Jacques à Pierrefonds, île Girwood à Senneville) (Bider et Matte, 1989;
Bider, comm. pers., 1989; Chabot, comm. pers., 1990). Quelques individus peuvent être observés dans la rivière des Mille-Iles et dans la rivière des Prairies à l'embouchure du lac des Deux-Montagnes, aux bois de Sarraguay et de Liesse et à l'île de la Visitation (De Grandmont, comm. pers., 1990). Des observations isolées dans le parc de la Gatineau (Cook, comm. pers., 1989) et dans le parc du Mont Saint-Bruno représentent probablement des introductions. L'espèce semble exclue de la section de la rivière des Outaouais qui va de la ville d'Ottawa au barrage hydroélectrique de Carillon et en aval jusqu'à Oka. En effet, aucune observation n'y est rapportée malgré les travaux récents d'une herpétologiste dans la région (Robinson, comrri. pers., 1989).
On retrouve cette tortue dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, à l'extrémité sud du lac Saint-François (Drolet et Marier, 1979). Quelques individus étaient observés à l'embouchure de la rivière Saint-Jacques, au sud du fleuve Saint-Laurent et de l'île de Montréal, mais le site fut récemment remblayé (Gaudette, comm. pers., 1989). Dans le bassin de la rivière Richelieu, l'espèce fut observée à la hauteur de Chambly (1 femelle: Gaudette, comm. pers., 1989) et de la Baie Missisquoi du lac Champlain (Gaudette, comm. pers., 1989; Gordon et MacCulloch, 1980).
3. PROTECTION
Aucune loi ne protège spécifiquement Graptemys geographica aux États-Unis (Me Coy, comm. pers.). Néanmoins, plusieurs états américains ont des lois sur la faune qui réglementent la collecte d'animaux. La situation de la population est
considérée «stable» au New Jersey, «indéterminée» au Minnesota et en Virginie occidentale, «non-protégée» (unprotected) dans l'état de New York, «en besoin de conservation» dans l'état du Maryland, tandis qu'une «attention spéciale» (special concern) est recommandée dans le Vermont (Cimon, 1986; McCoy, comm. pers.).
Elle a le statut d'espèce «périphérique» (peripheral) dans l'Iowa et l'Oklahoma (Ashton, 1976).
Au Québec, en vertu de la loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (L.R.Q., chapitre C-61.1) et en Ontario, en vertu du "Game and Fish Act" (Ont. Reg.
397/84), il est interdit de chasser, capturer, garder en captivité ou vendre cette tortue. L'utilisation des reptiles dans un but scientifique ou éducatif est également réglementée; un permis de collecte doit alors être obtenu auprès des autorités québécoises ou ontariennes. De plus, certains territoires où l'espèce fut observée sont protégés via la loi sur les parcs nationaux et la loi sur la faune du Canada, et celle des parcs provinciaux de l'Ontario (Cimon, 1986). La réserve nationale de faune du lac Saint-François qui protège les oiseaux migrateurs, est le seul site québécois qui offre une certaine protection à l'espèce. À la Société d'Histoire Naturelle de la Vallée du Saint-Laurent, des efforts sont également accordés à un projet d'incubation artificielle d'oeufs et d'élevage en captivité des jeunes (Bider, 1989).
4. TAILLE DE LA POPULATION ET TENDANCE DÉMOGRAPHIQUE
Selon Ernst et Barbour (1972), la Tortue géographique était abondante dans plusieurs régions de son aire de répartition, mais la pollution et la destruction de son habitat ont décimé ces populations. Il est malheureusement impossible de commenter clairement la tendance démographique de Graptemys geographica au Canada car les données antérieures à 1980 ne nous renseignent que sur la distribution de l'espèce, et ce, de façon sporadique. Néanmoins, en comparant les données de distribution antérieures à 1980 aux données de la dernière décennie, nous ne notons pas de réduction de l'aire canadienne de répartition de l'espèce.
L'espèce est généralement toujours présente dans les localités ou près des localités où elle était rapportée antérieurement (figure 2b).
Ontario:
L'espèce est commune dans certaines régions du sud de l'Ontario (Obbart, comm.
pers., 1990). Elle est retrouvée en plus grand abondance (plus de dix individus observés simultanément: Ontario herpetofaunal Summary, 1984 à 1986; Oldham and Sutherland, 1986) dans le fleuve Saint-Laurent (à la hauteur du Parc National des îles du Saint-Laurent), à l'extrémité ouest du lac Ontario (Hamilton Harbour, Burlington, Hamilton, Dundas), au lac Érié (Parc National de Pointe Pelée) et dans la rivière Thames à l'est du lac St-Clair (district de Kent et Middlesex). Notons que ces données reflètent principalement la présence d'adultes, ce qui ne nous renseigne guère sur l'abondance et le succès de reproduction des populations.
Québec:
Au Québec, la Tortue géographique n'est observée régulièrement que dans la région du lac des Deux-Montagnes du côté ouest de l'île de Montréal et de l'île Bizard. Quelques dizaines de tortues peuvent être observées simultanément au printemps, soit à la pointe Monk (île Bizard), soit au Cap-Saint-Jacques (île de Montréal). On en observe en moins grand nombre (guère plus d'une dizaine à la fois) à l'île Girwood (Senneville) sous le pont de l'île aux Tourtes (autoroute transcanadienne entre Vaudreuil et l'extrémité ouest de l'île de Montréal). L'espèce fut également observée en nombre comparable (guère plus de dix) dans la section ouest du lac des Deux-Montagnes près de l'île à Ritté à l'ouest d'Oka (Bider, comm. pers., 1989: observation en 1980).
La Tortue géographique n'est que rarement observée dans les autres localités québécoises. Les populations du Lac Saint-François (fleuve Saint-Laurent) et de Norway Bay (rivière des Outaouais) sont probablement les secondes en importance.
Des individus égarés provenant de ces populations ou d'une population dans le lac Champlain (États-Unis) pourrait expliquer les observations isolées dans les autres localités québécoises.
La population de l'est du lac des Deux-Montagnes a fait l'objet de la seule étude démographique de la Tortue géographique au Canada (Gordon et MacCulloch, 1980). Sa densité serait faible, ne comptant en 1979 qu'environ 351 tortues âgées de plus de 2 ans, soit 201 mâles et 149 femelles. Au moins 8% de la population totale était constituée d'immatures. Ainsi, la proportion de jeunes dans la
population semble comparable aux observations faites par Pluto et Bellis (1988) pour une population de la Pennsylvanie (11 juvéniles/179 captures). Cette proportion serait normale. Selon Vogt (comm. pers., 1990), une population normale et en santé de Tortues géographiques est représentée par environ 90 % d'adultes et 10 % d'immatures. Il serait techniquement très difficile de trouver dans leur milieu naturel les jeunes tortues âgées de moins de deux ans (Vogt, comm. pers., 1990).
Néanmoins, on noterait une diminution du nombre de jeunes dans les populations de la rivière des Outaouais (Cimon, 1986). Raherty et Bider (1984) indiquaient que la population de l'est du lac des Deux-Montagnes était en déclin puisqu'aucun recrutement naturel n'avait eu lieu depuis dix ans (1974). Depuis lors, la Société d'histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent a entrepris un programme d'incubation artificielle d'oeufs et d'élevage des jeunes en captivité. A l'été 1990, les premières tortues élevées en captivité ont été relâchées au lac des Deux- Montagnes. De plus, au printemps 1990, des tortues immatures ont été observées dans l'est du lac des Deux-Montagnes ce qui indique qu'un recrutement naturel a eu lieu.
5. HABITAT
Graptemys geographica habite les vastes étendues d'eau comme les lacs et les rivières où l'on retrouve de nombreux sites d'exposition au soleil, beaucoup de végétation aquatique et un fond mou (Ernst et Barbour, 1972). Un site d'exposition au soleil est généralement distant de la rive, stationnaire, à proximité d'eaux profondes,
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élevé au-dessus de la surface de l'eau, assurant une bonne vision des alentours et exposé au plein soleil au moins une partie de la journée (Flaherty et Bider, 1984).
La ponte des oeufs se fait dans des sites terrestres n'ayant qu'une faible pente et dont la végétation basse et éparse laisse le sol exposé au soleil. Le sol mou est composé de petites roches, de sable ou d'argile et ne présente que peu ou pas de racines (Ernst et Barbour, 1972; Flaherty et Bider, 1984). Ces sites peuvent être sur la berge mais des femelles sont également observées dans les champs labourés ou sur les chemins de graviers ou de terre battue à quelques centaines de mètres de la rive (comm.pers., résidants de l'île Bizard, Québec).
Pluto et Bellis (1988) mentionnent que l'espèce hiberne principalement dans les régions profondes des rivières, là où le risque de gel au fond ou d'assèchement est absent et où le faible courant assure une stabilité du substrat. Par contre, les sites d'hibernation rapportés pour la population du lac des Deux-Montagnes semblent caractérisés par la présence de courant et de turbulence facilitant probablement la respiration aquatique par l'augmentation de l'oxygène dissous (Flaherty, 1982).
Selon les résultats préliminaires de travaux en cours (obs. pers., 1991), une bonne partie de la population de l'est du lac des Deux-Montagnes hibernerait en amont des rapides du Cap-Saint-Jacques, où l'on retrouve deux fosses de plus de 6 m de profondeur (Poulin, comm.pers., 1991).
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6. BIOLOGIE GÉNÉRALE
La Tortue géographique est presqu'exclusivement aquatique; seules les femelles s'aventurent sur la terre ferme pour pondre leurs oeufs. Néanmoins, les tortues passent la majorité de la journée exposées au soleil sur des surfaces qui émergent de l'eau. Grégaires, on les retrouve souvent empilées les unes sur les autres;
extrêmement méfiantes, elles plongent rapidement à la moindre perturbation (Cimon, 1986).
Leur nature méfiante limite considérablement leur capacité d'adaptation à la présence humaine; l'espèce pourrait déserter des habitats potentiels en raison de la présence de l'homme (Gordon et MacCulloch, 1980). De plus, la capacité d'adaptation des femelles au changement des conditions ou à la destruction d'une aire de ponte, serait limitée en raison de leur fidélité à un site particulier (Flaherty, 1982).
Les femelles ont une croissance plus rapide que les mâles et atteignent une taille supérieure (Iverson, 1988). Les individus du Canada ont généralement une taille supérieure à ceux des populations plus méridionales de l'état de l'Indiana (Iverson, 1988). Pour la population du lac des Deux-Montagnes, Gordon et MacCulloch (1980) supposent que la maturité sexuelle est atteinte lorsque la longueur du plastron est supérieure à 75 mm chez le mâle et 175 mm chez la femelle. Dans les populations du Wisconsin, les mâles atteignent la maturité sexuelle à l'âge de 4 à 6 ans et les femelles à l'âge de 8 à 10 ans (Vogt, comm. pers.). Leur longévité serait de plus de vingt ans (Froom, 1976).
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L'accouplement a lieu à l'automne ou au printemps. En juin, les femelles pondent de 10 à 16 oeufs blancs, souples et elliptiques, dans un trou peu profond qu'elles creusent avec leurs pattes arrière. La femelle pond généralement ses oeufs le soir ou tôt le matin (Vogt et Bull, 1984). Le nid est recouvert d'une mince couche de terre que la femelle égalise avec son plastron, dissimulant ainsi le nid avant de retourner à l'eau. Les jeunes émergent du nid aux mois d'août et de septembre, ou bien, passent l'hiver dans le nid pour n'en sortir qu'au printemps (Ernst et Barbour, 1972). La détermination des sexes est fonction de la température des nids au cours de la quatrième à la septième semaine de développement des oeufs (Bull et Vogt, 1981; Bull, 1985). Dans les nids directement exposés au soleil, le développement embryonnaire est accéléré et la production de femelles favorisée tandis que les sites plus ombragés produisent principalement des mâles qui éclosent plus tard (Vogt et Bull, 1984).
La Tortue géographique se nourrit sous l'eau de mollusques, de crustacés et d'insectes (Flaherty, 1982). Plantes, poissons, salamandres et vers sont aussi consommés (Mélançon, 1961). Les mâles se nourriraient dès le printemps tandis que les femelles attendraient après la ponte (Flaherty, 1982).
Les déplacements de l'espèce sont variables: Flaherty (1982) mentionne que les femelles occupent des domaines vitaux (31 à 129 ha) plus grands que les mâles (9 à 66 ha) dans le lac des Deux-Montagnes, Québec, tandis que Pluto et Bellis (1988) notent l'inverse dans une rivière de la Pennsylvanie. Flaherty (1982) mesura des mouvements de près de vingt kilomètres au cours d'une année. Ces mouvements
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sont généralement associés aux activités de reproduction, d'alimentation et d'hibernation (Flaherty, 1982; Pluto et Bellis, 1988).
7. FACTEURS LIMITATIFS
Le climat limiterait la distribution de l'espèce plus au nord en affectant le développement des jeunes dans le nid et la proportion de femelles dans la population (Gordon et MacCulloch, 1980). Au lac des Deux-Montagnes, la sortie des jeunes du nid avant l'hiver n'a jamais été observée. Nous ne savons pas si les jeunes Tortues géographiques, à l'instar des Tortues peintes (Chrysemys picta), peuvent tolérer le gel. En plus du gel, l'inondation menace les nids demeurés occupés durant l'hiver (Bider, comm. pers., 1990).
Des prédateurs de toutes sortes (Raton laveur, Mouffette rayée, Renard roux, ...) se nourrissent des oeufs et des jeunes (Ernst et Barbour, 1972). Vogt (1980) mentionne des taux de prédation des nids de 90 % pour des populations de Tortues géogra- phiques du Wisconsin. L'infestation des oeufs par des larves de mouches Metoposarcophaga sp. était la seconde cause de mortalité des oeufs (Vogt, 1981).
Occupant la région la plus urbanisée du Canada, la Tortue géographique serait menacée principalement par la destruction de son habitat (Ernst et Barbour, 1972) et, en particulier, des rives (Froom, 1976). De plus, les ouvrages affectant le niveau de l'eau (Flaherty, 1982), la modification des rives et leur utilisation intensive pour la récréation humaine (Gordon et MacCulloch, 1980) pourraient compromettre la reproduction et la survie de la principale population du Québec, celle du lac des
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Deux-Montagnes. Un projet de dragage pour la réalisation d'une voie navigable sur la rivière des Prairies pourrait également affecter cette population qui semble hiberner en amont du rapide du Cap-Saint-Jacques à l'embouchure de la rivière.
Au Canada et au Québec, la Tortue géographique habite des milieux aquatiques fortement pollués, tant par les pesticides et herbicides que par les résidus industriels dont les métaux lourds (la rivière des Outaouais (Merriman, 1987), les Grands Lacs et le feuve Saint-Laurent (Kuntz, K.W. 1988)). Cependant, l'effet de la pollution sur cette espèce est inconnu. Une étude effectuée sur les populations des Grands Lacs en Ontario démontre l'accumulation de contaminants dans les oeufs de Tortue géographique (Campbell, 1975). Selon Bishop (comm. pers., 1990), on retrouve un fort pourcentage de difformité et un faible succès d'éclosion des oeufs chez la Chélydre serpentine (Chelydra serpentina) en relation avec la contamination en biphényles polychlorés (BPC). Ainsi, plusieurs scientifiques concluent que la pollution est une menace pour l'espèce (Ernst et Barbour, 1972; Froom, 1976;
Cimon, 1986).
La collecte de spécimens pour le commerce d'animaux familiers, la restauration et la recherche scientifique ne sont pas documentées pour le Québec. Ces activités sont déjà réglementées en Ontario et au Québec (Cimon, 1986). Nous n'avons pas non plus d'évaluation du nombre d'individus écrasés sur les routes. Ces facteurs peuvent être considérés potentiellement limitatifs malgré qu'ils semblent peu communs en Ontario (Obbart, comm. pers, 1991; Lovisek, 1982) et au Québec.
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8. IMPORTANCE PARTICULIÈRE DE L'ESPÈCE
Cette espèce est apparemment de peu d'intérêt dans le commerce des tortues malgré le bon goût de sa chair (Carr, 1952). Elle ne serait pas non plus un prédateur important des poissons (Carr, 1952). Cependant, elle pourrait être bénéfique pour l'homme puisqu'elle se nourrit d'un grand nombre de mollusques qui servent d'hôtes intermédiaires de parasites affectant certains poissons, animaux domestiques et l'homme (Carr, 1952; Ernst et Barbour, 1972).
9. ÉVALUATION
La Tortue géographique devrait être considérée vulnérable au Québec car:
- nous n'y retrouvons qu'une seule population d'importance, celle du lac des Deux- Montagnes;
- la densité de cette population est limitée à 350 adultes (estimé de 1979);
- le succès de reproduction de cette population semble limité; les causes probables sont: la prédation accrue par les Ratons laveurs, les Mouffettes rayées et les Renards roux, l'inondation des nids, le dérangement humain et la perte d'habitats de nidification;
- un projet de dragage menace le site probable d'hibernation de cette population;
- enfin, cette population et celles des autres localités où l'espèce fut observée au Québec sont sujettes à la pollution industrielle qui menace leur survie.
La situation de l'espèce au Canada ne semble pas critique au point de la considérer vulnérable; la Tortue géographique apparaît commune en Ontario. Cependant, une
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attention spéciale doit y être accordée en raison de notre ignorance de la taille de la population et de la tendance démographique. Un faible taux de reproduction pourrait caractériser cette population possiblement affectée par la pollution des lacs et des rivières, la destruction des rives, et la villégiature.
10. RECOMMANDATIONS DE L'AUTEUR
Étant donné la situation de l'espèce au Québec, une protection devrait être accordée dès maintenant aux sites où l'espèce fut observée:
- en empêchant la destruction des berges et des aires de nidification;
- en limitant le dérangement par les activités récréatives et autres à proximité des sites d'exposition des tortues au soleil.
Pour ce faire, il est essentiel qu'une protection légale des habitats soit adoptée, au Québec en particulier. Ces habitats peuvent aussi être protégés en favorisant la création de Parcs, de Réserves, de Sanctuaires, etc. Une attention spéciale devra être accordée à l'impact du développement urbain en milieu riverain lors de l'adoption des schémas d'aménagement des municipalités.
Froom (1976) et Cimon (1986) recommandent prioritairement d'accroître nos connaissances sur la distribution, l'abondance et l'écologie de la Tortue géographique. Ainsi, un programme de recherches et de suivi de la population devra être mis sur pied et subventionné, afin de connaître:
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- la tendance démographique de Graptemys geographica au Québec et en Ontario;
- l'écologie de l'espèce à nos latitudes, en particulier les habitats recherchés pour la reproduction, l'alimentation et l'hibernation;
- les facteurs affectant sa reproduction et sa survie en général;
- la possibilité d'utilisation de sites créés artificiellement par l'homme.
Étant donné les travaux déjà réalisés sur la population du lac des Deux-Montagnes, il serait avantageux de concentrer nos travaux sur cette population afin de réaliser une étude démographique et écologique valable.
Un programme d'améragement des habitats de la population de l'est du lac des Deux-Montagnes a débuté au printemps 1990. Un suivi du programme et une extension aux autres populations du Québec (lac Saint-François, rivière des Outaouais à la hauteur de Norway Bay) devraient être encouragés.
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Gouvernement du Québec Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Direction de la gestion des espèces et des habitats
SP 1791-04-91