Dans la même collection La Petite Église deux siècles de dissidence
Les amours dans la tradition Coutumes en Vendée / 1 Coutumes en Vendée / 2
Coutumes en Charente-Maritime / 1
Ré, d'île en presqu'île Ré, une terre à fleur d'eau Noirmoutier, une île s o u s la mer
Noirmoutier, une île en mémoire Émotions religieuses
en Vendée Races de pays en Poitou et Vendée Coutumes en Vienne / 1
Photos de couverture Transport d'une brouette en Marais mouillé
(cl. D. Mar, coll. D. Mar) Fernand Audouit péchant l'anguille
Souil (85), 1993 (cl. D. Mar, coll. D. Mar)
LE MARAIS POITEVIN ENTRE
DEUX EAUX
Deuxième zone humide de France en super- ficie, le Marais poitevin a été conquis sur la mer par les hommes. Attirés par la grande richesse d'un environnement original qui devait influencer profondément leur mode de vie, accompagnant ou combattant tour à tour le lent p r o c e s s u s naturel d'envasement, ils transformèrent des milieux lacustres ou maritimes en un ensemble complexe de marais qu'on ne saurait réduire à la seule Venise Verte, tant leurs caractéristiques sont diverses. Mais partout, les activités humaines ont nécessairement à voir avec une eau présente et plus ou moins « maîtrisée», révé- latrice des contradictions qui parcourent de longue date cette région en recherche d'avenir.
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A V A N T - P R O P O S
. euxième zone humide de France en superficie, le Marais poitevin a été conquis sur la mer par les hommes qui s'y sont installés, accompagnant et combattant tout à tour le lent processus naturel d ' e n v a s e m e n t . Des milieux lacustres ou maritimes se sont progressivement transformés en ces marais bocagers, ces vastes pâturages, ces polders et c e s vasières qui composent aujourd'hui un ensemble complexe qu'on ne saurait réduire à la seule Venise Verte.
La conquête sur la mer semble aujourd'hui bel et bien achevée, malgré la p e r m a n e n c e de l ' e n v a s e m e n t de la baie de l'Aiguillon. Les efforts d'aménagement se sont plutôt portés ces dernières décennies sur les espaces intérieurs, en de grands programmes hydro-agricoles aux effets tellement dévastateurs et controversés que l'on parle aujourd'hui comme d'une nécessité de la reconquête du Marais perdu et par trop asséché.
Quand l'on s'interroge sur l'avenir d'un Parc naturel régional déconsidéré par l'appauvrissement du capital naturel qu'il avait mission de promouvoir, ce sont les schémas de pensée anciens qui ne conçoivent les milieux humides qu'en termes dépréciatifs, qui sont réellement en cause...
Ici, les activités humaines ont obligatoirement à voir avec une eau toujours présente (y compris dans les marais qualifiés de « desséchés») et plus ou moins « maîtrisée ». Le complexe réseau de canaux, de fossés et d'ouvrages placés sous l'administration des syndicats de marais témoigne, pour qui sait voir, des contradictions et des solidarités qui parcourent cette région en recherche d'avenir, dans laquelle l'habitat lui-même s'est organisé en fonction de la plus ou moins grande proximité des lieux habités avec l'eau.
La persistance des croyances et des cultes populaires locaux en lien avec l'eau nous révèle encore la vitalité de l'imaginaire maraîchin. Mais, confronté à l'assèchement et à la banalisation de son environnement, l'habitant du marais, pêcheur et chasseur par tradition, est désorienté par la disparition du gibier et la raréfaction du poisson qui en découlent ; il ne lui est pas facile d'admettre aujourd'hui les restrictions de ses activités que lui imposent, injustement à ses yeux, d'inévitables mesures de protection.
Comme beaucoup d'autres zones humides, le Marais poitevin aura ainsi payé un lourd tribut aux modernes aménageurs dont les visées techno- cratiques ne pouvaient que nier les spécificités locales. Le temps est-il venu de reconsidérer la question, et d'appliquer à ces régions les instruments d'une politique nouvelle, propre à assurer un développement équilibré tout en préservant un patrimoine rare et original ?
Yves LE QUELLEC N.B. : dans la transcription utilisée pour le Poitevin-Saintongeais, // le « 1 mouillé», souvent prononcé « y » (ex. : in felle, une fille) ; jh note «j " plus ou moins expiré (ex. : la mojhète) ; r « voyelle » peut se lire « r », « er », « or » ou « re » (ex. : ine grouàie peut se lire ine guerouaïe, ine gorouaïe ou ine grouaïe).
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Carte des principaux lieux cités. La représentation des différents marais a été réalisée d'après la « typologie des zones humides du Marais poitevin" dressée par le Parc naturel régional du Marais poitevin, Val de Sèvre et Vendée.
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e Prises, lais et relais de mer e Les maîtres des digues e La hutte et la cabane
e Sainte Pissi
e Le légendaire du marais e L'oie du communal e L'eau de sainte Macrine
e L'équilibre rompu e Filets et fusils e Subsister, résister
Yves Le Quellec p. 12
Yves Le Quellec p. 28
René Mathé p. 48
Jean-Loïc Le Quellec p. 64
Jean-Loïc Le Quellec p. 26, 60, 78, 104, 139
Yves Le Quellec p. 80
Jean-Loïc Le Quellec p. 88
Eric Rousseaux p. 108
Philippe Levé p. 124
Yves Le Quellec p. 142
Pour en savoir plus page... 156
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L A R O N D I S ( C h . - h f ) — R é c u r a g e d u C a n a l d e G J
é r i n e s
LE MARAIS O R G A N I S É
Le lent recul de la mer a permis à des généra- tions de maraîchins de conquérir sur celle-ci des milliers d'hectares de terres particulièrement fécondes. Mais au fur et à mesure de cette avan- cée, l'évacuation des eaux douces venues de la plaine se faisait de plus en plus délicate, du fait notamment de l'absence quasi-totale de pente.
Toute l'histoire du Marais poitevin tourne autour de cette double difficulté sans cesse réactualisée : contenir la mer, maîtriser les eaux d'amont.
Les techniques mises en oeuvre pour conquérir et entretenir le marais se sont main- tenues jusqu'au milieu du XXe siècle, époque d'une révolution technologique qui a introduit de grands bouleversements (curage du canal de Guérines, commune de la Ronde au début du siècle).
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Prises, l a i s e t r e l a i s
d e m e r
par Yves LE QUELLEC
« // y a trois c e n t s a n s , m e s p e t i t s f r è r e s m i g n o n s , la m e r é t a i t e n c o r e ici ! C ' e s t p o u r v o u s dire...»
(Introduction des annonces du garde- champêtre de La Taillée vers 1890, rap- portée par Geneviève LAURENT-DE NEVE, 1992, p. 55).
Patience et modestie, telles furent les qualités des premiers aménageurs, qui surent profiter des phénomènes natu- rels dans leur entreprise de conquête.
Patience, car il fallait savoir attendre le
«mûrissement» des vases avant d'en- diguer ; modestie, car le retour de la m e r n ' é t a i t j a m a i s exclu (l'est-il d'ailleurs vraiment aujourd'hui ?). Les m o d e r n e s ingénieurs qui voulurent ignorer c e s principes s'en mordirent les doigts, et leur immodestie coïncida avec la fin des prises.
éographes, géologues et historiens s'entendent parfaitement sur l'origine du Marais poitevin, vaste golfe marin peu à peu colmaté par des alluvions maritimes et fluviatiles, en un processus d'enva- sement aujourd'hui encore à l'oeuvre dans la Baie de l'Aiguillon. Quant aux habitants du marais, ils n'ont pas totalement oublié cette pré- sence ancienne de la mer1 ni sa proximité. Les plus anciens d'entre eux en savent le retour tou- jours possible et certains gardent en mémoire le récit de raz de marée qui témoignent de la fragi- lité p e r m a n e n t e de ce pays conquis sur l'océan...
Dans les années 1960, les travaux d'endiguement de nouveaux pol- ders dans la Baie de l'Aiguillon se conclurent sur un retentissant fias- co technique et financier, dénoncé en son temps par la Cour des Comptes (ici, travaux au droit de la commune de Triaize en 1965).
E s p a c e n é d e l a m e r 2
Les premiers « dessécheurs » observèrent les effets de l'envasement naturel et cherchèrent à en tirer profit dès le Moyen-Age. Au fil des marées, la progression des prés-salés, locale- ment appelés misotes, préfigurait «la colonisa- tion humaine», laquelle «n'est véritablement assurée que par l'interdiction de la pénétration des eaux salées que seul l'endiguementassure » 3.
La technique est restée la même pendant des siècles et l'agronome René Dumont, venu enquêter dans le Marais poitevin en 1948, pou-
Depuis le Moyen Âge, les portes à flot, établies pour séparer les eaux douces des eaux salées, permettent l'évacuation automatique des premières à marée descendante et se bloquent d'elles-mêmes pour empêcher la remontée des secondes en marée montante. Elles se composent d'un vannage classique doublé en aval de deux van- taux pivotant librement pour s'ouvrir ou se fermer suivant le mouve- ment du flot.
vait en résumer le principe d'après les témoi- gnages recueillis : «On attend que la largeur exondée aux marées normales des "lais de mer", formés par accumulation des boues de la Gironde, soit suffisante ; sinon la longueur de digue par hectare protégé serait trop forte et son entretien trop coûteux»4.
La future prise (polder) étant jugée « mûre », l'édification de son bot de garde5 se déroule sur plusieurs années : entre deux grandes marées, on commence par prélever du côté mer la vase nécessaire à l'établissement du soubassement de l'ouvrage. Ce socle, qui peut atteindre en lar- geur « le double du pied de la future digue », est alors naturellement surélevé et renforcé des dépôts apportés par la mer lors des marées sui- vantes.
Après que cette consolidation soit opérée, la construction proprement dite peut s'engager, toujours en période de morte-eau : « au centre
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du soubassement, sur une largeur de 25 à 30 mètres, on élevait cette digue, prélevant la terre de chaque côté ».
L'extraction des matériaux donne alors nais- sance à deux fossés longeant de part et d'autre la nouvelle levée : « du côté terre, le fossé creu- sé deviendra le "canal collecteur", destiné à recevoir les eaux du nouveau polder » (eaux d'origine pluviale, dont l'évacuation est rendue possible à basse mer par un système de clapet).
Quant au canal extérieur (côté mer), il «a pour but, en recevant les eaux de la mer montante, de protéger le pied de digue » 6.
La c o n q u ê t e des prises
Cette technique de construction repose entiè- rement sur 1'« asservissement des endiguements aux conditions naturelles de la sédimentation (et sur 1') étroite adaptation de l'oeuvre humaine aux suggestions de la nature » 7. C'est ainsi que pointes- -aux-herbes et prises (cf. encadré p. 16) ont jalonné l'extension du marais humanisé, au fur et à mesure de leur lent «mûrissement», et selon une progression dont la toponymie a gardé trace ; aux anciennes prises de Maillezais, localisées désormais au pied des ruines de l'abbaye, en plein coeur du marais, répondent de nos jours celles bordant la Baie de l'Aiguillon.
Les conquêtes les plus récentes ont donné une extension considérable aux communes rive- raines de cette anse, qui perpétue le souvenir et l'image du golfe ancien. Cet accroissement est
tout particulièrement important d a n s la partie nord-ouest de la baie, c e qui s'explique par la modification de la dynamique d e s courants de marée, c o n s é q u e n c e d e l'allongement continu du cordon dunaire d e la pointe d e l'Aiguillon.
C'est ainsi q u e depuis le XVIIIe siècle (édifica- tion d e la digue d e s Limousins), la c o m m u n e de Saint-Michel-en-l'Herm a connu une a v a n c é e de 5 km sur la baie, l'île de la Dive se retrouvant iso- lée au milieu d e s t e r r e s . Les c o m m u n e s d e Triaize, C h a m p a g n é et Puyravault ont bénéficié d e c o n q u ê t e s plus modestes, tandis que sur la rive c h a r e n t a i s e , « l e s p r i s e s s o n t r a r e s e t exiguës » 8.
Le régime de propriété applicable aux relais d e mer a été défini par l'Edit de Moulins, daté de 1566, lequel les a intégrés (y compris les prises qui adviendraient à s e réaliser) d a n s le domaine royal. Par exception à c e principe, les héritiers du baron de C h a m p a g n é obtinrent en 1841, au t e r m e d'un long p r o c è s et au b é n é f i c e d e la prescription acquisitive 9, la pleine et entière pro- priété d e s relais de C h a m p a g n é . Il est vrai que c e m ê m e seigneur avait a c c o u t u m é de rendre aveu de s a seigneurie au roi selon la délimitation suivante : « plus m e s v a s e s où sont construits m e s bouchots, confrontant à la rivière de Saivre d e Marans ; du couchant, à l'ancien chenal d e L u ç o n ; d u m i d y à l ' E s p a g n e , la m e r e n t r e deux... » 10. On ne p o u v a i t mieux signifier la patiente mais ferme ambition de poursuivre aux d é p e n s d e la m e r u n e c o n q u ê t e s a n s limite concevable...
Entre terre et mer, un réseau complexe de digues et de canaux organise le Marais poitevin en grands ensembles hydrauliques.
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Collection «La Boulite»
Dirigée par Jean-Louis NEVEU
Conçue dans une perspective de vulgarisation, cette collection s'appuie, d'une manière générale, sur l'expression des milieux populaires ; une approche des mentalités et savoir-faire où le témoignage et l'image restent des formes privilé- giées. En se situant à la charnière du passé et de l'avenir, la collection se veut l'écho de l'évolution des comportements humains et des formes de mutations sociales au sein de la région Poitou-Charentes-Vendée.
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Les racines de la dissidence • Le triomphe de la fidélité • L'emprise d'une his- toire . Les chapelles de la discrétion • La fréquentation des e s p a c e s catho- liques • Du catéchisme à la communion spirituelle • Laïcité et dissidence • La crainte du changement • Les deux visages d'une paroisse • Le dernier des enfa- rinés . Les relations entre blancs et catholiques du Charollais 0
La Petite Eglise est née au début du X!X' siècle de la dissidence de nombreuses paroisses vendéennes et deux-sèvriennes. refusant le Concordat imposé par Napoléon au pape Pie VII. Encore vivant aujourd'hui ce mouvement est ici présenté sous un éclai- rage nouveau à travers la richesse de témoignages contemporains très rares.
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