La circoncision de Jésus, analyse d’un tableau
Prixm, Saison 5, épisode 14.
« Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. » (Lc 2, 21).
Un texte bref et une représentation opportune
Ce texte est vraiment laconique. Ainsi, la circoncision de Jésus n’est-elle décrite que par ce seul verset.
Deux détails situent bien la circoncision de Jésus dans le cadre de la Loi juive : la circoncision a lieu huit jours après la naissance de l'enfant mâle et c'est uniquement à ce moment-là que l'enfant reçoit son nom, "Yechoua", c'est-à-dire "il sauve" (que le français prononce Jésus).
Les représentations de la circoncision du Christ sont nombreuses et ont marqué, jusqu'au vingtième siècle, la culture populaire. Au Moyen-Âge, il existait même en Europe quatorze lieux de vénération du Saint-Prépuce (ce n'est pas une plaisanterie).
C'est l'huile sur bois exposée à Angers que nous avons choisie pour découvrir les détails de ce rite habituel pour un nouveau-né juif, rite que le Christ connut donc selon le récit de l'évangéliste Luc.
Maître à l’œillet de Baden (école suisse), La circoncision, (fin XVe, huile sur bois, 93 x 120cm).
Musée des Beaux-Arts, Angers
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Analyse du tableau
Symétrie autour de l'axe central
On peut observer un premier axe symétrique. Cette symétrie est tout juste rompue par le nombre des personnages debout au second plan : 4 à gauche, 5 à droite.
Faut-il s’étonner que l’axe vertical passe très précisément par le sexe de l’Enfant- Jésus ?
Valoriser ainsi ce qui convient au titre, n’étonne que dans la mesure où la plupart des représentations (en tout cas dans celles qu’on a trouvées) ne mettent pas à ce point en évidence le geste même de la circoncision et surtout rares sont celles qui soulignent, comme ici, le sang qui jaillit.
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Les deux diagonales
Le caractère paisible du visage de l’enfant contraste avec le jaillissement du sang et la violence de l'acte.
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Le grand prêtre
Si nous tentons de resserrer le triangle en suivant les épaules du grand prêtre, il semble qu’un tout nouveau contexte apparaisse : le regard du grand prêtre se porte sur cet enfant qui est le Messie d'Israël.
Normalement, c'est le grand-père ou le parrain (sandak en hébreu) qui tient l'enfant sur ses genoux : est-ce pour nous dire que Jésus est de lignée sacerdotale, qu'il est le grand prêtre par excellence ? Ou bien cela suggère-t-il un sacrifice accompli par le grand prêtre ?
On devient alors attentif à l’expression du grand prêtre : calme, presque méditatif, tenant fermement l’enfant de ses deux mains croisées.
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Marie
En revanche, Marie semble avoir une présence très discrète : est-ce parce qu’en fait elle ne devrait pas être là ?
Si l’auteur voulait respecter le rite juif – ce qui n’est sans doute pas sa préoccupation centrale –, il aurait dû exclure Marie de la représentation : la mère qui a mis au monde un enfant mâle, est exclue du temple pendant 40 jours après la naissance à cause de son impureté rituelle*.
La discrétion de sa présence est-elle une sorte de compromis entre respect du rite originel et relecture chrétienne ? Est-ce un parallèle avec une scène de la crucifixion avec Marie et les saintes femmes au pied de la croix ?
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Autres sources éclairant ce tableau et ce texte biblique
Saint Paul dit de Jésus qu'il est « né d'une femme, né sujet de la Loi » (Ga 4, 4). Au treizième siècle, Jacques de Voragine (un Dominicain), dans La Légende Dorée, s'inscrit dans cette lignée : « le Seigneur a voulu montrer son approbation de la loi de Moïse, « qu'il était venu non pas détruire, mais compléter et réaliser » ».
La représentation du « Maître à l’œillet » est conforme à cette affirmation : rien dans l’œuvre ne peut laisser croire à une quelconque critique, même voilée, d’un rite qui pourrait être vu par certains, aujourd'hui, comme « barbare ».
En respectant dès son enfance la Loi de Moïse, Jésus s'inscrit donc charnellement et religieusement dans l'appartenance à un peuple.
Sa mort sur la croix s'inscrira dans la symbolique de la circoncision : au lieu d’enlever juste un bout (c’est le cas de le dire), c’est tout son corps qui y est passé, comme l'épître de saint Paul aux Colossiens le rappelle. On vous avait expliqué ça là.
Mille fois merci à Annette, à qui nous devons cette merveilleuse explication !!