Sites Internet humanitaire multilingues : la communication des ONG entre traduction et localisation
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Texte intégral
(2) Sophie - Charlotte Blaser. SITES INTERNET HUMANITAIRES MULTILINGUES : LA CO MMUNICATION DES ONG ENTRE TRADUCTION ET LOCALISATION. © Sofi-X. Mémoire présenté à l’École de traduction et d’interprétati on pour l’obtenti on du Master en tra duction, mention traduction spécialisée. Di recteu r de mémoi re : Pro f. Mathieu Guidè re Jury : Mme Vi rginie Viallon Université de Genève Septembre 2010.
(3) REMERCIEMENTS. À M. Guidère et Mme Viallon : un mémoire bien dirigé est à moitié fait.. À Dominique Roulin et ma Maman, pour leur long travail de relecture. À mon Papa pour ses inestimables encouragements. À Pierre-Adrien et Paul-Edouard pour leur soutien logistique. À Jean, pour son immense soutien et ses recommandations. À ma famille et mes amis, qui m’ont supportée et soutenue pour ce mémoire.. Le dessin de la couverture est une illustration personnelle..
(4) SOMMAIRE INTRODUCTION. 1. I. HUMANITAIRE ET COMMUNICATION. 3. I.1. L’humanitaire I.2. Communication II. ÉTUDE DE CAS. 3 13 19. II.1. Le triangle humanitaire. 19. II.2. Localisation sur les sites Internet humanitaires multilingues. 37. II.3. Mise en perspective et recommandations. 50. III. LA TRADUCTION SUR LES SITES INTERNET HUMANITAIRES MULTILINGUES. 54. III.1. Formes et procédés de traduction sur les sites Internet humanitaires multilingues. 54. III.2. Étude de cas. 67. III.3. Mise en perspective et recommandations. 119. CONCLUSION. 122. ANNEXES. 124. LIVRET DES RECOMMANDATIONS. 129. BIBLIOGRAPHIE. 134. WEBOGRAPHIE. 135. TABLE DES MATIÈRES. 139.
(5) INTRODUCTION Nous vivons actuellement à l’ère de la communication interactive, rapide et globale, et ce, grâce au développement de technologies innovantes. Il est dorénavant nécessaire de travailler sur l’efficacité de l’information plutôt que sur son flux qui ne constitue plus une contrainte majeure. En particulier, les ONG humanitaires doivent pouvoir maîtriser leur communication afin d’impliquer un nombre toujours plus grand de personnes.. En qualité de webmaster du site de l’ONG MIM (Médiateurs Internationaux Multilingues), nous sommes directement concernée par l’importance de la communication dans le domaine humanitaire sur les sites Internet multilingues. Nos études à l’ETI et notre tâche au sein de cette ONG nous ont naturellement guidée vers ce sujet de mémoire. En effet, la création du site Internet multilingue de MIM a soulevé différentes questions : Quelle est la position des ONG par rapport à leur communication multilingue sur Internet : dans quelles mesures recourent-elles à la localisation et à la traduction ? Comment rendre cette communication encore plus efficace ? Dans l’optique de répondre à cette problématique, nous proposons d’étudier cinq sites Internet d’ONG parmi les plus connues : Oxfam International, Action contre la faim, Médecin du monde, Médecins sans frontières et Handicap International1.. Pour mener à bien notre réflexion, nous définissons d’abord humanitaire et communication. Puis, nous étudions le rôle tenu par chacun des acteurs (ONG, donateur et bénéficiaire) dans la communication humanitaire afin d’expliciter les différents degrés de localisation des sites. Enfin, nous analysons la traduction sur les sites humanitaires multilingues en fonction des divers formes et procédés employés dans trois types de document : contenu du site, publication traduite et communiqué de presse. Cette analyse des sites et documents nous permet de dégager un certain nombre de points qui, tant au niveau de la localisation qu’au niveau de la traduction, pourraient faire l’objet d’améliorations afin de rendre la communication des ONG plus efficace. 1. Lien vers les sites : http://www.oxfam.org; http://www.actionagainsthunger.org; http://www.mdm-international.org; http://www.msf.org; http://www.handicap-international.org. 1.
(6) HUMANITAIRE ET COMMUNICATION. 2.
(7) HUMANITAIRE ET COMMUNICATION I.1. L’humanitaire I.1.1. L’humanitaire dans la langue Il n’existe pas de définition consensuelle de l’humanitaire. En effet, on trouve plusieurs acceptions en fonction des spécialistes et des organisations. « D’abord, pour ce qui est du mot humanitaire, je le révère, et quand je l’entends, je ne manque jamais de tirer mon chapeau (...) puissent les dieux me le faire comprendre ! », disait A. De Musset, dans les Lettres de Dupuis et Cotonet, (1re lettre, 18 sept. 1836). C’est pourquoi nous aborderons cette notion du point de vue de la spécialité qui est la nôtre, celle de la langue. Dans L’Encyclopédie, Diderot donne, pour le terme « humanité » la définition suivante : « Noble et sublime enthousiasme qui se tourmente des peines des autres et du besoin de les soulager ». Il qualifie de noble et de sublime ce terme parent d’humanitaire qu’il définit comme un élan d’altruisme positif, certainement dans le sens du chevaleresque, de l’épique et du divin et qui naît du mal-être éprouvé devant la souffrance d’autrui et de l’urgence que nous ressentons de les aider, comme un devoir. Pourtant dans cette définition, c’est l’enthousiasme qui, personnifié, se tourmente. S’agit-il là de dire que les acteurs de l’humanitaire sont « enthousiasme » ou est-ce simplement une manière de ne pas les nommer ? Il est difficile de déterminer toutes les variables qui constituent l’humanitaire car, au fil du temps, sa nature n’a cessé d’évoluer. Les circonstances, les acteurs, leurs valeurs ne sont que des données relatives en perpétuel changement. Ainsi il est compliqué de donner une définition figée et précise de l’humanitaire.. 3.
(8) Dans Une histoire de l’humanitaire (Ryfman, 2008), Philip Ryfman remarque également que le terme humanitaire lui-même a changé2. En effet, il a subi une substantivation : en plus d’être adjectif, il devient un nom, nouveau statut qui lui donne plus d’importance. Cette substantivation est vraie en français, mais aussi en espagnol : on dit « los humanitarios » pour parler « des humanitaires » bien que la Real Academia Española ne consacre pas de place au nom dans sa définition3 : humanitario, ria. (Del lat. humanĭtas, -ātis). 1. adj. Que mira o se refiere al bien del género humano. 2. adj. Benigno, caritativo, benéfico. 3. adj. Que tiene como finalidad aliviar los efectos que causan la guerra u otras calamidades en las personas que las padecen.. Par exemple dans cet extrait : « (...) encargado ahora de asegurar la seguridad tanto a la población refugiada y desplazada, como a los humanitarios. »4, recueilli sur le site de la section espagnole d’Oxfam, Intermón Oxfam. Quant aux dictionnaires de langue anglaise, ils donnent la définition du nom humanitarian5 comme celle de l’adjectif. P. Ryfman ajoute que parfois, une majuscule, faisant de lui un nom propre, renforce la valeur du terme humanitaire. La grande diversité de la perception de l’humanitaire, même dans un seul pays, se ressent dans la langue. En français, par exemple, il arrive souvent de confondre les expressions contenant « humanitaire », comme humanitaire d’urgence, secours humanitaire, aide humanitaire et action humanitaire. Nous allons tenter de les distinguer en étudiant leur composition et leur signification.. 2. Propos recueillis dans une note de bas de page, dans l’introduction de l’ouvrage. Définition de « humanitario » sur le dictionnaire informatisé de la Real Academia Española : http://buscon.rae.es/draeI/SrvltConsulta?TIPO_BUS=3&LEMA=humanitario (consulté le 23/12/10) 4 Passage recueilli sur la page suivante : http://www.intermonoxfam.org/es/page.asp?id=1242 (consultée le 10/06/10) 5 noun: a person who tries to improve the quality of people’s lives by means of reform, charity, etc. (Harrap’s Chambers combined dictionary thesaurus. 2001) 3. 4.
(9) Commençons par « humanitaire d’urgence » : l’adjectif est antéposé, son importance est moindre que s’il était post-posé6 ; l’accent est alors mis sur « urgence ». Dans Le nouveau Petit Robert de la langue française, 2010, il est possible de trouver la définition suivante : URGENCE [yʀʒãs] n.f. – 1573, rare avant fin XIXe ◊ de urgent ■ 1 Caractère de ce qui est urgent. [...] ■ 2 Nécessité d’agir vite. Extrême urgence. Il y a urgence : c’est urgent. Il y a urgence à prendre des mesures. Mesures d’urgence. État d’urgence : régime d’exception qui donne, en cas de troubles graves de l’ordre public et pour un temps limité, des pouvoirs de police accrus aux autorités civiles. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence. En cas d’urgence. Être reçu en urgence par un médecin. [...] ■ 3 loc. adv. D’URGENCE : sans délai, en toute hâte. Plan* d’urgence. Opérer d’urgence. Intervention médicale d’urgence. [...]. Dans ce cas, il s’agit d’une aide d’urgence visant à assurer la survie immédiate des victimes, interventions ponctuelles et limitées dans le temps (de 6 à 12 mois maximum)7. La post-position de l’adjectif « humanitaire » le met en relief. Ce qui différencie alors secours humanitaire, aide humanitaire et action humanitaire, c’est la dénotation des trois substantifs. Le sens dénoté de « secours » suggère une action efficace pour améliorer au plus vite la situation de personnes en mauvaise posture, éliminer un danger en agissant en conséquence pour supprimer le danger qui les menace. Le secours suppose une structure organisée, établie et rôdée, quoique cette intervention ne réponde pas toujours à une éthique ou à une déontologie particulières. Il peut s’agir, par exemple, d’une équipe de secouristes attachée à un corps d’armée qui soignera ses propres soldats. Le secours humanitaire, en anglais humanitarian relief, constitue une aide simple aux victimes ayant subi une catastrophe ou une quelconque autre situation de crise8. Le sens dénoté d’aide correspond presque à celui de secours, sans la notion de temps cependant. Ainsi, l’aide, plus vaste, englobe non seulement les interventions en temps limité, mais encore les interventions prolongées auprès des réfugiés et des déplacés internes. Par exemple, une intervention humanitaire d’urgence peut être prolongée pour des raisons d’instabilité. Certaines 6. in Actes du Colloque Les discours des élections municipales françaises de mars 2001, juin 2001, Paris III SYLEDILPGA disponible sur le lien suivant : http://www.seinan-gu.ac.jp/~trubert/adjectif4.html (consulté le 09/07/10) 7 Informations tirées du Diccionario de Acción Humanitaria y Cooperación al Desarrollo, en ligne à la page suivante : http://dicc.hegoa.efaber.net/listar/mostrar/1 (consultée le 13/05/10) 8 Informations tirées du Diccionario de Acción Humanitaria y Cooperación al Desarrollo, en ligne à la page suivante : http://dicc.hegoa.efaber.net/listar/mostrar/1 (consultée le 13/05/10). 5.
(10) organisations affirment que ce type d’intervention ne se limite pas à la distribution de vivres et de biens de première nécessité pour la survie immédiate des populations, et que cette aide peut aussi servir à freiner la détérioration du système socio-économique du pays. Si secours induit l’idée de passivité du bénéficiaire, aide au contraire implique qu’il est actif9.. Quant au terme « action », il dénote la notion de force, de détermination. On sous-entend que des moyens massifs sont mis en œuvre dans un but humanitaire, militaire, sportif, historique selon l’adjectif postposé. Celui-ci sert de déterminant à l’action qui doit être menée. L’action humanitaire est un concept encore plus vaste que l’aide humanitaire et elle comprend, outre les caractéristiques de l’aide humanitaire, la protection des victimes et celle de leurs droits fondamentaux. Finalement, le sens dénoté d’assistance est la non-capacité d’agir de la personne qui reçoit ce soutien. Comme pour l’aide, l’individu voudrait être actif. En général, ce qui permet de différencier l’aide de l’assistance est le caractère plus technique de l’assistance et plus moral de l’aide, quoique de nos jours les deux termes tendent à converger : par exemple, l’appellation aide sociale a remplacé Assistance publique à partir de 195310. Il est important de noter cependant que la connotation plutôt négative du verbe assister ou de l’adjectif assisté(e) ne transparaît pas dans le substantif. Il est difficile d’établir une liste précise des contextes dans lesquels toutes ces expressions sont utilisées correctement, car c’est souvent l’usage qui dicte leur utilisation. Stratégiquement, ne vaut-il pas mieux se faire comprendre par le plus grand nombre en utilisant des expressions que le public connaît plutôt que d’utiliser des termes spécifiques et se heurter à l’incompréhension générale ?. 9. Informations tirées du Diccionario de Acción Humanitaria y Cooperación al Desarrollo, en ligne à la page suivante : http://dicc.hegoa.efaber.net/listar/mostrar/1 (consultée le 13/05/10) 10 Information trouvée sur le site de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris AP-HP : http://www.aphp.fr/site/histoire/assistance_soin.htm (consulté le 04/07/10). 6.
(11) I.1.2. L’humanitaire, quelques définitions Au vu de toutes ces considérations, il est plus ou moins possible de définir l’humanitaire comme étant : Un ensemble d’actions organisées ayant pour but d’aider les victimes de calamités d’origine naturelle ou humaine, en leur portant secours et en les assistant pour leur donner les moyens d’affronter les éventuelles futures calamités. La volonté d’humanité, cet « enthousiasme » dont parlait Diderot, existe depuis la nuit des temps. « On ne tire jamais sur un parachutiste ». C’est une des règles appliquées en période de guerre et peut-être une des explications à la couleur blanche, symbole de trêve, des parachutes. Au départ c’était un usage, il n’était consigné dans aucun document, mais on le connaissait et l’appliquait. À l’instar des chasseurs de sangliers qui ne tirent pas sur la laie et ses marcassins, les soldats se doivent d’épargner les femmes et les enfants. Les premières associations humanitaires ont milité pour que soient respectés les non participants aux hostilités et chaque pays avait ses propres règles de combat11. Cette diversité de lois et de codes n’aide pas véritablement à mieux cerner l’humanitaire. Le fait que cette notion soit régie par le droit, et que ce droit varie d’un pays à l’autre la rend plus difficile à définir. Le droit helvétique et le droit français participent du système romanogermanique, alors que le droit britannique relève du Common Law12. Les premiers sont fondés sur des codes et des lois, la pratique du droit des seconds se base sur les habits and practices, généralement traduites par « jurisprudence ».. 11. Nils Andersson , Daniel Lagot, Octobre 2008, La justice internationale aujourd’hui : http://www.adifinfo.com/justice_internationale_aujourdhui.html (consulté le 11/07/10) 12 CASTELLANE, Béatrice, DROIT CIVIL – DROIT COUTUMIER (« COMMON LAW »), Article paru dans la revue SOCIETAL du mois de janvier 2008 (n°59) http://www.affj.asso.fr/public/120908-Droit-civil-droit-coutumierpdf.pdf (consulté le 09/07/10). 7.
(12) Parfois cependant, des accords ont été passés entre les États belligérants afin de convenir de ces normes et de les appliquer réciproquement. Que ce soit au nom de la vertu, de la charité, de la justice ou de la philanthropie, ces règles de combat, autrefois coutume, ont été peu à peu codifiées. En 1863, le Code Lieber constitue la première tentative d’édification du droit humanitaire13. L’année suivante, les efforts d’Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, permettent la mise en place de la première « Conférence de Genève pour l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les armées en campagne »14. Cette première conférence de Genève est considérée comme l’amorce de la codification du droit international humanitaire. Les bases du droit humanitaire moderne sont jetées. Ainsi se construit le Droit international humanitaire, qui permet d’harmoniser les règles du combat. C’est pourquoi il est également appelé « droit de la guerre » ou « droit des conflits »15. Avant de définir le droit international humanitaire (DIH), rappelons ce qu’est le droit international public, dont le DIH fait partie. Le droit international public est défini comme le système de principes et de normes qui régissent les relations de coexistence et de coopération, ainsi que certaines relations communautaires entre États souverains ayant différents degrés de développement économique et de pouvoir politique16.. 13. Comité international de la Croix-Rouge, http://www.icrc.org/dih.nsf/INTRO/110?OpenDocument (consulté le 06/12/10) 14 Base de données du Comité internatilonal de la Croix-Rouge : http://www.icrc.org/ihl.nsf/7c4d08d9b287a42141256739003e636b/fe20c3d903ce27e3c125641e004a92f3 (consultée le 06/12/10) 15 Comité international de la Croix-Rouge : http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/5QKEM6 (consulté le 06/12/10) 16 Diez de Velasco, Manuel (22/09/2005) Instituciones De Derecho Institucional Público, 15 edición, TECNOS. 8.
(13) Le droit international humanitaire est un ensemble de règles qui régissent les moyens et les méthodes des États en temps de guerre, dans le but de limiter les effets des conflits armés et de protéger les personnes qui ne participent pas, ou plus, aux combats17. Ce sont des coutumes qui, maintenant codifiées, régissent les conflits au niveau international. En considérant l’humanitaire sur un plan plus restreint que le plan international, un autre système normatif apparaît, complémentaire du système international : celui des principes éthiques ou déontologiques des organisations humanitaires. Avant d’entrer dans les détails, concentrons-nous sur les organisations.. I.1.3. ONG et principes de l’humanitaire Une Organisation non gouvernementale (ONG), ou une association internationale, est une institution créée par une initiative privée - ou mixte - à l’exclusion de tout accord intergouvernemental, regroupant des personnes privées ou publiques, physiques ou morales, de nationalités diverses18. Ces organisations ne jouissent pas d’une subjectivité internationale, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de droit ni d’obligation sur le plan international, parce qu’elles relèvent de l’ordre juridique interne, l’ordre juridique de leur lieu de création ou de leur lieu de rattachement. Selon P. Micheletti19, président de Médecins du monde en 2006, il existe trois grandes familles d’ONG : le modèle rhéno-scandinave, le modèle anglo-saxon et le modèle méditerranéen. Le modèle rhéno-scandinave entretient de fortes relations avec ses États, comme en Suède ou au Danemark. Le modèle anglo-saxon a pour particularité d’être plus libéral en ce qui concerne sa 17. Office of the High Commissioner for Human Rights / OHCHR dans la Fiche d'information No.13 -Le droit international humanitaire et les droits de l'homme : http://www.ohchr.org/Documents/Publications/FactSheet13fr.pdf (consultée le 16/06/10) 18 Site des relations internationales, Québec : http://www.mri.gouv.qc.ca/fr/relations_quebec/organisations_internationales/politique_accueil.asp#Organisations_inter nationales_non_gouvernementales (consulté le 12/07/10) 19 Présentation lors du colloque international sur l’humanitaire du 19 novembre 2009, Genève : http://www.ngomim.org/FR/MIM-doc_FR/Colloque_19_11_09.pdf (consulté le 13/07/10). 9.
(14) logique et son financement. Quant au modèle méditerranéen, ses ONG se positionnent comme des outils de contre-pouvoir. Malgré leur diversité, les ONG présentent des caractéristiques communes qui les distinguent des autres acteurs qui œuvrent pour la coopération internationale, comme les agences de gouvernements, celles des Nations Unies, les entreprises ou les mouvements politiques de solidarité internationale. Toutes ces organisations sont stables, dotées d’une structure, d’une personnalité juridique et d’une capacité juridique, en vertu de la norme en vigueur. Elles accueillent les citoyennes et les citoyens qui souhaitent y adhérer pour leurs convictions ou leurs motivations. En d’autres termes, elles sont une expression particulière d’un mouvement associatif volontaire. Ce sont également des organisations à but non lucratif, dont l’intégralité des revenus est destinée à les autofinancer et à financer leurs projets de développement, d’éducation et de sensibilisation. Elles sont aussi un vecteur de ressources vers les pays dans le besoin, grâce notamment à leurs projets ou à leur réactivité face aux situations d’urgence. Dans les pays industrialisés, elles réalisent, auprès de leur gouvernement, des campagnes de sensibilisation, de pression (lobbying) et de dénonciation des facteurs internationaux qui sont sources de problèmes. Elles sont mues par une volonté de changement pour une plus grande équité et une amélioration des conditions sociales. Leurs ressources sont essentiellement composées de dons privés et/ou de subventions, ainsi que du temps de travail donné par des bénévoles et parfois par des professionnels rémunérés. Elles sont autonomes et indépendantes face à n’importe quelle instance gouvernementale, intergouvernementale ou tierce. Cette indépendance signifie qu’elles ne sont pas tenues de défendre les intérêts de leur gouvernement, qu’elles ne reçoivent donc aucune aide financière des administrations publiques et qu’elles ne peuvent pas mener d’action commune avec celles-ci ou celui-là.. 10.
(15) Ces règles sont généralement établies dans les statuts mêmes des organisations, au même titre que leurs principes. Le précurseur en principes de l’humanitaire est le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), lors de la XXe Conférence internationale de Vienne, en 1965. Parmi ces principes20, cinq se retrouvent dans presque toutes les organisations : l’humanité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance et l’universalité. Deux autres principes sont ajoutés dans le statut de l’organisation de la Croix-Rouge : le principe d’unité et celui de volontariat. Le principe d’humanité indique que « toutes les mesures possibles doivent être prises pour prévenir ou atténuer les souffrances humaines qu’engendrent conflits et calamités »21. Le principe d’impartialité énonce que seuls les besoins des victimes doivent déterminer l’aide qui leur est apportée, sans discrimination aucune. Le principe de neutralité interdit aux organisations de prendre parti pour l’un ou l’autre des camps. Le principe d’indépendance permet aux organisations d’agir sans devoir rendre de comptes à leur gouvernement. Le principe d’universalité exige que toute personne, sans discrimination aucune, soit secourue. Le principe de volontariat de la Croix-Rouge impose que les bénévoles agissent sur cette base et travaillent de manière totalement désintéressée ; puisqu’il n’existe qu’une seule société de la Croix-Rouge par pays, elle est ouverte à tous et active sur l’ensemble du territoire : c’est le principe d’unité.. 20. Les sept principes fondamentaux, sur le site de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : http://www.ifrc.org/fr/what/values/principles/index.asp (consulté le 16/02/10) 21 Projet Sphère : http://www.sphereproject.org/content/view/25/84/lang,french/ (consutlé le 14/02/10). 11.
(16) La redéfinition de ces principes en vue de leur adaptation aux circonstances nouvelles constitue encore un point de débat et s’est traduite par l’élaboration de divers codes éthiques et déontologiques. L’époque des guerres où deux camps s’affrontaient sur un champ de bataille est bel et bien révolue. De nos jours, les belligérants ne sont plus aussi identifiables, les intérêts affichés par les parties aux conflits ne sont pas forcément les seuls à devoir être considérés, on ne sait plus à qui se fier, d’où l’insécurité grandissante dans laquelle évoluent désormais les acteurs humanitaires. Il leur faut être visibles : plus l’organisation pour laquelle ils œuvrent est connue, moins ils risquent leur vie, du moins en théorie. À cette fin, les ONG font appel à différentes stratégies de communication.. 12.
(17) I.2. COMMUNICATION I.2.1. Trois théories Les sciences de la communication22 comportent trois grandes théories. D’abord la théorie traditionnelle de la communication, qui la représente par un schéma linéaire (le canal) reliant un émetteur (locuteur d’origine) à un récepteur : Locuteur –> Canal (langue) –> Récepteur (interlocuteur) E ⟹ (C) ⟹ R Ensuite, la théorie interactionnelle de la communication établit que le sens de la communication n’est pas univoque, c’est un va-et-vient. On ne peut pas communiquer si l’autre n’est pas réceptif, la communication existe uniquement s’il y a interaction. E ⟺ (C) ⟺ R Enfin, les théories cognitives de la communication considèrent que la communication est d’abord une interaction avec soi. Autrement dit, ces théories se penchent en premier lieu sur ce que l’émetteur pense qu’il va dire, avant d’étudier ce qu’il dit effectivement aux autres. La communication est ainsi un phénomène visible ou sonore, produit par un émetteur dans le but de susciter, de manière implicite ou explicite, une réaction chez un récepteur. Avec une publicité, on veut déclencher l’envie, ou le besoin d’acheter ; avec un avertissement, on cherche à faire sentir un danger ; avec une question, on soulève un doute. C’est un « phénomène » parce que le transfert d’information est éphémère et s’inscrit dans un certain contexte spatio-temporel. Le contexte de la communication n’est pas une donnée négligeable, c’est en fait une des données. 22. RASTIER, François. Communication ou transmission ? Texto ! 1996 [en ligne]. Disponible sur : http://www.revuetexto.net/Inedits/Rastier/Rastier_Transmission.html. (Consultée le 18/06/10).. 13.
(18) fondamentales de la communication car c’est lui qui va déterminer la réussite ou l’échec de cette communication23. La communication apparaît ainsi comme une tentative de rapprocher toujours les deux réalités, culturelle ou linguistique qu’elles appartiennent à la dimension temporelle ou spatiale, qui sont propres au communicateur et à l’interlocuteur.. I.2.2. Communication et culture Le cas du changement temporel de la culture peut être illustré par l’exemple de cette phrase en espagnol : « es tu momento... ». La plupart des jeunes en Espagne y répondra : « es Vodafone », car cette phrase est répétée dix fois par jour à la radio et à la télévision dans une publicité pour cet opérateur de télécommunications. Si la même phrase « es tu momento... » s’adresse à des personnes plus âgées, peut-être répondront-elles : « libéralisation du parti communiste », car à la fin des années 70, la campagne de ce parti utilisait ce slogan24. Le contexte est différent, l’effet produit est différent, pourtant, la phrase reste la même. Le cas de la spécificité culturelle de deux pays, donc spatiale, peut être illustré par la comparaison de la Suisse avec l’Espagne. La Suisse est réputée dans le monde entier pour ses montres et les Suisses pour leur ponctualité. Aussi n’est-il pas étonnant qu’ils se présentent à leur travail à l’heure exacte et en partent à l’heure pile. En Espagne, ce n’est pas le cas, et il convient de le savoir quand on envisage d’y travailler. En effet, les Espagnols peuvent, quant à eux, arriver en retard dans leur entreprise, parce qu’ils emmènent leurs enfants à l’école, parce qu’ils se sont disputés avec leur femme ou leur mari ou pour tout autre raison personnelle. Raisons dont ils parlent à leur patron sans éprouver aucune gêne. Le patron est considéré par ses employés comme un second père et l’entreprise comme une deuxième famille. Si les employés peuvent se permettre d’arriver en retard le matin, en revanche, même arrivés à l’heure prévue, ils se doivent de prouver. 23. Article mis en ligne en juin 2004 par Mireille Devaux — dernière modification : juin 2004. Cf. document joint disponible sur cette page : http://www.ac-limoges.fr/eco-gest/spip.php?article309 (consulté le 18/06/10) 24 Universidad de Alicante curso 2006-2007, Historia de la España actual 8020.. 14.
(19) leur attachement à leur entreprise en n’étant pas avare de leur temps, car il est mal vu de sortir à l’heure du travail. Cela signifierait que les employés n’ont cure de leur entreprise et qu’ils n’y consacrent pas plus de temps que celui qui leur est imposé. Il n’est donc pas rare en Espagne que les employés, même une fois leurs tâches achevées en fin de journée, restent à leur poste après l’heure de sortie prévue. Il convient de connaître ces traits de culture spécifiques à ces deux pays lorsqu’on doit y travailler, sinon leur ignorance peut s’avérer un frein à la communication. Justa Holz Mäntäri (1984) différencie la traduction culturelle, la traduction multiculturelle, la traduction transculturelle et la traduction interculturelle. Cette distinction peut être appliquée à la communication. La communication culturelle est alors un simple transfert de contenu culturel. La communication multiculturelle est une mise en avant des différences culturelles par rapports aux similitudes qui existeraient. La communication transculturelle est l’opposé de la communication multiculturelle, c’est-à-dire qu’elle vise à montrer ce qui est commun aux différentes cultures mondiales (avec l’utilisation notamment des universaux cosmogoniques25). La communication interculturelle se situe dans l’espace entre les cultures. Concrètement, cela signifie qu’elle ne cherche à montrer ni les différences, ni les similitudes, mais consiste essentiellement en un processus de négociation qui fonctionne au cas par cas. Grâce à l’étude de cas suivante, les formes de communication utilisées par les ONG en ce qui concerne la culture apparaîtront. Cependant, notre monde est un immense globe de diversité, tant culturelle que linguistique. En conséquence, la dimension linguistique ne doit pas être négligée.. 25. Nicolas Ruwet. Georges Mounin, Les problèmes théoriques de la traduction, L'Homme, 1964, vol. 4, n° 2, pp. 141144. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hom_0439-4216_1964_num_4_2_366663 (Consulté le 12/07/10). 15.
(20) I.2.3. Communication multilingue La communication multilingue est un atout majeur pour les ONG. D’abord parce qu’elle rend leur information accessible à un public plus large. D’un point de vue financier, les dons et la main-d’œuvre affluent d’autant plus que le public touché par les informations de l’ONG est large. Sur le plan informationnel, la circulation des données se fait, a priori sans déformation du message, directement dans la langue de l’interlocuteur, évitant ainsi les défauts de compréhension. Enfin, éthiquement parlant, la communication multilingue est une forme de respect de la diversité, ce qui, d’un point de vue diplomatique, évite la primauté d’une langue. Parce que sa visibilité est primordiale26, une ONG met tout en œuvre pour attirer l’attention d’un très large public. C’est notamment pour cette raison que les ONG privilégient Internet en tant que moyen de communication. Une raison à l’utilisation d’Internet est que ce média regroupe toutes les formes de communication : textes, images et vidéos27. Certaines ONG vont même jusqu’à créer des jeux en ligne pour les enfants28 ou des cartes de voeux29. La possibilité de rendre la documentation plus vivante rend le site Internet bien plus attractif que les documents papier et l’interactivité fait perdre son intérêt à la télévision, qui, bien qu’encore distrayante n’est plus aussi captivante. Dans le jeu pour enfants de Médecins sans frontières, l’internaute devient le héros, l’aventurier qui peut et doit sauver les enfants de la malnutrition. Le jeu est intuitif et l’internaute se laisse entraîner dans l’aventure, sous forme de questions-réponses. Voilà un autre moyen d’informer le public, qui doit s’efforcer de retenir l’information s’il veut marquer des points. La multiplicité des supports. 26. Dans Une histoire de l’humanitaire, P. Ryfman, souligne la relation entre « savoir-faire et faire savoir », p 73. Dr. Virginie Viallon et Prof. Philippe Viallon Introduction à une approche interculturelle théorique et pratique de la traduction des sites Internet, Istanbul, 2009 28 C’est le cas de Médecins sans frontières : http://juega.msf.es/ Ce jeu est disponible en espagnol, en catalan, en basque et en espagnol argentin. 29 C’est le cas d’Action contre la faim : http://www.voeux-actioncontrelafaim.com/ Un véritable catalogue est à la disposition des internautes. 27. 16.
(21) disponibles sur Internet permet également la répétition non avouée de l’information : le texte renvoie à l’image qui fait écho à une vidéo, soit trois formats pour la même information qui paraît ainsi différente, voire complémentaire, à l’internaute. Internet est à l’heure actuelle un média des plus répandu. Aujourd’hui, les journaux sont de plus en plus lus, ou du moins consultés, sous forme électronique. Internet est aussi pratique d’un point de vue de la modification. Si une coquille apparaît dans un article, elle restera sur le journal. Sur Internet, en revanche, les erreurs peuvent être corrigées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ce qui est aussi un avantage pour la mise à jour perpétuelle de l’information disponible. Il existe différents types de sites sur Internet, cependant, en l’occurrence, les deux types intéressants sont les sites Internet et les portails Internet. Les sites sont des pages liées contenant du texte, des images et des vidéos selon les préférences du créateur 30. Les portails Internet sont des pages qui servent d’interface, permettant l’accès à plusieurs sites Internet31. Oxfam International et Médecins du monde International sont deux exemples de site Internet standard : Action contre la faim, Médecins sans frontières et Handicap International sont des exemples de portail Internet.. 30 31. Définition plus détaillée sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Site_Web (consultée le 18/06/10) Définition plus détaillée sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail_Web (consultée le 18/06/10). 17.
(22) ÉTUDE DE CAS. 18.
(23) ÉTUDE DE CAS II.1. Le triangle humanitaire Dans son recueil des actes du colloque sur l’humanitaire, qui s’est tenu à Genève le 19 novembre 2009, Mathieu Guidère parle de la « réticence de l’humanitaire, d’essence universaliste, à reconnaître des spécificités ayant un encrage local » (p.20). Pourtant, l’étude des sites Internet humanitaires montre que dans leur composition, les sites présentent certaines adaptations à leur public-cible. Cette partie analyse tout d’abord la spécificité des pages francophones des sites Internet humanitaires, puis le contexte dans lequel les ONG choisissent d’adapter ou non le contenu de leur site afin de comprendre le but de cette éventuelle adaptation. Les sites humanitaires sont une mine d’émotions, à tous les niveaux. Ostensiblement, les bandeaux alertent, les images choquent, les titres retiennent l’attention du lecteur. Explicitement, le contenu attire l’intérêt, les chiffres interpellent. Implicitement, les vidéos suggèrent par leur nature que l’internaute est témoin de situations de crise ou de conflit et les tournures de phrases l’impliquent sans qu’il le sache. Il est donc intéressant d’analyser plus en profondeur la stratégie mise en œuvre par les ONG pour produire ces effets sur le lecteur, en se basant sur l’étude des trois protagonistes humanitaires : le bénéficiaire, le donateur et l’ONG. Sans bénéficiaires, que feraient les ONG ? Sans donateurs, comment les ONG survivraientelles ? Et sans ONG, comment les bénéficiaires pourraient-ils recevoir une quelconque aide ?. 19.
(24) Figure 2.1 « Le triangle humanitaire ». II.1.1. La place du bénéficiaire sur les sites francophones Le schéma du triangle humanitaire (figure 2.1) est la représentation qui est née d’une réflexion sur les protagonistes humanitaires. Lors de l’analyse d’un problème, le cerveau humain en fabrique une représentation pour permettre à un individu de le « visualiser ». C’est pourquoi la plupart des exposés de problèmes, situations compliquées ou de crise, liés ou non à l’humanitaire s’accompagne d’images. Ces images peuvent être des schémas, des dessins, des photographies ou des vidéos. a) Photographies Les photographies illustrent les situations. Dans les sites Internet humanitaires, chaque cliché permet de donner à l’internaute une représentation d’une situation de crise, de conflit ou de catastrophe. Parfois, une image vaut bien plus que des milliers de mots32, surtout si le photographe. Photographie 2.1.1.1. 20.
(25) arrive à capturer « le » regard de désespoir, de haine ou de reconnaissance (photographie 2.1.1.1)33. Les images ont aussi un avantage pour celui qui les choisit, car il a la possibilité d’orienter l’effet produit sur l’internaute, empêchant le libre cours de son imagination et lui dictant implicitement les couleurs, les émotions et les perspectives qu’il souhaite lui faire ressentir. C’est parce que les images importent autant qu’il est utile d’y étudier la place des bénéficiaires34. Les bénéficiaires sont en général présentés dans le contexte de leur vie quotidienne, au centre de l’image, comme le montre la photographie qui suit. Elle se veut authentique et marquante. « Authentique » pour convaincre l’internaute de la véracité du contenu du site. Ce type de photographie place l’internaute dans la position de témoin second. Il est en mesure de constater que les témoignages premiers sont exacts, qu’on ne lui a pas menti. « Marquante » parce qu’elle servira de preuve historique, commémorative d’un événement particulier, d’une situation donnée (photographie 2.1.1.2)35.. Photographie 2.1.1.2 32. L’origine de ce proverbe n’est pas certaine : http://www.phrases.org.uk/meanings/a-picture-is-worth-a-thousandwords.html (consulté le 30/06/10) 33 Origine de la photographie : http://www.mdm-international.org/index.php?id_rubrique=2 (consultée le 25/05/10) 34 Stéphanie Dupont, Mémoire de DESS Nouveaux medias de l’information et de la communication Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille, Université de la Méditerranée, Promotion 2002, page 30-32 sur le pdf : http://stephanie.dupont3.free.fr/integral.pdf (consulté le 23/12/10) 35 Origine de la photographie : http://www.msf.ch/news/communiques-de-presse/detail/msf-attire-lattention-sur-lesdangers-continuels-auxquels-sont-confrontes-les-migrants-et-les-refug/ (consultée le 25/05/10). 21.
(26) Il arrive également que l’environnement du bénéficiaire, pour l’occasion, soit une structure, mise en place par l’ONG. Le bénéficiaire sert alors de faire-valoir à l’ONG. Évidemment, la structure est utile aux bénéficiaires, mais la photographie rend leur présence anecdotique. Ils pourraient tout aussi bien être flous au milieu de la photographie, même si parfois l’inverse se produit (photographie 2.1.1.3)36, le bénéficiaire n’est là que pour signifier ce qui l’entoure. La représentation que l’internaute garde de l’image n’est pas celle de la victime, ni de son problème, mais de ce que l’ONG a mis en place pour l’aider.. Photographie 2.1.1.3. Dans le même ordre d’idée, le bénéficiaire peut être entouré du personnel de l’ONG (photographie 2.1.1.4)37. Ainsi, la représentation que l’internaute en a est l’attention que lui porte l’ONG. Le logo éclipse même les membres de l’ONG. Ils ne sont que les façades humaines de l’Organisation. Ce n’est pas non plus le bénéficiaire qui est mis en avant, ni son problème, mais le fait que l’ONG s’occupe de ce problème. Autrement dit, c’est le traitement du problème qui est au centre de l’illustration.. 36. Origine de la photographie : http://www.msf.fr/2010/05/26/1733/sida-no-time-to-quit/ (consultée le 25/05/10) Origine de la photographie : http://www.handicap-international.ch/fr/Documentation/Archive-News/Sante-undeploiement-sans-precedent.html (consultée le 25/05/10) 37. 22.
(27) Photographie 2.1.1.4. Le bénéficiaire peut aussi être seul, ou en groupe. Seul, il représente la désolation, le désespoir ou l’impuissance. Il signifie le besoin d’être entouré, le besoin d’être soigné, sauvé, la nécessité pour l’ONG d’agir et pour le donateur de faire preuve de générosité (photographies 2.1.1.5 et 2.1.1.6)38.. Photographie 2.1.1.5. Photographie 2.1.1.6. 38. Origine respective des photographies : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/conflits et http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/imagecache/middlewidth/42265scr.jpg (consultées le 25/05/10). 23.
(28) Le groupe est en général représentatif d’un plus grand nombre encore de bénéficiaires. Ces images de groupes sont utilisées notamment pour illustrer les exodes dus aux conflits ou aux épidémies, les camps de réfugiés ou ceux des victimes de catastrophes naturelles. Dans ce cas, les bénéficiaires, seuls, ou en groupe, symbolisent leur problème. Ils ne sont pas identifiables en tant qu’individus, ils ne font que personnifier leur problème (photographie 2.1.1.7)39.. Photographie 2.1.1.7. Un autre aspect de la représentation des bénéficiaires est également la victimisation : la mise en scène des bénéficiaires les plus innocents, notamment des enfants ou des personnes très affaiblies ou atterrées par ce qui leur arrive. C’est le cas des deux clichés ci-dessous. Ce petit enfant souffrant de malnutrition (photgraphie 2.1.1.8)40 et cet homme accroupi qui pleure la tête entre ses mains (photographie 2.1.1.9)41. La photographie en appelle alors à l’émotivité de l’internaute, à son sens de l’empathie.. Photographie 2.1.1.8. Photographie 2.1.1.9. 39. Origine de la photographie : http://www.oxfam.org/fr/emergencies/darfur (consultée le 25/05/10) Origine de la photographie : http://www.actioncontrelafaim.ca/images/stories/otp14.jpg (consultée le 25/05/10) 41 Origine de la photographie : http://www.oxfam.org/fr/emergencies/gaza (consultée le 25/05/10) 40. 24.
(29) b) Vidéos Les vidéos offrent les mêmes aspects de représentation des bénéficiaires avec un avantage supplémentaire : la magie du document audiovisuel rend toute sa vie à l’image. Ce n’est plus une simple représentation figée d’un bénéficiaire lointain. Dans une vidéo, les bénéficiaires vivent dans les conditions de leur quotidien, sous le regard de l’internaute. Lorsqu’ils sont interrogés par les reporters, les bénéficiaires semblent répondre directement à l’internaute par le biais de la caméra. L’internaute est plus proche des bénéficiaires et devient alors lui-même le témoin direct des actions de l’ONG. Si les paroles des bénéficiaires sont rarement rapportées dans les textes, dans les vidéos leurs témoignages directs sont nombreux. Ce n’est plus seulement un membre de l’ONG qui explique la situation, ses dires sont appuyés par les personnes directement affectées, ce qui rend le témoignage plus poignant et réel pour l’internaute. Justement, le fait qu’il ne soit pas sur place est compensé par la venue directe du bénéficiaire « chez lui ». c) Textes Représentation anecdotique Dans les sites, il est parfois fait référence aux bénéficiaires de manière globale. Sur le site d’Oxfam International, par exemple on trouve les termes « communautés », « populations », « gens », « société civile », « le monde a besoin de vous » 42 ; « la vie sur terre », « notre planète » 43 , mais également « pour tous », ou « universel ». Les deux derniers exemples se retrouvent dans tous les sites étudiés. Le caractère général de ces termes implique que le bénéficiaire devient une préoccupation anecdotique. Il n’a pas de visage ni d’identité, il appartient à une masse, conséquente, mais impersonnelle. L’internaute ne ressent pas la nécessité d’aider 42. Lien vers la page d’origine de cette expression : http://www.oxfam.org/fr/campaigns (consultée le 10/05/10) Lien vers la page d’origine de ces deux expressions : http://e-activist.com/ea-campaign/clientcampaign.do?ea.client.id=142&ea.campaign.id=4250 (consultée le 10/05/10) 43. 25.
(30) quelqu’un en particulier, mais le poids de la responsabilité qui lui incombe. La pluralité, un nombre indéfini, compte sur lui. L’humanité tout entière est en jeu. Il arrive également que le bénéficiaire soit localisé, autrement dit associé, voire remplacé par un nom de lieu. Cela illustre, parfois presque autant qu’une image, la situation dont il est question. Par exemple, chez Oxfam44, il est fait mention des « ouvriers agricoles aux Etats-Unis », des « cultivateurs de maïs en Amérique centrale », ou encore des « pêcheurs en Asie de l’Est ». Ces réalités sont connues, du moins font-elles appel à notre mémoire collective. Par exemple, derrière les ouvriers agricoles aux États-Unis, se cache sans doute la ferme de la couverture du Poney Rouge de J. Steinbeck de l’Edition Folio Junior 45 . Les cultivateurs de maïs en Amérique centrale rappellent les Aztèques et finalement, le fragment « pêcheurs de l’Asie de l’Est », ou de l’Asie du Sud-Est, semble être devenu une collocation à part entière. L’association de ces mots est une amorce qui fait ressurgir chez l’internaute des souvenirs, des idées, la représentation qu’il a de ces réalités ; comme un parfum évoque un instant de vie ou une émotion. Dans ces cas-là, bien que l’exemple paraisse concret, se référant à l’occupation du bénéficiaire ou à sa localisation, cette entité dépourvue d’être reste anecdotique. Représentation par identité négative Lorsque la dimension de la « personne » entre en jeu, il semble que les bénéficiaires soient plus présents, ils sont humanisés. Ils deviennent « personne », « individu », « citoyen ». Cette dimension plus vivante n’est pourtant pas effective, à cause de l’utilisation globale de ces termes qui renvoie les bénéficiaires à l’anecdotique condition qui était la leur lorsqu’ils étaient « tous », « planète » ou « monde ». Cependant, il arrive que la rédaction soit telle que l’internaute s’identifie à la victime, ce qui change considérablement la donne. Le bénéficiaire est alors représenté par le reflet que projette la personnalité de l’internaute. Un reflet qui peut être négativé, comme dans 44. Lien vers la page concernée : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/agriculture/a-propos (consultée le 10/05/10) Couverture du livre Le Poney Rouge de John Steinbeck, Folio Junior : http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782070612673.jpg (consultée le 26/06/10) 45. 26.
(31) l’exemple suivant : « Un médecin lorsque vous êtes malade, des médicaments à prix abordable, de l’eau potable. Des millions de personnes sont privées de ces choses essentielles, chaque jour de leur vie »46. L’identification à l’internaute s’effectue d’abord par le pronom personnel « vous », renforcé par le singulier de l’adjectif « malade », impliquant qu’il s’agit d’un « vous » de politesse et non de la deuxième personne du pluriel. La magie opère lorsque l’on passe de « vous », être singulier et particulier, chaque internaute, ayant un accès normal à ces biens que l’on pourrait qualifier de première nécessité, à des millions de personnes, a fortiori pluriel, qui en sont privées et qui se définissent, malgré leur anonymat, par le fait qu’elles ne sont pas « vous ». L’effet ici recherché est l’empathie, dont est obligé de faire preuve l’internaute, étant donné que les bénéficiaires sont représentés dans son esprit par tous ceux qui ne sont pas lui. L’anonymat des bénéficiaires est ici nécessaire justement pour que leur identification soit possible. Non-représentation Parfois, les bénéficiaires ne sont pas représentés. Leur présence est cependant latente et maintes fois suggérée par des noms tels que « solidarité » ; « entraide » ; « fraternité » ; « équité » ; « justice » chez Handicap International Canada, ou très souvent par l’aspect négatif de « pauvreté et injustice », chez Oxfam. Tout en ne lisant pas l’expression « victime de l’injustice », mais simplement le nom « injustice », l’internaute sait qu’à l’origine de ce concept se trouve une victime. Chez Oxfam également, une phrase illustre cette présence latente de bénéficiaire : « les institutions et les gouvernements des pays riches ont promis de financer le fonds mondial et ils doivent tenir cette promesse »47. Pourquoi doivent-ils tenir cette promesse ? Non seulement parce qu’ils l’ont promis, mais aussi, et surtout, parce qu’à l’origine de cette promesse se trouve un besoin : celui des bénéficiaires. Faire comprendre sans dire, voilà où réside la force de l’absence des bénéficiaires.. 46. Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/health-education/health (consultée le 10/05/10) 47 Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/health-education/sida2008/financerle-fonds-mondial (consultée le 10/05/10). 27.
(32) Représentation ostentatoire Cependant, il arrive que le bénéficiaire soit cité ouvertement. L’internaute a un aperçu de la vie de la personne. Le cas se présente lorsqu’on donne le nom d’un bénéficiaire, parfois accompagné de son âge, du nombre de ses enfants et de petits détails : l’internaute a l’impression de le connaître. C’est le but de cette déclinaison d’identité. Chez Handicap International Belgique48, le témoignage d’une des victimes du séisme à Yushu, en Himalaya, est disponible. Il s’agit d’un témoignage « recueilli et mis en forme ». Il ne faut donc pas s’attendre aux paroles exactes de la victime, mais la « mise en forme » est organisée de telle sorte que l’internaute croit que la victime parle d’elle-même. Chronologiquement, la date est donnée, le contexte historique, puis la situation géographique. Les personnes de cette histoire, car il s’agit bien là d’une histoire, sont nommées d’emblée, comme si l’internaute les connaissait. Des détails, peut-être ajoutés par le « metteur en forme », illustrent la scène et influencent son imagination (« couverture en laine de Yak » ; « thé au beurre »). L’internaute se retrouve immédiatement dans une ambiance Tuesday Lobsang Rampa49. La première personne du singulier utilisée pour le récit, les questions directes, les points de suspension et d’exclamation, ainsi que le présent de narration donnent l’impression d’un récit vivant. Le bénéficiaire invite l’internaute à partager une tranche de sa vie. Il est au centre de l’attention, au coeur de l’action, et il la raconte à sa manière. À la fin du récit, le « metteur en forme » choisit de conserver « tchiké » en lieu et place de « kiné », laissant entendre l’ignorance du bénéficiaire quand à ce terme. Cette stratégie du véritable rédacteur valide la véracité du propos et provoque un sourire chez l’internaute, augmentant sa connivence avec le bénéficiaire. Le bénéficiaire est utilisé de manière ostentatoire. L’internaute est invité à connaître les détails de sa vie, pour les besoins de la communication humanitaire.. 48. Lien vers la page d’origine du témoignage : http://www.handicapinternational.be/Seisme-de-Yushu-Temoignage_a1115.html (consultée le 10/05/10) 49 Notamment dans son livre Le Troisième œil (The Third Eye).. 28.
(33) Une autre manière de rendre cet effet est de quantifier les bénéficiaires. Action contre la faim dénonce que plus d’un milliard de personnes souffrent de malnutrition50. Chez Médecins sans frontières, on apprend que la malaria provoque entre 300 et 500 millions de décès par an51. Chez Oxfam, ce sont des « centaines de milliers de femmes qui décèdent encore de complications développées au cours de la grossesse et l’accouchement »52. La précision ne joue pas forcément un rôle significatif dans l’effet produit chez l’internaute. En revanche, le fait que ces nombres évoquent des quantités inimaginables, au sens propre du terme, a son importance. En effet, il est difficile de s’imaginer une masse de 300 millions de personnes. D’aucuns diront que cela équivaut à cinq fois la population de la France. Mais qui est capable de se représenter ce que signifie exactement la mort de cinq fois la population française par an ? L’idée reste vague parce que l’échelle est trop importante. Les chiffres, néanmoins, donnent un aspect mathématique et par conséquent scientifique, à l’exemple fourni. Les bénéficiaires sont encore une fois mis en lumière de manière ostentatoire et toujours pour les besoins de la communication. Représentation par victimisation Après avoir fait appel à la dimension cérébrale (réflexion et mémoire), les procédés ostentatoires utilisés pour la description des bénéficiaires dans les sites Internet humanitaires mobilisent également les sentiments de l’internaute. Le tableau qui est dépeint dans les sites est souvent sombre, voire noir. Les bénéficiaires sont souvent associés à des négations, des privations. Ils sont aussi qualifiés négativement. Chez Oxfam, par exemple, l’adjectif « pauvre » est souvent employé. Les populations sont également qualifiées de « perdantes ». Les personnes sont « discriminées »,. « malades », « défavorisées »,. « ravagées »,. « mutilées »,. « blessées »,. « affectées », « démunies », « tributaires de ». Des enfants ne sont pas scolarisés. Des parents n’ont. 50. Source de l’information : http://www.actioncontrelafaim.org/presse/communiques/communique/article/61/1-milliardde-personnes-souffrent-de-la-faim-en-2009-combien-en-faudra-t-il-pour-que-la-faim-devie/ (consultée le 10/05/10) 51 Source de l’information : http://www.msf.fr/?page=medical§ion=4&title=activites-medicales 52 Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/campaign/health-education (consultée le 10/05/10). 29.
(34) pas les moyens de payer53. L’expression utilisée est généralement plutôt hyperbolique. Un exemple est frappant, notamment chez Handicap International Belgique : « les plus démunis des défavorisés » et plus loin : « les plus défavorisés des démunis »54. Dans l’ensemble, la répétition de « populations des pays les plus pauvres », « les pays les plus pauvres » crée aussi, chez Oxfam particulièrement, une sorte d’écho qui semble devenir une litanie de la misère et de la pauvreté. Bien qu’ils soient des personnes, des humains, la noirceur du tableau et les touches de pessimisme persistantes employées pour dépeindre la réalité des bénéficiaires provoquent parfois un sentiment de pitié chez l’internaute, notamment lorsqu’il est fait référence aux enfants. Plus le bénéficiaire est jeune, plus la commisération suscitée est grande. Chez Oxfam, on trouve l’expression-type de ce misérabilisme : « les enfants, innocentes victimes de tout conflit »55. Un autre des procédés de communication utilisés dans les sites relève de la victimisation du bénéficiaire. S’ils devaient être classés dans l’ordre décroissant, elle serait en tête. Viendraient ensuite le procédé de représentation ostentatoire, la représentation par identité négative, la représentation anecdotique et enfin la non-représentation du bénéficiaire. Les bénéficiaires actifs sont rares. Ils sont passifs la plupart du temps. Lorsqu’ils sont actifs, les bénéficiaires sont en général soumis à la force des événements, par exemple, chez Oxfam, on peut lire : « 30 millions de personnes abandonnent leur maison »56. Il est également important de noter que les bénéficiaires sont toujours des tierces personnes. Ils sont généralement mentionnés à la troisième personne, du singulier ou du pluriel, selon qu’ils sont seuls ou en groupe. Les internautes, et donc les potentiels donateurs ne sont jamais des. 53. Source de l’information : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/health-education/education (consultée le 10/05/10) Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.handicapinternational.be/Pourquoi-nous-soutenir_a476.html (consultée le 10/05/10) 55 Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/about/issues/peace-security (consultée le 10/05/10) 56 Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/about/issues/emergency-response (consultée le 10/05/10) 54. 30.
(35) bénéficiaires. Il est justement intéressant de se demander quel rôle peuvent avoir les donateurs dans les sites.. II.1.2. Relations changeantes entre ONG et donateurs Sur les sites, la tendance générale vise à l’exclusion du donateur. Le donateur est « vous » de politesse ou deuxième personne du pluriel, tandis que l’ONG est soit troisième personne du singulier, soit première du pluriel, n’incluant pas forcément le narrateur. Le cas est frappant notamment chez Oxfam, où la limite reste floue entre inclusion et exclusion. L’imprécision est certainement intentionnelle accentuant le contraste avec les passages où les rôles de l’ONG et du donateur sont clairement définis. Le pronom « nous » devient inclusif grâce aux compléments « ensemble » ou « tous ». Parfois, il est possible de déduire que le donateur n’est pas inclus dans la première personne du pluriel, lorsqu’on parle de lui dans le même paragraphe en lui consacrant un « vous ». L’étude suivante a été réalisée principalement sur le site d’Oxfam International, la première ONG à avoir créé son site (1997). L’analyse de la relation ONG-donateur suppose l’étude des cas de figure suivants57 : coopération entre ONG et donateur (figure 2.1.2.1) ; intermédiation (figure 2.1.2.2), le donateur passe par l’ONG ; délégation (figure 2.1.2.3), l’ONG représente le donateur ; valorisation (figure 2.1.2.4), le donateur pour le bénéficiaire ; et enfin, nous verrons un cas d’exemplification du donateur, trouvé chez Handicap International Belgique. Pour mieux visualiser les quatre premiers cas de figure, une modélisation mathématique par la théorie des ensembles permet de mieux visualiser les quatre premiers cas.. 57. [Stéphanie Dupont, Mémoire de DESS Nouveaux medias de l’information et de la communication Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille, Université de la Méditerranée, Promotion 2002, page 33 sur le pdf : http://stephanie.dupont3.free.fr/integral.pdf]. 31.
(36) Quel est le rôle du donateur ?. Coopération (A∪B – A∩B). Figure 2.1.2.1. Intermédiation (A∩B). Figure 2.1.2.2. Délégation (A). Figure 2.1.2.3. Valorisation (B). Figure 2.1.2.4. 32.
(37) Il est intéressant de noter que cette modélisation montre que dans la délégation, tout comme dans la valorisation, se trouve une part d’intermédiation. En effet, dans le cas de la délégation, cela s’explique par le fait que, dans une ONG, une partie des fonds est toujours fournie par les donateurs ; et dans le cas de la valorisation, par le fait que le donateur a toujours besoin d’un moyen de transfert de ses fonds vers les bénéficiaires. Concernant le cas de la coopération, voici quelques exemples recueillis sur les pages d’Oxfam International : « nous déployons ensemble », « ce que nous pouvons faire ensemble », « cette question nous préoccupe tous », « nous œuvrerons ensemble », « le travail que nous ferons ensemble », « contribuez », « nous ressentons tous », « nous sommes tous concernés et nous pouvons tous faire partie de cette solution », « nous avons tous une contribution à apporter », « nous devons tous nous mobiliser ». La plupart de ces exemples comporte des verbes à la première personne du pluriel, à l’exception du verbe « contribuez », dont la conjugaison conviendrait à la valorisation, mais dont le sens indique une coopération. Pour ce qui est de l’intermédiation, les exemples sont plus rares. Celui-ci est cependant significatif : « Qu’il s’agisse de cruches à eau, de manuels scolaires ou de chèvres, tous les cadeaux Oxfam Unwrapped profitent à ceux qui vivent dans la pauvreté »58. Si ce n’était la précision du qualificatif « Oxfam » apporté à cadeau, il s’agirait d’une valorisation totale du donateur. Pourtant, à cause de ce qualificatif, le donateur doit passer par l’ONG pour aider les bénéficiaires. C’est donc bien un cas d’intermédiation. La délégation est également un cas plus rare, dont voici quelques exemples : « regardez ce que nous faisons et soyez le premier à entendre parler de nos actions » ; « investir (sous-entendu le. 58. Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/getinvolved/unwrapped (consultée le 10/05/10). 33.
(38) donateur) dans les moyens de subsistance (...) peut vraiment faire la différence dans nos efforts »59. La combinaison verbale la plus répandue pour ce cas est la suivante : Verbe à la 2ème personne du pluriel + Verbe à la 1ère personne du pluriel ou INFINITIF (sujet sous-entendu = donateur) + nos/notre qqch Dans le cas de la valorisation, plusieurs exemples sont disponibles : « agissez » ; « faites un don » ; « engagez-vous en faveur du droit à la santé et à l’éducation pour tous » ; « faites-leur entendre la vôtre (voix) » ; « changez les choses aujourd’hui » ; « vos dons sont précieux, ils font vraiment toute la différence » ; « le monde a besoin de vous ». C’est en effet le cas le plus répandu avec la coopération. Ces exemples sont tous extraits du site d’Oxfam International, la proportion des cas sur les autres sites Internet est presque la même. Il est possible d’en déduire que les donateurs sont le plus souvent soit assimilés directement à l’ONG, soit manifestement mis en valeur pour leur possibilité d’action. Dans les deux cas, l’objectif de l’ONG consiste, bien entendu, à trouver un maximum de donateurs. Chez Handicap International Belgique, on va même jusqu’à l’exemplification : « En novembre dernier, l’équipe de Handicap International à Bruxelles reçoit un message : "Bonjour, je suis la maman de Clément. À l’occasion de son anniversaire, mon fils a demandé, au lieu de recevoir des cadeaux, de faire un don à Handicap International". Ce geste a profondément touché l’équipe : Clément fêtait ses six ans. Rendez-vous est aussitôt pris pour rencontrer le jeune garçon et sa famille. »60 Le but étant encore une fois, de recueillir plus de dons en faisant naître chez le donateur l’envie de ressembler à ce jeune garçon.. 59. Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.oxfam.org/fr/campaigns/agriculture/a-propos (consultée le 10/05/10) 60 Lien vers la page d’origine de la citation : http://www.handicapinternational.be/Coup-de-chapeau-a-notre-plus-jeunedonateur_a1010.html (consultée le 10/05/10). 34.
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