Snes Copsy Info Rapide Novembre 2009
N° 4
Le MEN doit entendre la réalité du terrain !
Lors de « l’opération Vérité » organisée par le Snes les collègues ont été invités à établir des états des lieux de tous les « empêchements » à bien faire notre métier.
Réunis en AG le matin, 150 délégués ont apporté des témoignages éclairants de la dégradation alarmante des conditions d’exercice.
Les postes
De nombreuses académies ont fait état d’un pourcentage d’ETP vacants à la rentrée (45 à Créteil et Versailles, 19 à Lille) et d’un nombre importants de collègues contractuels (30% à Aix et à Créteil..) dont l’accompagnement et la formation repose au jour le jour sur les équipes de CIO déjà exsangues.
Devant cette pénurie, on incite les collègues à ne plus se répartir les secteurs et à intervenir en
« brigades » comme dans l’académie de Lille ou à fermer les CIO comme à Créteil. Un moyen très certainement, de nature à rendre plus visible le service public !
Même si l’introduction dans les établissements dans le cadre de conventions locales, de prestataires divers, médiateurs, éducateurs, psychologues n’est pas nouvelle, on voit que le phénomène s’accélère et se banalise. Il est facilité par la fragilisation de la profession. Les expériences et les dérives observées par les collègues montrent que ces interventions sont, souvent, au mieux inutiles, mais que parfois elles peuvent s’avérer néfastes voire dangereuses pour les élèves.
Les CIO
Les conditions de logement des CIO se détériorent, du fait du désengagement de l’Etat qui se débarrasse de certains bâtiments publics où sont implantés des CIO (comme dans l’académie de Nantes), ou récupère les locaux pour d’autres utilisations (comme dans l’académie d’Aix) ou encore décide de fusion (comme dans l’académie de Créteil). Contraints au relogement les CIO de Vitré et de Saverne ont du faire l’expérience de « plateformes multi services » tant vantées par le DIO. Résultats ? Au CIO de Vitré les collègues n’ont plus que 2 bureaux pour recevoir les élèves en toute confidentialité, n’ont plus la maîtrise de l’organisation de l’accueil ni de l’accès au parc informatique.
Et si d’aventure, il leur venait à l’esprit de se réunir il leur faut louer la salle de réunion ! On peut douter que cette expérience ne contribue à augmenter la fréquentation du CIO par les élèves de collèges et de lycée.
Les expérimentations « hirsch »
Mises en place dans le cadre du livre « vert » elles anticipent et illustrent bien toutes les dérives possibles.
Autour du décrochage plusieurs associations ou organismes privés se sont positionnés. Nos collègues de l’Académie de Toulouse et de Strasbourg ont eu la surprise de se voir réclamer des chiffres astronomiques de « décrocheurs potentiels (30 pour un collège de l’Académie de Strasbourg !). Il est vrai qu’il y a des milliers d’euros à la clé et que ces organismes espèrent voir reconduite leur contractualisation !
La prestation d’un organisme, autorisé par le Recteur de Créteil, pour intervenir auprès des élèves de SEGPA, sur l’aide « au projet personnel » bien que s’étant conclue par un fiasco l’an dernier est pourtant reconduite dans plusieurs départements de la région Parisienne !
Dans cette même académie, le Recteur a imaginé de remplacer les copsy par des personnels hybrides, mi CPE mi conseiller d’orientation psychologue, teintés de principal adjoint. La fonction sera assurée par…des contractuels formés en quelques jours !! Quel mépris pour les personnels et pour les jeunes !!
A Lille, c’est carrément un questionnaire (LYCAM) qui est utilisé par la MGI avec des élèves de LP et sera exploité informatiquement par le Rectorat, sans garantie aucune pour la confidentialité des données !
Loin de faciliter les relations cette logique de concurrence installée de fait par cette contractualisation, ruine dans bien des endroits la coordination qu’un patient travail de terrain avait permis de mettre en place, notamment avec les Missions Locales.
Les plateformes multi médias
Leur mise en place se traduit par des pressions sur les collègues pour qu’ils soient volontaires, des déplacements supplémentaires non remboursés, et si certains acceptent d’intervenir en heures supplémentaires, c’est au tarif royal de 15 euros de l’heure !
Audience au MEN
Pour clôturer ce rassemblement une délégation composée de D Robin, co- secrétaire général du Snes, de M Agnès Monnier et de C Remermier secrétaires de catégorie, de Sophie Boniface, membre du collectif national copsy et de plusieurs collègues de province (Lille, Aix et Rennes) a été reçue par M Lugnier conseiller du Ministre et par P Chauvet du bureau de l’orientation à la DEGESCO.
Nous nous sommes faits l’écho des nombreux témoignages apportés par les collègues et avons remis à M. Lugnier les documents apportés le matin par les représentants des académies.
Nos interlocuteurs ont pris note de la dégradation des conditions d’exercice. Ils ont réaffirmé que le ministre n’entendait pas démanteler le service public d’orientation, mais clarifier les missions des copsy, du directeur et la place des CIO. C’est l’objet du Groupe de travail. De cette discussion devraient découler des décisions sur les dossiers recrutements et formation.
Nous avons insisté fortement sur la situation préoccupante du fait de la pénurie en personnels. Si véritablement le Ministre veut rassurer la profession qu’il envoie un message significatif au prochain budget !
Nous avons également alerté sur les décrets d’application de la loi sur l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie. Rappelons qu’elle prévoit l’externalisation de nos missions, la régionalisation des CIO et le déplacement de notre cœur de métier vers l’insertion des adultes. Si les décrets sortent rapidement, encore une fois sans aucune concertation avec les représentants des personnels, quel espace restera t il pour une discussion sur les missions ? Avec un nombre de postes en chute libre, de nouvelles tâches qui s’imposeraient à l’extérieur des établissements, (accueil dans les plateformes multiservices, participation au service « dématérialisé » de l’orientation) on voit bien quelle serait la conclusion !
Il nous faut rester très mobilisés sur l’évolution des décrets d’application de la loi et très vigilants sur l’évolution des discussions ouvertes par le ministère de l’Education Nationale, dans le cadre du groupe de travail sur les missions et dans celui concernant la réforme du lycée.