Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes ?

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Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes ?

DE BOER, Eva, et al.

Abstract

Les programmes spécialisés pour les psychoses émergentes se sont largement développés dans le monde. La plupart de ces programmes incluent des éléments de suivi intensif dans le milieu (assertive community treatment). Il existe deux modèles. Dans le premier, le suivi intensif dans le milieu est proposé à tous les patients et constitue le cœur de l'intervention.

Dans le second, un programme de case management standard est proposé à tous les patients et un case management intensif à un sous-groupe de patients difficiles à engager dans les soins. Le programme TIPP à Lausanne fait partie de cette deuxième catégorie. Le but de cet article est d'examiner dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes (TIPP) les caractéristiques et l'évolution de patients qui nécessitent ou non un suivi intensif dans le milieu, et de l'illustrer par des exemples cliniques. Il s'agit d'une étude prospective portant sur 229 patients inclus dans le programme TIPP de manière consécutive pendant trois ans. Environ un quart de ces patients ont nécessité un case management intensif. Au début du suivi TIPP, ces [...]

DE BOER, Eva, et al. Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes ? Annales médico-psychologiques, 2018, vol.

176, no. 1, p. 74-79

DOI : 10.1016/j.amp.2017.11.008

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Accepted Manuscript

Title: Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme sp´ecialis´e pour les psychoses ´emergentes?

Author: Eva de Boer Luis Alameda Philippe Golay Philipp S.

Baumann St´ephane Morandi Philippe Conus Charles Bonsack

PII: S0003-4487(17)30346-3

DOI: https://doi.org/doi:10.1016/j.amp.2017.11.008

Reference: AMEPSY 2469

To appear in: Annales Médico-Psychologiques

Please cite this article as: de Boer E, Alameda L, Golay P, Baumann PS, Morandi S, Conus P, Bonsack C, Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme sp´ecialis´e pour les psychoses ´emergentes?, Annales medio-psychologiques (2017), https://doi.org/10.1016/j.amp.2017.11.008

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Communication

Qui a besoin de suivi intensif dans le milieu dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes ?

Who needs assertive outreach in early psychosis interventions?

Eva de Boer, Luis Alameda, Philippe Golay, Philipp S. Baumann, Stéphane Morandi, Philippe Conus, Charles Bonsack

Département de psychiatrie du CHUV, consultation de psychiatrie de Chauderon, place de Chauderon 18, 1004 Lausanne, Suisse

Auteur correspondant : Eva de Boer, Département de psychiatrie du CHUV, consultation de psychiatrie de Chauderon, place de Chauderon 18, 1004 Lausanne, Suisse

Email : eva.de-boer@chuv.ch Téléphone : 0041 79 556 10 74,

Résumé

Les programmes spécialisés pour les psychoses émergentes se sont largement développés dans le monde. La plupart de ces programmes incluent des éléments de suivi intensif dans le milieu (assertive community treatment). Il existe deux modèles. Dans le premier, le suivi intensif dans le milieu est proposé à tous les patients et constitue le cœur de l'intervention. Dans le second, un programme de case management standard est proposé à tous les patients et un case management intensif à un sous-groupe de patients difficiles à engager dans les soins. Le programme TIPP à Lausanne fait partie de cette deuxième catégorie. Le but de cet article est d'examiner dans un programme spécialisé pour les psychoses émergentes (TIPP) les caractéristiques et l'évolution de patients qui nécessitent ou non un suivi intensif dans le milieu, et de l'illustrer par des exemples cliniques. Il s’agit d’une étude prospective portant sur 229 patients inclus dans le programme TIPP de manière consécutive pendant trois ans. Environ un quart de ces patients ont nécessité un case management intensif. Au début du suivi TIPP, ces patients présentent une adhésion au traitement, un fonctionnement académique et un insight plus faibles, et ont des antécédents de consommation d’alcool et de cannabis. Après 18 mois, le niveau d’adhésion au traitement est semblable dans les deux groupes. Toutefois, les patients qui

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nécessitent un case management intensif continuent à présenter un niveau de fonctionnement plus faible, et d’avantage de symptômes psychotiques après trois ans de suivi.

Mots clés : Assertive community treatment ; Case management ; Lausanne ; Premier épisode psychotique ; Programme de soins ; suivi thérapeutique ; Traitement et intervention précoce dans les troubles psychotiques

Abstract

Many specialized early psychosis programs have been developed around the world. Most of these programs include elements of assertive community treatment. There are two models. In the first model, assertive community treatment is offered to all patients and is the core of the intervention. In the second model, a standard case management program is offered to all patients and an intensive case management to a subgroup of patients difficult to engage in care. TIPP, a specialized early psychosis program in Lausanne, is part of this second category.

Objective: the aim of this article is to examine the characteristics and outcomes of patients who require intensive case management versus standard case management, and to illustrate this with clinical examples. Methods: this is a 3-year prospective study of 229 patients treated in TIPP.

Results: about one quarter of these patients required intensive case management. At the beginning of TIPP follow-up, these patients had lower adherence to treatment, academic functioning and insight, and had a history of alcohol and cannabis use. After 18 months, the adherence to treatment is similar in both groups. However, patients requiring intensive case management continue to have a lower functioning level and more psychotic symptoms after three years of follow-up.

Conclusions: a subgroup of patients needing more intensive care can be identified in a program for early psychoses. These patients adhere to treatment in the same way as those who require conventional case management, but do not evolve in the same way clinically.

Keywords: Assertive community treatment; Care program; Case management; First psychotic episode; Lausanne; Therapeutic follow-up; Treatment and early intervention in psychotic disorders

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1. Introduction

Durant les vingt dernières années, de nombreux programmes spécialisés pour les psychoses émergentes se sont développés en Europe et dans le monde, dans un but de détection précoce et afin de pouvoir fournir des soins spécifiques [5]. Une des difficultés rencontrées par les cliniciens travaillant dans ces programmes est l’adhésion des patients au suivi proposé [4].

Les stratégies pour tenter de résoudre ce problème peuvent varier, mais le case management et le suivi intensif sont les caractéristiques essentielles de la plupart de ces programmes pour engager les patients dans les soins [7]. Les case managers, dans les programmes pour psychoses émergentes, ont la responsabilité de favoriser l’engagement des patients dans les soins, de les évaluer sur le plan clinique, de réaliser un plan de traitement en collaboration avec les psychiatres, de faciliter le lien avec les ressources disponibles, de collaborer avec les familles, et de proposer de la psycho-éducation ou une intervention en cas de crise [6]. Le suivi de case management intensif originel (Assertive community treatment (ACT)) a été développé dans le contexte du mouvement de désinstitutionalisation, comme alternative à l’hospitalisation pour des patients complexes difficilement accessibles aux soins. Le suivi ACT original est une intervention basée sur des preuves qui s’adresse à des patients difficiles à engager dans les soins, et qui se distingue du modèle du case management par un nombre limité de 10-15 patients par intervenant, une disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et des interventions proactives dans le milieu jusqu’à plusieurs fois par jour [8, 9]. Différentes formes de suivi intensif se sont développées en Europe et dans le monde, afin de s’adapter aux demandes des différents systèmes de soins en santé mentale sous la dénomination de case management intensif [10]. Ainsi, le case management intensif développé à Lausanne diffère du modèle ACT original en s’appuyant sur une unité d’urgences psychiatriques distincte du programme pour assurer une disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7[2].

Si le case management intensif apparaît comme un élément essentiel pour les psychoses émergentes, différentes stratégies d’intégration de cette modalité dans les programmes sont utilisées. Certains programmes proposent un case management intensif pour tous les patients [7], alors que d’autres proposent uniquement ce suivi à un sous-groupe de patients particulièrement complexes [3]. Proposer un suivi intensif de manière plus sélective pour un sous-groupe de patients peut être justifié par des degrés variables de sévérité de symptômes, d’adhésion aux soins

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et de besoins thérapeutiques. En outre, le suivi intensif nécessite d’importantes ressources, ce qui ne permet pas à tous les programmes pour psychose émergente de proposer ce type de suivi à tous les patients. Il est donc important de clarifier quel sous-groupe de patients nécessite un tel suivi, et quelle est leur évolution en comparaison des patients à qui on propose un suivi de type case management standard.

Le programme EPPIC en Australie et le programme TIPP en Suisse proposent un case management intensif pour un sous-groupe de patients de leur programme pour psychose émergente. Une étude réalisée en 2015 concernant les patients du programme EPPIC a examiné le profil des patients bénéficiant d’un case management intensif [3]. Ces patients ont été identifiés sur la base d’un profil à haut risque (adhésion aux soins difficile, soutient psycho-social faible, symptomatologie persistante, risque suicidaire élevé, fréquentes rechutes et comportements à risques). L’étude compare 120 patients adressés successivement au case management intensif avec 50 patients bénéficiant du suivi par un case manager classique. Les résultats montrent que, dans le sous-groupe nécessitant un case management intensif, il y a principalement des hommes, sans emploi, ayant un faible niveau de fonctionnement et d’éducation, une anamnèse familiale positive pour des maladies psychiques. La migration et l’exposition aux traumatismes sont particulièrement prévalents dans ce sous-groupe. L’intervention de case management intensif permet une évolution positive sur le plan clinique et psycho-social, réduit les comportements à risque, les admissions en milieu hospitalier, la durée des séjours hospitaliers et les consultations aux urgences.

Le but de cet article est d’examiner les caractéristiques et l’évolution sur le plan clinique et social des patients du programme TIPP nécessitant un case management intensif en les illustrant avec des exemples cliniques. Ce travail fait partie d’une étude prospective portant sur 229 patients inclus successivement pendant trois ans dans le programme TIPP à Lausanne [1].

2. Méthode

Le programme TIPP, programme spécialisé pour les psychoses émergentes, a été développé en 2004 à Lausanne, en Suisse, dans le Département de Psychiatrie du CHUV (Centre Hospitalier Universitaire Vaudois). Les critères d’admission dans le programme TIPP sont les suivants : âge entre 18 et 35 ans, être résident du secteur sanitaire de Lausanne (environ

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300 000 habitants), symptômes psychotiques dépassant le seuil de la psychose selon la CAARMS et ne pas avoir bénéficié de plus de six mois de traitement anti-psychotique. Tous les patients sont suivis par un case manager et un psychiatre de l’unité. Le case manager peut proposer des visites à domicile jusqu’à deux fois par semaine. Tous les patients du programme TIPP sont évalués sur le plan clinique au moment de leur entrée dans le programme, puis à intervalles réguliers par le case manager et par un psychologue chargé d’évaluer les symptômes selon différentes échelles afin d’examiner l’évolution du patient de la manière la plus objective possible.

Certains patients du programme TIPP bénéficient d’un case management intensif par l’unité du SIM (suivi intensif dans le milieu) ; ce suivi peut intervenir à n’importe quel moment des trois ans de la durée du programme TIPP. Durant la période de suivi SIM, le case manager du programme TIPP reste cependant impliqué, afin de garantir une continuité des soins. Le suivi SIM dans le cadre du programme TIPP est proposé dans trois types de situations :

(i) lorsque le patient est réfractaire aux soins et qu’il nécessite une évaluation ou un suivi prolongé dans le milieu avant de pouvoir être transmis au programme TIPP ;

(ii) lorsqu’il est nécessaire d’intensifier le traitement ou le suivi clinique sur une durée limitée et qui dépasse la fréquence bi-hebdomadaire ;

(iii) ou comme alternative à une hospitalisation en cas de rechute.

L’équipe multidisciplinaire du SIM est composée de 6.4 équivalent plein temps (EPT) infirmiers, 0.8 EPT assistants sociaux et 3.0 EPT psychiatres. Les caractéristiques principales du programme sont des interventions à domicile, un case-load de 1 :10, une disponibilité sur les jours de semaine pendant les heures ouvrables, des case-loads individuels avec un back-up de l’équipe si nécessaire, jusqu’à deux entretiens par jours, une pro-activité, un focus sur l’engagement dans les soins et un contact systématiques avec la famille et les proches.

Ici le Tableau I

L’étude se concentre sur les 229 patients qui ont intégré le programme TIPP de manière consécutive entre 2004 et 2011 et ayant terminé les trois ans du programme TIPP.

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3. Résultats

Nous avons examiné le nombre et les caractéristiques des personnes ayant nécessité un case management intensif et la temporalité de l’intervention.

Sur les 229 patients inclus successivement dans le programme TIPP, 60 (26,2 %) ont bénéficié d’un suivi intensif a un moment donné des trois ans du programme TIPP ; 169 (73,8 %) ont été suivis uniquement selon le modèle standard de case management du programme TIPP.

À 19 ans, Simon est amené par son père à la consultation du programme TIPP en raison d’un retrait social important et d’un comportement bizarre. Il a arrêté toute activité et formation depuis plusieurs mois, voit très peu d’amis, et parle parfois seul dans sa chambre. Néanmoins, il est prêt à rencontrer régulièrement le case manager et le médecin du programme TIPP. Le diagnostic de premier épisode psychotique est discuté avec le patient et sa famille. Mettre des mots sur les troubles les rassure et le patient accepte de commencer un traitement antipsychotique à petites doses, essentiellement dans le but de soulager son anxiété. Le case manager constitue le fil rouge de son suivi pendant trois ans. Il fait le lien entre la gestion des problèmes de santé et la réalisation des projets de vie de Simon. Notamment, il le soutient dans un projet d’insertion professionnelle, ainsi que pour s’installer dans un appartement indépendant, tout en l’aidant à prendre conscience de ses difficultés et à développer les moyens d’y faire face.

Soixante-quinze pour cent des interventions du SIM ont débuté durant les trois premiers mois de traitement. La durée des interventions était brève (0 à 6 mois) dans 30 % des cas, intermédiaire (6 mois à 2 ans) dans 40 % des cas, et longue (2 à 3 ans) dans 30 % des cas.

Nathalie a 28 ans lorsque ses parents font appel au SIM. En effet elle présente depuis plusieurs mois une persécution à l’égard de ses parents et sa sœur jumelle, avec qui elle vit, et une importante désorganisation. Sa famille a essayé de l’amener à consulter, mais elle refuse de voir un médecin. Dans un premier temps, nous rencontrons sa famille sans Nathalie, afin d’organiser au mieux un premier rendez-vous avec elle. Avant que nous puissions la rencontrer, elle se montre agressive envers sa sœur et est hospitalisée contre son gré en milieu psychiatrique.

Nous décidons d’un suivi intensif dès la sortie de l’hôpital, car Nathalie présente une absence totale de conscience de ses difficultés psychiques et n’adhère pas au suivi ni au traitement

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médicamenteux. En effet, dès sa sortie, Nathalie arrête le traitement antipsychotique. Afin d’éviter une réadmission, nous lui proposons des rendez-vous quotidiens pour lui distribuer son traitement et l’évaluer sur le plan clinique. Pendant plusieurs mois, elle accepte uniquement de prendre de faibles doses de médication et reste symptomatique. Néanmoins, une relation de confiance se noue et elle accepte progressivement le diagnostic de psychose débutante et comprend l’importance de la prise du traitement antipsychotique et du suivi. Dès lors, le suivi peut se poursuivre uniquement avec le case manager et le médecin du TIPP. Elle investit ensuite de manière très positive des activités dans un hôpital de jour, puis prend la décision d'intégrer un foyer psychiatrique. Nous faisons également une demande auprès de l’assurance invalidité pour des mesures de réinsertion professionnelles. Nathalie effectue plusieurs stages qui se déroulent bien. Elle a depuis quelques mois déménagé dans un studio protégé. Elle souhaite bientôt commencer des recherches pour un appartement indépendant et est actuellement à la recherche d’un emploi à 60 %.

Comparés aux patients uniquement suivi par le TIPP, les patients SIM ont un niveau plus faible de fonctionnement prémorbide, ont d’avantage de risque de présenter une dépendance à l’alcool et au cannabis, et d’avoir une histoire de migration difficile (tableau II).

Ici le Tableau II

Julien a 18 ans lorsque nous le rencontrons pour la première fois. Malgré son jeune âge, il a déjà un long passé psychiatrique derrière lui. Il a été suivi par une équipe de pédopsychiatrie mobile et a vécu dans différents foyers. Un diagnostic de trouble schizo-affectif a été retenu.

Lorsque nous recevons la demande de suivi à la consultation de psychiatrie adulte, elle vient de l’équipe de pédopsychiatrie et du nouveau foyer qu’il vient d’intégrer. Les différents soignants nous rapportent une situation extrêmement chaotique. Julien ne se rend pas aux rendez-vous, refuse de prendre un traitement. Il ne passe que la nuit au foyer et est absent toute la journée.

Consommateur quotidien de cannabis, il a des problèmes pénaux pour lesquels il doit faire des travaux d’intérêt général. Par ailleurs, Julien est déjà au bénéfice d’une rente invalidité et d’une curatelle. Devant cette situation complexe, un suivi intensif apparaît nécessaire. Le case manager du SIM parvient à rencontrer Julien, qui est absent la plupart du temps, en se rendant très tôt le matin dans son lieu de vie. Durant ces premières rencontres, il constate le désespoir de

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Julien et l’ampleur de sa détresse, avec des idées suicidaires très envahissantes. Une brève hospitalisation est alors proposée pour le protéger et afin d’introduire un traitement neuroleptique dépôt. Ces décisions difficiles suscitent des conflits, mais renforcent le lien avec le case manager. En effet, Julien se sent pris au sérieux dans sa détresse et dès lors va prendre régulièrement son traitement et participer régulièrement aux entretiens. Malgré le traitement, des symptômes importants restent présents et il ne parvient pas encore à s’inscrire dans une activité, bien qu’il soit accompagné par le case manager. Il continue à consommer quotidiennement du cannabis et de l’alcool, ainsi qu’à commettre de petits délits. Le suivi intensif se poursuit au-delà de la durée de trois ans du programme TIPP.

Cinquante-six virgule quatre pour cent des patients suivis uniquement par le TIPP présentent une rémission sur le plan symptomatique à la fin du suivi, contre 27,9 % pour les personnes nécessitant un suivi intensif. La courbe de rétablissement fonctionnel est néanmoins semblable, mais avec un niveau de fonctionnement initial plus faible dans le groupe SIM (figure 1). Au début du suivi, les patients en suivi intensif sont moins nombreux à adhérer au traitement médicamenteux, leur observance au traitement atteint un niveau semblable aux personnes dans le suivi standard après 18 mois de suivi (figure 2). À l’admission et à la sortie du programme TIPP, les patients SIM consomment d’avantage d’alcool et de cannabis (tableau III).

4. Discussion

Cette étude montre qu’un quart des patients avec une psychose émergente nécessitent un case management intensif à un moment donné de leur suivi dans un programme spécialisé tel que le TIPP. Ces patients « difficiles à engager dans les soins » ont un profil spécifique et peuvent être identifiés. En revanche, les trois quarts restants des patients du programme TIPP adhèrent aux soins et évoluent positivement sur le plan clinique et fonctionnel sans nécessiter un suivi intensif. Ce constat a des conséquences importantes sur les coûts d’un programme pour psychoses émergentes, puisqu’un case manager peut gérer deux fois plus de suivis standards que de suivis intensifs.

Concernant les caractéristiques pré-morbide du sous-groupe de patients nécessitant un case management intensif, les résultats montrent que ces patients ont un niveau de fonctionnement plus faible, d’avantage de risque de présenter une dépendance à l’alcool et au

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cannabis, et d’avantage de risque de présenter une histoire de migration difficile. D’autres études seraient nécessaires pour généraliser ces résultats.

Au moment de l’admission dans le programme, les patients nécessitant un suivi intensif ont plus de symptômes psychotiques et adhèrent moins au traitement en début de suivi.

L’adhésion au traitement devient néanmoins comparable après 18 mois, et 85 % des personnes sont maintenues dans le suivi dans les deux groupes au terme du programme. Ces résultats montrent que la combinaison de case management standard et intensif est une méthode efficace pour engager et maintenir les patients présentant une psychose émergente dans les soins.

L’évolution clinique et fonctionnelle moins favorable pour le sous-groupe de patients ayant bénéficié d’un case management intensif laisse supposer qu’ils souffrent d’une forme plus sévère de troubles, accompagnés davantage de consommation de substances. Il est également possible qu’au vu de l’ampleur des difficultés initiales dans ce sous-groupe, une intervention de plus longue durée soit nécessaire.

En conclusion, un sous-groupe de patients ayant besoin de soins plus intensifs peut être identifié au sein d’un programme pour les psychoses débutantes. Les patients difficiles à engager dans les soins peuvent finalement, grâce au case management intensif, adhérer à un suivi et un traitement de manière semblable aux autres participants au programme. Néanmoins leur évolution sur le plan clinique et fonctionnel reste moins favorable, et suggère que des interventions de plus longue durée pourraient être nécessaires, notamment pour gérer la consommation de substances. Enfin, si le case management intensif est un outil important pour un quart des patients difficiles à engager dans les soins, la majorité des psychoses émergentes évoluent favorablement avec un suivi de case management spécialisé non intensif. Ce dernier point est un élément important pour minimiser les coûts d’un programme pour les psychoses émergentes.

Conflit d’intérêt : à compléter

Références

[1] Alameda L, Golay P, Baumann P, Morandi S, Ferrari C, Conus P, et al. Assertive outreach for

"difficult to engage" patients: A useful tool for a subgroup of patients in specialized early psychosis intervention programs. Psychiatry Res 2016;239:212-9.

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[2] Bonsack C, Adam L, Haefliger T, Besson J, Conus P. Difficult-to-engage patients: a specific target for time-limited assertive outreach in a Swiss setting. Can J Psychiatry 2005;50:845-50.

[3] Brewer WJ, Lambert TJ, Witt K, Dileo J, Duff C, Crlenjak C, et al. Intensive case management for high-risk patients with first-episode psychosis: service model and outcomes. The lancet Psychiatry 2015;2:29-37.

[4] Marion-Veyron R, Mebdouhi N, Baumann PS, Thonney J, Crespi S, Conus P. Les premiers épisodes psychotiques : de l’importance du case management. L'Évolution Psychiatrique.

2013;78:41-51.

[5] Marshall M, Rathbone J. Early intervention for psychosis. Schizophr Bull 2011;37:1111-4.

[6] Morandi S, Bonsack C. Engager dans les soins des personnes souffrant de schizophrénie par un suivi intensif dans le milieu (SIM). Swiss Archives of Neurology and Psychiatry.

2011;162:278–83.

[7] Nordentoft M. Specialised assertive intervention in early psychosis. The Lancet Psychiatry 2015;2:2-3.

[8] Stein LI, Test MA. Alternative to mental hospital treatment. I. Conceptual model, treatment program, and clinical evaluation. Arch Gen Psychiatry 1980;37:392-7.

[9] Teague GB, Bond GR, Drake RE. Program fidelity in assertive community treatment:

development and use of a measure. Am J Orthopsychiatry 1998;68:216-32.

[10] Veldhuizen JR. FACT: A Dutch Version of ACT. Community Mental Health Journal.

2007;43:421-33.

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Tableau I : Caractéristiques du case management intensif (ICM) et standard dans le programme TIPP

TIPP SIM

Caseload 1:35 1:10

% intervention dans le milieu < 20% > 90%

Disponibilité maximale 2 x / semaine 2 x / jour

Population cible Patients engagés dans les soins Patients difficiles à engager/hauts utilisateurs

Programme Programme standardisé spécialisé Programme flexible, sur mesure

24/24; 7/7 8:00-18:00; 5/7; contact avec urgences

24/24

Horaires flexibles; 5/7; contact avec urgences 24/24

Durée 3 ans Selon besoins

Consommation de toxiques Pas d’exclusion

Equipe multidisciplinaire Oui

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Tableau II . Caractéristiques des patients à l’admission : comparaison entre TIPP et SIM

Total TIPP SIM Comparaison TIPP et SIM

N = 229 (100%)

N = 169 (73.8%)

N = 60 (26.2%) Statistique p-valeur Âge en année, M (ET) 24.10 (4.88) 24.19 (4.88) 23.83 (4.90) t(227) = 0.485 .628 Sexe masculin % (N) 68.6 (157) 66.9 (113) 73.3 (44) 2(1) = 0.860 .354 Niveau socio-économique, % (N)

Bas

Intermédiaire.

Elevé

16.6 (38) 45.9 (105)

37.6 (86)

15.4 (26) 46.2 (78) 38.5 (65)

20.0 (12) 45.0 (27) 35.0 (21)

2(2) = 0.723 .697 Exposé à trauma, % (N) 35.4 (81) 36.7(62) 31.7 (19) 2(1) = 0.488 .485 Scores échelle PAS, M (ET)

Enfance Enfance social Enfance académique Début adolescence Début adolescence social Début adolescence académique Social

Académique Total

0.31 (0.19) 0.30 (0.24) 0.33 (0.22) 0.33 (0.18) 0.29 (0.22) 0.39 (0.23) 0.29 (0.21) 0.36 (0.20) 0.32 (0.17)

0.29 (0.19) 0.29 (0.24) 0.32 (0.23) 0.31 (0.17) 0.27 (0.22) 0.37 (0.22) 0.28 (0.21) 0.34 (0.20) 0.30 (0.17)

0.35 (0.19) 0.34 (0.26) 0.36 (0.19) 0.38 (0.18) 0.34 (0.21) 0.46 (0.23) 0.34 (0.23) 0.41 (0.19) 0.37 (0.18)

t(183) = -1.716 t(194) = -1.259 t(189) = -1.162 t(184) = -2.599 t(192) = -1.727 t(192) = -2.366 t(184) =-1.637 t(183) = -2.037 t(172) = -2.212

.088 .210 .247 .010 .086 .019 .103 .043 .028 Dépendances aux substances

sur l’ensemble de la vie, % (N) Alcool

Cannabis

Autres substancesa

9.3 (20) 31.3 (67)

7.7 (17)

6.9 (11) 27.4 (43)

6.7 (11)

16.1 (9) 42.1 (24)

10.2 (6)

2(1) = 4.112

2(1) = 4.211

2(1) = 0.717

.043 .040 .397 Diagnostic % (N)

Schizophrénie

Schizophréniforme/Épisode psychotique bref

Trouble schizoaffectif Dépression majeure avec symptomes psychotiques Troubles bipolaires Autres

61.6 (141) 11.4 (26)

9.6 (22) 3.5 (8) 6.6 (15) 7.4 (17)

58.0 (98) 13.6 (23) 8.3 (14)

4.1 (7) 7.7 (13) 8.3 (14)

71.7 (43) 5.0 (3) 13.3 (8)

1.7 (1) 3.3 (2) 5.0 (3)

b .170

Antécédents psychiatriques %

(N) 67.3 (152) 65.7 (109) 71.7 (43) 2(1) = 0.721 .396

Antécédents pénaux % (N) 1.7 (4) 1.2 (2) 3.4 (2) b .288

Durée de psychose non traitée, Médiane (EI)

127.5 (523.25)

109.0

(631.50) 205.5 (649.25) U = 4643.0 .365 Migration (né en Suisse) % (N)

Migration dans l’adversité

53.8 (121) 33.1 (48)

57.0 (94) 27.9 (29)

45.0 (27) 46.3 (19)

2(1) = 2.536

2(1) = 4.524

.111 .033 Note. a = médicaments non prescrits et autres drogues. b = Test exact de Fisher. PAS: Premorbid Adjustment Scale (score faible correspond à ajustement élevé). M = moyenne. ET = Écart type. EI = Étendue interquartile.

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Tableau III Comparaison entre les patients TIPP et SIM à l’admission, en cours (18 mois) et à la fin du suivi (36 mois).

Total N = 229

TIPP N = 169

SIM N = 60

Comparaison TIPP et SIM

(100%) (73.8%) (26.2%) Statistique P-valeur

Emploi, % (N) Admission Après 18 mois Sortie

33.5 (76) 26.3 (52) 23.4 (43)

39.5 (66) 29.9 (43) 27.7 (36)

16.7 (10) 16.7 (9) 13.0 (7)

2(1) = 10.352

2(1) = 3.531

2(1) = 4.622

.001 .060 .032 Logement indépendant %(N)

Admission Après 18 mois Sortie

66.5 (151) 60.7 (119) 56.0 (103)

70.1 (117) 60.8 (87) 57.7 (75)

56.7 (34) 60.4 (32) 51.9 (28)

2(1) = 3.555

2(1) = 0.003

2(1) = 0.528

.059 .953 .467 Conscience des troubles % (N)

Admission Après 18 mois Sortie

18.3 (40) 49.1 (86) 51.8 (86)

21.1 (34) 55.0 (71) 56.4 (66)

10.5 (6) 32.6 (15) 40.8 (20)

2(1) = 3.152

2(1) = 6.826

2(1) = 3.364

.076 .009 .067 Impression clinique générale

(CGI)

Admission, M (SD) Sortie

5.06 (1.29) 3.48 (1.23)

4.90 (1.26) 3.29 (1.21)

5.58 (1.30) 4.05 (1.13)

t(187) = -3.086 t(86) = -2.579

<.001 .012 Consommation substance

modérée à sévère à l’admission (CMRS) % (N) Alcool

Cannabis

Autres substancesa

14.4 (33) 24.0 (55) 6.6 (15)

11.2 (19) 18.9 (32) 5.9 (19)

23.3 (14) 38.3 (23) 8.3 (5)

2(1) = 5.248

2(1) = 9.130 b

.022 .003 .547 Consommation substance

modérée à sévère après 18 mois (CMRS) % (N) Alcool

Cannabis

Autres substancesa

5.5 (11) 10.1 (20) 4.5 (0)

3.4 (5) 7.6 (11) 2.8 (4)

11.1 (6) 16.7 (9) 9.5 (5)

f

2(1) = 3.598 b

.073 .058 .063 Consommation substance

modérée à sévère à la sortie (CMRS) % (N)

Alcool Cannabis

Autres substancesa

6.6 (12) 10.8 (20) 3.8 (7)

4.5 (6) 7.6 (10) 1.5 (2)

11.1 (6) 18.5 (10) 9.3 (5)

b

2(1) = 4.782 b

.110 .029 .023 Au moins un contact durant le

programme % (N) 97.7 (169) 96.7 (118) 100 (51) b .321

Perte de contact pendant plus

de deux mois % (N) 22.8 (38) 20.3 (24) 28.6 (14) 2(1) = 1.335 .248 Perdu de vue % (N) 13.9 (23) 12.8 (15) 16.3 (8) 2(1) = 0.356 .551 Note= a = médicaments non prescrits et autres drogues. b = Test exact de Fisher. PANSS: Positive and Negative Syndrome Scale. MADRS: Montgomery Asberg Depression Rating Scale. YMRS: Young Mania Rating Scale. CMRS:

case manager rating scale. M = moyenne. ET = Ecart type. EI = Etendue interquartile.

(16)

Accepted Manuscript

Figure 1. Comparaison entre les patients TIPP et SIM au cours du suivi.

Mois

36 30 24 18 12 6 2

SOFAS

60

40

20

0

SIM TIPP

Mois

36 30 24 18 12 6 2

EGF

60

40

20

0

SIM TIPP

Mois

36 30 24 18 12 6 2

Score négatif PANSS

25

20

15

10

5

0

SIM TIPP

Mois

36 30 24 18 12 6 2

Score positif PANSS

20

15

10

5

0

SIM TIPP

*

* * * * * * * * * * * * *

* * * * * * * *

Note. *p<.05. PANSS: Positive and Negative Syndrome Scale. EGF: Evaluation globale du fonctionnement. SOFAS: Social and Occupational Assessment of functioning Scale.

(17)

Accepted Manuscript

Figure 2. Adhésion au traitement

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

0 6 12 18 24 30 36

% adhésion complète

Mois

TIPP SIM

*

*

*p<.05

Figure

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