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Texte intégral

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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Kruchten, J. M. (1979). Le décret d'Horemheb: traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel (Unpublished doctoral dissertation).

Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

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(2)

L E D E C R E T D ' H O R E M H E B . TRADUCTION, COMMENTAIRE PHILOLOGIQUE,

GRAMMATICAL ET INSTITUTIONNEL.

V

-1

(3)

E D E C R E

D I H 0 R E H E B.

RAD CT 0 , CO A ATICA

E 1TAIRE PHI OLOG_Q E, E IS T TIO E •

(4)

A la. mzmolfiz de. Mme L. Pe.te.fi6

(5)

llon6i.zu.K Zz V>io lzi>i>zafi Tkzodofildzii, mon dZn.zctzu.fL dz tkzAz, qut m* a ioutznu, gutdz zt comztZZz au Zong dz ce tAavatZ

tout zn n.z6pzctant ma Ztbzntz dz n.zzhzn.(ikz zt dz znzatton, JZi vont zn&uttz à tou& czux avzc ZzéquzZi j'at zu Zz

pZaZiitn. dz dZicutzn. du dzzKzt d'Hon.zmkzb, zt zn panttzuZlzK à mzi amtà dz Za Zizznzz zn EgyptoZogÂ^z, HizoZz B^azakman zt Bz^naKd Van V.in&^zZd. 2z ttzn6 zn(^ln à fLzmzficlzK \}lvz- mznt Mme \Jan Land&ghzm, qa^i, zn zmptztant i>ufi &z& koJih.zzi>

zt 6ZA jouA,nzz& dz Kzpo6, a dactyZogfiapklz

ce tex^e avec

compétence zt fiapidÀ^tz.

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Avant-propos.

La présente thèse s'inscrit dans le cadre du séminaire consacré aux "exercices sur les institutions et le droit privé de l'Egypte ancienne". Monsieur Ar. THEODORIDES nous y a montré, en rappelant l'opinion d'Alan GARDINER à ce sujet, combien il importe de mettre au point les grands textes connus de longue date, mais dont une édition établie avec toute la rigueur épigraphique (ou paléographique) et philologique requise fait encore défaut.

Présentés dans des traductions vieillies, ces textes, quel que soit le domaine auquel ils appartiennent, laissent en effet, au lecteur moderne, une navrante impression de fai- blesse au niveau de l'exposé des faits et de l'argumenta- tion, qu'on est porté trop souvent à mettre au compte d'un goût de l'éloquence ampoulée et creuse qui serait particu- lier au monde oriental pré-hellénique. A l'examen attentif, nombre de ces documents se révèlent cependant, maintenant, infiniment plus élaborés qu'on ne le soupçonnait jadis.

Tel est notamment le cas, en ce qui concerne le droit pha- raonique, du fameux "décret d'Horemheb", dont j'espère faire ici sentir toute la richesse grâce à une étude menée tant sur le plan de la langue que sur celui des institutions.

Puisse ce travail dirigé par Monsieur Ar. THEODORIDES et marqué par son enseignement constituer une contribution à

l'histoire institutionnelle de l'Egypte ancienne, qui soit digne de l'activité déployée en son séminaire.

Jean-Marie KRUCHTEN

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CHAPITRE I :

E X A M E N C R I T I Q U E D U P R O B L E M E

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Découverte de la stèle, son attribution à Horemheb, son état de conservation en 1882, les dégradations

subies par le texte jusqu'en 1975.

La stèle sur laquelle est conservé le texte de ce qu'il est convenu d'appeler le décret d'Horemheb (1) a été dégagée par Maspéro en février-mars 1882 au cours de travaux de fouille effectués au pied du Xème pylône de Karnak. Il

s'agit d'un bloc de grès, dont Bouriant a évalué la hauteur originale à 5 mètres (2). Lors de sa découverte, une par- tie importante de la stèle, comprenant la totalité de la scène d'offrande à la divinité gravée dans le cintre et la moitié gauche de la partie supérieure du texte jusqu'à la

ligne 25 était déjà écroulée, mais des fragments plus ou moins étendus des portions manquantes ont pu être retrouvés

à proximité. Rien ne restant sur le monument même de la titulature du roi qui avait pris le décret, l'attribution de la stèle à Horemheb n'a pu se faire que sur base de ces morceaux du cintre récupérés aux alentours du pylône (3) . La stèle était effectivement, à l'origine, couronnée par une scène bipartite d'offrande à Amon. Sur la moitié droite, ce dieux désigné comme "Amon-Rè, maître des trônes des Deux Pays, maître du Ciel, souverain de Thèbes ( Imn-R nb nswt TZwy, nb pt^ hk3 WZst)" (4) disait au roi : "Je t'accorde

(1) Pour ne pas dérouter le lecteur, je reprendrai dans cet ouvrage le nom traditionnel de "décret d'Horemheb" donné à notre texte, me réservant de discuter cette appella- tion dans ma conclusion (voir p. 320 ).

(2) dans Rec. Trav., VI (1885), p. 41.

(3) Les blocs ayant aujourd'hui disparu et les croquis de Bouriant ne permettant pas de juger si les cartouches au nom d'Horemheb sont ceux d'origine, Helck se demande s'il ne faudrait pas plutôt attribuer la stèle à

. Toutankhamon (Chr. d'Eg., XLVIII (1973), pp. 264-265).

Nous examinerons cette question dans notre conclusion (voir pp. 321-32't).

(4) U. BOURIANT, loc. cit., pl.

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3

toute vie, toute stabilité, toute puissance, toute santé et toute joie à l'égal de Rê éternellement {d-i.n.(-i) n.k ^nh nb, dd nbj w3s nb, snb nbj 3wt-?b nb, m? R'^ dt)", tandis

que sur celle de gauche, "Amon-Rè, roi de tous les dieux, maître du ciel et de l'Ennéade (

^mn-i?'^

nsw ntrw nbw, nb pt psdt)" s'adressait dans les mêmes termes au "Dieu bon (1) Djéserkhépérourè Setepenenrê, fils de Rê Méryamon Horemheb, qu'il soit doué de vie {ntr nfr D_sp-hprw-R^ Stp-n-R^ s3 R^

Mry Imn Hr~m-hb dtw nh) !", sous la protection du disque ailé qualifié d'après l'usage de "(Horus) de Béhédet, maî- tre du ciel {bhdty nb pt)".

Depuis 1882, le monument a souffert de nouvelles dégrada- tions ; comme celles-ci cependant n'ont pas dû affecter beaucoup son aspect général, je pense utile de donner ici les mesures que j'ai moi-même relevées en septembre 1975.

La largeur conservée de la face principale était alors d'en- viron 2,50 mètres ; intacte elle devait atteindre un peu moins de 3 mètres (2). Des faces latérales, la moins endom- magée (face droite) mesurait en sa plus grande largeur 95 cm, mais l'autre n'en comptait plus que 75. Chacune devait

avoir eu à l'origine un peu plus d'un mètre. Cintre compris, la stèle atteignait donc, lors de son érection, 3 mètres sur 1 de base pour une hauteur approximative de 5 mètres. Elle

(1) En réalité cette épithète traduite traditionnellement par "le dieu bon" signifierait plutôt "le dieu jeune, qui se renouvelle, qui est en bon état" (STOCK, Nt^r nfr - der gute Gott (HJ«U*WI,1951) ; A. H. GARDINER, dans Miscell. ac. Berolinensia, II, 2 (1950), pp. M-U sqq.

(2) A.H. GARDINER (notes inédites, voir p.lGn.2) a mesuré 99 pouces (2,514.6 mètres) de largeur conservée ; il esti- mait la perte du côté gauche à 14 pouces (0,3556 mètres), la largeur intacte aurait donc été, selon lui, de 113 pouces (2,8702 mètres).

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4

était gravée sur trois de ses faces (1), la quatrième ados- sée au pylône ne portait pas d'inscription. Le sommet du bloc toujours en place semblant correspondre à la première ligne du texte, la face principale n'aurait totalisé que les 38 lignes horizontales d'hiéroglyphes reconnues lors de son dégagement (2). Quant aux côtés, ils comptaient chacun 10 lignes verticales (3), ou plus exactement, 9,5, puis- qu'il apparaît que, du fait du léger fruit de la face prin- cipale, leur première colonne ne pouvait débuter qu'à mi- hauteur (4). Actuellement, suite aux détériorations subies dans les 80 dernières années sous l'effet conjugué des eaux d'infiltration provenant du sol et du sable abrasif soulevé par le vent, la surface du texte lisible s'est encore ré- trécie par rapport à ce qu'elle était au moment de la

(1) Les hiéroglyphes portaient des traces de peinture jaune (M. MULLER,- dans Egyptological Researches, I, p. 57).

J'ai mesuré une moyenne de 9 cm comme hauteur des lignes (face principale) et largeur de colonnes (faces latéra- les). Un signe allongé, vertical ( i!) ^ par exemple) mesu- rait approximativement 7 cm sur la face principale).

(2) Helck considère comme première ligne du texte, la plus haute sur laquelle des traces de signes (non déchiffra- bles) sont encore visibles, et numérote (Urkunden IV, 2,140-2162 ; Z.A.S. , LXXX, pp. 109 sqq. ) les lignes de la face principale de 1 à 38. Souriant, Mûller, Pflûger

accordent une ligne supplémentaire (vers le haut) à l'inscription, leurs lignes étant numérotées de 5 à 39.

J'ai adopté la numérotation de Helck, parce que ses rai- sons sans être déterminantes me paraissent valables

(dans Z.A.S., LXXX, p. 110), et parce que l'habitude étant prise de se référer aux Urkunden, j'ai jugé préfé- rable de me conformer à celles-ci sur ce point.

(3) Souriant ne compte que 9 lignes sur la face de gauche (Rec. Tray. , VI, p. 4-2). Mais, j'ai pu constater, comme Helck (ZTX.S., LXXX, p. 127), qu'il y restait des traces d'une lOème colonne.

(4) W. HELCK, dans Z.A.S., LXXX, p. 122.

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5.

découverte. La face principale a ainsi perdu, par érosion, ses six lignes inférieures. Pour le reste, elle semble néanmoins être demeurée à peu près dans le même état qu'en

1882, présentant des lignes à peu près complètes de la 32ème à la 26ème, réduites â leur moitié droite de la 25ème à la lOème, puis diminuant progressivement en remontant vers le sommet (1). De nouveaux fragments s'étant détachés de l'arrière du côté droit de la stèle, celui-ci a été amputé de la presque totalité de ses trois dernières colonnes et il est à craindre, si rien n'est entrepris pour consolider la pierre, que le sommet de ses lignes 2 à 7 ne rejoigne bien- tôt celui des lignes 8 à 10 dans les ébouli s gisant aux environs. Quant au côté gauche, conservé sur seulement

1,40 mètres de hauteur, hormis une fissure qui en apparais- sant a rendu presque illisible sa colonne 4, il ne s'est plus trop dégradé depuis sa découverte et garde toujours 8 lignes sur dix plus quelques traces de sa première et der- nière colonne, déjà disparues lors des fouilles de Maspéro.

Emplacement et orientation de la stèle dans le Temple de Karnak ; le fragment du Caire.

L'endroit où se trouve la stèle d'Horemheb est actuellement peu fréquenté. Pour visiter le temple d'Amon, les touris- tes, après avoir parcouru la Grande Cour qui s'étend, entre les pylônes I et II, empruntent en effet toujours la majes- tueuse salle hypostyle construite par Séthi 1er et Ramsès II, laissant de côté les cours délimitées par les pylônes VII, VIII, IX et X, situées au Sud du complexe principal. A l'épo- que d'Horemheb, toutefois, l'accès au temple d'Amon se fai-

sait surtout par cet axe Nord-Sud aujourd'hui déserté.

(1) Voir pl. I.

(12)

6.

piii§quë ni la ealle hypogtyle, ni le premier pylône n'exis- taient (1). Venant de l'agglomération de Thèbes, qui occu- pait l'espace entre les localités actuelles de Karnak et de Louxor, les fidèles et les prêtres abordaient alors le tem- ple par le Sud et passaient obligatoirement par les pylônes X â VII, qui faisaient office de propylées (2). Le Xême pylône de même que l'allée de sphinx qui le relie au temple de Mout étaient, du reste, l'oeuvre d'Horemheb, et c'est ce qui explique que ce pharaon ait jugé à propos de faire

dresser une copie (3) de son décret contre la face inté- rieure du massif Ouest de ce pylône, à gauche en entrant dans la première des quatre cours conduisant au sanctuaire proprement dit. Le côté principal de la stèle est, par

conséquent, orienté vers le Nord, tandis que ses faces laté- rales, côté droit et côté gauche par rapport à l'observateur

(4), regardent respectivement vers l'Ouest et l'Est.

Il devait exister d'autres copies de l'édit d'Horemheb, éle- vées dans un but de publicité aux endroits les plus animés des grandes villes du pays. Le Musée du Caire possède, en effet, un fragment provenant d'Abydos, qui reproduit six

(1) Voir pl.Y.

(2) L'accès du sanctuaire proprement dit étant interdit au profane (Cf. G. POSENER, S. SAUNERON et J. YOYOTTE, Dictionnaire de la civilisation égyptienne (Paris,

1970), p. 283), il est probable que la majorité des fi- dèles ne dépassaient pas les cours extérieures situées entre les pylônes V U à X.

(3) Voir p. 321+.

(H) Ici encore, j'adopte les conventions de Helck, appelant côté droit celui que Bouriant, Mûller et Pflûger dési- gnent comme côté gauche.

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lignes du décret trouvé à Karnak (1). Ce fragment, pour autant qu'on puisse en juger malgré sa taille restreinte, témoigne de moins de recherche dans le groupement des si- gnes en cadrats (2), comme si le lapicide provincial s'était contenté de transcrire en hiéroglyphes ce qu'il voyait sur le document hiératique envoyé par la chancellerie.

Publication, étude et traduction du texte de la stèle, de 1882 à nos jours (3) .

Peu de temps après sa découverte, le décret d'Horemheb a fait l'objet d'une première publication et traduction par Souriant (4). Cette traduction est aujourd'hui absolument dépassée, néanmoins sa copie du texte est encore très pré- cieuse, parce qu'il est le seul à avoir pu prendre note de certains passages, depuis irrémédiablement détruits de la stèle. Bouriant, en effet, a encore eu la chance de voir le côté droit de celle-ci, avant que, miné par l'humidité mon- tant du sol, il ne se lézarde puis ne s'effondre perdant d'un coup ses trois dernières colonnes. Lorsque d'autres vinrent ensuite pour relever notre texte, il ne restait déjà plus de la partie postérieure de la face droite que deux gros blocs détachés, que sans la copie de Bouriant il serait

(1) Fragment Caire n° 34162 (P. LACAU, Stèles du Nouvel Empire, I (Catalogue Général du Musée du.Caire n° 34065 à 34189), pp. 203-204 ; copie, voir pl. VI.

(2) Comparer, par ex., la ligne 3 du fragment avec la 16 de la stèle.

(3) Pour une bibliographie détaillée, consacrée au décret d'Horemheb jusqu'en 1372 , voir PORTER et MOSS, Topo- graphical Bibliography, n. 581 Cf>. 18?).

(4) U. BOURIANT, La stèle de Hor-em-heb, dans Rec. Trav., VI (1885), pp. 41-51.

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impossible de rattacher à ce qui demeure en place. Par ailleurs, il est également le seul à avoir vu et dessiné les quelques fragments de la stèle recueillis lors des fouilles de Maspéro. Ces fragments d'une importance capi- tale pour la restitution du contenu des lignes 13 à 23 de la face principale (1) ont, hélas, disparu aussitôt, et nous n'en connaissons le texte et la forme générale que grâce aux croquis sommaires de Bouriant (2). Cependant, malgré son intérêt évident, dû au fait qu'elle est la plus com- plète, cette première copie doit être utilisée avec beau- coup de prudence. On serait en effet tenté de croire, parce qu'elle a été prise directement après le dégagement du monument, qu'elle offre plus de garanties. C'est loin d'être le cas ! En comparant le texte de Bouriant avec les parties toujours lisibles de la stèle, on constate chez ce dernier de nombreuses mauvaises lecture (3) ; d'autre part, dans les passages qu'il est seul à donner, on rencontre tantôt des fautes manifestes qu'il est aisé de rectifier, tantôt des séquences entières de signes qui paraissent pro- venir d'une interprétation erronnée d'hiéroglyphes déjà abîmés (4). Enfin, composée au moyen de caractères impri- més, la copie publiée par Bouriant ne respecte ni la répar- tition originale des signes en cadrats, ni la direction de l'écriture adoptée par le lapicide égyptien, ni la disposi- tion des lignes l'une par rapport à l'autre. Il est par

(1) Voir pp. 38-IOé.

(2) La copie des fragments présentée par MULLER dans E|ypto- logical Researches, I, p. 59, a été exécutée d'après les dessins de Bouriant ; ceux-ci étant parfois peu clairs, elle comporte des interprétations et il y a donc lieu de toujours se reoorter â l'original dans Rec. Trav., VI, pl.

(3) On aura l'occasion de s'en rendre compte en consultant l'apparat critique des diverses sections du texte.

(4) Voir, par ex., Rec. Trav., VI, p. 47, col. 8, entre ...

%^yt m ht nsw et hrw.sn..,.

(15)

9

conséquent impossible, sur cette base, de juger de la lon- gueur des lacunes pour tenter de les combler.

En 1888, Mtiller, à son tour, étudia et traduisit le décret d'Horemheb, en s'appuyant sur la copie de son prédécesseur et sur les quelques corrections qu'y avait apportées Piehl

(1). Mais conscient des imperfections du texte transmis par Souriant et de la nécessité d'en établir une meilleure version, il reprit ce travail une quinzaine d'années plus tard après être allé à Karnak exécuter sa propre copie de la stèle (2). A l'époque, les habitants du village voisin venaient déverser leurs ordures à proximité du Xème pylône et, malgré son caractère pittoresque, avec ses palmiers et ses troupeaux de chèvres ou de moutons, l'endroit où dut se tenir Mûller pour effectuer son relevé de la stèle n'avait rien de plaisant (3). Cependant, il prit note du texte

d'Horemheb avec un soin extrême, respectant la présentation antique et enregistrant jusqu'aux accidents de la pierre qui risquaient de se confondre avec un signe hiéroglyphique Sa copie du décret est de ce fait excellente et s'avère à tous égards bien supérieure à celle de Souriant. Malheureu sèment, elle a dû être répartie sur 14 planches et il n'est guère facile dans ces conditions de s'en servir pour contrô 1er la traduction d'un passage d'une certaine longueur.

Aussi, après les avoir fait réduire par un procédé photogra phique, ai-je tenté d'assembler les planches de Mûller afin d'obtenir une vue générale du monument. Le résultat permet

(1) K. PIEHL, dans Z.A.S., XXIII (1885), pp. 86-87 ; M.

MULLER, Erklârung des gï'ossen Dekrets des Konigs Har-m-hebe, dans Z.A.S., XXVI (1888), pp. 70-94.

(2) idem, Decree of Administrative Reforms by King Har-em- heb, dans Egyptological Researches, ï (1906), pp. 56sqq pl. 90-104.

(3) Egyptological Researches, I, p. .56.

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certes de mieux se représenter le tout (1), mais fait appa- raître que Mtiller, lui aussi, n'a pas tenu compte de la longueur respective des lignes (2). Sur la face principale, toute évaluation de l'étendue des lacunes à l'extrémité gauche du bloc est par conséquent impossible à partir de sa copie, obstacle majeur si l'on essaie de reconstituer le texte manquant des lignes 26 à 33. En dépit de cet inconvé- nient, il n'en demeure pas moins toujours indispensable aujourd'hui de se reporter à la version de Mtiller chaque fois qu'il s'agit de vérifier un point précis de l'inscrip- tion d'Horemheb.

Le décret fit l'objet d'une nouvelle publication et traduc- tion par K. Pfltiger en 1946 (3). Celui-ci pour établir son texte utilisa, outre les copies de Bouriant et Mtiller, celle non publiée que Sethe avait prise en 1905 pour le Wôrterbuch

(4) . Il y a donc quelque utilité à consulter le texte de Pfltiger, même si, par ailleurs, il offre le désavantage de se présenter de manière continue en lignes horizontales courant de gauche â droite. Quant à sa traduction, inspirée de celles qu'avaient réalisées avant lui Breasted (5) et Maspéro (6), elle est à présent, comme ces dernières, fort

(1) Voir pl.VI.

(2) Au lieu de respecter les contours de la pierre, les ex- trémités gauches des lignes 2 5 et suivantes apparaissent décalées, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, par rapport à la cassure.

(3) K. PFLUGER, The Edict of King Haremhab, dans J.N.East.

St., V.(19!46), pp. 260-268, ; pl. I-VI (+ pp. 275-275 , notes des,planches) ; trad. française d'après Pflûger par B. VAN DE WALLE, dans Chr. d'Eg., XLIV (1947), pp..230-238.

(14) K. PFLUGER, loc. cit. , p. 260, n. 4.

(5) J.H. BREASTED, Ancient Records, III, §§ 45-67.

(6) G. MASPERO, The Tombs of Harmhabi and Toutankhamonou (.^67?iAe6,191, - 5 5.

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11.

vieillie, par suite des progrès accomplis au cours des vingt dernières années dans le domaine de la grammaire néo- égyptienne. Toutefois, par rapport aux précédentes, la traduction de Pfliiger constitue un progrès considérable, dans la mesure où, la première, elle fait apparaître claire- ment la structure générale du texte du décret, en reconnais-

sant après le préambule (face principale, lignes 1 à 13), l'existence de trois sections distinctes, dont la première

(face principale, lignes 13-38) ; côté droit, lignes 1-2) est elle-même subdivisée en plusieurs paragraphes (1).

Enfin, en 1955, W. Helck reprit une nouvelle fois l'étude du décret d'Horemheb, en vue de son insertion dans les Urkunden (2), et il apporta à la connaissance de cet impor- tant document une contribution intéressante et originale (3).

Helck s'efforça, en effet, de reconstituer le texte complet de l'édit, en se servant des blocs détachés de la face prin- cipale, trouvés lors des fouilles de 1882. Le texte et la forme de ces blocs étaient connus par des dessins de Bou- riant, mais ni MUller, ni Breasted, ni Pflûger n'avaient eu l'idée de les utiliser, et personne à ce jour n'avait encore émis d'hypothèse sur la partie de l'inscription d'où ils provenaient. Dans le but de placer ces fragments, Helck, à partir des copies précédentes du texte, en élabora une nou- velle qui respectait désormais les proportions du monument et faisait apparaître au premier coup d'oeil l'importance des lacunes par rapport au texte conservé (4). Se basant

(1) Helck reprendra la division du texte proposée par Pfliiger en l'améliorant sur un point (reconnaît deux paragraphes et non trois dans les lignes 13 à 21 de la face principale).

(2) Urk., IV, 2140-2162.

(3) W. HELCK, Pas Dekret des Konigs Haremheb, dans Z.A.S., LXXX (1955), pp. 109-136 ; pl. X-XI.

(4) LoG. cit., pl. X.

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sur des passages parallèles du décret toujours intacts, Helck n'hésita pas à compléter ensuite ce qui restait de l'édit ; mais, les solutions qu'il propose sont largement intuitives et dans certains cas font même fi de règles de syntaxe élémentaires (1). D'autre part, parmi les fragments vus par Bouriant, beaucoup étaient très petits et ne compor- taient que quelques mots ; sinon quelques signes, usuels, que rien de particulier ne permettait de rattacher à un pas-

sage précis du décret (2). Malgré cela, Helck parvient à les situer tous sur la stèle, allant jusqu'à en assembler certains â la manière de pièces d'un puzzle, en dépit du fait que les contours dessinés par Bouriant doivent être considérés comme approximatifs et que rien ne permet donc d'affirmer que jadis leurs faces coïncidaient (3). Faute de preuves suffisantes, la majorité des restaurations adop-

tées par Helck demeurent, par conséquent, des hypothèses à vérifier, même si leur auteur a tendance à les présenter comme des réponses définitives. Par ailleurs, lorsqu'il traduit, Helck ne condescend jamais à fournir une explica- tion grammaticale. On pourrait dès lors penser que l'ins- cription d'Horemheb ne comporte aucune difficulté majeure de cet ordre. Or, elle apparaît, au contraire, rédigée dans une langue difficile, qui passe constamment de l'égyptien classique à un idiome plus proche du parler du peuple, et qui allie parfois des tournures empruntées aux deux. Aussi, le sens à accorder à maints passages n'est-il pas évident, et il convenait, pour le moins, d'en accompagner la traduc- tion d'un mot de justification.

(1) B. KROEBER, Die Neuâgyptizismen vor der Amarnazeit (Tûbingen, 1969), p, 168, n. 5 ; voir, ci-apres, p.&2.

(2) Ainsi, par ex., les fragments 14 et 22.

(3) Fragments 11, 12 et 21.

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13.

L'étude de Helck étant la dernière en date de celles qui ont été consacrées à l'édit d'Horemheb, c'est sa traduction qui est en général reprise lorsqu'on désire aujourd'hui citer un passage quelconque du célèbre décret (1). Mais, quoique Pflilger ait reconnu le plan général du décret dès

1946, et qu'il n'y ait plus lieu de revenir sur la division du texte telle qu'elle a été mise au point par Helck, il existe cependant encore d'irréductibles partisans de la vieille traduction de Breasted, qui sectionnait l'édit en courts alinéas indépendants les uns des autres (2) .

Pourquoi étudier de nouveau le décret d'Horemheb ?

Il peut paraître étrange après les études de Pfltiger et Helck, que l'on s'est accordé à considérer en leur temps comme épuisant le sujet (3), d'encore reprendre une nou- velle fois la traduction et le commentaire du décret • d'Horemheb. Beaucoup de ceux auxquels j'ai fait part de mon intention de refaire l'examen de ce texte m'ont marqué leur étonnement ou même leur scepticisme devant l'utilité d'un tel projet. En fait, je n'avais d'ailleurs nullement au départ l'idée de me lancer dans une semblable aventure, car je désirais seulement m'occuper de ce document sous son

(1) Pour une version française du décret d'après la traduc- tion de Helck, voir par ex. R. HARI, Horemheb et la reine Moutnedjemet (Genève, 1955 ), pp. 311-318.

(2) Cf. G. ROEDER, Der Erlass des Konigs Hor-em-hab ûber die Wiederherstellung der Gerechtigkeit, dans Zauberei und Jenseitsglauben T.. (Stuttgart^ 1961), pp. 90-112

(M. Roeder affirme pourtant avoir soumis sa traduction à Helck).

(3) B. VAN DE WALLE, dans Chr. d'Eg., XLIV (1947), p. 230 ; R. HARI, op. cit.

(20)

14.

angle juridique et institutionnel. Je pensais donc, moi aussi, pouvoir dans ce but disposer de traductions déjà faites et me reposer sur les résultats des études anté- rieures. Cependant, il m'est apparu rapidement que, malgré la multiplicité des travaux dont il avait été le centre, le célèbre décret présentait encore bien des points obscurs au niveau de sa compréhension la plus élémentaire, parce que toutes les recherches indispensables d'ordre grammatical et lexicologique n'avaient pas été menées à bien. Il s'avérait donc provisoirement exclu d'aborder le commentaire juridique du décret, mais il me semblait, au contraire, devenir urgent d'en élaborer une traduction plus satisfaisante, condition préalable à toute approche ultérieure sérieuse. C'est pour- quoi, changeant de projet, j'ai décidé de me pencher, à mon tour, d'un point de vue de philologue, sur l'inscription de Karnak pour déterminer, arguments grammaticaux à l'appui, ce qui pouvait être maintenu dans les traductions précéden- tes et ce qui me semblait devoir être corrigé. En effet, comme depuis une vingtaine d'années de substantiels progrès ont été enregistrés dans la compréhension du système verbal égyptien, grâce surtout aux travaux de Polotsky, Hintze, îlerny, Groll et Frandsen, et qu'en outre notre connaissance du vocabulaire s'est améliorée constamment par l'apport de nouveaux documents, ce sont assez paradoxalement les textes connus de longue date qui sont aujourd'hui les moins exploi- tés. En 1920 , Gardiner estimait cependant déjà indispensa- ble de revoir systématiquement en fonction des dernières découvertes philologiques les traductions trop anciennes (1).

Mais, en dépit de son appel, la majorité des grandes ins- criptions exhumées au début de ce siècle ou au cours du pré- cédent ne sont trop souvent encore accessibles que dans des

"When will our scholars realize that the accurate copying of the monuments above ground is a task of greater urgency than the ex- ploitation of new sites ?" ( J. Eg. Arch. , VI, p. 179).

(21)

15.

versions anglaises, françaises ou allemandes vieillies, tandis que le moindre papyrus et la stèle la plus conven- tionnelle ont droit actuellement, aussitôt sortis du sol, à une ample analyse et à une publication basées sur les re- cherches les plus récentes. C'est de cette manière que continuent à traîner, dans les ouvrages généraux, à propos de nombre de textes importants^des interprétations totale- ment erronnées : basées sur un document mal compris, puis recueillies sans examen, elles gagnent en autorité au fur et à mesure que le temps passe parce que, à chaque généra- tion, elles paraissent recevoir la caution d'un égyptologue de renom. Ainsi, n'ai-je pas été un peu surpris de voir

apparaître, à proportion que ma traduction du décret avan- çait, quelque chose de profondément différent, dans son esprit comme dans ses détails, de ce que nous en connais-

sions jusqu'alors à travers les travaux de MUller, Breasted, Pfltiger et Helck. Non seulement le ton adopté par le roi dans son édit se révélait être assez loin de celui que lui prêtaient unanimement ces derniers, mais la nature et la portée des mesures prises par Horemheb semblaient, elles- mêmes, avoir été fondamentalement mal interprétées. Il en résultait que toutes les conclusions qui avaient pu être tirées de la fameuse inscription à propos de l'état social et politique de l'Egypte lors de l'arrivée au trône de son auteur, conclusions largement reprises dans les ouvrages consacrés à l'histoire pharaonique, étaient à réviser. De surcroît, parmi la multitude de données dignes d'attention que comporte le décret en dépit de sa médiocre conservation, beaucoup paraissaient n'avoir pas été soulignées comme

elles le méritaient, tandis que d'autres, par suite de con- tresens répétés, étaient tout simplement passées inaperçues (1).

(1) Voir par ex. pp. 265-266.

(22)

16

c'est donc essentiellement cette traduction nouvelle, as- sortie du commentaire grammatical, philologique et institu- tionnel indispensable à sa compréhension, que je soumets ici au jugement des lecteurs (1).

Etablissement du texte égyptien en prévision de la nouvelle traduction.

Etant donné l'état déplorable dans lequel est parvenue la stèle, la première démarche à entreprendre si l'on désirait étudier le décret sur des bases solides, consistait à en établir le texte. Il s'agissait donc, d'abord, de choisir parmi les copies effectuées depuis 1882 les meilleures lec- tures ; ensuite, de tenter des restitutions de lacunes là où c'était possible.

docamQ.ntatÀ.0n ^ecueX^£-ce_depa-C;ô J_^_^2^

Pour mettre au point la version égyptienne à traduire, je me suis servi simultanément de relevés de textes faits par Bouriant, Mûller, Pfltiger et Gardiner (2). Je me suis rendu, en outre, personnellement à Karnak (en septembre

1975) dans le dessein de prendre note de ce qui demeurait encore de l'édit d'Horemheb devant le Xème pylône. J'ai

(1) Une partie du décret (11. 13-23) a déjà fait l'objet d'un examen attentif dans le cadre de mon mémoire de Licence. Les conclusions auxquelles j'ai abouti alors étant utiles à la compréhension de tout le document, elles ont été reprises ici et insérées dans l'étude de l'ensemble du texte.

(2) Relevé partiel du texte, non publié, découvert par M. Théodoridès dans les archives de Gardiner, vérifié et noté grâce â l'obligeance de Mss. Moss et Murray.

(23)

17.

ainsi passé de nombreux jours sur place à recopier l'ins- cription. Depuis l'époque de Mtlller, les environs de la stèle avaient certes été déblayés des immondices accumulés là par les villageois voisins, mais ils avaient en contre- partie été dépouillés de leurs pittoresques palmiers, si bien que ce que l'endroit pouvait gagner d'un point de vue en commodité, il le reperdait largement de l'autre. Il faisait devant le monument une chaleur à ne pas mettre, même, un touriste dehors. En dépit de cet inconvénient, je pense avoir pu réaliser une bonne copie du décret. Le

matin, aux alentours de 10 heures, l'éclairage de la face principale était excellent : la lumière n'étant plus trop rasante semblait opérer d'elle-même une sélection entre les hiéroglyphes et les aspérités accidentelles de la pierre.

J'ai donc eu la chance de photographier la partie la plus importante du monument dans les meilleures conditions. Pour les faces latérales, toutefois, l'éclairage n'était pas aussi favorable. Frappé à la perpendiculaire par les rayons du matin et l'après-midi dans l'ombre, le côté gauche ne pouvait rien donner sur la pellicule. Quant au droit, à part le sommet, il restait tout le temps à l'abri du soleil et sa lisibilité était encore diminuée par endroits par des coulées de fiente de pigeon. Néanmoins pour ces portions de la stèle, j'ai pu disposer de photos meilleures prises quelques années auparavant en une autre saison par M. Théo- doridès, et il m'a été ainsi permis, une fois rentré à Bruxelles, de contrôler la totalité de mon relevé de texte effectué sur place. Des fragments détachés de la stèle, je n'en ai plus vu qu'un seul lorsque je suis passé â Karnak.

Il gisait au milieu d'autres blocs provenant d'une inscrip- tion de la XXIème dynastie, d'une graphie nettement diffé- rente, gravée directement sur la face intérieure du pylône

(1). Ce morceau appartenait à la moitié supérieure des

(1) Il s'agit d'une inscription concernant Henouttavuy

fille d'Isemkheb (Cf. A.H. GARDINER, The Gods of Thebes as guarantors of personal property, dans J.Eg. Arch., XLVIII ( 1952 ) , pp. 57-61+) .

(24)

1 8 o

colonnes 8, 9 et 10 du côté droit et était encore en place à la fin du siècle dernier, de même qu'un fragment plus pe- tit photograhié en 196 3 par M. Théodoridès, que je n'ai pu retrouver (1).

Clichés et copies ramenés d'Egypte m'ont servi à élaborer une première version du texte égyptien tel qu'il était en- core visible en 1975 (2). Les relevés de Bouriant, de Gardiner et surtout celui très minutieux de Mûller m'ont ensuite mis en mesure de compléter la face principale vers le bas, de la ligne 33 à la ligne 38, de raccorder les deux blocs provenant des colonnes 8, 9 et 10 du côté droit au reste de cette face et de combler les quelques vides occa- sionnés depuis 1882 par des détériorations isolées (3).

b ) Re.6_tA,tui^on dz^ tacune.6_.

Le problême de la restitution des lacunes concernait parti- culièrement la face principale de la stèle, dont il ne sub- sistait plus de la moitié supérieure que des demi-lignes.

Des côtés, en effet, le droit nous était parvenu presque complet, tandis que le gauche conservé seulement au tiers de sa hauteur échappait à toute possibilité de reconstitu- tion. Le problème de reconstruction du texte des lignes 10 à 25 de la grande face revêtait un double aspect : d'une part, il importait de déterminer la structure grammaticale de phrases dont nous ne possédions plus qu'une partie, sous peine de ne pouvoir traduire que des bribes isolées et dé- pourvues de sens ; d'autre part, il s'agissait de placer les blocs dessines par Bouriant en s'aidant du contexte syntaxi- que qui venait d'être dégagé.

(1) Voir pl. I.

(2) Voir pl.r.

(3) Ibid. (texte en rouge).

(25)

Les solutions adoptées pour le placement des blocs seront examinées cas par cas lors de l'étude du texte. Qu'il nous suffise de dire ici, à titre préliminaire, que sur les 22 fragments d'importance inégale provenant de l'inscrip- tion de la face antérieure dessinés par Bouriant, j'ai estimé n'avoir de raisons suffisantes que pour en placer quatre. Contrairement à Helck, qui essaie coûte que coûte de les utiliser tous, je me suis donc refusé à assigner un emplacement certain aux autres, parce qu'à mon sens les don nées permettant de le faire manquaient en tout ou en partie Dans la mesure du possible, cependant, j'ai tenté d'établir la probabilité qu'il y avait pour ces morceaux isolés d'ap- partenir â l'une ou l'autre partie du décret. Sur les qua- tre fragments auxquels j'attribue une situation exacte dans l'inscription reconstituée, Helck avait, pour sa part, re- connu la place correcte de l'un (1). Quant â ceux pour lesquels je propose une solution nouvelle, c'est sur base d'un faiscea:u convergent de preuves que je pense être auto- risé à les situer à tel endroit de l'inscription plutôt qu' tel autre. Le principal de ces trois blocs (fragment 2) comporte en effet trois lignes de texte qui toutes s'incor- porent parfaitement dans une restitution du paragraphe III de notre édit inspirée par une disposition parallèle conte- nue dans un décret presque contemporain, et les deux débris plus petits se placent ensuite automatiquement (2). Helck raccorde ce même fragment 2 d'une manière qui apparaît, en comparaison, tout à fait arbitraire et qui n'ajoute, de

(1) Fragment 16 .( Voir pp. 156-15?).

(2) Voir p. 10^^.

(26)

20

toute façon, rien à la substance générale du passage (1).

Or, si par leur nombre et leur longueur mes restitutions semblent donc nécessairement inférieures à celles de Helck, la solution qui consiste à mettre le fragment 2 en fin des lignes 21 à 23 constitue, au contraire, à elle seule, un élément fondamental pour la restauration complète du texte du troisième paragraphe et, par delà, pour la compréhension des mesures prises aux trois premiers paragraphes du dé- cret (2) .

Conjointement à la question posée par le remontage des blocs de Souriant, s'élevait celle de la reconstitution de la structure grammaticale du texte de la face principale de la stèle. Heureusement, là aussi, nous disposions de quel- ques données utilisables. Après le préambule, qui s'achève au début de la ligne 13, le décret comprend une première partie divisée, ainsi que l'a reconnu Helck, en neuf para- graphes (lignes 13 à 38 de la grande face ; ligne 1 et 2 du côté droit), dont deux seulement ne peuvent, à cause de leur état trop fragmentaire, être exploités ici. D'une première lecture rapide du document, il ressort que la com- position de ces sept paragraphes subsistants répond à un plan précis et invariable, point important sur lequel ni Pflîiger, ni Helck lui-même n'ont, à mon sens, suffisamment insisté. Malgré les mutilations du monument, on reconnaît

(1) dans Z.A.S., LXXX, pp. 117-118 (Zeile 18 : ... Aus den Worten, die auf den Fragmenten 2 und 14- erhalten sind, lâsst sich k(?.in sicherer Sinn rekonstruieren ; die Ergânzung nb. t ^ Zp^y-f htrj seinem

Besitz, der als seine Abgaben bestimmt ist" ist nur als Vorschlag zu werten ... Zeile 20 : ... Die Ergânzung des "m hrw nb irr.f zu "an jedem Tag, an dem er j^Kônigs- dienstl macht", dûrfte dem Sinn entsprechen ...).

(2 ) Voir pp. 110 sçi^.

(27)

2 1 .

dans chaque 'krticle" du décret, les mêmes éléments constitu- tifs, qui se succèdent selon un ordre logique rigoureux, l'absence apparente de telle section dans tel "article"

s'expliquant soit par l'existence d'une lacune à l'endroit où on aurait pu s'attendre à la trouver, soit, comme le mon- trera un examen plus poussé, par le fait que la nature des mesures prises y rendaient cette précision particulière su- perflue. Ainsi, tout paragraphe débute-t-il par un exposé, plus ou moins long selon les cas, de l'abus auquel le roi désirait porter remède (1). Cet exposé constituait en

quelque sorte ce que nous appellerions aujourd'hui 1'"exposé des motifs de la loi". Mais, à la différence de notre "ex- posé des motifs", qui figure toujours en tête du projet ou de la proposition de loi, la motivation des mesures du dé- cret d'Horemheb sont réparties disposition par disposition.

Ceci est dû vraisemblablement à la circonstance que, si une loi actuelle traite en général d'un sujet bien délimité, le décret aborde, nous aurons l'occasion de le voir, des matiè- res fort diverses. La description de l'abus se terminait par une formule stéréotypée, assez courte, introduite par

(1) Para^raphe_I : de îv zry n.f ... (ligne 13) à la fin de la ligne 14 (en lacune ; cf. p. 116 ) ; £ara£raphe I_I : de la fin de la ligné 16 (en lacune ; cf. p. 11?) "a nn wn n.f (début ligne 19) ; paragraphe III : de m-rmtt nZ n sdmw ... (ligne 21) à ... m wstn TlTgne 22) ; pa^agra-

^he_ _IV : de la fin de la ligne 2 3 (en lacune ; cf. p. 130) a st nhm m-dî.n (ligne 26) ; E^Z^^^ËLPil.^—^ • '^^ V^V

sp n dZ(y)t ... (ligne 27) â ... ^nw n nZ nty m hr \_ J (ligne 31) ; £ara£ra.phe_V_I : m-mttt nZ n t_Z smw ... (li- gne 31) à ' ' • jn nZy.sn j>-3-s (ligne 32) ; £a.ra£ra- 2he VII^ : tr nn m-imw ... (ligne 34) à début ligne 36

(en lacune ; cf. p. 2 . 2 0 ) .

Pour obtenir la traduction des passages donnés ici en translitération seule, on se reportera aux pages 231-30^.

(28)

2 2 .

v-nty "que l'on sache" (1). Le roi constatait d'abord briè- vement que le comportement décrit représentait une injus- tice ; ensuite, il donnait l'ordre formel de ne plus commet- tre un tel acte. Au paragraphe I, cette formule a disparu dans la lacune de la ligne 14 (2), mais on la retrouve com- plète du paragraphe II au paragraphe V (3), et en partie aux paragraphes VI et VII (4). Puis venait, s'il y avait lieu, une mesure d'ordre administratif, qui avait pour but d'ôter aux agents royaux l'occasion d'accomplir le délit en ques- tion. Une mesure administrative de cet ordre n'est attestée en entier qu'au paragraphe IV (5), mais l'analyse ultérieure du décret montrera qu'il en existait certainement au para- graphe VI (6) ainsi que, fort probablement, aux paragraphes

(1) Para£raphe_I : en lacune à la fin de la ligne 14 (cf.

p. 116) ; 2ara£raphe_I_I : début de la ligne 19 ; £a-ra£ra-

£he_ : iTgne 2 2 ; ^ara^raphe_IV : milieu de la ligne

2 6 ; 2ara£raphe_V : début de la ligne 31 ; 2ara£raphe_yi_:

fin de la iTgne 3 2 ; 2ara_graphe_VI_I : en lacune (cf. p.220).

(2) Voir p. lié.

(3) Paragraphe_I_I : bn sw nfv p2y snrt sp-gb r-zkr / ?w wd.n lim.t dTt s3 r.f (ligne 19) ; £aragraphe_I_II : pw n hZw p3y / m vdv zr.tw m-rmtt gvw TlTgne 22) ; paragra- phe I^V : sp-hsy p3y / m rd% îr.tw m-nritt (ligne 267 ;

paragraphe V : sp-hsy p3y / -îw wd.n hm.z tm dî îv.tw m-rmtt grw ë3^ m p3 hvw (ligne 31).

(4) Para£raphe_V_I : sp sn-nw p3y

hm.v dvt s3 r. sn r Zw.sn r tm d% ]_

nmhy m gpg (ligne 36 ; cf. p.220).

(5) wnn p3 -vmy-rZ îl^w hr Smt r %rt trw m t3 r-dr.f^

ntf -in.f pZ d?ir n mwt nty hr ^ J (ligne 25 ; cf.

pp. Itit-lSlX

(6) de la fin de la ligne 32 à nty hr smw (ligne 33 ; cf. p.l32-<k|.).

Pour obtenir la traduction des passages donnés ici en trans- litération seule, on se reportera aux pages 291-50^.

](ligne 32) / ^w wd.n

J

n3 n

(29)

23.

I à III (1). Après cela, l'"article" prévoyait une pénalité pour le délinquant et rappelait à ce propos les faits cons- titutifs de l'infraction en s'efforçant d'être plus général que dans l'exposé de l'abus, de façon à n'oublier aucun cas

(2). Tous les énoncés de ces pénalités ont subsisté, soit in extenso (3), soit en partie plus ou moins importante (4).

Seul r"article" VII n'en comportait pas (5). Enfin, le pa- ragraphe IV comprenant aussi une disposition assurant l'in- demnisation de la victime (6), l'hypothèse que les "arti- cles" I à III se seraient achevés par une mesure analogue devait être envisagée (7).

(1) Voir pp. 116-11?.

(2) Voir p. 51.

(3) Para£raphe_IV : %r ^n^i nb n m^^ nty zw.tw r sdm Tr.tw hp r.f m }}w(t).f m 100 wbnw sd 5 (ligne 27) ; .2ara^raphe_V : ^°r p3 nkt nty tw.tw r ëd.f m t3 mnîw^

ntf p3 nty -iw.tw r ^nt r.f (ligne 31 ; cf.. p.l80-T).

lin ntf nfym h w n ^r.tw hp r.f m

sw3 fnd.f d-îw r T_3irw ... ~^{.\igne 16) ; 2^£'^g^â:P]l^_^I. ' ... J/zp r.f m sw3 fnd.f dîw r T3rw (ligne 21) ; 2^£^£^£~

phe I_II^ : ^r sdm nb n ^t ^hnkt (ligne 22, frag- ment 2 ; cf. pp.lOliif)) îr.tw hp r.f m sw3 fnd.f dîw r T3rw (restitution, ligne 23 ; cf. p.106) ; para^ra-

^he VI : zr sdm.^tw r-dd : st fir Smt (ligne 337....

^r.tw t3 sb3yt *rrt\r rmt_ îr th wdwt (ligne 34- ; cf.

p. 19G).

(5) Pour les raisons de cette absence, voir p..22o.

(6) hn^ M p3 dhr ît.n.f m-d-i.f m t3w (ligne 27).

(7) Voir pp. 112^.

Pour obtenir la traduction des passages donnés ici en trans- litération seule, on se re.portera aux pages 291-3o^.

(30)

2 4 .

Comme, en dépit des dommages subis par la face antérieure de la stèle, il en demeurait assez pour vérifier, déjà à pre- mière analyse, que les paragraphes I à VII présentaient un plan identique, et, comme la signification de chacun des éléments de ce plan était claire, il allait être possible, à partir des paragraphes IV à VI conservés au plus des trois quarts de leur longueur, de saisir le canevas des paragra- phes I à III à demi en lacune, et d'intégrer dans un ensem- ble cohérent (sur le plan grammatical et syntaxique) les moitiés droites des lignes 13 à 25.

Reconstitution de la structure grammaticale du texte sur la face principale de la stèle (lignes 13 et suivantes).

La reconstitution de la structure grammaticale du texte de la face principale de la stèle pose un problème ardu. La difficulté se fait sentir surtout au niveau de chacun des exposés introductifs des paragraphes. En effet, comme la présentation de l'abus nécessite souvent la moitié du para- graphe, tandis que ses autres sections réunies tiennent ai- sément dans les deux ou trois lignes restantes, et comme par ailleurs tout le côté gauche de la stèle manque'dans des proportions plus ou moins importantes, hormis le paragra- phe V un peu mieux conservé, nous ne possédons pour ces ex- posés, pas une seule phrase dont nous serions d'emblée assu- rés de la construction dans sa totalité. Certaines tournu- res qui s'y répètent, sans pour autant apparaître dans les autres sections du texte, pourraient cependant nous guider utilement dans notre tâche de reconstitution. Ainsi,

l'auxiliaire wnn revient-il assez souvent (lignes 17 ; 21 et 25) lorsque le roi explique quelle est la pratique à la- quelle il entend mettre fin, et, au paragraphe IV, lignes

25-26, en dépit de l'état pitoyable du texte, nous pouvons

(31)

précisément reconnaître assez d'éléments syntaxiques pour reconstruire au moins un morceau de phrase où cet auxi- liaire apparaît. Après quelques restaurations dont le bien-fondé ne fait aucun doute (1)., nous identifions une structure du type wnn + sujet + hr + infinitif hn'^ ntf ][lacune^. Hn'^ ntf, forme ancienne d'un conjonctif dont le verbe est dans la lacune (2), nous indique que les deux propositions composant le bout de phrase en question, vu qu'elles sont coordonnées, sont à placer sur le même plan grammatical, soit comme propositions principales, soit comme propositions subordonnées. Etant donné qu'il existe en néo-égyptien des subordonnées initiales commençant par wnn (3), et que, d'autre part, la possibilité de rencontrer en tête de phrase plusieurs (tout au moins deux) proposi- tions subordonnées coordonnées par le conjonctif est attes- tée par le paragraphe suivant du décret d'Horemheb (4), il ne peut être exclu d'office de rencontrer une construction qui, commençant par wnn et poursuivant par le conjonctif, équivale à deux propositions subordonnées initiales, et chacune de ces deux possibilités, propositions principales ou propositions subordonnées, doit être envisagées ici.

Toutefois, comme après une très brève lacune à l'extrémité

(1) Voir pl. X (photo de la 1.25 prise en 1975) ; restitu- tion proposée par Helck (Z.A.S., LXXX, p. 119 ; pl. X).

(2) G. LEFEBVRE, Grammaire^, § i+04, obs. ; B. KROEBER, Die Neuâgyptizismen vor der Amarnazeit, § 34.32.13.

(3) P . J . F R A N D S E N , An Outline of the Late Egyptian Verbal System (Copenhagen, 1974), § 98 ; I. 6ERNY et S.I. GROLL, A Late Egyptian Grammar (Rome, 1 9 7 5 ) , § § 5 4 - 5 5 .

(4) Lignes 28-29 : dr wnw nsw MN-HPR-R^ hr %mt

hn<^ nty nZ n rwdw n pr-hnrt spr (Voir pp.162-163).

(32)

gauche de la ligne 25, la phrase reprend et se termine au début de la ligne 26 par une proposition subordonnée con- cessive {hr îw ) (1), force nous est d'admettre que

dans la construction wnn + sujet + /zr + infinitif hn ntf , nous nous trouvons devant deux propositions princi- pales coordonnées, puisque, s'il s'agissait de subordonnées nous n'aurions pas la place nécessaire à la fin de la li- gne 25 pour introduire dans la phrase la principale dont faire dépendre à la fois les deux subordonnées circonstan- tielles qui précèdent et la subordonnées concessive qui suit.

Quelle valeur modale et temporelle attribuer maintenant à ces propositions principales bâties avec wnn ? Lefebvre cite en égyptien classique des exemples de propositions construites avec wnn + sujet + prédicat pseudo-verbal

(pseudoparticipe ou hr + infinitif) et en conclut que la forme géminée wnn s'emploie surtout dans une phrase équiva- lant à une proposition principale pour marquer la durée, abstraction faite du temps, qui, souvent futur, peut être aussi à l'occasion présent ou passé (2). Le but du roi quand il s'exprime aux lignes 25 et 26 étant de décrire une habitude néfaste, l'accent serait donc bien mis, grâce â wnn, sur la fréquence et la répétition de l'action dénoncée C'est pourquoi je traduirai en l'occurrence cette forme par un indicatif présent, manière qui me semble la plus appro- priée en français pour exprimer la constatation d'un fait habituel et répété. Il est possible d'ailleurs que, parce que la construction wnn + sujet + hr + infinitif suivie de hn"^ ntf (mtw.f) était la plus apte à décrire des séries de faits habituels, et que les gens durent établir petit à

(1) hr zw bw gm.n.tw p3 dhr m-dv.sn (Voir p. mo). . 2

(2) Grammaire , § 664, a).

(33)

2 7 «

petit une relation circonstantielle entre des faits présen- tés toujours groupés, la proposition initiale construite avec l'auxiliaire wnn ait bientôt cessé d'être perçue comme une proposition principale. Celle des propositions suivan- tes qui fut alors ressentie comme la principale ne pouvant plus, à partir de ce moment, être rattachée à celle qui pré-

cédait par le conjonctif, s'en trouva modifiée et nous au- rions ainsi dans la tournure identifiée au quatière para- graphe du décret d'Horemheb, l'origine de la construction néo-égyptienne bien connue (/jr) wnn X {hv) infinitif ?w Y

{hr) {tm) infinitif (1). Cette explication rendrait compte du fait que le conjonctif se rencontre encore parfois en néo-égyptien, en principale (ou tout au moins dans une pro- position traduite comme telle), après un (hr) wnn initial

(2), et concilierait, d'autre part, les opinions de MM. Baer et Frandsen, opposés sur le point de savoir si la proposi- tion bâtie avec wnn est une principale fonctionnant virtuel- lement comme une subordonnée temporelle ou conditionnelle, ou s'il s'agit d'une proposition subordonnée véritable (3).

Wnn.f lir sdm serait en effet l'un ou l'autre selon qu'il se trouve continué ou non par un conjonctif, et aurait de toute manière commencé par être une subordonnée virtuelle. Dans notre texte, à la ligne 25, il est évident toutefois que wnn + sujet + hr + infinitif et la proposition qui suit sont encore, quoique coordonnés, absolument indépendants.

( 1 ) P . J . F R A N D S E N , o p . c i t . , § 9 8 ; I. 5E R N Y e t S . I . G R O L L ,

op. cit., § 55.1 ; H. S A T Z I N G E R , Die Partikel trç • X><^^

(2) Pap. Sait 124, R°, 1, 9 ; V°, 1, 9-10 (P.J. FRANDSEN, op. cit., p. 149, ex. 3 et 4).

(3) K. BAER, Temporal Wnn in Late Egyptian, dans J.Eg.Arc LI ( 1955 ), pp. 137 sqq. ; P.J. FRANDSEN, op. cit. , pp. 184-185.

1.if.1.1.

(34)

2 8

Chaque paragraphe du décret sur la face principale de la stèle étant construit sur le même schéma, et le propos du roi dans l'exposé introductif étant chaque fois de justifier les mesures qui suivent en décrivant en détails la pratique condamnable qu'il désirait abolir, wnn me semble devoir être analysé de la même manière aux lignes 17 (début du paragraphe II) (1) et 21 (début du paragraphe III) (2) qu'il l'a été à la ligne 25. En outre, je pense que Helck a eu raison de restituer un autre auxiliaire wnn à la fin de la ligne 23, devant les mots p3 s3 2 n mS^, par lesquels dé- bute la ligne 24 (3). Les exposés préliminaires des para- graphes II et III présentaient donc, il est probable, dans les grandes lignes, la même structure grammaticale que celle du paragraphe IV, dont les conditions de conservation nous permettent encore de juger : après un wnn initial, on conti- niait par une série de conjonctifs (â la forme ancienne hn nty (4) ou à la forme nouvelle, mtw (5)) pour éventuellement recommencer ensuite une autre phrase par un nouveau wnn pré- cédé ou non de la particule proclitique hv, destinée à assu- rer la césure avec ce qui précédait (6).

(1) ffr wnn.f hr ^ms [pr. - ^3 V.S.F. ... (Voir p. 80 ) . Il est intéressant de noter que le fragment du Caire

n° 34162, offre la variante wn.f ... (pour wn â la

place de wnn, v. I. ÎERNY et S. 6R0LL, A Late Egyptian Grammar, § 55.5).

(2) mn n3 n sdmw n ^t-hnkt Pr-'^3 V.S.F. hr ^mt hr kf^ ...

(Voir p. 92 ).

(3) dans Z .A. S. , LXXX, p. 119. {Wnn'j p3 s3 2 n ... hr nhm dhr ...).

(4) Ligne 18 : hn nty p3 nmhy h sw m n3y.f [_ p-s-s

(5) Ligne 21 : wnn n3 n sdmw ... hr ^mt hr kf'^ m p3 dm^ \_. . . mtw nsl^ n sdmw . . . ~^t p3 hm t3 hmt n p3 nmhly mtw n3 n sdmw ^ [ J/z3è (voir p. I0«f),

(6) Ligne 17 : Hr wnn.f hr ^ms \pr - ^3 V.S.F

(35)

Le seul wnn de la face principale qui ne figure pas dans un exposé introductif de paragraphe et qui ne réponde pas à cette analyse (celui de la ligne 26) offre justement une illustration du processus qui conduisit à partir de la tournure que l'on vient d'examiner à la construction néo- égyptienne {hr) wnn X {hr) infinitif Y {hr) (tm) infini- tif, puisque dans la phrase wnn p3 vm-y-rS Zhw hv ëmt

ntf ?n.f p3 dhv, composée toujours sur la plan formel de deux propositions principales indépendantes {wnn p3 ^my- r3 îhw hv Smt , d'une part, et ntf -in. f, de

l'autre (1), il est manifeste que la première est déjà vir- tuellement subordonnée à la seconde. Et de fait, dans cette section du paragraphe IV où le roi prend les dispositions administratives propres à écarter un abus (2), personne n'a traduit littéralement "l'intendant des troupeaux ... viendra

... (et) c'est lui qui prendra ", mais les auteurs ont corrigé en "Quand l'intendant des troupeaux ... viendra c'est lui qui prendra " (3). De même en français, si j'énonce une constatation d'ordre général du type : "Il pleut, je prends mon parapluie ; il fait beau, je sors sans chapeau", tout le monde comprendra : "Quand (ou s')il pleut, je prends mon parapluie ; lorsqu'(ou s')il fait beau, je sors sans chapeau".

Quant aux tournures variées relevées dans les exposés préli- minaires des autres paragraphes, pour autant que l'état du texte permette d'en juger, elles concouraient aussi à expri- mer l'habitude, la répétition. Ainsi, par exemple, au para- graphe I, rencontrons-nous vraisemblablement la construction

(1) Pour la construction rn + sujet + sdm.f (ntf sdm.f), voir G. LEFEBVRE, Grammaire^, § 252.

(2 ) Voir p. 151.

(3) Voir par ex., B. GUNN, Studies in Egyptian Syntax (Paris, 1924), p. 56.

(36)

3 0

sdm,.f (protase) , sdm. f (apodose) (1) très répandue en moyen égyptien, dans laquelle la protase généralement tra- duite par une proposition conditionnelle peut aussi bien être comprise comme proposition temporelle, puisqu'il est établi que les Egyptiens classique ne faisaient pas de dis- tinction nette entre ces deux types de subordonnées (2) . Adopter ^r sdm.f n'est en l'occurrence qu'une autre manière de formuler une constatation d'ordre général, qui insiste simplement un peu plus sur l'enchaînement nécessaire des faits que wnn suivi du conjonctif. Au paragraphe V, pour autant que la restitution proposée par Helck à la fin de la ligne 27 tienne (3), et au paragraphe VI enfin (4), c'est grâce au Présent I, forme verbale néo-égyptienne, qui com- porte, elle aussi, souvent une nuance d'habitude (5), qu'a été réalisé l'effet recherché ailleurs par des moyens syn- taxiques plus proches de la langue classique.

(1) A.H. GARDINER, Grammar , § 150 ; G. LEFEBVRE, Grammaire ,

§ 727, a).

I. 6ERNY et S.I. GROLL, A Late Egyptian Grammar, § 62.1 ; pour les propositions temporelles et conditionnelles construites avec îv en néo-égyptien, on verra

H. SATZINGER, op. cit., § 1.3.2.1., n. 3.

Lignes 27-28 : nS n \_rwdw'\ n pr hmt-nsw hn'^ nZ n n pr-hnrt hr ëmt m-sZ (voir p.lSé/x^.)-

Lignes 31-32 : nZ n tZ smw n nS n W^bwt [sut Pr-^Z V.S.F.

hr ^mt m ... J m-mnt voir p. 183.

(5) P.J. FRANDSEN, An Outline of the Late Egyptian Verbal System, § 3 8 iex~. 6 i Présent I avec hr smt en seconde position exprime une action habituelle : nZ mrw

nty tw.n (hr) ^m(t) r tS %m.w m-dwn sp sn, "les pyrami- des dans lesquelles nous avons l'habitude de nous rendre très régulièrement pour voler"). La nuance d'habitude que comporte la forme verbale est parfois accentuée par l'emploi d'un adverbe (comparer m-mnt, "quotidienne- ment", décret d'Horemheb, 11. 31-32, et m-dwn sp 2,

"très régulièrement", exemple précédent).

(37)

Le cadre grammatical dans lequel s'insère les moitiés droi- tes des lignes 13 à 25, ayant été précisé autant que nous l'avons pu, nous abordons sur une base plus solide la tra- duction du décret. Nous examinerons successivement chaque section du texte, dans l'ordre suivant :

ir 1. CCUlliJLLXc^ 11

XX » 1 X IP p y ^ ("TT*^ T^H ^ T

Ir dX d*^ J-ClLJXic: X Il 11 XX* 1 7

± J>

Paragraphe II 11. 16 21 ;

Paragraphe III Il 11 11. 21 23 ;

Paragraphe IV Il II 11. 23 27 ;

Paragraphe V Il II 11. 27 31 ;

Paragraphe VI Il II 11. 31 34 ;

Paragraphe VII Il 11 11. 34 36 ;

Paragraphes VIII à

IX (X ?) face principale. 11. 36 38 et face latérale droite. 11. 1 2 ; Ilème Partie = face latérale droite. 11. 3 7 ;

m ê m e Partie II Il 11 11. 8 10 ;

IVême Partie = face latérale gauche, 11. 1 6 ; Conclusion du décret = II Il II 11. 7 10.

Les traductions seront accompagnées, à la fois, d'explica- tions philologiques et grammaticales, destinées â donner la signification des termes rares rencontrés ou à éclairer cer- taines tournures de phrase difficiles, et, d'un commentaire général, qui facilitera la compréhension du passage étudié en le replaçant dans son contexte institutionnel, social et quotidien.

Après la présentation de la traduction sous une forme conti- nue, nous résumerons, en guise de conclusion, l'ensemble du texte d'Horemheb et en dégagerons une synthèse, qui permet- tra de formuler des hypothèses nouvelles sur les circonstan- ces dans lesquelles ce document a vu le jour, et sur sa

(38)

3 2 .

place dans le système juridique égyptien. Des index, enfin, rendrons plus aisée la lecture de cet ouvrage, dont je suis le premier à déplorer l'aspect complexe et technique, qu'il offrira certainement aux yeux de quiconque n'est pas philo- logue .

(39)

CHAPITRE II

TRADUCTION, COMMENTAIRES PHILOLOGIQUES ET GRAMMATICAUX

(40)

P R E A M B U L E

Lignes 1-13 (Urk., IV, 2140, 11 - 2143, 14)

(41)

3 5 .

a) Texte

^ o. a.-

•{- ê- «- »-

a. a.

a. a.

E S tu o ' ^

-îf.l o-o. : B. : 3 M; : O • S. _ i G. : 2^' O 3 -6-S-1 S.

G' = CLOAcLi/ne/z..

(42)

3 6 .

b) Traduction :

^. Hiv^a/m'on, \\otBnmSuiSr\ ^'li •'ioCt éam JA. t/iA, MêttmjaSSeAr^eatJt et à. •^jauraa^ • [. H^-^-U-J ^ "ml dt mJA

[ci*.

{frC\^ -Kyt nM. Jfi>p. ?«) [

'ijit -\t^.<jur /n.|. my<>t (a)

fc») '6-'"^ m. ivnAwt.-^ (c)

HOamt Ç^v&nuA ^ H<iZt JX. ^JL^OKCHJ^ flttM ....

• 'n..-i) I /y».

[ ] -Iw. hX^iX Tî-Mti vAm..^^ -X^x.r-

{ ] ^'^•'^•'^

^«4^ ^itft^fc 2.;^ ^ i£i /mîA /momie, i

/mA.^.tlv.^ m. (E) C

•eot yircn. yCoaxn.^

•V^ ti,|

(F) [..

>a J»» 'ie. }nJunoii*l, ^iiuVJLoKe. •i/jmjjru/u. —. -A frMyiinnA. à, /yrti^t. . " ÀdA-eXLcJf.

(43)

.OUL^ [ 'Jr m/nX -jxi>^ 3dar (j^ "i», [

ti

^cAanjcXa/nJi XA, J^Jù, JuXtSLa. JS. 'èyj^^Xt, ^ y^oiuXant -ÎM -Caui {^^^

^ ^ Ta-hW. é^-^. [

.«^i^tx^t xs. .^cbs> .g(4i4>a4'^ Set H«k^e4& . -lu'&doTc/nA -«Lit à «6a. A/c/ut \....

/yM Ni<n^ dA-^ ^ <^L oLdLt

/C£L6 .«U. lw£ .^sLoM/d i'^'*^-

R<ayn.ew«t 'tS :

+ "1 : _____

. . . [...

J ^ [

^ "le . Te I ^ium/w ^ L

(44)

3 8 .

c) Explications philologiques et graininaticales :

A) Hrw ipn^ hSt nhh ^sp \_dt J :

(ligne 4 : Urk., IV, 2141, 7).

L'expression hSt nhh ^sp dtj "début de 1 ' éternité-n/2?Zj commencement de l'éternité - dt" (1)^ connue en dehors de notre texte par le décret de Nauri (2), par l'ins- cription dédicatoire de Séthi 1er au Spéos Artemidos

(3) et par une stèle d'Hermopolis datant de Merneptah (4) , a été étudiée notamment par Griffith (5) et

Fairman (6). Selon ces auteurs, placée après une date, elle exprime l'idée (ou le voeu pieux) qu'au jour indiqué par celle-ci commence pour le roi une éternité d'années en qualité de souverain bienfaisant.

A Nauri et au Spéos Artemidos, l'expression suit di- rectement la mention de l'année ou du jour, à laquelle elle constitue grammaticalement une apposition. Il devait en aller de même ici, mais, comme la date de notre document incluait, outre l'indication de l'année, du mois et du jour, la titulature royale complète aug- mentée d'épithètes laudatives variées, et ne comprenait

(1) Pour les notions de n/z/z et de , on verra J. ASSMANN, Zeit und Ewigkeit im alten Agypten (Heidelberg, 1975).

(2) Décret de Nauri, 1. 1 (F. Ll. GRIFFITH, The Abydos

Decree of Seti I at Nauri, dans J.Eg. Arch., XIII (1927), p. 196).

(3) Ligne 1 ( H.W. FAIRMAN et B. GRDSELOFF, Texts of Hat- shepsut and Sethos I inside Speos Artemidos, dans J.Eg.

Arch., XXXIII (1941), pl. VII ; p. 25).

(4) Festival-Song Stela, Hermopolis, 1. 12 (K.A. KITCHEN, Ramesside Inscriptions, p. 29, 1. 7).

(5) et (6) Loc. cit.

(45)

3 9 .

de ce fait pas moins des trois premières lignes du décret (aujourd'hui perdues) et du début de la qua- trième (1), il a paru nécessaire de faire précéder

h2t nhh. Ssp dt de hrw [pri] (ou hrw [n~J ) , "en ce jour"

(ou "jour du" début de 1 ' étèrnité-n/z/z ), à la fois pour résumer tout ce qu'il y avait avant et pour rap- peler la fonction de l'expression. En effet, il est manifeste que hrw \pn ou nj(2) hZt nhh ^sp dt ne peut être considéré, à lui seul, comme la date véri- table du décret, mais qu'il renvoie à une mention de temps précise disparue avec le sommet du texte. Helck a omis de tenir compte de cet élément dans la resti- tution qu'il propose, bien qu'à plusieurs reprises le décret spécifie ensuite que les mesures prises seront à appliquer "à partir de ce jour" {^3^ m pZ hrw) (3), preuve que l'édit royal devait être exactement daté.

B) htm.tw n.f nst

(ligne 5 : Urk., IV, 2141, 11).

"celui en faveur duquel il est pourvu au trône de. . . " . Pour cet emploi de htm, "pourvoir", on consultera le

Wôrterbuch (4). Etant donné le caractère rhétorique de ce préambule, il y a lieu de voir dans htm.tw une forme verbale relative avec pronom indéfini .tw, ser- vant d'épithète au roi, plutôt qu'une forme sdm.tw.f.

(1) Voir p.l^if-

(2) HELCK propose de restaurer hrw n (dans Z.A.S., LXXX, p. 111).

(3) Face principale, 11. 27 ; 31.

(4) Wôrterbuch, III, 197, VI, a).

Figure

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