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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Leyns, L. (1991). Patterns des organes sensoriels: Isolement et étude de gènes (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/213027/3/f704ad3c-e2bb-4ff0-a641-23ec242703a6.txt
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^3- f'ii
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Faculté des Sciences
Laboratoire de Génétique Professeur R.Thomas
Patterns des organes sensoriels;
Isolement et étude de gènes.
Thèse présentée en vue de l'obtention du grade légal de
Docteur en Sciences Zoologiques par
Luc Leyns
Directeur: C.Dambly-Chaudière Juin 1991
1. Introduction
J'al choisi d'étudier comment un pattern est-il généré de manière reproductible à partir d'un ensemble de cellules équivalentes ?
L'approche génétique qui consiste à chercher des phénotypes particuliers pour disséquer une opération développementale, a déjà permis de comprendre les lignes directrices de certaines étapes développementales comme la formation de la vulve du nématode C, elegans (ref) ou l'établissement de la segmentation de l'embryon de Drosophila melanogaster (revue par Akam).
La drosophile est par ailleurs un organisme pour l'étude duquel les outils génétiques sont très puissants: de plus, le temps de génération est court et on peut aisément manipuler un grand nombre d'individus.
Evidemment, la drosophile est une mouche et pas un homme.
Néanmoins, elle est évolutivement très proche de l'homme. Les deux espèces ont divergé seulement depuis x millions d'années alors que la première plante vascularisée serait apparue il y a Y millions d'années, la première cellule eucaryote, Z millions, le premier être vivant, W milliards d'années. La terre, quant à elle, se serait formée il y a 4,6 milliards
d'années et l'univers depuis une quinzaine de milliards d'années.
Outre cette parenté évolutive, la drosophile présente un autre avantage sur les espèces plus proches de l'homme; elle ne crie pas (de manière audible par nous) et n'a pas "l'air" de souffrir lors des diverses
manipulations, ce qui contribue à apaiser les tourments psychologiques liés à l'utilisation d'animaux de laboratoire.
Tous ces arguments, ajoutés au fait qu'il existe une unité de
recherche en génétique du développement à l'ULB, m'ont convaincu de
travailler sur la drosophile pour étudier le problème de la formation des patterns.
Plus particulièrement, j'ai choisi d'étudier les patterns des organes sensoriels du thorax qui ont l'avantage d'être visibles sur des individus vivants.
Toutefois, avant de détailler ces patterns, je vais vous décrire brièvement
le développement de la drosophile.
1.1. Développement de la drosophile.
La drosophile est un insecte holométabole, elle vit donc deux "vies"
actives, l'une larvaire et l'autre adulte et a deux phases développementales principales, l'embryogenèse et la métamorphose.
1.1.1. L'embrvogenèse.
De la féçondation à l'éclosion, se passent 24 h (à 25°C) durant lesquelles une larve se forme; la figure IA schématise différentes phases de
l'embryogenèse. Les gènes qui interviennent dans ces phases font l'objet de nombreuses études, ce qui permet d'avoir maintenant une idée globale des hiérarchies et interactions génétiques qui interviennent dans
certaines étapes du développement embryonnaire (détermination de sexe, formation des segments, établissement de l'identité segmentaire,.,.).
Cela permet d'avoir une représentation mentale des opérations effectuées lors de ces processus développementaux.
Pendant la phase embryonnaire, quelques groupes d'une dizaine de cellules épithéliales s'invaginent et forment les disques imaginaux et les histoblastes. Ces cellules sont les précurseurs de structures adultes qui se différencieront à la métamorphose.
1.1.2. La larve.
La larve est un organisme qui ne se reproduit pas et qui possède un
système nerveux périphérique spécifique. Durant la phase larvaire, les
cellules larvaires ne se divisent plus quoique leur ADN continue à se
répliquer: seules les cellules des disques imaginaux et les histoblastes
(***CNS ?) continuent à se multiplier. Après deux mues (environ 4 jours
après l'éclosion), la larve s'immobilise et forme le puparium, elle entame sa métamorphose.
1.1.3. La métamorphose.
Lors de la métamorphose, les cellules larvaires lysent tandis que les cellules précurseurs de l’adulte, se divisent et se différencient pour former un adulte après 4 à 5 jours de métamorphose.
Les histoblastes sont regroupés en quelques amas dans chaque segment abdominal de la larve et ils vont former l'épiderme de l'abdomen adulte.
Les disques imaginaux sont, quant à eux, constitués d'un épithélium pseudo-stratifié reployé en forme de sac. Durant la période larvaire, ces disques vont grandir et lors de la métamorphose, s'évaginer pour former des structures adultes (fig. IC), Ces disques imaginaux sont au nombre de
19 et formeront l'épiderme, le système nerveux périphérique et les
muscles de la tête, du thorax, des pattes ainsi que des pièces génitales (cf fig. ID). Chaque disque forme une moitié (gauche ou droite) de la
structure sauf le disque génital qui donnera la totalité des pièces sexuelles (P.Bryant dans Ashburner).
Le CNS ne subit pas de métamorphose complète mais il est fortement remanié. ***
A la fin de la métamorphose, sort un adulte (fig. lE) dont l'épiderme porte des organes sensoriels de divers types.
1.2. Introduction générale au système nerveux périphérique.
Tant la larve que l'adulte de drosophile ont des organes sensoriels
externes et internes qui sont disposés en une grande variété de patterns,
constituant ainsi le système nerveux périphérique.
Je vais détailler la structure, la fonction ainsi que les patterns de ceux de ces organes que J'ai étudiés dans mon travail.
Je me suis particulièrement intéressé au mécanisme de formation des patterns des organes sensoriels externe du notum et de l'aile qui proviennent du disque imaginai d'aile-thorax.
1.2.1. Description des organes sensoriels de l'aile et du thorax.
Les soies et les sensilles trichoïdes du notum (la partie dorsale du thorax) ainsi que la plupart des soies de la marge de l'aile sont des organes
mécanorécepteurs (fig. IF).
Les sensilles campaniformes sont également des organes sensoriels mécanorécepteurs dont la structure cuticulaire est en forme de dôme;
ces organes sont localisés sur la surface de l'aile.
Chaque organe sensoriel externe mécanorécepteur est composé de quatre cellules, une cellule formant la structure externe (trichogène), une cellule (tormogène) supportant cette structure, un neurone et une cellule
enveloppant celui-ci.
Chaque neurone envoie son axone dans le système nerveux central où il établira des connections spécifiques de l'organe et de sa position.
Outre ces organes mécanorécepteurs, il existe des soies
chémoréceptrices semblables aux soies mécanoréceptrices mais qui sont innervées par cinq neurones.
D'autres parties de corps de l'adulte ainsi que la larve porte, en plus de
certains de ces organes, d'autres organes externes (les organes de Keilin,
les kôlbchens,...) ainsi que des organes sensoriels internes comme les
récepteurs d'étirement (les chordotonaux) ou des organes, probablement
propriocepteur, innervés par un neurone multidendritique (organes MD)
(ref + CDC et AG, 1986).
1.2.2. Disposition des organes sensoriels.
Les patterns* des organes sensoriels qui sont principalement étudiés dans ce travail sont les patterns de soies et de sensilles campaniformes du notum et de l'aile.
* Note en bas de page: Un pattern est la disposition d'éléments particuliers au sein d'un ensemble. £££voir Pattern Formation £££
Dorsalement, chaque hémithorax porte 11 grandes soies, appelées aussi macrochaetes. Ces soies sont disposées en des emplacements spécifiques et chacune d'elles porte un nom (fig. IG, gros points sur le notum).
De chaque côté de la macrochaete aPA, il y a deux très petites soies, des sensilles trichoïdes (fig IG, petites croix).
Outre le pattern hautement reproductible de macrochaetes, il y a une centaine de petites soies (microchaetes) sur chaque hémi-notum (fig. IG, petits points sur le notum) dont la disposition est variable mais dont l'écartement semble relativement constant.
Quant aux sensilles campaniformes de l'aile, certaines sont en des
positions fixes et d'autres sont groupées en des positions précises, alors que leur nombre et écartement varient au sein du groupe (fig. IG).
De cette description, on peut en déduire qu'il existe probablement plusieurs types de patterns. Un type où la position de chaque organe est bien définie (ex. macrochaete): un autre type où c'est la position d'un groupe qui est très précisément définie. Et un troisième type, où
l'espacement entre les organes est constant mais tant le nombre que la
position au sein d’un groupe sont variables (ex.microchaetes).
Les patterns des soies et des sensilles campaniformes ont été choisis comme modèle non seulement parce qu'ils sont de plusieurs
types, mais aussi parce que ces organes sensoriels se développent à partir d'un même disque imaginai, le disque d'aile-thorax et que, dans le cas des soies, leurs patterns sont visibles sur des adultes vivants et donc
susceptible d'être croisés après observation.
1.3. Analyse morphogénétique de ces organes sensoriels.
Les organes sensoriels externes mécanorécepteurs sont formés de 4 cellules issues après deux cycles de divisions (appelées divisions
différenciatrices) d'une même cellule (fig. IH); cette cellule initiale a été nommée précurseur.
Des études morphologiques ont montré que la différenciation cellulaire des macrochaetes n'est visible qu'à partir de 15 heures après la formation du puparium (Poodry dans Ashbumer).
Toutefois, P. Bryant a montré que certains des précurseurs de
macrochaetes étaient déjà déterminés (cf Encadré 12) dans le disque du troisième stade larvaire tardif en réalisant, par différenciation in vitro de morceaux de disques, une carte des tissus présomptif (fig 11).
La détermination des organes a donc lieu plusieurs heures avant leur différenciation morphologique ce qui permet d'analyser au cours du temps, la phase de détermination.
Encadré 12 : Notion de détermination et de compétence.
Cet encadré est rendu nécessaire à cause de la diversité des sens attribués à ces mots, aussi, je souhaite préciser le sens dans lequel j'ai utilisé les mots:
détermination et compétence.
L’état déterminé d'une cellule est caractérisé par le fait qu'un choix a été effectué et que seul ce choix se réalisera lors du développement normal. La détermination n'est qu'une forme précoce de différenciation: cette phase de
détermination dure, dans notre système, suffisamment longtemps que pour pouvoir être étudiée.
La compétence a quasi le même sens que détermination si ce n'est que toutes les cellules compétentes ne deviennent pas pour autant déterminées. C'est donc une forme réversible de détermination.
A la même époque, A. Garcia-Bellido a étudié l'origine des organes
sensoriels ainsi que la croissance du disque d'aile-thorax au moyen d'un puissant outil, l'analyse clonale. Cette technique consiste à marquer génétiquement une cellule du disque et à observer dans l'adulte la distribution de tous ses descendants (Encadré 13).
Encadré 13 : Analyse clonale
Afin de marquer génétiquement une cellule, on provoque une recombinaison somatique par irradiation aux R.X. Occasionnellement, une cellule, après réplication de l'ADN, subit un échange entre chromatides homologues.
Les cellules filles sont alors parfaitement homozygotes pour le fragment chromosomique distal au point de recombinaison.
Pour autant que cette partie distale porte des mutations visibles, les descendants
de une ou des deux cellules filles seront marqués.____________________________
*** Dessin ***
Grâce à ce type d'analyse, on peut notamment étudier la vitesse de division, les axes de divisions, le moment d'apparition de précurseur, le nombre de cellules initiales du disque,... tant dans le type sauvage que dans des mutants.
Sans entrer dans le détail des résultats de Garcîa-Bellido et des
discussions qu'ils suscitent, une conclusion marquante est que les soies thoraciques ne sont pas originaires d'un seul précurseur commun à tous les organes. En effet, chaque précurseur d'un organes sensoriel apparaît au sein d'une population de cellules qui deviendront épidermiques. Cette détermination du précurseur par rapport à ses voisins, se fait, pour la majorité des macrochaetes, lors du Sième stade larvaire.
Dans des systèmes similaires (Calliphora et la sauterelle), des expériences d'ablation au laser de précurseurs de neuroblastes ont montré que des cellules voisines pouvaient prendre le relais et devenir organes sensoriels (Doe Goodman, Bâte). Ce résultat suggère que plusieurs cellules sont équivalentes mais qu'une seule deviendra organe sensoriel.
1.4. Formation des organes sensoriels: analyse génétique.
Il existe beaucoup de mutations (Encadré 14) affectant les soies, certaines en changent la couleur, la forme, d'autres provoquent des
duplications occasionnelles,... Toutefois, dès les années trente, un gène a attiré l'attention des chercheurs, le gène scute (sc). Des mutations dans ce gène, localisé sur le chromosome X, sont responsables de la disparition de macrochaetes: chaque mutation affecte quelques macrochaetes
spécifiques alors qu'une délétion du gène les ôte quasi toutes. Les
quelques macrochaetes restantes ainsi que les microchaetes sont supprimées par une délétion d'un gène voisin, le gène achaete (ac).
Ces deux gènes font partie du locus complexe achaete-scute (C-AS) et définissent deux sous-ensembles quasi complémentaires de soies.
Encadré 14 : Conventions génétiques utilisées.
Le nom des gènes ainsi que des mutations est systématiquement écrit en italique.
Lorsque les mutations isolées dans ce gène sont récessives, son nom commence par une lettre en minuscule, au contraire si les mutations sont dominantes, le nom commencera par une majuscule (sauf dans quelques cas précisés dans le texte).
D'une manière générale, je décrirai le phénotype homozygote quand il s'agit de mutations récessives et du^phénotype hétérozygote pour des mutations
dominantes (sauf indications dans le texte).
De plus, j’emploie couramment l'expression synthétique "phénotype homozygote"
à la place de "phénotype d'individus possédant la mutation à l'état homozygote".
Pour décrire un génotype, j'utiliserai le type de notations: A7+ ; B7B- qui signifie que l'individu est hétérozygote pour une mutation du gène A et est
homozygote pour une mutation dans le gène B localisé sur un autre chromosome.
1.4.1. Le complexe achaete-scute.
A. Garcîa-Bellido a mis en exergue certaines observations qui
suggèrent que le complexe achaete-scute joue un rôle clé dans une étape précoce de la formation des organes sensoriels: l'étape de détermination.
Les mutations de perte de fonction de scute ou d'achaete sont
responsables de la disparition de soies alors que des mutations
dominantes par gain de fonction de ces gènes, mutations appelées Hairy- wing, provoquent l'apparition de soies supplémentaires, tant en des
régions où il y a déjà des soies que dans des régions qui en sont normalement dépourvues.
Cela suggère que ces gènes sont des gènes décisifs dans le processus de formation du pattern d'organe sensoriel. A.Garcia-Bellido a mené une analyse génétique et développementale très poussée du rôle du complexe chez l'adulte. Cette analyse a été complétée par l'étude du rôle du C-AS dans la formation des organes sensoriels larvaires et par une analyse moléculaire des gènes et mutations. De cela, il ressort qu'il existe au sein du C-AS, 4 gènes homologues entre eux, impliqués dans la neurogenèse et dont les phénotypes sont brièvement décrits dans l'encadré 15.
Encadré 15 : Les gènes du complexe achaete-scute.
• achaete : ac est nécessaire à la formation de toutes les microchaetes et de quelques macrochaetes du thorax ainsi qu'à celle d'autres organes sensoriels de l'adulte. De plus, il est indispensable au développement de nombreux organes sensoriels larvaires.
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scute : SC est crucial pour la formation de la plupart des macrochaetes thoraciques ainsi que d'autres organes adultes mais il semble ne jouer aucun rôle dans
l'établissement du pattern sensoriel larvaire.
En outre, scute (alias, sisterless-b) intervient dans la détermination du sexe de la drosophile en participant au calcul du rapport entre le nombre de chromosomes X et le nombre de "groupes de chromosomes autosomiques".
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