Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Direction de la recherche faunique
r.
Projet d'étude
,Le drainage des mares saumâtres comme moyen pour réduire la fréquence des accidents routiers impli- quant des orignaux dans le parc des Laurentides
par
Hélène Jolicoeur
Juin 1981
1. INTRODUCTION
L'attraction exercée par les vasières sur les ongulés sauvages a retenu l'attention de plusieurs chercheurs. La plupart d'entres
eux ont avancé l'hypothèse que les animaux étaient attirés à ces endroits par de fortes concentrationsde composés à base de sodium dans l'eau (Chapline et Talbot, 1926; Mc Dowell et Stockstad, 1952; Stockstad
et al., 1953; Dalke et al.,1965; Knight et Mudge, 1967; Bouchard, 1970). D'autres chercheurs ont expliqué ce phénomène par la présence de phosphore (Welch,'1933; Honess et Frost, 1.942) ou de phosphate de calcium (Dixon, 1939) ou encore d'éléments minéraux rares (Cowan et Brink, 1949) dans l'eau.
Grâce à une étude de style "cafétéria", Stockstad et al.
(1953) démontrèrent que les composés à base de sodium étaient les
plus utilisés de tous ceux offerts à au moins quatre espèces d'ongulés:
la chèvre de montagne (Oreamnos americanus), le wapiti (Cervus elaphus), le cerf mulet (Odocoileus hemionus)et le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus). La démonstration fut aussi faite pour l'orignal
(Alces alces) par Fraser et Reardon (1980) à l'aide du même procédé.
En plus des vasières, d'importantes concentrations de sodium peuvent être trouvées dans la végétation aquatique (Jordan et al., 1973) et à certains endroits,dans les mares saumâtres. Les mares saumâtres
peuvent se définir comme des fossés ou des étangs situés à l'intérieur d'une certaine distance de l'accotement de la route (50 m) et dans lesquels on retrouve une eau stagnante ou courante contenant de fortes concentrations d'ions cal4 et surtout d'ions Na+ provenant de
l'épandage de chlorure de calcium et de sodium sur les routes durant l'hiver (Grenier, 1974; 1980).
Cette envie d'absorber du sodium serait plus marquée durant les mois de mai, juin et juillet (Fraser, 1979). Les chercheurs croient que ce goût prononcé pour le sodium viendrait combler une carence en sodium (Jordan et al. 1g73) ou encore viendrait réajuster le rapport Na/k débalancé momentanément par l'absorption importante d'eau et d'ions potassium contenus dans la végétation en croissance (Week et Kjrkpatrick, 1976; Staaland et al., 1980).
Dans leur quête de sodium, les orignaux qui fréquentent les mares saumâtres sont souvent victimes de collisions automobiles. En effet, Grenier (1974) a démontré qu'il y avait 2,3: fois plus
d'orignaux tués par mille (1,6 km) de route là où il y avait des mares que là où il n'y en avait pas.
En vue de réduire les collisions avec les orignaux, on a procédé, à l'été 1979, au drainage de certaines mares le long de la route 175 traversant le parc des Laurentides (Grenier, 1980). Le but du présent projet d'étude est de vérifier l'efficacité et la
permanence du traitement et de mesurer à quelle intensité le traitement a une efficacité maximale.
2.
Ce projet est la suite de l'expérience entreprise en 1979 par Grenier en accord avec un mandat du Comité consultatif de l'orignal (CCO).
2. TRAVAUX ANTERIEURS
L'inventaire des mares saumâtres a été réalisé à trois reprises au cours de l'été 1979 entre la barrière Stoneham et le lac
Jacques-Cartier (Grenier, 1980) (Figure 1). Les mares devant être éliminées ont été choisies en fonction de plusieurs critères dont:
le degré de fréquentation par l'orignal, le nombre d'accidents routiers survenant à la hauteur des mares, leur facilité d'élimination, les fonds disponibles et les priorités du ministère des Transports qui réalisait les travaux (Grenier, 1980). En tout, 35 mares sur 74 inventoriées ont été éliminées par voie de drainage. Les travaux se sont avérés satisfaisants dans 71% des cas (Grenier, 1980).
3. DUREE DU SUIVI
Le suivi du traitement des mares saumâtres devrait se poursuivre durant cinq années, c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'été 1985. Cette durée est nécessaire pour obtenir la précision statistique désirée et pour voir le degré de permanence du traitement.
4. Méthode
Le traitement des mares saumâtres n'a pas été effectué en 1979 avec la même intensité tout au long de la route. En réalité, le nombre de mares saumâtres traitées diminue de la barrière Stoneham en allant vers le lac Jacques-Cartier (figure 1). Pour en tenir compte, nous avons divisé, pour les fins de notre étude, cette portion de route en trois tronçons représentant chacun une classe de traitement. Un tronçon additionnel, situé au nord du lac Jacques-Cartier, servira de témoin (figure 1). Les classes de traitement retenues sont présentées au tableau 1.
La longueur des tronçons de route a été déterminée de façon à avoir un minimum de cinq orignaux accidentés par an. Ceci nous permet d'éviter les résultats nuls et de diminuer la variance. Nous nous sommes en plus assurés que la fréquence des accidents routiers était la même d'un tronçon à l'autre en effectuant un test de
Khi-carré sur le nombre total d'orignaux tués depuis 14 ans le long de chaque tronçon. Le test n'a révélé aucune différence significative (P >0,10) entre les tronçons.
Nous avons aussi évalué la densité d'orignaux le long des quatre segments de route à partir de l'effort de chasse déployé au cours des dix dernières années dans les zones de chasse situées en bordure des tronçons (Crête, 1980). D'après le résultat des tests (Mann-
Witney), la densité d'orignaux serait semblable d'un tronçon à l'autre (o(= 0,05).
71° 3 CO W 71° 15' W 710 3 0 W 710 I '
Pitti, lac ,/argues-Cortler
rems Limite du Parc . Orignal tué
0
Classe de traitement IO kmimmum===ed
47c
Figure 1.. Localisation des tronçons de route à l'étude
Tableau 1. Description des tronçons de route servant à assurer le suivi des accidents routiers après le drainage des mares saumâtres
Classe de Localisation Nb, total d'orignaux Nb. moyen d'orignaux Nb.. d'orignaux
traitement (longueur) tués (1) tués/an tués/km
0
1 (1 à 40%)
2 (41 à 80%)
3 (81% et +)
km 152 à 178-. 71 (26 km)
km 108 à 136 72
(28 km)
km 96 à 108 77
(12 km)
. km 84 à 96 75
(12 km)
5,1 2,7
5,1 2,6
5,5 6,4
5,4 6,3
(1) Statistique recueillie sur une période - de 14 ans (1965 à 1979).
e-
5.
Pour avoir la fréquence d'accidents routiers désirée, nous avons dû retenir des tronçons de route variant de 12 km à 28 km de longueur. Avec des tronçons de pareils dimensions, il est
impossible de faire des répétitions. Le traitement des données devra donc se faire au moyen d'une analyse de variance à un seul facteur sans répétition.
La variable mesurée sera le nombre d'orignaux tués le long de chaque tronçon après le traitement. L'unité de localisation des carcasses et des mares saumâtres sera le kilomètre. Une carte au 1: 50 000 avec l'emplacement précis des bornes kilométriques a été préparée dans le but de faciliter la transcription des données antérieures et à venir.
Un inventaire des mares saumâtres sera mené à chaque printemps afin d'obtenir un décompte précis de toutes les mares par kilomètre de route. Cet inventaire nous permettra non seulement de suivre l'évolution des mares identifiées par Grenier en 1979 mais aussi de constater l'avènement de nouvelles mares.
La concentration d'ions dans les mares se mesurera au moyen d'un conductimètre YSI modèle 33. Seuls les trous d'eau et les
fossés ayant une conductivité minimale de 250 pmhos seront considérés comme mares saumâtres (Grenier, 1980). Les mares identifiées au début de l'été seront vérifiées à nouveau à trois reprises au cours de l'été pour connaître l'évolution de leur conductivité, de leur
fréquentation et de leur niveau d'eau.
La fréquentation des mares par l'orignàl sera mesurée simplement en notant la présence ou l'absence de pistes fraîches d'orignaux aux abords des mares.
L'efficacité du traitement sera vérifiée d'une autre façon par le nombre d'orignaux vus le long de chaque tronçon de route.
Pour réunir le plus d'observations possibles, des carnets de route seront distribués aux employés du Service des Parcs et du Plein Air en poste dans le parc des Laurentides et aux employés du Service d'Aménagement et de l'Exploitation de la faune oeuvrant dans ce
secteur. De plus, des inventaires de nuit seront faits par le person- nel de la Direction de la recherche faunique aux heures les plus propices aux accidents routiers soit entre 20h et 24 h. L'inventaire se fera en circulant en automobile à 80 km/heure et en braquant
un faisceau lumineux de forte intensité vers le côté droit de la route.
L'équipe d'inventaire se composera de deux personnes: le chauffeur et l'observateur.
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Un décompte du nombre de véhicules traversant le parc des
Laurentides au cours de l'été sera demandé au ministère des Transports à chaque année. Advenant une augmentation du nombre d'accidents
routiers durant l'étude,cette mesure servira à déterminer si la hausse des accidentà est due à une augmentation de la circulation routière ou à l'augmentation de la densité d'orignaux.
Nous demanderons aussi au ministère des Transports de nous fournir pour la durée de l'étude les quantités de chlorure de calcium et de sodium répandties •au cours des hivers qui ont précédés et suivis le traitement des mares. Cette mesure vise simplement à prévoir un changement possible du rapport Na4Vca++ dans les mares, changement qui pourrait venir biaiser nos lectures de conductivité.
xr
7.
5.
COÛTS5.1 Salaire
Temps réguliers
45 jours - personnel x 90..00 $4 050,00
Temps supplémentaires
56 heures - professionnels/étudiants
56 x 13,75 $770,00
56 heures - techniciens
56 x 19,25 $1 106,00
Total $5 926,00
5.2 Matériel
Piquets de bois, de fer, cartes topographiques, ruban, développement
photos $200,00
Grand total $6 126,00
e t
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