J
OURNAL DE
T
HÉORIE DES
N
OMBRES DE
B
ORDEAUX
G
UY
B
ARAT
Sur un procédé universel d’extraction
Journal de Théorie des Nombres de Bordeaux, tome
7, n
o2 (1995),
p. 435-445
<http://www.numdam.org/item?id=JTNB_1995__7_2_435_0>
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Sur
unprocédé
universel
d’extraction
par GUY BARAT
RÉSUMÉ 2014 On étudie ici un procédé universel d’extraction de suites -
ex-traction en un sens élargi qui sera précisé - consistant à piquer les chiffres
de l’écriture en base d des indices de la suite, cela suivant une partie E de N. On s’intéresse plus particulièrement à l’action de ce procédé sur les
suites périodiques, en liaison avec la régularité de la partie E, en termes de
périodicité, de quasi-périodicité et d’automaticité. Ainsi
(à
une restrictionévidente
près),
les procédés associés aux parties ultimement périodiques deN transforment suites périodiques en suites automatiques, mais conservent
l’automaticité - ces parties de N étant les seules à posséder cette propriété.
D’autre part, les parties de N inférieurement lacunaires sont les seules à transformer toute suite en une suite quasi-périodique, et celles qui sont arithmétiquement denses changent le périodique en quasi-périodique.
I.
Description
duprocédé
’
Soit une
application 0 :
N strictementcroissante,
ou, de manièreéquivalente,
unepartie
infinie deN,
soitd étant un entier naturel
supérieur
ouégal
à 2 fixé et n un entiernaturel,
on note n =développement
de n en base d.A la suite de
[5],
on définitl’application
uE(n) =
Autrement
dit,
(TEsupprime
dans l’écriture de n en base d les chiffres dont le numéro d’ordre n’est pas un élément de E.Examinons comment se construit la suite Les
premiers
termes de la suite sontnuls,
ils le sontjusqu’au
premier
n vérifiant~8~°~ ~n~ ~
0,
soit termes nuls. Autant valent ensuite1, puis 2,
et ainsi de suitejusqu’à
d -1.Ensuite,
onreprend
tous les termesdéjà
écrits en leurajoutant
d,
puis
2d,
etc,
enayant
auparavantrépété
leprocédé
fois. Onrépète
alors la totalité de cequi
a été faitdO(2)-8(1)-1
fois ;
puis
l’onreprend
enajoutant
d2, 2d2,
etc. Parexemple,
si E = 2N et d =2,
lespremiers
Remarquons
que l’onpeut
sans inconvénient supposer0(0)
=0,
la suiteobtenue à
partir
de E étant déductible de celle obtenue àpartir
de 0’
=0 -
8 (0)
en"bégayant" ,
c’est-à-dire enrépétant chaque
termed8(O)
fois.1. Premières
propriétés
e Suivant
[3~, ~
= est d-additive : si md’’,
on a +m)
=a(adr)
+y(?7t).
La vérification est immédiate.. 0" n’est
jamais
régulière -
c’est-à-direqu’il
n’existe pas departie
Ade N de densité
asymptotique
1 telle que soitinjective
-, sauf si 0 estl’identité : en
effet,
sir 0
E,
on a =u(n
+dT 0:),
pour 0 a d - 1
et
er(n)
= 0DÉFINITION
1. Soit A unepartie
de N. Onappelle
densitéasymptotique
de A la limitequand N
tend versl’infcni,
si elleexiste,
de laquantité
1
. u est
"presque toujours"
M-régulière,
en ce sens que la sérienumérique
de terme
général
la(In)
estconvergente,
oùA(N)
:= #
1(n, m)
(N,
. 1 1 - 1 -
ng-N = dr. En base
d, n
N s’écrit...eo(n),
dans lamesure où
{n ;
nN~ - {n ;
=r}.
Notons
TE (r~
=# [ 0 ;
r Pouralléger
l’écriture,
nous noteronsle
plus
souvent T pour TEquand
cela ne saura entrainerd’ambiguité.
On a
e (n)
= si et seulementsi,
pour tout k de
E,
é:k(n) =
d’Otl
A(N)
= .Pour N
quelconque,
posons r =[109d N] .
Comme d’’d~’+I ,
on
peut
écrireen vertu du calcul
précédent.
En divisant cet encadrement parN3
et enobservant que
r(r
+1) >
T(r),
il vient :et on
peut
dire que la série de termegénéral
20132013
converge si et seulement1
n:3 1
si celle de terme
général
~
correspondant
à desparties E
de Nlargement
lacunaires ne sont pasM-régulières. (Ce
résultat n’avait pas étécomplètement
élucidé dans[5]).
Cettepropriété
deM-régularité
permet
de se rendrecompte
que si leprocédé
décrit n’est pas stricto sensu une extraction(uE
n’est passtricte-ment
croissante),
il ne s’enéloigne
pas defaçon
immodérée.. Soit E un ensemble de
parties
de N deux à deuxdisjointes. Alors,
E e
El
est"éparse"
(ce
qui
signifie
d’après
[5]
que{n
u(n) =
est de densité
asymptotique
nulle pour tous cr et Tdans.E)
1En
effet,
si E et F sont deuxparties
de £,
prenons ~V = d’’ .Alors,
Pour N
quelconque,
on a alors où r =Llogd NJ.
Remarquons
plus
généralement
que si E et F sont deuxparties
infinies deN,
le même calcul montre que«(TE,
estéparse
si et seulement si E 6. F est infinie.2. Une
propriété
universelleRappelons
un résultat obtenu dans~5] ,
etqui
montrequ’il s’agit
là d’ unprocédé
intéressant :THÉORÈME.
Soit(x, ~u~
un espacetopologique
compact
muni mesure deprobabilité
borélienne. Soit u EXN.
Alors,
pour E C Ninfinie:
i. Si u est
p-équirépartie,
alors u o (JE est aussiy-équirépartie.
ü. Si u est
fi-bien répartie
(c’est-à-dire
si lafamille
des suites obtenues àpartir
de u par itérations successives del’opérateur
dedécalage
est-II.
Application
aux suitespériodiques
On considère maintenant une suite
périodique,
depériode q,
sur unal-phabet
à q
éléments. Nous prenons comme modèle de cetalphabet
l’anneau(Z/qZ,
+,*~,
cela afin dedisposer
d’unmorphisme
de N sur par n - un = nmod q.
Notons que,quitte
àappliquer
à u une fonction desortie,
on ne se restreint pas à lui supposer la formeindiquée.
Nous allons maintenant étudier les
propriétés
derégularité
de la suite1. Deux cas évidents
PROPOSITION 2. i. S’il existe n > 0 tel que alors uou est
périodique.
ii. Si E est decomptémentaire
fini, u
0 u estégalement
périodique.
Preuve.
i. Utilisons le caractère d-additif de (1 : pour tout
m E N,
pour touts
de(n),
on acar
ii. Posons s = 1 + Si n on a :
où l’on
rappelle
que E. L’entierqdl
est donc unepériode
de a mod q.Après
avoir éliminé ces cas d’extrêmerégularité,
onpeut
se demander s’il n’arrive pas à u o a d’êtrequelque
chose d’un peu moins fort quepériodique,
en l’occurrenceautomatique.
C’est le cas si E est suffisammentrégulier,
comme le montrent lespropositions
suivantes.2. Les cas d’automaticité
PROPOSITION 3. Sous
l’hypothèse
depériodicité
de u, on suppose que E-(xB(n))n -
estpériodique
àpartir
d’un certainrang).
Alors,
la suite uo crEest
d-automatique.
Preuve.
Commençons
par le cas où .E estpériodique,
depériode
l.La
dl-substitution
surl’alphabet
admet U o (jE mod q comme
point
fixe.Passons maintenant au cas
général :
-. E est ultimementpériodique,
périodique
depériode 1
àpartir
du rang t. Notons F lapartie
périodique
de N de même
période
que E. Pour rdt
etN,
on aI?’aprês
cequi
précède,
estdl-automatique,
doncd-automatique
(ces
deuxpropriétés
sontclassiquement
équivalentes).
Si(S,
s,~,
p)
est un d-automate reconnaissant u o 7p
(rappelons
que S
est l’ensembledes
états, s
un étatinitial, 4>
uneapplication
de Sx ©,
1 ..., d -1 }
dans
S,
et p : : S‘ --3 une fonction desortie},
onpeut
construire des automates(S(i), s~~> ,
4ll’),
p~z> ~
-i-(S,
s,4l,
modq)
pouri E mod q.
L’automate dont l’ensemble d’états est
initial
0,
et tel que :d’état
et dont les autres
caractéristiques
d’attribution et de sortie sont entièrement décrites par les4ll’)
etp~Z~ ,
ced-automate, donc,
reconnaît (TE mod m.q.e.d.
Remarque.
la deuxièmepartie
de la démonstration montre un résultat un peuplus fort,
qui
servira dans la démonstration de laproposition
suivante : avec les notationsprécédentes -
etindépendamment
de toutehypothèse
depériodicité
sur u - si u o uF estd-automatique,
alors c’estégalement
le casde
PROPOSITION 3bis. On suppose que E est ultimement
périodique
et que u estd-automatique. Alors, la
suite u o UE estd-automatique.
Preuve.
D’après
la remarqueprécédente,
onpeut
se restreindre au cas où E estpériodique ;
soit 1 sapériode,
et a =TE(l).
Commençons
par une remarquetechnique.
On sait( [1] ,
[2])
que lad-automaticité de u est
équivalente
à la finitude rd"~ ~ .
Montronsqu’elle
équivaut
aussi à la finitude m EN,
r où c est un entier naturel arbitraire fixé. Eneffet,
lepremier
ensemble de sous-suites étant inclus dans lesecond,
la finitude de celui-ciassure celle de celui-là.
Réciproquement,
une sous-suite du dernier n’étant pas apriori
nécéssairement dans lepremier
doit s’écrireOr,
d’n + ad"’t+ (3
=dm (n
+a)
+~3.
Une telle suite est doncl’image
d’une suite du
d-noyau
de u par un itéré del’opérateur
dedécalage
d’ordre inférieur ouégal
à d~ --1. Les nouvelles suites éventuelles sont donc obtenuesà
partir
des suites dud-noyau
par un nombre fini deprocédés
d’extraction,
cequi
achève de démontrer cette assertionpréliminaire.
On suppose que U est fini.
Soit alors m OE N et s d’n . Effectuons la division euclidienne de m par
l ;
il vient m ==IK + r.
+ a(s)
=+ a(s)
par
d-additivité de a et
périodicité
deE,
d’où =Du fait que
U(8)
= onpeut
conclure en observantque les suites
(u
o(T( dmn
+s))n
sont obtenues àpartir
de celles de ~1 par un nombre fini d’extractions(r
estmajoré
par la constante1),
et que led-noyau
de u o aE est donc fini.En
fait,
cespropriétés
de conservation sont peu ou proucaractéristiques
des ensembles E décrits ci-dessus. Cetteréciproque
faitl’objet
de la propo-sition 4.PROPOSITION 4. On suppose
qu’il
n’existe pas de n tel queqld n
@ que u estpériodiques,
et que E n’est pas ultirnementpériodique.
Alors, la
suite n’est pasd-automatique.
Preuve. Il suffit d’exhiber une
partie
infinie dud-noyau :
plus précisément,
on va montrer que si n, alors(u
=1= (u
On
peut
supposer n m. E n’étant pas ultimementpériodique,
il existe un entier i tel que XE(~+~) 7~ xE
(m~-2),
sinon,
XE serait(m-n)-périodique
à
partir
du rang n.Ainsi,
si,
parexemple,
alors 0 et =
dn+i
n’est pas nul moduloq en vertu de
l’hypothèse
sur q.3. La
pseudo-périodicité
Une deuxième
façon d’approcher
lapériodicité
peut
s’ obtenir en ne raisonnant nonplus,
enquelque
sorte,
algébriquement,
mais en termes dedensité : la
quasi-périodicité.
DÉFINITION
5. Soit X unensemble,
et u E Suivant est ditequasi-pérZOdzque
si :Voyons
tout d’abord deux lemmes :LEMME 6. Soit A une
partie
finite
deN,
et cp : A 2013~[0 ; dD,
uneapplica-tion.
Alors,
l’ensemble A =In
b’a EA,
-.-- ~(a) ~
est de densitéasymptotique
d-IAI..
,Nous ne détaillons pas la preuve de ce lemme facile.
LEMME 7. Soit E une
partïe
infinie
et t un élément de N.Alors,
l’ensembleA
définir
par : A =fn
E N ;
+ t)
=u(n)}
admet une densité*’asymptotique.
Preuve. Pour N E
N,
~V - 1~
Si nardr
+ ni avec n, d~. Si n + t(ar
+1)dr,
alorspar d-additivité
de q,
du fait que ni + t d’’.Soit r >
109dt-
Pour ni d’" tel que ni + tl’équivalence
ci-dessus faitcorrespondre
aux ni éléments deAdT
d éléments de à savoir les ad’" + ni, avec0!~J[0;d-l]j.
Il y a t
entiers strictement inférieurs à d’’qui
ne sont pas dans ce cas(ce
sont les d’’ -k, k
E(1; t~ ~,
auxquels correspondent
dt entiers strictement inférieurs à On a doncest-elle une suite de
Cauchy,
qui
converge à ce titre vers unelimite,
soit a.De
même,
si N est un entierquelconque,
N sedéveloppe
en base d selon :En itérant cette
majoration, puis
en divisant parN,
ilvient,
où r =Soit e > 0. Il existe m e N tel que pour tout N >
d"2,
on ait L’entier m ainsifixé,
on fait tendre ~V vers l’infini. On a alors pour tout k E[0 ; m]
etd’où l’encadrement :
0 on a lim 1
A - i ’
1 Cela valant
pout
tout e> 0,
on a = cx, cequi
achève ladémonstration du lemme.
Le résultat suivant caractérise les cas où la suite a~ est
quasi-périodique.
Naturellement, quand
c’est le cas, u o a l’est a fortiori pour toutesuite u,
PROPOSITION 8. dE est
quasi-périodique si
et seulement si E est"inférieu-rement
lacunaire",
c’est-à-dire silimsup(0(n
+1) - 0(n»
-- +00. Onrappelle
que 0
estl’application
strictement croissante telle que E =Preuve.
e Considérons un intervalle
Qi ; i
+sl
d’intersection vide avec E.’
a(n
+dZ) ~
u(n)
implique
Ek (n)
= d - 1 pour tout 1~ E[i ;
i +L’ensemble de ces n est de densité
asymptotique
d-s-1,
d’après
le lemme 6.Comme,
parhypothèse,
onpeut
considérer des intervalles de la formeci-dessus avec des s aussi
grands
que l’onveut,
il s’ensuit que a estquasi-périodique.
·
Réciproquement,
supposons que E est à lacunes bornées. Parhypothèse,
Soit t E N*. On va montrer que X :=
In ;
u(n
+t)
~
a(n))
contient unepartie
de densitéasymptotique
minorée par une constanteindépendante
de t.Développons
t en base d : t =’Ek£k(t)dk,
et considérons l’ensemblefini F défini par F
:=={&~ N ;
0 ~ ;
posons enfin s := min F etdistinguons
deux cas :Pour n E
N,
si =0,
alors =#
0,
d’oùa(n) .
Aussi,
X contient-il{n
EN ;
es(n)
=0},
qui
est de densitéasymptotique
d_~.
L’hypothèse
sur E montre que r K. N vérifieSi
0,
et si n est un entier naturel tel que 0 pour0 k
r, alorsés+r(n
+t)
==1=
es+r(n),
cequi
montre que Xcontient une
partie
de N de densitéasymptotique
q.e.d.
La condition suffisante de la
proposition
précédente
admet une formesymétrique :
on a vu que si XE admettait desplages
arbitrairementlongues
de0,
la suite u o aE étaitquasi-périodique.
Sousl’hypothèse
que u estpériodique,
supposons que xE admette desplages
arbitrairementlongues
de1 ;
alors,
la suite estquasi-périodique,
comme le montre laproposition
suivante :PROPOSITION 9. Soit E une
partie
de N contenant dessegments
(de N)
arbitrairementlongs. Supposons
que u estpériodique. Alors,
u 0 UE estquasi-périodique.
Preuve. En vertu de la
proposition 1,
onpeut
supposer que estinfinie,
toute suitepériodique
étant évidemmentquasi-périodique.
Modulo q, la suite
{d’~)n
est ultimementpériodique ;
soit r le rang àpartir
duquel
elle estpériodique
(r
= 0 si det q
sontpremiers
entreeux) .
Soit h E N*. Par
hypothèse,
E contient qsegments El
E2
...Eq
de N
(en
ce sens quemaxEj
min E;+i),
delongueurs
supérieures
à(1
+ et tels que pourtout j
~ j[l;?j)
1 +max Ej
n’appartienne
pas à E. Onpeut
aussiimposer
rmin Ei .
Pour j
Eff 1; qD,
on considère8j:= E
d~ = dz
modq ~ .
Enfin,
onpose 6 :=
E
d8;. Parconstruction, 6
est nul modulo q.Soit maintenant n E N.
Si,
pourtout j
appartenant
à ~ 1; q~ ,
il existe . k ~ k > sj, tel que d -1,
alors a(n
+6) = a(n)
+l~,
d’où~n
+6) ==
mod est donc contenue dans unepartie
de N de densitéasymptotique
inférieure àq.d-hl
d’après
le lemme 6 et le caractère sous-additif fini de la densitéasymptotique.
Or, h
estarbitrairement
grand,
d’où le résultat.Références
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Dynamique Stochastique et Algorithmique
Université de Provence
3 place Victor Hugo, case 96 13331 Marseille Cedex 03, France