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L’un- et le multiple : la préfixation négative en anglais contemporain

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Academic year: 2022

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35-36 | 2015

Interface sémantique/morphologie

L’un- et le multiple : la préfixation négative en anglais contemporain

How many un-(s) ? Negative prefixation in contemporary English Stéphanie BELIGON

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/rsp/1592 DOI : 10.4000/rsp.1592

ISSN : 2610-4377 Éditeur

Presses universitaires d'Orléans Édition imprimée

Date de publication : 1 mars 2015 Pagination : 163-177

ISSN : 1285-4093 Référence électronique

Stéphanie BELIGON, « L’un- et le multiple : la préfixation négative en anglais contemporain », Revue de Sémantique et Pragmatique [En ligne], 35-36 | 2015, mis en ligne le 01 mars 2016, consulté le 09 mai 2020. URL : http://journals.openedition.org/rsp/1592 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsp.1592

Revue de Sémantique et Pragmatique

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L’un- et le multiple : la préfixation négative en anglais contemporain

Stéphanie BELIGON Université Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA, EA 4120 - GL)

Le préfixe un- est, en anglais contemporain, protéiforme. Il est très courant et encore productif aujourd’hui. Il n’en reste pas moins énigmatique ; en effet, il ne semble pas avoir un sens unique et n’est pas compatible avec toutes les bases. Nous nous intéresserons dans cette contribution aux adjectifs et surtout aux verbes préfixés par un- et plus précisément à ce qui fait son unicité au- delà de ses multiples facettes dans les divers emplois que nous examinerons.1 Nous tenterons de répondre aux questions suivantes : quels sont ses différents sens ? Comment sont-ils reliés ? A quelles conditions le préfixe apparaît-il et dans quels cas ? D’autres préfixes paraissent proches de lui sémantiquement, en particulier de- et dis- : en quoi un- s’en différencie-t-il ?

Pour ce faire, nous examinerons d’abord les types de lexèmes formés parmi les adjectifs et les verbes. Dans un deuxième temps, nous examinerons les conditions d’apparition du préfixe avec les verbes ; enfin, nous comparerons les préfixes un-, de- et dis-.

1. TYPES DE LEXÈMES FORMÉS

Notons que c’est le rapport entre le lexème préfixé par un- et la base de ce lexème qui permet de déterminer le sens ou la valeur du préfixe.

1 Un- forme également des noms, mais ceux-si semblent, dans la grande majorité des cas, être dérivés d’adjectifs, c’est pourquoi nous n’en tiendrons pas compte dans cette contribution.

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1.1. SES SENS

Pour ce qui est des adjectifs, le préfixe permet de former des contradictoires et des contraires. Selon Cruse (1986, 198)2,

The essence of a pair of complementaries is that between them they exhaustively divide some conceptual domain into mutually exclusive compartments, so that what does not fall into one of the compartments must necessarily fall into the other.

There is no ‘no-man’s-land’, no neutral ground, no possibility of a third term lying between them.

Les exemple cités par Cruse sont ceux de true/false, dead/alive ou encore open/shut et un exemple de contradictoire avec le préfixe un- pourrait être unexpected dans la mesure où, en simplifiant quelque peu, on peut avancer l’hypothèse que expected peut se paraphraser par « not expected ».

Les contraires ne présentent pas de telles caractéristiques, ils ne recouvrent pas l’ensemble d’un domaine notionnel, mais en représentent les pôles opposés : c’est le cas, par exemple, de happy et unhappy : on peut n’être ni l’un ni l’autre et se trouver dans un état intermédiaire.3

Pour ce qui est des verbes, le tableau est un peu plus complexe. Un- forme des verbes classés comme réversatifs, privatifs et ablatifs. Horn (1988), entre autres, évoque également un emploi redondant de un-.

Dans le cas des verbes réversatifs, l’état initial dans lequel se trouve ce que désigne l’objet du verbe n’a plus cours : à l’issue du procès réversatif, cet état initial a cessé. On peut schématiser de la façon suivante le procès unbutton a jacket ou unban a party :

État initial État final

the jacket is buttoned the jacket isn’t buttoned any more.

the party is banned the party is no longer banned.

Notons qu’aucune action préalable n’est nécessaire pour que l’on puisse parler

2 Cruse a recours au terme de « complementary », nous utilisons celui de

« contradictoire ».

3 Apothéloz (1993, 43) fait la remarque suivante, au sujet des adjectifs préfixés par in- :

« on s’aperçoit que certains d’entre eux ont lexicalisé un sens reçu, de fait, comme positif et même « superlatif » (Gaatone 1971). Ainsi, par exemple :

innombrable est reçu comme signifiant « extrêmement nombreux » plutôt que

« qu’on ne peut pas (dé)nombrer » ;

inqualifiable est reçu comme signifiant quelque chose comme « d’une extrême bassesse ou indignité » plutôt que « qu’on ne peut pas qualifier » ;

inappréciable est reçu comme signifiant « extrêmement précieux » plutôt que « qu’on ne peut pas apprécier », etc. »

Il en va de même en anglais avec un- dans le cas d’adjectifs comme unalloyed, unappreciated, unheard-of, unmatched, unprecedented, etc. Sur le préfixe in- en français, voir également Anscombre (1994).

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de verbes réversatifs : pour que soit réalisable le procès unfold, il n’y a nul besoin que fold ait été actualisé au préalable (des énoncés tels que He unfold a map et The story unfolded before our eyes s’opposent de ce point de vue).

Les verbes privatifs ont, quant à eux, une base qui renvoie à un élément étroitement lié à l’objet (ou éventuellement au sujet) et qui, à l’issue du procès dit par le verbe en un-, lui est ôté. Selon Cohen (1980, 132), « [t]he unmarked form in pairs related by the notion of privativity is not a verb denoting an action, but a noun denoting something that is owned by the object or closely associated with it. ». C’est le cas du procès unveil a memorial.

On peut le représenter de la façon suivante :

État initial État final

there is a veil covering the memorial → there is no veil covering the memorial Enfin, les ablatifs dénotent un changement de lieu (ou de contenant) et la base correspond au lieu initial dans lequel se trouve le sujet ou l’objet et qu’il quitte à l’issue du procès. Toujours selon Colen (1980, 132),

[t]he semantic relation of ablativity is established between an unmarked form which is a noun denoting a place or some kind of container and a marked form which is a verb and denotes the removal of the object from that place or container.

Citons unmold a cake, que l’on peut représenter comme suit :

État initial État final

The cake in the mold → The cake isn’t in the mold any more Les verbes unearth, unseat ou encore unplug constituent d’autres exemples de réversatifs.

Enfin, dans le cas des emplois redondants de un-, le verbe préfixé semble avoir le même sens que la base sur laquelle il est formé, ainsi que l’explique Horn (1988, 215) : « the resultant un-verb can only be understood with pleonastic reversal, as equivalent to its base (where unV = V). » Les exemples cités par l’auteur sont ceux de unbare, unloose(n), undecipher, unrid, unstrip, unempty, unrip, unthaw, qui sont souvent archaïques, ainsi que unloose et unravel.

1.2. UNITÉ DE SES DIFFÉRENTS SENS ET REMISE EN QUESTION DE CETTE CATÉGORISATION

Si cette catégorisation est utile à l’analyse, on peut s’interroger sur ses bases purement linguistiques : tout d’abord, l’appartenance d’un verbe à une catégorie plutôt qu’à une autre est parfois contestable. Par ailleurs, ces catégories présentent une forte unité.

Les explication de Colen (1980, 130) à ce sujet sont éclairantes. Selon elle, un verbe tel que unsheathe peut être analysé comme un réversatif, privatif ou ablatif :

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unsheathe a sword: undo the state resulting from the act of sheathing the sword (reversive)

take the sword out of its sheath (ablative) take the sheath off the sword (privative)

Le même verbe, selon l’analyse que l’on en fait, peut être considéré comme relevant des trois catégories, ce qui remet en question le bien-fondé de cette catégorisation puisqu’il semble, en fonction du contexte, pouvoir se couler dans des significations différentes.

Muller (1990, 183) fait une analyse semblable au sujet du préfixe dé(s)- en français :

dessaler peut s’appliquer à un aliment, qui a été salé auparavant (donc dessaler serait l’opération inverse de saler), ou s’appliquer à un corps ne supposant aucun salage préalable (dessaler l’eau de mer), ce qui supposerait une analyse sur la base nominale (enlever le sel).

Dans le premier cas, il s’agirait d’un réversatif, dans le second d’un privatif.

Or « [u]ne telle dichotomie a quelque chose de contre-intuitif » (ibid). Amiot (2008,12) note que :

déboiser peut avoir été construit sur le verbe boiser (boiser un terrain, état résultatif : le terrain est boisé) ou sur le nom bois (le terrain a des bois). Le seul critère qui pourrait permettre de choisir entre les deux dérivations est la distinction entre état naturel et état acquis (= résultat d’un procès). Or il n’est pas sûr que ce type de considération soit pris en compte dans le processus de dérivation.

Ces analyses suggèrent que les réversatifs, privatifs et ablatifs entretiennent à l’égard de la base des relations assez semblables : l’état initial exprimé par la base verbale cesse à l’issue du procès dit par le verbe en un-, que cet état puisse être formulé à l’aide d’un participe passé (réversatifs), par un nom désignant un élément étroitement associé au sujet ou l’objet (privatif), ou qu’il s’agisse d’un lieu (ablatif). Ces trois types de verbes seraient donc en dernier ressort tous des réversatifs, les privatifs et les ablatifs étant des sous-catégories particulières de réversatifs. Soit B la base renvoyant à l’état initial de O et unB les procès désignés par les verbes préfixés, la réalisation de B peut se schématiser de la façon suivante (B étant un lieu dans le cas des ablatifs, un élément en contact étroit avec O avec les privatifs ou un état dit par un participe passé dans le cas des privatifs) :

Situation initiale Situation finale O est dans un état X → O se trouve dans l’état unX

Quant aux usages redondants de un-, nous en reparlerons en 2. et examinerons alors leurs liens avec les autres emplois du préfixe.

Après avoir défini les sens du préfixe, nous étudions maintenant ses conditions d’apparition.

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2. CONDITIONS D’APPARITION DU PRÉFIXE

Comme nous le verrons, un- ne se caractérise pas seulement par son sens, mais aussi par les bases qu’il sélectionne pour former un lexème antonyme à sa base. Nous nous concentrerons ici sur les verbes.

Tout d’abord, il est marquant qu’avec les verbes, un- n’est pas prototypiquement un préfixe négatif servant à former des contradictoires et des contraires, ainsi qu’en témoignent les types de procès dont relèvent les verbes préfixés.

2.1. TYPES DE PROCÈS

Dans la mesure où un- marque le passage d’un état à un autre (qui est la négation de l’état initial dans lequel se trouve le référent du sujet ou de l’objet du verbe) il forme des verbes téliques et dynamiques renvoyant à un changement d’état et qui, quand ils ont des bases verbales, prennent pour base des lexèmes qui présentent les mêmes caractéristiques. C’est pourquoi, selon Horn (1988), unbend, uncoil, uncurl, undress, unfold, unravel and unwind sont attestés, alors que *uneat, *ungo, *unplay, *unsmoke, *unsnore, *unswim ou encore *unwalk paraissent plus hétérodoxes. Les premiers ont pour base des verbes d’action et les seconds des verbes d’activité, c’est pourquoi ceux-ci sont exclus de la préfixation par un-. Alors que un- a eu, historiquement, le sens d’une négation y compris dans le domaine verbal, ce n’est maintenant plus le cas et le verbe untrusten a été supplanté par distrust.

Les rares verbes formés à partir de verbe non-téliques sont des verbes téliques, comme en atteste le célèbre exemple de unlove ou celui de unknow (dont l’usage est toutefois quelque peu déviant). Comme le rappelle Horn (1988), Jane Eyre déclare : « I have told you… that I had learnt to love Mr. Rochester: I could not unlove him now. » Unlove désigne bien un procès télique et peut être paraphrasé par « to come to {not/no longer} love”, selon Horn.

De même, dans l’exemple suivant, également cité par Horn (1988), unknow peut être traduit par « désapprendre », c’est-à-dire « passer de l’état de connaissance à celui de non-connaissance », et non « ne pas savoir » :

There is no possibility … of the mind unknowing anything it has come to know.

(Paine, 1782)

2.2. DES SIGNIFICATIONS PRIVILÉGIÉES PAR UN-B

Par ailleurs, on remarque que certaines significations verbales sont apparemment privilégiées par le préfixe et qu’il est possible de dégager des types sémantiques assez clairs parmi les verbes formés par un-. C’est ce que note Whorf (1956, 70), qui observe l’existence de « cryptotypes » :

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A covert linguistic class may not deal with any grand dichotomy of objects, it may have no overt mark other than certain distinctive “reactances” with certain overtly marked forms. It is then what I call a CRYPTOTYPE. It is a submerged, subtle, and elusive meaning, corresponding to no actual word, yet shown by linguistic analysis to be functionally important in the grammar.

Selon lui, un- est lié à un cryptotype :

Another English cryptotype is that of the transitive verbs of a covering, enclosing, and surface-attaching meaning, the reactance of which is that UN- may be prefixed to denote the opposite. Hence we say ‘uncover, uncoil, undress, unfasten, unfold, unlock, unroll untangle, untie, unwind,’ but not ‘unbreak, undry, unhang, unheat, unlift, unmelt, unopen, unpress, unspill.’

Les verbes formés par un- tendraient, selon Whorf, à prendre des bases verbales renvoyant à des procès centripètes (« enclosing », « attaching ») pour former des verbes renvoyant à des procès centrifuges.

Il en résulte que un- ne forme pas des réversatifs à partir de toute base et en dehors de certains types sémantiques. C’est ce qu’expose Whorf (1956) dans la citation suivante :

If flimmick means, let us say, ‘tie a tin can to,’ then it falls into the cryptoype and I can say, e.g., ‘he unflimmicked the dog.’ But if it means ‘to take apart,’ there will be no tendency for anyone to make a form unflimmick meaning ‘put together’;

e.g. ‘he unflimmicked the set of radio parts.’ Such a form will appear strange and unacceptable.

Cruse (1979, 963) fait la même remarque au sujet de dress et undress, par opposition à strip et unstrip :

Consider, for example, strip/unstrip, as alternatives to dress/undress. There is something highly unnatural about unstrip, especially if it is to mean “dress”:

curiously, it seems more viable as a synonym of strip than as its reverse.

On peut formuler quelques hypothèses pour rendre compte du comportement de un- : selon Cruse (1986) ou Horn (2002, 19), l’apparition de un- est régie par un principe d’entropie. Les verbes préfixés par un- conduiraient d’un état organisé, structuré, à un état moins organisé.

2.3. CAS DU PRÉFIXE DÉ(S)- EN FRANÇAIS

Muller (1990) aboutit à des conclusions similaires au sujet du préfixe dé(s)- en français, qu’il affine. Dé(s)- serait lié à une « rupture de liens ». C’est ainsi que l’auteur (1990, 175) rend compte de la possibilité de former le verbe déclouer, par exemple, en comparant les procès clouer et déclouer :

Dans un des deux cas, le lien introduit par Nva4 est reflété concrètement par la perception qu’on a de la situation. Dans l’autre cas, à l’inverse, le « lien » introduit

4 « Nva » renvoie ici au nom verbal « abstrait » désignant le résultat de l’opération dénotée par le verbe V, tel que le « clouage » pour le verbe clouer.)

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par le procès n’est pas perçu tel quel. Ainsi, le clouage de la planche au mur est perçu comme la description adéquate de la relation nouvelle, résultative, entre la planche et le mur. Au contraire, le déclouage de la planche du mur, correspond à la perception d’une rupture de relation concrète antérieure, donc inexistante quand on l’affirme.

Toujours selon Muller (1990, 175), cette caractéristique de la productivité du préfixe est due à ce que « la langue exploite ces différences de perception pour décrire comme basique le procès reflétant un lien concret entre les actants, et comme dérivé le procès ne reflétant pas ce lien ». Si c’est la mise en relation qui est dite par le lexème le plus simple morphologiquement et la rupture par le dérivé en dé-, c’est que « ce qui est le plus aisé à percevoir, ou ce qui est jugé plus favorable, sert à la dénomination basique, par rapport à laquelle est construit l’antonyme, éventuellement dérivé » (id.)

En découle le principe suivant :

Si la langue doit dénommer deux procès concrets inverses Nva, N’va à partir d’une même base lexicale, elle adoptera comme basique celui des deux procès dont le résultat concret sur les actants est de les lier plus étroitement que dans l’état initial.

Le procès complémentaire, qui lie des actants de telle façon que l’état final obtenu en décrive une dissociation, sera dérivé et devra par conséquent utiliser un préfixe négatif (Muller, 1990, 176).

C’est pourquoi dé(s)- ne permet pas de former les verbes *désôter,

*désenlever ou *déséparer : en effet, ôter, enlever et séparer « décrivent la rupture du lien d’association entre les actants », or dé(s)- n’est pas à même d’exprimer

« le rétablissement du lien interactanciel » (Muller, 1990, 182) qui serait impliqué dans des formations telles que *désôter, *désenlever et *déséparer.

Un autre type sémantique est celui de la concentration/déconcentration : dans les exemples suivants, serrer / desserrer, comprimer / décomprimer, compresser / décompresser, concentrer / déconcentrer, geler / dégeler, congeler / décongeler, congestionner / décongestionner, dé(s)- forme des verbes qui renvoient au passage d’un état de contact/de concentration maximal(e) à celui de moindre contact/concentration. Les procès des verbes en dé(s)- ont donc pour point de départ une situation de concentration ou de soudure et ont pour résultat un état de dissociation ou d’éparpillement.

Qu’en est-il pour notre préfixe ? Les observations de Muller s’appliquent également à ce cas et on peut délimiter les types sémantiques suivants présentés dans le tableau ci-dessous5 :

5 Cette catégorisation, ainsi que les suivantes portant sur dis- et de-, repose sur l’étude des verbes préfixés apparaissant plus de cinq fois dans le Corpus of Contemporary American English (COCA), contenant 450 millions de mots. « O » désigne ici l'objet des verbes et « S » le sujet.

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Types sémantiques Généralisations Exemples A. ouverture O est éloigné / s’éloigne

d’un autre élément

unbolt, unbuckle, unbutton, unclasp, unclench, uncork, undo, unfasten, unhook, unlace, unlatch, unlock, unmake, unseal, unsnap, unstrap, untie

B. déblocage O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

unblock, unclog, unstop

C. séparation O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

unbundle, unburden, unclip, uncouple, uncover, undress, unglue, unhinge, unhitch, unknot, unpeel, unsaddle, unscrew, unstitch, untangle D. libération O est éloigné / s’éloigne

d’un autre élément

unchain, unleash, unshackle

E. déchargement O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

unload, unpack

F. verbes ablatifs O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

undock, unearth, unhand, unhinge, unhook, unmould, unplug, unsaddle, unseat, unsheathe

G. dévoilement O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

unearth, unmask, unveil, unlock

H. perte d’équilibre O est éloigné / s’éloigne d’un autre élément

unbalance, unhinge, unseat, unnerve

I. déroulement, dépliage mouvement de

déconcentration de O ou S

unbend, uncoil, uncross, uncurl, unfold, unfurl, etc.

J. déroulement d’événements

mouvement de

déconcentration de O ou S

unfold, unreel, unwind

K. déploiement d’un potentiel

mouvement de

déconcentration de O ou S

Uncork, unleash, unlock, unloose, unfold

L. compréhension, explication

unbundle, unscramble, unsnarl, untangle, unbundle, unpack, unlock, unmask

M. destruction undo, unmake, unweave

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N. perte d’une qualité unman, unriddle, unsex C’est cette orientation sémantique de déconcentration, d’éparpillement, d’entropie qui expliquerait l’emploi redondant de un- : dans ce cas-là, le préfixe ne se caractérise plus par son instruction sémantique négative. Le verbe formé renvoie globalement à une rupture de liens (unloose, unravel), le préfixe n’ajoute rien sémantiquement à sa base, et le verbe formé a le sens global d’une rupture de liens : c’est là que résident les conditions d’apparition du préfixe.

2.4. NÉOLOGISMES ET CRÉATIONS SPONTANÉES

Reconnaît-on les mêmes types sémantiques parmi les créations spontanées ? Examinons quelques exemples extraits du Corpus of Contemporary American English :

[1] I was shivering with realization. I wanted to un-realize what I had realized.

Maybe if I didn’t know what was going to happen, I thought, it wouldn’t happen.

[2] TESH: Absolutely. I’m choking to death. Excuse me.

KING: Are you moved?

TESH: No, I’m just choking to death KING: We’ll take a break and unchoke him

[3] In today’s “Daily Dose”, I want to talk about that with CNN’s medical correspondent Elizabeth Cohen. She’s joining us to talk about whether or not these options are actually better. And you know, I am convinced that people are thoroughly confused over this whole issue at this point.

ELIZABETH COHEN, CNN MEDICAL CORRESPONDENT: They are thoroughly confused, so we’re going try to unconfuse people and do a little hormone replacement therapy 101.

[4] “I understood, then, the true horror of the world: It is that once a thing is done, it can never be undone. A universe of wishing can’t uncrush a bug, or unspeak a word, or erase even the tiniest action from the past’s ledger.”

Ces exemples suggèrent que les types sémantiques sont moins clairs avec les créations spontanées qu’avec les termes plus ancrés dans le lexique : ce qui prime ici, c’est souvent plutôt la symétrie dans l’énoncé, le retour à un état antérieur (qui est souvent désigné dans le contexte gauche immédiat sous la forme du verbe non-préfixé ou d’un substantif non-préfixé partageant la même base), quel que soit le mode opératif de la réalisation du procès. Notons par ailleurs, que le procès n’est pas toujours réalisable sans pour autant que cela entrave la formation du lexème le désignant.

2.5. BILAN

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Les verbes en un- relèvent de types sémantiques privilégiés, ayant trait à l’idée de détachement, de séparation, en lien avec la négation. Ceci paraît néanmoins moins évident pour les formations ad hoc, les créations spontanées, avec lesquels le retour en arrière et l’annulation d’un procès précédent semblent l’emporter. En quoi un- se distingue-t-il des autre préfixes négatifs du domaine verbal de- et dis- ?

3. LES PRÉFIXES UN-, DE- ET DIS-

Les préfixes anglais de- et dis- ont apparemment des sens similaires à celui de un- ; il n’en reste pas moins que chaque préfixe a une identité propre.

Examinons en quoi celle-ci consiste.

3.1. PRÉSENTATION

On peut tout d’abord noter que ces préfixes peuvent former des verbes réversatifs, privatifs et ablatifs, tout comme un-, néanmoins, dis- présente la particularité d’avoir également un sens purement négatif, y compris dans le domaine verbal (il permet de former des contraires et des contradictoires), ce qui n’est le cas de un- que dans le domaine adjectival.

de- :

exemples de verbes réversatifs : deactivate, decentralize, declassify exemples de verbes privatifs : debark, debug, defrock, degrease, demist exemples de verbes ablatifs : dethrone, deplane

dis- :

exemples de verbes réversatifs : disable, disaffiliate exemples de verbes privatifs : disarm, discourage exemple de verbes ablatifs : dislodge

sens négatif : disagree, disapprove, disbelieve, distrust

On peut en conclure que ces préfixes présentent de grandes similarités avec un-, la différence principale quant au sens de ces préfixes étant que dis- peut exprimer un type de négation qui est étranger à un- dans le domaine verbal. De plus, des différences morphologiques se présentent aussi : alors que les verbes formés par un- sont simples morphologiquement, nombre des verbes préfixés par de- sont suffixés par -fy, -ize, -ate et les verbes en dis- par -ate.

On note également des différences sémantiques concernant les verbes formés, dont nous traitons dans la section suivante.

3.2. ACTANTS IMPLIQUÉS

Il semble tout d’abord que les participants des procès soient différents pour chacun des préfixes. Dans l’extrait suivant, Hamawand (2009, 111) évoque les verbes formés par de-, dis- et un- pour les verbes privatifs (mais il étend son

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analyse aux réversatifs et ablatifs) :

The prefix de- […] chooses places or things that are part of objects in the act of removal. The prefix dis- […] opts for people in the act of removal. The prefix un- […] selects physical objects in the act of removal.

Il s’agit là d’une généralisation ; toutefois, on peut en effet remarquer que les verbes en dis- ont une prédilection pour les sujets ou objets humains (qu’ils soient agents ou patients du procès) tandis que un- favorise plutôt les verbes renvoyant à un procès impliquant des inanimés (en tant que sujet ou objet).

Voici quelques exemples :

– négatifs : disagree, disapprove, disbelieve, dislike ; disavow, disown, disclaim, discard, disrobe (sujet humain) ;

– verbes liés à des sentiments : dishearten, displease, dispirit ; – objet humain : dishonor, disarm, disabuse.

Un- favorise comme complément d’objet des inanimés (unplug, unbutton, uncover, etc.). Il reflète donc un point de vue de « troisième personne » : le locuteur observe ce qu’il décrit sans s’impliquer, on ne note pas d’empathie à l’égard du patient du procès. On remarque par ailleurs que dis- et de- renvoient à des types sémantiques différents, comme l’attestent les tableaux suivants :

Types sémantiques Exemples

A. dis- négatif : complémentaires et contraires

disagree, disbelieve, disapprove, disfavour, dislike, disobey, distrust

B. dis- négatif : évaluation de la véracité de O (contraires)

disprove, disconfirm

C. Non-reconnaissance de O disavow, disclaim, disown

D. Rejet de O discard, discount (dans l’un de ses emplois), disregard

E. Perte d’une propriété constitutive de O ou S

disable, disambiguate, discolour, disfigure

F. Changement d’organisation ou d’apparence de O

disorganize

G. Perte d’une propriété liée à la vie sociale de O

discredit, disempower, disgrace, dishonour, disqualify, disvalue

H. Perte d’un droit de O disenfranchise, disfranchise, disinherit, dispossess

I. Sentiments de O disabuse, disaffect, disarm (dans l’un de ses emplois), dishearten, disinhibit, disorientate, displease, dispirit.

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J. Séparation de O d’un autre élément

disaggregate, disassemble, disband, discompose, disconnect, disjoin, dissociate, disunite

Types sémantiques des verbes de de- :

Types sémantiques Exemples

A. Changement d’organisation de O decentralize, decertify, declassify, deconsecrate, decriminalize, demilitarize, demobilize, denationalize, denuclearize, depoliticize, deregulate, desegregate B. Changement des propriétés

physiques de O

decontaminate, dehumidify, dehydrate, demagnetize, dematerialize, demineralize, demodulate, denitrify, deodorize,

depressurize, desalinate, detoxify.

C. Perte de propriétés ayant trait à l’humain

dehumanize

D. Changement d’état contingent de O

deactivate, declutter, defrost, destabilize

E. Changement d’état contingent (O ou S est humain)

decompress, demoralize, de-stress.

F. Regard porté sur O deemphasize, demilitarize (dans certains de ses emplois), demystify, demythologize, depoliticize (dans certains de ses emplois) G. Changement de lieu de O ou S de-orbit, deplane, dethrone

H. Verbe privatifs debark (dans l’un de ses emplois), debone, debug, defoliate, defuse, deglaze, degrease, delouse, demist, deskill

I. Changement de l’image ou de la valeur sociale de O

debunk, defame, defrock, devalue J. Altération de la nature de O deface, deform, denature

K. Décodage decipher, decode, decrypt

L. Séparation des éléments constitutifs de O

decompose, deconstruct, detangle

On s’aperçoit que les similarités entre un-, de- et dis- ont leurs limites : les lexèmes formés diffèrent quant à leur morphologie, leur sens et les participants qu’ils impliquent. Les préfixes présentent une cohérence interne : les verbes

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préfixés par un- sont relativement simples, formellement et sémantiquement.

Ce sont des procès dont la réalisation est aisée et accessible au locuteur et qui fait partie d’un univers quotidien (verbes qui ont trait à l’habillement, aux objets ménagers, etc.).

Dis-, quant à lui, s’associe plutôt à des lexèmes d’origine latine et les verbes préfixés par de- sont fréquemment suffixés par -ate, -ify ou -ize.

Par ailleurs, les verbes en de- et en dis- dénotent non pas un état transitoire dans lequel se trouve l’objet, mais ses qualités : ils renvoient souvent à une modification plus profonde que les verbes en un-.

Alors que ces verbes sont tous des réversatifs au sens large, il ne s’agit pas systématiquement de la même réversativité puisque les situations initiales ne sont pas toujours de même nature : les préfixes se caractérisent plus par le type de situations initiales auxquelles ils sont associés que par les valeurs négatives qu’ils expriment.

La transformation plus radicale par de- et par dis- que par un- est illustrée par une observation de Horn (1988, 221) :

as observed by Clark & Clark (1979 : 779), you normally unbutton a shirt reversatively, causing it to come to be no longer buttoned, while you can debutton a shirt only privatively, by removing its buttons.

On peut supposer que c’est parce que de- sélectionne la base nominale button et un- la base verbale (button (up)) : un- a une prédilection pour les bases verbales plutôt que nominales ou adjectivales. Même sur le plan morphologique, la transformation est minimale, puisque le préfixe permet de former un verbe à partir d’une base verbale : il n’agit donc pas, contrairement à de-, sur la nature de la base.

4. CONCLUSION

Par delà ses valeurs et ses différentes utilisations, le préfixe semble recouvrir un sens basique unique, qui peut varier en fonction des bases et des contextes. Dans tous les cas, un- traduit une séparation. Celle-ci peut être concrète ou abstraite, prendre la forme d’une rupture (ouverture : unbolt, unlock, etc ; déblocage : unblock, unclog, unstop ; libération à proprement parler : unchain, etc.), d’une dissociation, d’un déchargement (unload, unpack), d’un changement de lieu (undock, unearth) ou encore d’un changement de forme (uncoil, unbend, etc.). Elle peut également correspondre à une perte de contrôle, en particulier dans le cas des verbes psychologiques (unhinge, unsettle ou unnerve, par exemple).

Les modifications signifiées par les verbes en un- sont souvent superficielles (changement de forme, d’état, etc.), alors que les verbes en de- et dis- expriment des transformations plus radicales (modification des propriétés intrinsèques

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de O, etc.). Le préfixe est la trace d’une certaine distance entre le locuteur et le procès : il s’agit de transformations observables facilement, sans qu’il soit nécessaire d’approcher O ou S. De même, de nombreux verbes en un- ont à voir avec le déroulement d’événements (cf. groupe J). Dans ces énoncés, le locuteur est réduit au rôle de spectateur : les événements se déroulent sans qu’il ait prise sur eux.

En revanche, les verbes liés à l’affectivité ou l’activité cognitive sont relativement rares avec un-, à l’exception de unbalance, unhinge, unnerve ou unsettle, et l’entité affectée est O [et non S, comme c’est le cas avec des verbes en dis- (cf. dislike, diapprove, disagree, etc.)] ce qui témoigne de ce que ces verbes ne sont pas liés en priorité au sujet humain. En outre, même les verbes du type unbalance, unsettle ou unhinge traitent de l’affect comme d’un objet matériel qui peut perdre l’équilibre, être déplacé, etc. Les lexèmes en un- semblent donc refléter une certaine extériorité, un détachement à l’égard des événements rapportés.

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Références

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