• Aucun résultat trouvé

" Lettres parisiennes "

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "" Lettres parisiennes ""

Copied!
10
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: halshs-01224561

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01224561

Submitted on 4 Nov 2015

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

Copyright

” Lettres parisiennes ”

Shaba Kowsar

To cite this version:

Shaba Kowsar. ” Lettres parisiennes ”. Journée d’études PHOTOBOOKS, Paul EDWARDS, Biblio-

thèque des Grands Moulins, Université Paris VII, Nov 2013, Paris, France. �halshs-01224561�

(2)

I

" Lettres parisiennes "

Texte et photographies : Shabahang Kowsar

Journée d'études PHOTOBOOKS, le 07 novembre 2013, Bibliothèque des Grands Moulins, Université Paris VII

Le samedi 12 janvier 1839, dans un billet intitulé " Courrier de Paris ", le vicomte Charles de Launay écrit :

" On s'occupe aussi beaucoup de l'invention de Monsieur Daguerre, et rien n'est plus plaisant que l'explication de ce prodige donné sérieusement par nos savants de salon. M. Daguerre peut être bien tranquille, on lui prendra pas son secret. Personne ne songe à le raconter ; quand on en parle, on ne pense qu'à une chose, c'est à place avantageusement les quelques mots d'une science quelconque que l'on a retenus au hasard.

Ceux qui ont un ami ou un oncle physicien font de cette découverte un phénomène tout physique ; ceux qui ont été amoureux de la fille d'un chimiste, font de cette invention une opération toute chimique ; ceux enfin qui ont souvent mal aux yeux, la réduisent à un simple effet d'optique. Le moyen de se délivrer d'eux et de leurs inconvenables définitions, c'est de les mettre tous aux prises les uns avec les autres ; alors c'est un échange de mots scientifiques, de faux latin et de grec tronqué qui est d'un entraînant irrésistible : quel délire ! quel amphigouri ! il y aurait de quoi rendre fou un imbécile. Jusqu'à présent voilà ce que nous avons compris : la découverte, c'est le moyen de fixer l'image ; ainsi vous obtenez par le reflet un portrait fidèle du pont des Arts, par exemple ; vous tenez votre pont des Arts, bien, vous êtes content, point du tout ; un mari et sa femme passent sur le pont, et sans le savoir ils effacent votre dessin. Prenez donc garde, monsieur ; vous gênez l'artiste qui est là-haut à sa fenêtre. Vraiment cette découverte est admirable, mais nous n'y comprenons rien du tout : on nous l'a trop expliquée. " 1

Nous sommes le 12 janvier 1839. Le fameux daguerréotype dont parle l'auteur

n'a été présenté à l'Académie des Sciences que quelques jours auparavant par

Arago et le public parisien devrait encore patienter pendant 7 ou 8 mois pour

que cette " découverte " lui soit officiellement introduite. L'article paraît dans le

(3)

II

quotidien La Presse, créé par Emile de Girardin en 1836 à bas prix, avec un abonnement annuel de 40 francs au lieu de 80, selon Anne Martin-Fugier 2 . Des personnalités importantes de l'époque telles que Balzac et Dumas figurent également parmi ses auteurs. Une telle révélation faite par le biller d'un journal à succès nous paraît alors problématique. Nous pouvons nous demander par exemple si l'élite parisienne de la première moitié du XIX e siècle a le privilège d'être tenue au courant des événements longtemps avant le public, pour que, comme nous raconte l'auteur, l'on parle déjà de l'invention de Daguerre dans les salons. Ne s'agirait-il pas plutôt d'une fuite d'information ? Et encore, qui se cache derrière le vicomte de Launay ? Un académicien ? Un journaliste avec des contacts à l'intérieur de l'Académie ? Un proche de Daguerre ou d'Arago ? Ou tout simplement un habitué des salons s'amusant à raconter les dernières tendances ?

Et enfin pourquoi donner comme le premier exemple " daguerréotypable " le pont des Arts ? Cette nouvelle construction n'évoquerait-elle pas l'engouement des français pour la modernité ? N'occuperait-elle pas la même place que la tour Eiffel dans cette première moitié du XIX e siècle ?

Revenons à la question de l'auteur. Il s'agit bel et bien d'un pseudonyme.

Bien que surprenant, notre vicomte est une femme, une poétesse devenue

journaliste à cause de son époux qui n'est d'autre que le directeur du journal où

(4)

III

est publié le " Courrier de Paris " : une certaine Delphine Gay plus connue sous le nom de Mme de Girardin.

Née le 26 janvier 1804, elle est surtout soutenue par sa mère Sophie pour joindre le monde de la littérature. Chez ses parents, elle rencontre entre autres des personnalités telles que Mme de Staël, compose des vers, participe à " des séances d'improvisation " 3 , " se produit chez Mme Récamier, chez Mme de Flavigny […] et bien d'autres " 4 .

A 27 ans, elle épouse Emile de Girardin. Cinq ans plus tard, ce dernier l'invitera à l'aider dans son nouveau journal, La Presse. Et c'est ainsi que le vicomte Charles de Launay voit le jour. Il sera porte-parole de Delphine de Girardin pendant 12 ans, c'est-à-dire jusqu'aux événements de 1848.

Le vicomte abordera différents sujets, allant de la Chambre des députés aux boulevards parisiens. De nombreuses personnalités seront citées dans ses chroniques sous leur vrai nom, ce ne sera donc que l'auteur qui se cachera derrière un pseudonyme. Le " Courrier de Paris " rencontrera un tel succès que dès 1843, il sera réédité sous forme d'un livre qui s'appellera " Lettre Parisiennes ". La première édition dévoilera officiellement le vrai nom de l'auteur et ne comportera qu'une sélection de billets publiés jusque-là.

Cependant, les prochaines versions seront beaucoup plus complètes, par

exemple, celle de 1857 parue en quatre volumes. Cette version " définitive " 5

(5)

IV

sera alors posthume, car l'auteur avait disparu deux ans auparavant à cause d'un cancer de l'estomac.

Pour l'exposition actuelle, j'ai préféré me concentrer sur les " lettres "

rédigées en 1839, pour connaître en quelque sorte l'ambiance de Paris au moment de l'invention de la photographie.

Malgré la diversité des sujets, ceux qui abordent les tendances de la mode

sont ici prioritaires, car ils me semblent plus en accord avec l'esprit féminin de

l'auteur qui se cache derrière un pseudonyme masculin. Par ailleurs, le fait que

Delphine elle-même possède un salon l'aurait fortement aidé à étudier en

profondeur l'attitude des parisiens modèles de ces années-là. A travers l'image

des mannequins exposés dans les vitrines parisiennes, je vous propose une

interprétation visuelle de quelques passages intemporels des Lettres parisiennes.

(6)

V

" N’allez pas croire cependant que cette étude de la parure des femmes soit pour nous sans intérêt ; au contraire, prise au sérieux, cette étude a un

très-grand charme, et nos observations nous ont souvent amené à des découvertes très-curieuses. Grâce à elles, nous sommes parvenu à établir

un système complet dont la profondeur philosophique vous épouvanterait. "

Delphine de Girardin, Lettres Parisiennes . Extrait de la Lettre XVI, 10 août 1839.

(7)

VI

" Il faut aussi rendre justice à l’industrie parisienne ; le goût français depuis quelques années s’est remarquablement perfectionné ; la parure

des femmes, leur coiffure, la forme de leur vêtement, ces futilités si importantes, ont acquis ce qui leur manquait : de la légèreté et de

l’élégance. "

Delphine de Girardin, Lettres Parisiennes. Extrait de la Lettre X, 3 mai 1839.

(8)

VII

" Il faut rendre aux femmes cette justice, qu’elles ne font jamais de la laideur une distinction, et qu’elles n’ont jamais fait consister l’élégance à

paraître à leur désavantage. "

6

Delphine de Girardin, Lettres Parisiennes . Extrait de la Lettre VIII, 22 mars 1839.

(9)

VIII

" Depuis quelque temps, toute personne élégante est honorée du titre de lion ; on compte une vingtaine de lions par coterie : toute femme

qui a de beaux diamants, de hautes dentelles, de grands chevaux et un bon cuisinier, qui se montre au spectacle, aux courses et aux fêtes brillantes, est classée parmi les lionnes, sans information préalable et

sans jugement motivé ; […]. "

Delphine de Girardin, Lettres Parisiennes . Extrait de la Lettre XVII, 6 septembre 1839.

(10)

IX

1

LAUNAY le vicomte de, pseudonyme de Delphine GAY épouse GIRARDIN Emile de, " Lettre II. 12 janvier 1839 ", Lettres Parisiennes, Paris, Michel Lévy Frères, 1862, p. 61-68, citation p. 67-68.

2

Voir MARTIN-FIGIER Anne (éd.), GIRARDIN Mme de, Lettres Parisiennes du Vicomte de Launay, Paris, Mercure de France, 1986.

3

Ibid., p. 10.

4

Ibid.

5

Ibid., p. 15.

Références

Documents relatifs

Pour beaucoup de peintres, femmes et hommes confondus, un séjour dans cette cité cosmopolite est perçu comme indispensable à la consolidation de leur apprentissage, car

9 En 1958 (quarante et un ans après la première édition !), Hatier propose à nouveau le dictionnaire de De Graziani et, en 1960, celui de Josso avec l’indication « 80 e à 100 e

Appréciant les paysages de Québec et non sa prédominance canadienne française, Dalhousie devient sensible aux réalités naturelles comparables du territoire

Il est en nette augmentation : les individus de la première cohorte ont occupé en moyenne 1,5 poste au cours de leur carrière, ou, ce qui revient au même, ont effectué 0,5

Lors d’une journée de compétition de danse, le danseur fait plus d’une chorégraphie pour plus d’une école de danse, il doit s’assurer de partager son temps de

Les propos qu’aurait tenus une aubergiste d’Ouessant sont révélateurs, même si la prudence s’impose quant à leur véracité  : «  Les vieux usages n’existent plus 60 . 

« anti-romans » du XVIII e siècle que dans les récits « excentriques » 4 de la première moitié du XIX e siècle : dans ces derniers, elle traduit le désir, non pas tant de

L'ouvrage, qui se présente davantage comme une brochure patriotique que comme une pièce de théâtre, évoque une discussion menée entre trois personnages: Madame