LA PROBATOCÉPHALIE, ANOMALIE HÉRÉDITAIRE
DES BOVINS DITS " TÊTE DE MOUTON "
I. —
ÉTUDE
DESCRIPTIVEP.-C. BLIN
J.-J.
LAUVERGNELaboratoire d’Ana.tomie, École nationale vétérinaire,
94 - Alfort,
Station centrale de
Génétique
animale,Centre national de Recherches
sootechniques,
78 -Jouy-evc-Josas
SOMMAIRE
Une
expérimentation
a étéentreprise,
en France, pour étudier l’anomalie « tête de mouton » ouprobatocéphalie
apparue en i959parmi
les descendants d’un taureau limousin du centre de Soual(Tarn).
La présente étude
descriptive
repose sur zranomaliques.
Les animaux des deux sexes sem-blent également atteints. Les os de la tête sont constamment déformés, d’où un
profil
caractéris-tique.
Le coeur, la cavité buccale, lalangue
et,plus
rarement, le feuillet peuventprésenter
des mal-formations.
La mortalité est environ 10fois
plus
élevée que chez les animaux normaux et lesaptitudes
zoo-techniques
des survivants sont très réduites.Nous avons
signalé précédemment l’apparition
d’une nouvelle anomalie dansla descendance d’un taureau limousin
(FLORENTIN
et I,nuv!RG!!,19 6 2 )
et fourniquelques précisions
sur son déterminismegénétique (LA UV E R G N E
etV IS S A C, 19 6 3 ).
L’analyse
des nombreusesobservations,
ainsi quel’expérimentation
menéedepuis i g6o,
nous autorisent désormais àprésenter
une étudeplus complète ;
nousy consacrerons deux articles.
Dans le
premier,
nousrappelons
les circonstancesqui
ontjustifié
notrerecherche,
nous définissons le
protocole
d’étudesuivi,
relatons les faitscliniques
etanatomiques
observés chez les
sujets
anormaux etenvisageons
leur avenirzootechnique ; quant
au second
article,
il concerneraplus particulièrement
lesaspects génétiques
de l’ano-malie.
I. -
GENÈSE
DU TRAVAIL ET PROTOCOLED’ÉTUDE
Le taureau limousin Charmant
( 1 )
est arrivé au Centre d’insémination de Soual(Tarn)
au moisde
septembre
i957· Au mois d’avril 1959, soit un an et demiaprès
le début de sa mise en service, lesinséminateurs et les éleveurs alertèrent la Direction du Centre : des
sujets
anormaux étaientsignalés
assez
fréquemment parmi
les descendants de Charmant.Une
enquête
fut menéeauprès
des inséminateurs ; ellepermit
de recenser une soixantaine desujets anomaliques.
Ceux-ci se caractérisaient tous par un
profil céphalique particulier rappelant
celui de la tête d’un mouton, d’où le nom de « tête de mouton », donné initialement à l’anomalie. Pour satisfaireaux
règles
de laterminologie tératologique,
nous proposons le terme deprobatocéphalie (n- P’ ;0! X ’t&dquo; OV
=mouton,
xecpxar i
=tête)
pourdésigner
cette anomalie.Consultés par le directeur du Centre, nous lui avons
suggéré
de faire une nouvelleenquête, auprès
des éleveurs cette fois ; ils’agissait
de connaître le pourcentage exact des animaux tarés et de définir les liaisons deparenté
éventuelles entre le taureau et les mères des anormaux.Cette
enquête,
commencée enjanvier
1960,permit
de recueillir les résultats d’inséminations effectuées de mars àjuin
1959.De
plus,
àpartir
dessujets anomaliques
viables, découvertsgrâce
à cette recherche, nous avonspu, fin
ig6o-début
1961, constituer un troupeauexpérimental
et l’entretenir à l’étable du C. N. R. Z.,à la Minière (2) ; nous avons suivi le comportement alimentaire et sexuel des animaux,
enregistré
leur état de santé, mesuré leur croissance et leur taux de viabilité. Ce dernier étant
particulièrement
faible, nous n’avons pas pu effectuerd’épreuves
nutritionnelles oumétaboliques.
Par croisements nous avons obtenu une douzaine de
sujets
anormauxqui
sont venuss’ajouter
aux 9animaux initiaux
(tabl. i).
Deux
expériences d’accouplement dirigé
ont été faites àpartir
des descendants anormaux de Charmant.La
première, entreprise
début19 6 2 ,
dèsl’apparition
de lapuberté,
consistait à croiser demi- frère et demi-sœurs anormaux, fils et filles de Charmant, faisantpartie
du troupeauexpérimental.
Ces croisements fournirent 4veaux.
Dans la seconde
expérience (fin 19 6 3 -début 19 66),
des descendants anormaux de Charmant furent croisés avec dessujets
normaux non apparentés. Cetteexpérience
a donné 20descendants : 19issus d’un taureau anormal et un issu d’une vache anormale.II. - EXAMEN DES ANIMAUX VIVANTS A - Extérieur de l’anz.’mal
Seule la tête
frappe
par des caractères que nous avons décritsprécédemment (FLORENTIN
et LAUVERGXE( 19 6 2 ) ; dépression
à la limite du front et duchanfrein,
convexité
marquée
de cedernier, brachygnathisme inférieur, macroglossie
et, éven-tuellement, prolapsus lingual (fig. z).
Nous les avons retrouvés chez 12
sujets
anormaux observésdepuis
notre pre- mièrecommunication,
surtout la convexité du chanfrein et leprolapsus
de lalangue.
B — Taux de mascutinité
I,’enquête
menée dans lesélevages dépendant
du Centre d’insémination apermis
de reconnaître 26 mâles pour y femelles
porteuses
de l’anomalie.( 1
) Alias Trompeur, H: B. limousin no3747 bis, né le i r-ro-54 à Lussac, pzr Saint-Léonard (Haute- Vienne), chez M. Moreau.
( 2
)
Étable
gérée par M. MANIS, responsable technique à la Stationd’Élevage
des Ruminants.Le
troupeau expérimental
que nous avonsconstitué, comprenait
initialement 4 mâlesanomaliques
pour 5femelles ;
ilnaquit
m veauxprobatocéphales :
7 mâleset 4 femelles.
Il semble
donc, d’après
cesrapports,
que l’anomalie n’affecte pasparticulière-
ment l’un ou l’autre des sexes
(tabl. 2 ).
C — Examen
clinique
Les
sujets
anormauxprésentaient
des troublesdigestifs,
des troublescardiaques
ou ces troubles associés.
I,a
préhension
et la mastication des aliments herbacés s’effectuaient difficile- ment, sans doute en raison de lamacroglossie
et de la déformation de la cavité buc- cale. Les animaux que nous avons élevés au-delà du sevrage tendaient tous à météo-riser ; quand
les troublesdigestifs
étaient graves etpermanents,
ils entraînaient lacachexie, puis
la mort.Signalons
que, chez lesjeunes
veaux, lesondage oesophagien
fut souvent diffi-cile à
réaliser,
voireimpossible.
L’auscultation
permettait d’enregistrer
presque constamment des troublescardiaques ;
nous avons eu l’occasion de les définir dans notrepremière
note(dédou-
blement du
premier bruit,
souffle aupremier bruit,
souffleapexien) ; effectivement,
le coeurprésentait
des malformationscaractéristiques
dans lamajorité
des cas.D —
Comportement
alimentaire et croissanceQuand
les troublesdigestifs
étaientlégers,
onpouvait
élever assez facilementles veaux
probatocéphales jusqu’au
sevrage, comme nous en avons faitl’expérience.
Dans les
élevages
de la zone du Centre d’insémination on a,d’ailleurs,
obtenu uncertain nombre de réussites dans la
production
de veaux de lait àpartir d’anormaux,
mais l’allaitement étaitparfois
assez délicat.Au sevrage, de nouvelles difficultés
apparaissaient,
dues sans doute à la macro-glossie,
aubrachygnathisme
et à la déformation de la cavitébuccale ;
les animaux étaientincapables,
non seulement de brouterl’herbe,
maiségalement d’ingérer
touteespèce
defourrage grossier,
vert ou sec. C’estpourquoi
il fallutbroyer
les alimentscellulosiques
et lesservir,
d’abord en farines et en soupes,puis mélangés
à des bette-raves hachées ou associés à des concentrés sous formes de
granulés.
C’est seulement dans ces conditions que les aliments
purent
être ruminés nor-malement.
Chez les
sujets adultes,
nous avonsprocédé
de même enajustant
souvent lerégime
à l’état de santé de l’animal.Les
figures
2 et 3représentent
les courbes de croissance des mâles et des femellesprobatocéphales
del’élevage.
Lesgains
de croissancen’atteignent jamais
ceux que l’on observejusqu’à
un an chez des bovins lÙllousil1s enstation, engraissés
dans desconditions similaires. A cet
âge-là,
lepoids
des femellesprobatocéphales
est dei8 p. 100inférieur à celui des femelles normales et celui des mâles inférieur de 28 p. zoo
à celui des mâles normaux. L’altération de la courbe de croissance
peut
être attri- buée enpartie
aux diflîcultés depréhension
et dedigestion
des aliments.I; -
Co>SSfior1e 1SS e»1
sex-uel etreproduction
Leur étude ne
porte
que surquelques sujets,
car peu d’animauxprobatocéphales
ont pu être élevés et atteindre
l’âge
de lareproduction.
r. Mâles.
Du
point
de vuegénital,
les mâles que nous avons examinés étaient normale- ment constitués. Sur les 3 taureaux dont nous avons suivi lecomportement sexuel,
deux ne manifestèrentjamais
la moindre libido et l’obtention de sperme futimpos-
sible
(il
est vrai que ces deux animaux moururentprématurément,
l’un à IQet l’autre à 22mois).
Le troisièmesujet (n o o8zq)
eut uncomportement
sexuelnormal ;
il donnaplus
de 20 descendants par insémination naturelle ou artificielle.2
. Pemelles.
Les
premières
chaleurs étant apparues àl’âge normal,
nous avonsessayé
d’ob-tenir le
plus grand
nombrepossible
de descendants encommençant
très tôt les sailliesou les inséminations.
Les
principaux
faits relatifs aucomportement
sexuel et à lareproduction
de4
femelles examinées sont
consignés
dans le tableau 3.Remarquons
que l’anomalie observée ne semble pas avoir derépercussions
définitives sur la
reproduction, puisque
trois vaches surquatre
eurent des descen-dants,
mais il fallutrépéter
lesinséminations,
inconvénientqui
eîttentraîné,
dansun
élevage privé,
la réforme de ces animaux.Ajoutons
que le taureauauquel
ces femelles furentaccouplées
étaitégalement
anormal et
qu’un
certain nombre d’oeufs(dans
laproportion
d’unquart,
s’il y avait récessivitécomplète) porteurs
d’une combinaisongénétique létale,
ont pudispa-
raître
précocement ;
en raison même du faible nombre d’animauxexaminés,
nous ne saurions proposer d’autresarguments
pourexpliquer
cette subfertilité.En ce
qui
concerne laproduction laitière,
onenregistre
chez les femellesproba- tocéphales,
desperformances
faiblescomparées
à celles de vaches etgénisses
nor-males
(tabl. 4 ) :
la durée de lactation esttoujours
inférieure à celle des animaux normaux ; laproduction
cumulée à 30, 60ou gojours
atteint àpeine,
dans le meilleurdes cas, 70 p. 100de la moyenne des vaches témoins et, dans 2 cas sur 4, elle se situe en-dessous des
performances
minimum.F — Viabilité
i. La
répartition
des décès.L’enquête
deig6o
ne fournit pas derenseignements exploitables
avant le23 o
e
jour
degestation ;
pour les avortementsplus précoces,
l’existence ou l’absence de l’anomalie n’était pas mentionnée. Deplus, l’enquête
ayant été lancée un moisaprès
les dernièresnaissances,
nous ne connûmes les cas demortalité,
dans lapériode post-natale,
quejusqu’à l’âge
de i mois. Plutôt que de rechercher uneimpossible précision
à tous les stades : fin de la vieembryonnaire, parturition, période post- partum,
nous avonspréféré
comparer la mortalitépérinatale
des animaux normauxet
probatocéphales
sur unepériode
allant du 23oejour
de la vie foetalejusqu’à
lafin du
premier
mois de la vie extérieure.Pour étudier la mortalité des
jeunes
et des adultes nousdisposions
des données del’élevage expérimental.
- Mortalité
Périnatale.
Les résultats sont réunis dans le tableau 5. Les différences sont,
remarquons-le,
tout à fait
significatives,
le taux de mortalitépérinatale
étant environ dix foisplus
élevé chez les veaux anormaux que chez les veaux normaux.
Nous avons, d’autre
part,
défini larépartition
de ce taux de mortalité avant etaprès
lepart (voir
lafigure
4, relative à 20cas).
Aux différences de valeurs absolues
près,
la courbe de mortalité serait similaire pour les animaux normaux, demi-frères des anormaux.- Mortalité des
jeunes
et des adultes.Les données
portent
sur m animauxqui
ontdépassé l’âge
de i mois(fig. 5).
Elles montrent que le taux de mortalité des
probatocéphales
est trèsélevé, puisque
10 sur m sont morts avant
l’âge de
4 ans. Le seul survivant est unefemelle, âgée
maintenant de 6 ans et demi.
Bien
qu’il
ne soit pasquestion
de dresser une courbe de mortalité et de la com-parer à la courbe de mortalité des Mammifères en
général,
des Bovins enparticulier,
on
peut cependant
noter que lespériodes
où se concentrent les décès desprobato- céphales
sontégalement
celles où la courbe de mortalité affecte des valeurs élevées(voir
parexemple
SUTTERetGoux, z 9 6q) :
autour de la naissance etaprès
lapuberté.
Cela laisse à penser
qu’à partir
de la fin de lagestation
la mortalité desprobatocé- phales
se différencie de la mortalité des animaux normaux bienplus
par un taux de décès constammentplus
élevé(environ
dixfois)
que par l’accumulation des décès à tel ou tel stade de la vie.2
. Catcses
apparentes
des décès.Depuis l’enquête
dey 6o,
nous avons pu déterminer les causes de la mortalité de 8anomaliques jeunes
ou adultes : six moururent demétéorisation,
les deux autres d’insuffisancecardiaque.
m. -
ÉTUDE
AVA·rowou>!Sur le
plan anatomo-pathologique
nous avonsrelevé,
chezquelques sujets
seu-lement,
les faits suivants : unehypertrophie
dufoie,
unhydropéricarde modéré,
laprésence d’ostéophytes
sur lesfrontaux,
leslacrymaux,
leszygomatiques
et les maxil-laires.
Mais ce sont les faits
anatomiques proprement
ditsqui
méritent unedescription
détaillée : les anomalies relevées se caractérisent
généralement
par leur constance et cellesqui portent
sur lesquelette
facial se retrouvent à diversdegrés
chez tous lesanimaux dont le
profil rappelle
celui de la tête d’un mouton.Déjà
décrites par FLORENTIN et LAUVERGXEen19 6 2 ,
les malformationsportent
sur les os de la
tête, l’appareil
circulatoire etl’appareil digestif.
A —
11;[ al formations
ditsqiteletle cé!laaliqace
Les malformations du
squelette céphalique
observées chez les bovinsprobato- céphales
affectent avecprédilection
laplupart
des os de la face mais nefrappent
quelégèrement
ceux du crâne.Envisageons
successivement les anomalies des os de laface,
les modifications subies par les arcades molaires et les dentsmolaires,
les malformations des os ducrâne,
la conformation de la tête osseuse dans son ensemble.i. Os de
la face (fig.
6 àio).
La
portion
molaire(pars mn l aris)
du corps de la mandibule est leplus
souventboursouflée,
renflée dans sapartie
moyenne ; elleapparaît légèrement
incurvée enhélice,
éversée dorso-latéraleinent en avant et <lorso-médialentent en arrière.Le bord dorsal de la
portion
molaire est tranchant dans sapartie
interalvéolaire(MM!O !/(’!:/!’<?0/!/s).
Le bord ventral est
légèrement
sinueux(fig. 8, A,
B,C)
alorsqu’il
estrégulière-
ment convexe chez le bovin normal.
Il offre souvent un canal de
quelques
centimètres delongueur correspondant
au conduit dentaire inférieur
(canalis mandibtclrae) qui,
en raison de l’étroitesse de laportion molaire,
s’est ouvert engouttière
sur un certaintrajet (fig.
6 et7 ).
h’extrémité rostrale
porte
un trou mentonnier(forameii mentale)
relativement vaste, souvent taillé trèsobliquement
parrapport
auplan
de laportion molaire ;
le trou ntentonnier se continue
quelquefois
par une brèvegouttière
sur laportion
incisive de la mandibule
(fig. 8,
A etB).
Chez
quelques sujets,
le conduit dentaire inférieur débouche non seulement par le trou mentonnier mais aussi par un autreorifice,
situé en face médiale de laportion molaire,
à hauteur de lapremière prétnolaire
inférieure(fig.
8.C).
La branche de la mandibule
(vam-us maradi:bulae)
est rétrécieantéro-postérieu-
rement ; à sa facemédiale,
le trou mandibulaire(fora1SSeu mandibulae)
est souventprécédé
d’un courtcanal ;
il estquelquefois placé
toutprès
du bord caudal de l’os.L’apophyse
coronoïde(processus covo y zoideus)
estmince, plus rejetée
en dehorsque normalement par son extrémité libre
qui
est acuminée.Dans son
ensemble,
la mandibule est rétrécie dans son axeantéro-postérieur ;
cette conformation reflète le
brachygnathisme
que l’on observefréquemment
chezl’animal vivant.
D’autre
part,
lesportions
molaires des mandibulesenvisagées
par leur borddorsal,
ont une forme enlyre caractéristique.
Le maxillaire
supérieur
ou maxillaire(maxilla)
est raccourci dans son axe antéro-postérieur ;
il s’incline souvent en bas et en avant àpartir
du trou sous-orbitaire(fovamen infvaovbitale).
Le tubercule facial ou
épine
maxillaire(tubev faciale)
estquelquefois effacé ; l’apophyse palatine (processus palatinus)
est courte,inclinée ;
avecl’apophyse pala-
tine
opposée
elle constitue un ensemble tectiforme dont les versants sont inclinés à 450. Le faîte n’existe pas car les deuxapophyses
ne se réunissent pas sur leplan axial ;
une brèchelongitudinale persiste
donc sur leplafond
buccal(fig.
9, P3 ) ;
toutefois une membrane muqueuse le
tapisse entièrement,
de sortequ’il n’y
a pas defissure palatine
véritable faisantcommuniquer
les fosses nasales et la cavité buccale.Dans un cas
cependant,
une communication réelleexistait,
maispartielle,
inté-ressant la
partie
antérieure dupalais jusqu’à
lacinquième
crêtepalatine.
Comme le
maxillaire,
lepalatin (os palatinum)
offre un diamètreantéro-posté-
rieur réduit
(fig.
9, P1 ) ;
la lame horizontale(lamina hovizo!atalis) qui
contribue àformer la voûte osseuse du
palais
est ici de formetriangulaire (fig.
9, P3 ) ;
sonangle
latéral est
aliforme ;
dans tous les cas, elle se soude sur leplan
médian à la lameopposée.
Laligne
suturale entre la lame horizontale dupalatin
etl’apophyse palatine
du maxillaire
correspondant
estoblique
en arrière et en dehors.Le
zygomatique (os zygomaticum)
offre une crête faciale(crisla facialis)
relati-vement courte
(fig.
9, P2 ). L’apophyse
frontale(processus frontalis) qui
concourt àdélimiter l’orbite est de forme variable suivant les
sujets probatocéphales ;
massiveou
styloïde,
elle nerejoint
que rarementl’apophyse
orbitaire du frontal(fig.
9, P2 ) ;
un
pont
ou un cordon fibreux unit alors les deuxapophyses ;
l’arcade orbitaire osseuse est donc leplus
souventincomplète
endehors ;
ceciexplique
dans une certaine mesurela saillie du
globe
oculaire chez laplupart
des bovinsprobatocéphales.
L’os incisif
(os incisivum),
offre uneapophyse
nasale(processus nasalis)
courte,redressée en arrière et en haut
qui
s’articule souvent avec le maxillaire suivant unangle
droit(fig.
9, P3).
L’apophyse palatine (processus palatinus)
ne s’unit pas sur leplan
médian àcelle du côté
opposé.
D’une manière
générale,
les os incisifsplongent
en avant, en bas et àdroite,
de sorte que l’extrémité antérieure du chanfrein et le mufle s’infléchissent ventrale- ment et du même côté chez les animaux
probatocéphales (fig.
i A etB, fig.
9, Pi).
Signalons
que, chez unsujet,
les incisifs étaient surmontés d’unepièce
osseuseen forme de
pyramide trifaciée, rappelant
un peu l’os dugroin
du porc(fig. 7 ).
Certains os de la face se caractérisent par un arrêt
partiel
ou total du processusossificateur ;
leplus
souvent, on rencontre à laplace
des nasaux(os nasale)
unemembrane
mince, incomplète
en avant,qui,
parconséquent, n’occupe jamais
tota-lement
l’emplacement
de ces os; cette membrane s’unit par côté aux maxillaires(fig. I o) .
Dans
quelques
cas, un début d’ossification des nasaux se manifeste en bordure desfrontaux ; quelquefois également apparaît
un îlot osseux isolé au sein de la mem-brane nasale
(fig. 6).
A travers cette
membrane,
on observe le bord dorsal duseptum
nasal(septum M
ast)
ainsi que les masses latérales de l’ethmoïdequi
sont refoulées vers l’arrière-fond des fosses nasales.Annales de Zootechnie. - 1967.
Le
septum
nasal(fig. 6,
7,10 )
estlégèrement ondulé,
rétréci dans son axe antéro-postérieur ;
son borddorsal,
convexe, tend à accuser leprofil
« tête de mouton » sicaractéristique.
Le
plus
souvent, les cornets nasaux(co!zchae nasales)
ne sedéveloppent
pas.Les os
lacrymaux (ossa lacvimalia)
sont déformés et subissent une rotation telle que leurgrand
axe devient dorso-ventral(fig.
9, Pi) ;
ils ne s’ossifient pas par leur bordsupérieur.
2
.
Dis!ositioa!
des arcades molaives et situation des dents molaires(fig. 8).
Les malformations maxillaire et mandibulaire se
répercutent
sur ladisposition
des arcades molaires et sur la situation des dents molaires.
Les molaires inférieures s’inclinent dorso-médialement par leur extrémité libre et ne
correspondent plus
avec leurshomologues supérieures ;
onconçoit
dès lorstoute la difficulté
qu’ont
les animauxprobatocéphales
àmastiquer.
A la
vérité,
ladisposition
des arrière-molaires estplus
modifiée que celle desprémolaires.
Ces dernières restent le
plus
souvent enligne,
la troisième étantlégèrement
enretrait et déviée en
dedans ;
par contre, les arrière-molaires sonttassées, comprimées
les unes contre les autres dans le sens
antéro-postérieur
et l’arcadequ’elles
constituent est raccourcie
(fig. 8, A,
B etC).
Souvent,
lapremière
a uneposition normale,
la seconde subit une rotation dego o
et la
troisième,
comme écrasée contre laprécédente,
n’a puprendre place
quegrâce
à
l’élargissement
de l’alvéolecorrespondant,
d’oùl’épaississement apparent
de la mandibule à ce niveau.La déformation des maxillaires étant moins
importante
que celle desportions
molaires des
mandibules,
les arcades molairessupérieures
conservent en moyenne leurdisposition normale ;
mais dans ledétail,
les molairessupérieures
sonttoujours irrégulières ;
enparticulier,
la troisième et laquatrième
sont souvent anormalementlongues,
par défaut d’usure.Remarquons
enfin que les anomaliesqui
intéressent les molaires et leurssupports
osseux maxillaire et mandibulaire sont, à peu de chose
près, symétriques.
3. Os du crâne
(fig. 10 ).
Les os du crâne subissent peu de
modifications ; toutefois,
dans la zone de suture despariétaux
et des frontaux on observefréquemment
chez les veauxjusqu’à l’âge
de 4
mois,
deuxplages
membraneuses où l’ossification ne s’est pasproduite (fig. 10 ) ; quelquefois,
ces deuxplages
sont en continuité etrappellent
la fontanellebregma- tique qui
existe normalement chezl’enfant,
à la naissance.Le frontal
(os frontale) plonge
en avant et en bas àpartir
d’unplan qui
passe par les trous sus-orbitaires( fora1SSiSSia su!vaovbitalia) ;
à l’union avec la membrane nasaledécrite,
il constitue une excavationmarquée qui s’exprime
extérieurement par ladépression
fronto-nasale observée chez l’animal vivant:Le bord inférieur des frontaux
échappe
àl’ossification ; quant
àl’apophyse zygomatique
ou orbitaire«processus ’ Z ygomaticus) [elle
est peumarquée (fig. 6,
7 et P2 ),
voireabsente ;
en cetendroit,
le frontal estrelié,
nous l’avonsdit,
àl’apophyse
frontale du
zygomatique
par unpont
ou un cordon fibreux.4
. Tête osseuse dans son ensemble.
Envisagée globalement,
la tête osseuse des bovinsprobatocéphales
se caracté-rise par une
dépression
fronto-nasaleaccusée,
une déviation des osincisifs,
le raccour- cissement des mandibules et l’arrêt du processus ossificateurportant
surtout sur lesos nasaux.
Ces faits semblent avoir un facteur commun : le raccourcissement du
squelette
facial.
Tout se passe
apparemment
comme si les mandibules et les maxillaires s’étaientdéveloppés antéro-postérieurement
dans un espaceplus
réduit quenormalement ;
dans cesconditions,
lesportions
molaires des mandibules tendent à se déformer et à s’écarter l’une del’autre,
tandis que leursportions
incisives conservent leur forme et leur volumequasi
normaux.Il en est de même pour les maxillaires dont l’écartement par
rapport
auplan
médian est
important. Interposés
entre les bords dorsaux desmaxillaires,
les nasauxne s’ossifient pas.
Le
septum
nasal nepeut
sedévelopper,
luiaussi,
que dans unplan
médian res-treint
antéro-postérieurement ;
il se déforme etprend
unaspect
ondulé(fig. 10 ).
Le
septum nasal,
on lesait,
constitue un centre dedéveloppement
de la facedans le sens vertical
(ApPMBAUM, 1953 ) ;
ne rencontrant commeobstacle,
dorsale- ment, que la membranenasale,
il s’accroît par son bordsupérieur
surtout enpartie
moyenne, ce
qui
entraîne leprofil probatocéphale (le développement marqué
duseptum
nasalapparaît
bien sur lafig. 6).
Telle
pourrait
être lamorphogenèse
des anomalies faciales des animaux « tête de mouton ».B —
Malformatioits cardiaques (fig. Il)
Chez les bovins
probatocéphales,
des anomalies du coeur sont souvent observées.FLORENTIN et LAUVERGNE
( 19 6 2 )
les ontsignalées
dans leur notepréliminaire.
Ellesportent
à la fois sur la conformation extérieure et sur la conformation intérieure del’organe ;
on les rencontre chez 75 p. 100 environ dessujets probatocéphales.
I,e coeur est
volumineux ;
sapointe (apex cordis)
est émoussée. A son bord anté- rieur(ma y go c y anialis)
onobserve,
dans leprolongement
du sillon interventriculairegauche (sulcus
inteyventricutayissinister)
une entailleprofonde qui sépare
très nette-ment le ventricule
gauche
du ventricule droit(fig.
11, A etB) ;
dans certains casmême,
le coeurapparaît
comme dédoublé à son sommet(ainsi
chez l’animal n°0 8 14 , fig.
ilB).
Le sillon interventriculaire droit
(sulcus
intevventriculayisdexter)
est ’sinueux ouinfléchi en S
allongé.
L’oreillette
gauche (auricula sinist y a)
estquelquefois
trèsdécoupée
à son bordinférieur
(fig.
ilB).
La
paroi
du ventricule droit est souvent aussiépaisse
que celle du ventriculegauche (l’épaisseur
varie de i à 1,3cm pour le ventricule droit et de 1,2 à 1,5cm pour le ventriculegauche).
Les muscles
papillaires
oupiliers
du coeur(musculi paPillares)
sontgénéralement
courts et
trapus
etpeuvent
même fusionner par leur sommet ;ainsi,
chez l’animal n°414 6,
ils formaientquatre
cônes charnus volumineuxqui
confluaient vers le haut.Les
cordages
tendineux(chordae 1e>idissae)
sontgénéralement
très courts,soudés,
transformés en lames fibreuses.
Dans les deux
ventricules,
mais surtout dans le ventriculedroit,
on observeprès
de la
pointe
du coeur, un réseau enchevêtré de colonnes du second genre(musculi
transversi
cordis) plus
nombreuses etplus
fortes que normalement.La trabécule
septo-marginale
du ventricule droit(t y abecula se!tomargit2alis)
est,
quelquefois,
trèsdéveloppée (fig.
11B).
Les lobes ou
cuspides
des valvulestricuspide (valva t y icuspidalis)
et mitrale(valva mitralis) peuvent
être très brefs et pourvus de sailliesbourgeonnantes qui
lesrendent peu fonctionnels
(fig.
11, C etD) ;
les orifices auriculo-ventriculaires sont vastes et béants.Les oreillettes sont
dilatées ;
leurparoi
est mince etgarnie
de reliefs charnus entrès
grand
nombre.Dans la
majorité
des cas, le trou de Botal( fora1SSe> 1 ovale) persiste
au-delà del’âge
de i mois( 1 ) ;
ilperfore
la cloison auriculaire sous la forme d’un bref canal oud’une fente
allongée
dont legrand
axepeut
atteindre 3 cm delongueur
chez l’adulte(fig. 11).
Il est
partiellement
obturé par une mince membrane interauriculaire reliée auseptum
par de finscordages.
C —
Al al formations
del’appareil di,, - estif
Les malformations de
l’appareil digestif portent
sur la cavité buccale et lalangue,
accessoirement sur le feuillet.
La cavité buccale est réduite dans son diamètre
antéro-postérieur ;
elle est sou-vent infléchie
légèrement
à droite et en avant, caractèrequi correspond
à la déviationdans le même sens des os incisifs.
La voûte
palatine
constitue un fosséprofond
formé par une membranecomplète reposant
sur unpalais
osseux fissuré(fig.
9 P3 ).
La
langue
est trèscharnue,
anormalementlongue ;
la brièveté de la mandibule et de la cavité buccale semble d’ailleursexagérer
lamacroglossie.
Lafigure
l,C,
illustre cette anomalie(il s’agit
de l’animalo8rq
chezlequel
lalangue
mesurait unecinquantaine
de centimètres de sapointe
aurepli glosso-épiglottique).
Beaucoup
moinsfréquente
que les anomaliesprécédentes, l’agénésie
des lamesdu feuillet
(laminaae omasi) peut
être observée dans laprobatocéphalie (dans
10 p. 100 des casenviron).
Les lames du feuillet
( 2 )
se caractérisent alors moins par un manque de diffé- renciation que par un défaut dedéveloppement ;
les diverstypes
de lames sontreprésentés
mais leur hauteur atteint 2 centimètres tout auplus (rappelons
que, dans les conditionsnormales,
chez le veau, les lamesprimaires atteignent
3 centi- mètres de hauteur et, chez le bovinadulte,
de 5 à 6centimètres) ;
elles sont atro-phiées, irrégulières,
etprésentent
à leur bord libre des sortes dependeloqucs
ou deprolongements pédiculés.
(’) Notons que la présence du trou de l3otal doit être considérée comme anoiiialique chez le Bœuf un mois
au moins après la naissance (l’oblitération botalienne se produirait vers le 3!e jour pour GOUBAUX(187;;), vers
le 2oejour pour ÛTTAWAY (1044)).
( 2
) Une photographie représentant les malformations des lames du feuillet figure dans l’article de FLO- R
ENTIN et L:1UVERGNE (1962).
1 /
agénésie
des lames dufeuillet,
certes, adéjà
été décrite chez les Bovins parD
ANNACHER
,
BE!OIT et VALENTIX( 195 8), puis
par LOMBARD et GOULARD( 19 6 1 ), mais, d’après
les relations de ces auteurs, elle ne coexistait pas avec d’autres anomalies.CONCLUSION
Le
présent
travail est consacré à l’étude de 21 cas d’une anomaliecomplexe,
la
probatocéphalie,
rencontrée dans les deux sexes et observée dans la descendance d’un taureau d’insémination de race limousine.Ce sont les malformations
céphaliques qui prédominent ;
leprofil
facialévoque
celui de la tête d’un mouton, d’où le nom de cc tête de mouton u donné communément à l’anomalie.
Certes,
la déformation duprofil
facial offre diversdegrés
suivant lessujets,
mais dans tous les cas, elle est définitive et
peut
êtrerapportée
à une entité anoma-lique
bien définie.Souvent,
laprobatocéphalie
estaccompagnée
d’autres anomaliesqui intéressent,
dans l’ordre defréquence,
le coeur, la cavité buccale. lalangue
et,plus
rarement, lefeuillet.
Remarquons
que les malformations ont unsiège toujours
bien localisé dans le cadre d’unappareil
donné : sur lesquelette,
seuls les os de la tête sontfrappés,
encoreles os du crâne ne sont-ils que faiblement
intéressés ;
del’appareil vasculaire,
seulle coeur est
concerné ; quant
aux anomalies del’appareil digestif,
elles neportent
quesur la cavité
buccale,
lalangue
ou le feuillet.D’après
lesquelques
donnéesrecueillies,
le taux de mortalité semble trèssupé-
rieur à la normale à tous les
âges
de la vie. La météorisation et,éventuellement,
des troublescardiaques
sont, leplus
souvent, la cause de la mort.Chez les animaux
qui survivent,
lecomportement
alimentaire est presque cons- tammentperturbé,
l’allaitement et le sevrage sontdifficiles,
l’alimentation doit êtreadaptée
à lamorphologie
buccale et aux conditions de santé del’animal,
la croissance est réduite. L’activitéreproductrice
semblediminuée,
chez les mâlespeut-être plus
que chez les
femelles,
encore que le nombre desujets
examinés soitfaible ;
lesproduc-
tions laitières mesurées sont très basses.
Telle
qu’elle
seprésente,
laprobatocéphalie apparaît
véritablement comme uncomplexe morpho-pathologique. Si, apparemment,
les malformations observées nesemblent pas être directement
létales,
on doitcependant
admettre que certaines d’entre elles(la macroglossie,
la déformation de la cavité buccale et des arcades molaires et les anomalies ducoeur) constituent,
sur leplan fonctionnel,
autant d’obs-tacles pour le
développement
de l’animal et son utilisationzootechnique.
Reçu pour