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L'astronomie au gré des saisons, 2018-08-21
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La sonde Parker : le nouvel icare
Tapping, Ken
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LA SONDE PARKER : LE
NOUVEL ICARE
Ken Tapping, le 21 août 2018
Le Soleil est un objet de grand intérêt pour deux raisons. Tout d’abord, c’est la seule étoile
suffisamment proche de nous pour se prêter à une étude approfondie. Comprendre la physique de cette fournaise est une étape cruciale pour décrypter la diversité des étoiles qui peuplent par milliards les galaxies, incluant la nôtre. L’autre raison est son rôle fondamental dans notre environnement et nos sources d’énergie. Le Soleil est effectivement à l’origine de toute l’énergie que nous consommons, y compris celle stockée dans les combustibles fossiles, mais excluant l’énergie nucléaire. Notre étoile peut toutefois détériorer voire stopper complètement nos infrastructures de distribution électrique, de transport et de télécommunications.
Jusqu’à présent, nous devions nous contenter d’étudier le Soleil d’une saine distance, au moyen de télescopes optiques et de radiotélescopes terrestres, de télescopes géostationnaires ou de certaines sondes spatiales. Nos observations sont donc des données de deuxième main, c’est-à-dire que nous devons interpréter les phénomènes physiques à partir des émissions qu’ils produisent au lieu d’observer directement les processus et leur milieu. Cet automne toutefois, une mission spéciale promet de révolutionner les choses en nous amenant à l’ultime frontière de notre objet d’étude.
La NASA vient en effet de lancer une sonde sur une orbite qui l’amènera à quelque 6 millions de
kilomètres de la « surface » du Soleil pour une mission d’observation de 7 ans pendant laquelle elle s’en approchera 24 fois. Durant ces survols, l’engin sera exposé à des températures équivalant à 600 fois au flux d’énergie reçue sur Terre. Pour qu’elle puisse résister à de telles températures, on a équipé la sonde de circuits de refroidissement novateurs et d’un bouclier thermique en composites de carbone. La mission consistera à prendre des mesures directes de l’intérieur de la couronne solaire, à proximité de l’étoile, où elle explorera le milieu originel où le vent solaire se forme, d’où les éruptions solaires s’élancent et où les éjections de masse coronale associées aux tempêtes solaires
entreprennent leur long voyage jusqu’à la Terre. Nous pouvons maintenant espérer réaliser des mesures directes de l’éventail complexe de plasmas à l’intérieur de la couronne solaire, dont les
émissions sont captées par les radiotélescopes. Grâce à ces observations rapprochées, la recherche sur le Soleil et la météo spatiale fera un bond
spectaculaire.
La sonde solaire Parker lancée par la NASA porte le nom de l’héliophysicien américain Eugene Parker, une sommité dans son domaine qui avait prédit l’existence du vent solaire il y a une soixantaine d’années. C’est l’une des rares fois où un engin spatial est nommé en l’honneur d’un scientifique encore vivant.
Il est très difficile de lancer une sonde vers le Soleil à partir de la Terre. Pour mettre un objet sur une orbite aussi rapprochée que possible du Soleil, il faut pratiquement annuler la vitesse de rotation de notre planète autour du Soleil, soit 110 000 km/h. C’est-à-dire qu’il faudrait effectuer le lancement en sens contraire de la trajectoire terrestre à une vitesse qui est sensiblement la même. Pour l’instant, nous ne possédons pas la technologie nécessaire. La sonde Parker a donc été lancée à contre-courant de l’orbite terrestre à une vitesse de 88 000 km/h, grâce à des lanceurs ultrapuissants. Elle profitera de l’assistance gravitationnelle de Vénus pour modifier sa trajectoire et sa vitesse afin de s’approcher encore plus du Soleil. Elle finira malheureusement par succomber à la chaleur et aux flux de rayonnements solaires, mais pendant sa mission, elle sera l’objet le plus rapide jamais lancé de la Terre, atteignant une vitesse de 720 000 km/h lors de ses passages à très grande proximité du Soleil.
À une aussi faible distance, la chaleur n’est pas le seul ennemi. La sonde sera bombardée par des particules à haute énergie et des rayons X capables d’endommager et même de détruire les instruments et les circuits électroniques de bord qui ne sont pas protégés. Il s’agit d’une mission périlleuse en tous points, mais porteuse de retombées scientifiques fabuleuses.
En soirée, Mars est visible au sud-est. Saturne luit au sud et Jupiter au sud-ouest. La Lune sera pleine le 26 août.
Ken Tapping est astronome à l’Observatoire fédéral de radioastrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.
Tél. : 250-497-2300, téléc. : 250-497-2355 Courriel : [email protected]