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Le Féminisme pour les Nuls, Anonyme

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Academic year: 2021

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Le Féminisme pour les nuls

Il me semble que quand on est nul, la chose au monde la plus difficile à comprendre est le féminisme. C’est encore plus difficile d’accès que la femme. Voilà un premier cliché, ça n’a pas tardé. La femme serait plus difficile à cerner que l’homme. En quoi ? Est-ce vrai que les femmes connaissent mieux les hommes que l’inverse ? L’homme est sans doute plus prévisible mais est-il, pour autant, plus facile à connaître ? Je n’en suis pas certain.

D’emblée le mystère de la femme m’apparaît comme celui de l’être humain en général. En tant qu’homme il m’est peut-être spécifiquement difficile d’accès, ce pourquoi rien ne me lasse de l’examiner. Mais les femmes ne se connaissent elles-mêmes pas si bien que ça. Le mystère de la femme s’impose à elle-même, tout comme le mystère de l’homme.

Oui mais il n’existe pas de masculinisme. C’est là toute l’énigme de la femme et son

féminisme, les transposer au sexe opposé n’aurait pas de sens alors que le féminisme semble accroché à la femme comme H2 à O depuis que ces eaux ont surgi de la société, torrent de droits et libertés, de vie en vérité, ayant transformé la civilisation.

Les nuls ne peuvent rien comprendre au féminisme si on ne leur explique pas, et les autres non plus à mon avis. Je suis moi-même d’une intelligence qui fait mon orgueil et j’ai besoin d’écrire ce texte pour m’y retrouver, qui sera sans doute court, comme mes idées, finalement je ne suis pas si intelligent que ça c’est un drame mais ça n’a rien à voir avec le sujet de ce texte. J’ai vis-à-vis du féminisme des sentiments contrastés. Il m’inspire volontiers dépit et colère si ce n’est mépris, pourtant je partage sa cause. Oui mais laquelle? C’est là que le bât blesse. Le sujet dérape complètement à mon avis comme je vais tenter de le faire valoir.

Pour être honnête je dois parler du contexte affectif qui me lie à la femme. Je suis son adorateur naturel et originel. Elle me fascine profondément depuis que je l’ai découverte dans sa version enfantine. Le caractère mystérieusement précieux de son âme gracieuse me touche toujours autant alors que je deviens vieux, j’ai écrit dans ma vie de séducteur des dizaines de poèmes à sa gloire. Pourtant, je refuse catégoriquement de la diviniser, de l’extraire de condition humaine commune à tous les genres, binaires ou pas, de l’élever au-dessus d’une hypothétique crasse masculine dont il serait temps de se débarrasser.

C’est le sentiment que me donne le discours féministe contemporain, par ailleurs néo puritain. Le puritanisme n’est rien moins qu’une plaie de l’humanité, sans cesse renouvelée depuis son émergence avec des dégâts constants sur la société.

Et pourtant, aucune femme ne devrait se faire agresser ni verbalement ni physiquement, jamais, certains hommes s’en octroient le droit et c’est parfaitement inadmissible. Mais est-ce bien l’objet de la lutte féministe ?

Pris radicalement, le féminisme est donc l’expression opposée au masculinisme, qui n’existe pas. Certes existent le machisme, la misogynie, mais il s’agit là de vices désignés comme tels par la société, non pas d’un courant intellectuel faisant la promotion du genre masculin. Le féminisme existe en réponse à une société patriarcale au sein de laquelle il était indispensable de promouvoir le droit des femmes pour rétablir la balance du genre. Qu’en est-il en ce XXIe siècle ? Quels droits et devoirs sont ceux des hommes sans être ceux des femmes ?

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L’un des principaux chevaux de bataille du féminisme du XXIe siècle c’est l’écart des salaires. Comme on dispose de statistiques définissant le genre, on s’aperçoit qu’à poste égal les

femmes gagnent moins. La première idée qui me vient devant un constat de cette nature, c’est que si l’on s’intéressait au salaire des noirs on aurait de quoi s’évanouir, comparé à celui des blancs au sein de la société française. Il faudrait vérifier que le salaire des blondes soit le même que celui des brunes, il faudrait être certain que les hindoues naturalisées ne gagnent pas moins que les suédois expatriés.

L’inégalité des salaires et des conditions d’accès à l’emploi est une plaie consubstantielle à la société capitaliste de consommation, qui plus est dans un contexte d’immigration où les un(e)s récurent les chiottes des autres. Qui se soucie de l’écart des salaires entre la musulmane qui nettoie la cuvette, et la chrétienne qui les utilise, cadre à la Défense? L’origine ethnique et religieuse est pourtant de loin, de très loin le premier facteur de discrimination, loin devant le genre. Il est toujours inopportun de pousser des cris d’orfraie devant un moindre mal, car alors l’immondice se passe de mots, elle se déverse ainsi en silence.

Enfin et peut-être surtout, ces statistiques indiquant un salaire inférieur pour les femmes n’indiquent pas les facteurs, les critères ayant déterminé le montant du salaire. Plus on monte dans l’échelle salariale, plus l’engagement, la disponibilité sont primés. Or les femmes sont placées sous contrainte familiale davantage que les hommes et c’est dans cette direction qu’il faut chercher le problème à mon avis. Or, qui, des femmes et des hommes, décide ce qui est prioritaire pour la femme ? Est-elle à ce point l’esclave de l’homme qu’elle désire procréer dans l’unique optique de le satisfaire ?

Est-elle préoccupée par ses enfants davantage que l’homme, dont elle subirait littéralement la volonté, courbée devant l’impératif de fournir au seigneur du foyer une progéniture aboutie, par indéfectible altruisme faisant du moindre de ses désirs une priorité pour elle-même? C’est la femme qui porte le poids du foyer que l’homme ne porte pas, parce qu’elle le veut et le désire ainsi, parce que son besoin de procréer et sa proximité avec sa procréation sont plus profonds que chez l’homme, et nul ne lui en a dicté l’ordre, nul n’aurait eu le pouvoir de le faire. C’est un comportement issu des schémas mammifères les plus profonds. Non pas, en rien, que la femme soit davantage un mammifère que l’homme, c’est bel et bien la même espèce,

mammifère des ongles aux cheveux, des mamelles aux organes génitaux. L’homme n’a rien à envier à la femme en matière de primate seulement sur le marché du travail, son instinct territorial est plus propice au salaire que l’instinct domestique féminin.

Entendons-nous bien, j’évoque ici une répartition très générale et très moyenne des rôles tels qu’ils sont intimement vécus par les individus au sein de leurs foyers respectifs. Nombreux hommes sont très bien à la maison avec leurs enfants, j’en fais moi-même partie, et nombreuses femmes sont des conquérantes professionnelles de premier ordre. J’en suis convaincu, celles-là ont un salaire à hauteur de leurs prétentions.

En rejetant sur la femme elle-même la responsabilité de son investissement dans son foyer et les éventuelles conséquences que cela comporte, j’ouvre une boîte de Pandore, mais en apparence seulement. En effet, le féminisme appelle sans cesse à l’analogie avec les autres luttes contre la discrimination, dont la lutte contre le racisme. Je dois bien éclaircir les lignes car si le féminisme du XXIe siècle me semble largement à côté de la plaque, ce n’est pas le cas de la lutte contre le racisme qui prend parfois des aspects outranciers, mais demeure globalement conforme à la nécessité d’égalité, dont nous sommes à des années lumières dans ce domaine.

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Ainsi, on pourrait transposer mon argument sur la responsabilité de la femme dans son propre comportement pour pointer la responsabilité des noirs et des arabes, par exemple, qui font plus d’enfants et s’en occupent moins, ce qui fait de moins bonnes études, ce qui fait un moins bon accès à l’emploi. C’est donc leur faute.

Il y a pourtant plusieurs différences entre la situation des femmes d’un côté, celle des noirs et des arabes de l’autre, qui invalident l’argument. D’abord il y a la notion de consentement. Les populations qui se retrouvent françaises en France, issues des indigènes et des esclaves d’antan n’ont pas pu consentir à leur sort autant que les femmes. Certes, le féminisme est propre à considérer, justement, que la femme a été asservie par l’homme pendant

d’interminables millénaires. Mais ne pas comprendre que je projet de fonder une famille soit femme, davantage que le projet de peupler des ghettos de la République n’est noir et arabe, c’est ne rien concevoir de l’espèce humaine. Ils n’ont rien demandé, du début à la fin,

indigènes, esclaves, immigrés jouissent d’un statut parfait de victimes de la civilisation, non en tant qu’individus et foyers, mais en tant que population. En tant que telle, si la femme est une victime, en dehors des crimes des crimes de droit commun, elle est largement consentante. Ce qui me semble le plus important, c’est le pouvoir du constat. La question de savoir si c’est plutôt les hommes ou les femmes qui s’occupent du foyer ou du travail me semble parfaitement égale. Si c’est les femmes, et alors? Et si c’était les hommes, et alors? Tout ce qu’on leur demande, c’est de s’entendre entre eux dans le meilleur des mondes. Qu’importe qui fait quoi tant que les rôles sont répartis dans le consentement. En revanche, il est impossible de les répartir entre les riches, des blancs, et les pauvres, des noirs et des arabes. Personne n’est consentant, personne ne peut l’être, l’injustice est caractérisée.

Il est une réponse à tous les maux de la Terre, à la brutalité, la violence dont font l’objet les femmes de la part des hommes, à la difficulté d’accès à l’emploi, au salaire décent, à la discrimination ethnique et religieuse, c’est l’éducation. En partant du principe que tous les parents n’éduquent pas leurs enfants conformément à leur propre intérêt et celui de la société, avec les valeurs et compétences requises pour en faire pleinement partie, on doit arriver directement à la conclusion qu’il revient à l’Etat de garantir une telle éducation. Cela pour la raison simple que nul autre organe n’est en mesure de l’assurer.

Si chaque enfant reçoit lettres, sciences, art et égalité des sexes en héritage, il n’y aura plus besoin ni de féminisme ni de lutte contre le racisme. Avouons qu’il s’agit-là d’une hypothèse d’autant plus gratuite qu’elle procède d’un sophisme. Si la société était conforme à son propre souhait, elle n’aurait pas de problème d’éducation. L’éducation ne peut être une réponse de la part d’une société qui, justement, ne sait pas quoi enseigner, se déchire à ce sujet, ce qui est le cas de la nôtre. On n’est pas sorti de l’auberge.

Le féminisme est à mon sens devenu ce que son nom indique, non pas un mouvement pour le droit, mais pour la femme. Etre femme est une particularité porteuse, être féministe est quasiment indispensable pour quiconque mais être négriste serait tellement étrange et malvenu. Pourtant ce ne serait pas objectivement plus ridicule dans ce contexte où hommes femmes et noirs sont parfaitement égaux devant la loi, mais pas dans les faits le moins du monde.

Natalie Portman, actrice très glamour n’ayant probablement jamais fait l’expérience du mépris récolté en retour du désir exprimé, ce à quoi est exposé tout homme maladroit ou sans

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en quoi elle consiste, le discours est confus, mais il s’agit globalement, me semble-t-il

comprendre, de féminiser le désir. Dorénavant, les hommes devront désirer comme le font les femmes, sans quoi ils seront machistes et misogynes ce qui leur vaudra tous les enfers. Ils désireront gentiment, se conformeront au cadre que les femmes ont établi pour coder la séduction, ils seront dans les clous ou ne seront pas dignes d’appartenir à l’espèce humaine. On ne lui demande pas seulement de le garder pour lui, l’homme est invité à ne plus éprouver du tout de désir intempestif.

Pourtant, s’il est une chose sur Terre qui ne se commande pas, c’est comme disait Brassens la “bandaison” c’est à dire le désir. Le désir, comme le reste, est largement hormonal, il est en tout cas parfaitement biologique, conditionné dans sa nature aussi bien par la constitution masculine que féminine. Depuis la nuit des temps le désir de l’homme et celui de la femme se percutent malgré la mise au pas à laquelle n’ont manqué aucune civilisation. La maîtrise du désir est essentielle puisque c’est celle de la procréation, enjeu majeur de toute société. Pendant des millénaires, le désir de la femme a été largement nié, comme son droit d’ailleurs. Elle devait subir l’homme, susceptible de la prendre plus ou moins comme bon lui semblait malgré l’injonction à la fidélité. Aujourd’hui l’agression sexuelle est reconnue comme un crime odieux et puni comme tel. Le harcèlement peut faire l’objet de poursuite, la parole de la femme importunée par son voisin, son patron, son collègue ou un passant est prise très au sérieux, c’est mille fois tant mieux. Le féminisme l’a rendu possible, je lui rend cet hommage.

Mais le combat féministe n’a pas faibli devant la diminution de l’enjeu, il a muté. La loi ne suffit plus, c’est les âmes qu’il faut à présent réformer. Il faut féminiser l’espèce humaine parce que les femmes sont pleines de vertu, avenir du monde, de la politique, remplies d’amour et de bienveillance envers leurs prochains, capables de changer bébé en menant une négociation téléphonique à l’international sur un gros contrat, fidèles à leur mission par tous les temps, quand l’homme est occupé à tenter de pisser plus loin que le voisin, à jouer au docteur, au cowboy, à applaudir les cons en vert et insulter les connards en bleu.

Or je ne crois pas, en vérité, tous comptes faits, que la féminité soit une vertu comparée à la masculinité, je crois qu’elle est une lubie seulement, assez communément partagée. Les féministes de notre paysage actuel, tels que les représente quelqu’un comme Portman et bien des auteurs de #metoo et autres #balancetonporc, parmi les agressions réelles et

inacceptables, me donnent l’impression de précieuses ridicules. Dans Molière, ces dernières se refusent au mariage car cela se traduit par des actes dégradants au lit. Au XXIe siècle, tout une génération de filles refuse, par principe, d’être l’objet de désir. “Mon Dieu il a osé me désirer il n’a pas respecté le caractère immaculé de mon statut de princesse acquis solidement dans l’imaginaire contemporain, je ne tolère que d’être chouchoutée #metoo”. “Ce type avait clairement envie de me sauter c’est atroce #balancetonporc”. On ne supporte plus d’être objet de désir ce qui est un tout petit peu embêtant parce que que la femme est un objet de désir inaltérable et universel pour l’homme. La femme désire un foyer, l’homme désire la femme. Ce cliché n’est pas éloigné de la réalité bio-sociologique toujours à l’oeuvre en ce XXIe siècle, comme il y a des millénaires.

Le phénomène de délation massive du vice masculin au nom du féminisme s’accompagne, outre d’une intolérance parfois préoccupante, d’une certaine dose d’hypocrisie. On voit défiler des actrices qui jadis se sont données dans l’optique d’obtenir le rôle, se rappeler aux bons souvenirs du producteur de nombreuses années après le forfait, une fois la carrière sécurisée. Coucher pour réussir n’est pas glorieux, mais c’est beaucoup plus respectable que d’accuser de viol l’indélicat parvenu à ses fins. La notion de consentement est en train de devenir folle. La

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logique vers laquelle on se dirige c’est qu’un rapport sexuel est un viol par défaut, sauf si l’homme parvient à prouver que la femme était consentante. Puisque la menace n’est pas nécessaire à l’absence de consentement, que l’on peut violer “par surprise” pourquoi la simple question “voulez-vous coucher avec moi” ne deviendrait-elle pas une agression sexuelle ? Masculin et féminin n'appartiennent pas à l'homme pour l'un et à la femme pour l'autre. Ces deux pôles se répartissent en proportions différentes en chaque être humain, comme les oestrogènes et les androgènes. Si le genre du corps est déterminé par le partage que s'en font les hormones mâles et femelles, l'esprit est plus complexe bien que sous l'influence directe de ces mêmes hormones.

Nous élargirons ici le spectre hormonal pour s’intéresser au sexe du cerveau qui, du reste, fait l’objet d’études scientifiques notamment dans le domaine neuro-biologique, où l’on s’aperçoit que le cerveau recèle son propre genre, éventuellement distinct du reste du corps. Nous parlerons ici de yin pour caractériser le comportement femelle, de yang pour le comportement mâle.

Les notions de yin et de yang originales sont liées au genre mais dépassent largement ce spectre. Elles sont associées, dans la tradition bouddhiste, à toute une représentation religieuse et philosophique dont je suis loin d’être spécialiste. Je n’ai aucune prétention de fidélité au sens académique de ces notions, je les emprunte pour les intégrer à ma proposition car, dans mon champ de vision, elles m’appellent en ce sens.

Ainsi, j’utiliserai le terme yin pour tout ce qui, dans le comportement humain, relève de sa féminité, et yang de sa masculinité, inspiré par l’observation de l’activité humaine et de l’activité animale à laquelle elle ressemble, par les éléments mêlés de symbole, de représentation, de philosophie et de biologie, sans un souci constant de rationalité nécessaire au dépassement de ma passion.

Il faut avoir en tête je crois, la genèse et le développement biologique du genre afin d’apprécier le féminisme. Ce qui est féminin est neutre, infiniment plus que le masculin, agressif. Yin est une mer calme, yang une tempête. Le foetus, doit-on considérer à mon avis, est par défaut féminin. Ce qui conduit à cette considération, c’est le fait que la trajectoire de développement allant du foetus vers la femme est linéaire, alors que vers l’homme, elle est faite de mutations, sous l’agression d’hormones venues dicter leur loi et transformer le clitoris en pénis, les ovaires en testicules, plus tard susciter mue de la voix et pilosité, musculature. C’est la première notion que je retiendrais au sujet de l’essence de Yin, la nature féminine est profondément originelle. Rien d’étonnant à ce que la femme donne naissance plutôt que l’homme. Yin est une gestation, Yang une migration. Or toute l’activité humaine est fondée sur ce double pôle : cultiver le jardin, en conquérir un autre. S’il n’y avait pas de conquête, il n’y aurait pas de jardin. Mais s’il n’y avait que la conquête du jardin, il n’y en aurait pas non plus, il manquerait son soin.

Quand une femme est bousculée psychologiquement par l’ostentation d’un désir non désiré, qu’elle songe au migrant sans terre qu’elle a sous les yeux, elle qui habite un petit jardin coquet et n’entend pas le partager. Quand une femme subit la pression d’un homme lui-même sous la pression du désir, accablée par le poids qu’elle doit ainsi porter, qu’elle songe au poids qu’il porte dans ses bourses, dont la nature l’a doté pour ensemencer la terre qu’elle cultive. Tolérer l’expression du désir intempestif n’est pas admettre un quelconque droit de l’homme sur la

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femme, c’est admettre la faiblesse de cet homme que l’on prétend si fort pour mieux lui casser les reins.

L’homme n’est rien, rien de plus c’est certain, que la femme. Il ne jouit d’aucune privilège. Il porte le poids de Yang comme la femme le poids de Yin, celui de la condition humaine. Yin est à l’intérieur, Yang à l’extérieur. Il n’y a rien d’étonnant à ce que le sexe des femmes soit à l’intérieur et celui des hommes à l’extérieur. Yin est un vagin, Yang un phallus. Yin abrite, Yang pénètre. On voit bien leur nécessaire complémentarité, il n’y a rien à abriter si rien n’y pénètre, il n’y a rien à pénétrer s’il n’y a pas d’abri.

Si d’un point de vue biologique Yin trouve son expression ultime dans le vagin, son écrin la vulve et Yang dans le pénis et son piédestal les testicules, sur le plan psychique j’invoque les notions de pensée endogène et exogène. Yin est endogène, Yang est exogène.

De ce point de vue, Yin est ultra dominateur, ou dominatrice, autant chez les hommes que chez les femmes, car le propre de la pensée est d’être générée par le cerveau, dans l’intimité de ses circuits neuro-bio-chimiques. Toute pensée vient de l’intérieur.

Par ailleurs comme l’homme est une femme devenue homme au cours des mutations de la croissance, Yang est issu de Yin, c’est un Yin voyageur. Cela entre en opposition avec les concept originaux de Yin et de Yang qui se veulent parfaitement symétriques. Ce n’est pas le cas en matière de genre où Yin est clairement la matrice de Yang, qui est une exception, une singularité.

Yang réside principalement dans la remise en cause, le doute, l’émergence d’une perspective dont est privée Yang. Or l’être humain est une machine à faire, et faire exige d’éprouver, qui exige une stabilité de l’architecture. Yin est acquise à elle-même, elle est un fait psychique établi, Yang est une perturbation. Si le talent est Yin, qui consiste à ne pas douter de ce que l’on fait, l’intelligence est Yang, qui consiste en la capacité d’en douter.

Yin s’exprime à plein à l’intérieur de Yang conquérant lorsque ce dernier est indemne de doutes. Yin et Yang se retrouvent dans le transport passionnel, amoureux, fût-ce pour l’être aimé ou une idéologie. Ainsi la femme est douée de Yang autant que l’homme de Yin, pour peu que sa fibre affective se mette en mouvement. Dans son entreprise, elle revêt un caractère masculin.

Pour identifier Yang dans son activité quotidienne, se détachant d’un océan de Yin, on peut prendre l’exemple du voyage dans la rue. La vie de piéton peut s’avérer une véritable aventure dans les rues de la capitale par exemple, où j’habite. Dans mon quartier passe le tramway, qui représente un danger pour les têtes en l’air, ajouté à la circulation des voitures sur la route large où les deux roues foncent entre les lignes, sur les trottoirs larges où roulent des vélos et

trottinettes électriques à vive allure. Cela exige une concentration importante que de traverser tout cela sans encombre, cela exige une observation de l’environnement qui appartient à Yang. Yin est cette mer calme des douces pensées qui nous bercent, les moments agréables

passés ou à venir que l’on aime convoquer pour se donner chaud, ou encore les idées

anxiogènes qui déroulent leur emprise sur les gestes quotidiens, ou encore les préoccupations les plus anodines, les plus domestiques, tout ce qui est endogène, qui va rentrer l’esprit à l’intérieur de lui-même et faire oublier l’environnement.

Yang va interrompre le cours des pensées pour s’attacher à la réalité extérieur, exogène, il va prendre pour objet le tramway, rapide mais silencieux, les signaux lumineux plus ou moins

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discrets, la trajectoire des véhicules environnants. Yang est douloureux mais salutaire.

Douloureux parce que s’extraire de la pensée endogène, c’est s’extraire d’un cocon mental, ce qui est un effort, une douleur. Salutaire parce que la réalité c’est ce que l’on prend en pleine face si on ne l’a pas vue, c’est Yang qui s’intéresse à la réalité dont le propre, pour l’essentiel de son territoire, est d’être exogène.

Il faut élargir la rue à l’exercice de la vie. On peut cheminer en ne se souciant que de l’herbe que l’on foule, ce à quoi invite chaleureusement la littérature “feel good” chargée de montrer les voies du bonheur. L’idée selon laquelle, pour être heureux, il ne faut se soucier que de soi et des siens est une expression triomphante de Yin. Yang, exogène, ne peut trouver de repos qu’en participant à la vie de la cité. Yin, endogène, ne s’informe pas de l’actualité car tout ce qu’on y trouve est pourri. Yang en fait un thermomètre indispensable à la mesure de sa propre température. Or si tu ne t’occupes pas de politique, c’est la politique qui s’occupe de toi. Yang s’en occupe activement, pas Yin, qui pêche à la ligne, joue à la pétanque ou sort avec ses copines plutôt que lire les journaux.

Pourtant, c’est un paradoxe comme on en trouve beaucoup avec Yin et Yang, le militantisme bascule plus vers Yin que vers Yang. Par exemple si je milite pour un parti politique mal vu par les médias et ne m’informe que sur des plateformes appartenant à son idéologie propre, je suis dans la pensée endogène, dans Yin, qui filtre l’information pour la rendre conforme quand Yang cherche l’erreur, la faille. Ainsi, alors que je pratique une pensée offensive, ostentatoire puisque militante, je suis dans le féminin, dans Yin.

Jean Piaget, grand épistémologue, nous enseigne que “l’intelligence n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas.” Or ce que l’on sait est Yin, ce que l’on ne sais pas est Yang. L’être humain, qu’il soit homme ou femme, placé face à une inconnue, ne la détecte pas la plupart du temps, et la traite comme une donnée offerte. L’être humain croit savoir plutôt qu’il ne sait, c’est consubstantiel à sa nature. Il “part sur une idée” et ne doute pas un instant que ce puisse ne pas être la bonne.

Le domaine de la science est un immense territoire Yang, où l’on se conforme sans cesse à la réalité qu’il s’agit de sonder, à laquelle il faut faire place indépendamment de toutes ses

représentations. Yang est destructeur d’a priori. On remplace ce que l’on croit savoir par le fruit de son observation. Yang est un résistant dans un univers Yin où tout est représenté à la place que la psychée lui attribue. Yin est un préjugé géant, océan où marine la majorité des esprits humains quelque soit leur genre, dans un schéma féminin endogène de barricades dressées autour du jardin, de paroi autour de l’ovule, de préoccupation endogène.

Un schéma féminin dans son essence, dans son identité mammifère, primaire, biologique, philosophique, mais universel dans son expression. Les hommes et les femmes, placés face à l’intelligence de Yang et les préjugés de Yin sont égaux. S’ils ne le sont pas, c’est que l’un des deux est moins bien éduqué que l’autre. Car Yang est affaire de capacités cognitives telles que développées au contact d’activités cérébrales développées, au cours d’un apprentissage poussé. Presque n’importe quelle discipline est susceptible de cultiver Yang et son intelligence, tant qu’elle est pratiquée dans un esprit d’exigence. Plus elle implique des concepts complexes, lettres, sciences, arts, mieux elle est l’occasion de comprendre que l’on ne peut acquérir de connaissance que par la remise en cause de ce que l’on imaginait de la réalité ou de la vérité. Un esprit supérieur, dans le développement de son intelligence, est un esprit dominé par Yang, ne laissant que peu de territoire à Yin, remettant en cause chaque donnée avant de la

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valider, examinant sans cesse ce qu’il sait peut-être, ne sait assurément pas, et ce dont il est certain. Un esprit dominé par Yang n’est situé en aucun point particulier d’observation, sa constitution socio-culturelle, son héritage en idées sur le monde n’opèrent plus leur emprise, chaque préjugé est méthodiquement atomisé et à chaque fois, c’est une conquête de Yang si Yin.

Il y a une blague misogyne qui me fait beaucoup rire bien qu’aucun blague raciste ne puisse susciter autre chose que mon agacement. Un enfant demande à son père : “Dis papa c’est maman ou toi qui m’a donné mon intelligence ?” Le père répond : “C’est sûrement ta mère parce que moi je l’ai toujours.” L’intelligence n’est pas davantage homme que femme, il serait complètement idiot de le penser, mais elle est plus Yang que Yin, c’est une évidence si l’on admet l’existence de ces deux pôles.

Une femme qui porte le voile par désir et choix est une femme offerte au feu de Yin qui brûle dans son âtre et lui donne froid si elle s’en éloigne. Tout est à l’intérieur d’elle, à l’extérieur il n’y a qu’un immense néant hostile dont il faut se protéger en se couvrant intégralement pour lui échapper. Le regard de l’autre, surtout s’il est homme, fait office de spermatozoïde dont il faut barrer la route pour préserver sa vertu, son Yin inviolé malgré l’omniprésence, là, dehors, de Yang prêt à bondir. Yang n’existe plus sous le voile, voilà pourquoi il est disposé sur cette excessive pudeur, parce qu’il incarne le pouvoir protecteur de Yin.

La polygamie, a l’inverse, est un triomphe de Yang dans son expression peut-être la plus éloquente. Le phallus est dressé sur un territoire étendu, Yin multiplié, offert à Yang pour accueillir sa puissance conquérante, lui permettre d’ensemencer les plus vastes étendues. Nulle part ailleurs dans la nature, Yang s’exprime davantage que dans une cellule ou une société polygame.

La foi dans son ensemble est éminemment l’expression de Yin. La foi religieuse ou la foi en soi, en ce que l’on fait, dans tous les cas c’est une construction du cerveau qui offre à la conscience les représentations nécessaires au rapport au monde. La foi, c’est de la confiance. La confiance, c’est du confort. C’est la chaleur de Yin, ses replis ouatés et doux où l’on se love pour se protéger de tout. La foi nécessite l’exclusion de Yang pour exister. Elle se détruit à son contact. Car Yin n’existe pas objectivement, matériellement, ce n’est pas davantage un mer calme sur laquelle on flotte merveilleusement qu’un océan dans lequel on se noie faute de prise. Yin se montre sous son meilleur jour, sous une lumière fictive à travers la foi or Yang est destructeur d’illusion. Tout à coup, ces draps de soi qui m’enveloppent si généreusement pourraient aussi bien m’asphyxier si Yang faisait irruption dans ma pensée.

Globalement la population est livrée à la puissance de Yin ai-je prétendu, je dois bien avouer que c’est difficile à argumenter. Néanmoins on peut en observer l’activité à travers des

comportements emblématiques de notre civilisation. La musique est un vecteur de Yin privilégié qui, produisant de la dopamine, active dans le cerveau les pistes du bonheur intérieur. La musique est océan dans lequel on plonge, un miel dont on se repaît, c’est Yin dans lequel on s’immerge. On écoutera la musique fort ou mieux encore avec des écouteurs qui isolent

totalement du monde extérieur afin de parachever l’oeuvre de Yin et ses remparts autour de soi, tels un voile dissimulant le visage. On pousse soi-même de la voix, à danser, on oublie tout, absorbé par l’admiration pour l’artiste que l’on écoute, le merveilleux Yin auquel sa production invite. Le monde extérieur de compte pas, il ne compte plus.

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Yin et Yang se confondent dans le rêve et la rébellion. Toute rébellion est un rêve, tout rêve est une rébellion, un territoire qui se soulève, une nuée appelée à essaimer la réalité, la féconder, lui réserver sa gestation. C’est un lieu de coït entre Yin et Yang, chacun offrant à l’autre son pôle d’énergie. C’est un équilibre précaire, Yin, le plus fort l’emporte, on lève le pont-levis, on barricade le fort et dès l’orgasme terminé plus rien ne passe. Jeanne d’Arc est un magnifique exemple d’union entre Yin et Yang, rebelle, rêveuse et conquérante, animée par la foi. Elle illustre bien le placenta de la pensée qui s’arrache dans une lutte victorieuse. Elle est habitée d’un Yin prodigieusement protecteur, à l’épreuve de toute réalité, et d’un Yang

prodigieusement puissant, capable de soulever les montagnes nécessaires au territoire de Yin. Voilà il semble que nous arrivions déjà au terme de cette promenade, plus brève que je ne l’aurais voulue. Pas de quoi faire un bouquin. C’est dommage parce que le sujet s’y prêtait vraiment apparemment. C’est juste que je suis incapable d’écrire le moindre livre. De là à savoir si je suis plutôt Yin ou plutôt Yang, c’est une autre affaire.

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