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Bayer.Staatsbibliothek*
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Q
'
ÉLOGE
HISTORIQUE
DU ROI
LOUIS XIV.
1
c
ELOGE
-HISTORI QUE
DU ROI
LOUIS XIV,
SUR. SES CONQUÊTES
Depuis l'Année
1571jusqu'en
i673.
Par MM. Ra ci X e & B o
1 le A
Uj de l'académie FrançoïfeJ&
IIiftoriographes dé France.A AMSTERDAM,
&
fetrouveA PARIS,
Chez B
t eu et, Libraire, PontSaint-Michel.—n» -Trjwmimmmm
M. DCCi Lxxxrv.
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/
thèses»*
i
>
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AVERTISSEMENT.
I l
n'eftpoint d'Amateur
qui n'accueillitavec
tranfportune
efquifle jufqu'alorsinconnue
,mais récemment découverte de Raphacl ou de Michel Ange, comme
il n'eft
point d'Érudit qui
n'attachâtun
prix fingulier
à une Décade
nouvellede Titc-Live. Les Écrivains du
fiècle der- nier,qui, marchant
fur les tracesdes Anciens
, fontdevenus comme eux des modèles admirables pour
la poftérité,
nous ont tranfmis
toutes leursproduc-
tions;& grâces à
l'Artde l'Imprimerie
,
qui
lesreproduit tous
lesjours, nous n'avons point
kcraindre pour
elles lemême
fortqu'ont éprouvé
plufîeurschef- d'œuvres de
laLittératureancienne. Ce- pendant
ilen
eftquelques
-unes dont
divers
événemens ont dérobé
lacon-
noiflanceou
retardé la publication.Per- fonne n'ignore q ue
l'abrégéde
l'Hîftoîrede Porc-Royal, par Ra
cine,
n'aétéconnu
A uj
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i vj
AVERTISSEMENT.
& imprimé que
vers lemilieu de ce
fiècle.
Le
ftylepur
, élégant,fimple &
naturel,
qui
caraétérife cet écrit,ne
fitque
juftifier l'idéeque Racine
, lePrince de nos Poètes,
avoitdéjà
faitconcevoir de fon
talent fupérieurpour
écrireen profe
,foitpar
fesDifcours
h.l'Académie Françoife
,foitpar
fesdeux
Lettrescontre Port-RoyaL
C'eft fansdoute en
partieà ce
rare talent qu'ildût
la place d'Hifto-»riographc de France, conjointement avec
Boihau
,&
qu'ilsfurentchargés
tousdeux
d'écrirel'Hiftoirede Louis XIV. On
faitque Racine
, livrék
lapiété la plusfolide,
après
avoirrenoncé au Théâtre
,s'occupa férieufement des fondions
attachées àfon nouveau
titre. Il avoitmême
traduit leTraité àcLucien
, intitulé:Comment
ilfaut
écrire
V
Hiftoire, afind'avoir fanscelfefous lesyeux
lesdevoirsqu'ils'étoitimpofés. Le
Légiflateur
de
notreParnafTe
,l'immortel Defyreaux en
partag'eoit lepoids avec fon ami.
PJufieursFragmens
confidérablcsde
cette intçrelTanteHiftoire étoient déjàDigitizedbyGoogle
AVERTISSEMENT
vîj«compofés
,lorfque
lamort
vintfrapper Fauteur HAthalie. Boileau
9qui
lui fur-vécut, remit à M. de Valincour tous
lespapiers
relatifsà ce
travail.La Biblio- thèque de ce dernier
futconfumée
, ainfique
lesmanuferits
hiftoriquesde Racine
&de Boileau. Le morceau
fuivant,qui
en devoit
faire partie,mais que M. de Vaïincour
avoit confiéà feu M. PAbbé
Vatrij de PAcadém
iedes
Infcriptions,fut fouftraità
l'incendie.On
croit faireun
véritablepréfent
au Public
éclairé,en
luicommuniquant
,par
lavoie de
l'impref- fion,ce Manufcrit précieux
,qui
doit être ajoutéaux (Euvres de Racine & de Boi-
leau.
On y reconnoîtra
fanspeine
latouche des bons Ecrivains du
fièclede Louis XIV
,& principalement
lamanière de Racine dans quelques
paffages ,où
Pironie,
qui
lui étoit naturelle,ayant pour objet
certaines tentatives infruc- tueufesdes PuifTances énnemies de
laFrance
, eftemployée avec une
fineflequi
n'exclutpas
ladignité.Quoi
qu'ilen
A
iv/
viij
AVERTISSEMENT.
foit, le
ton de ce morceau
eftnoble
fans enflure; le ftylepur
,ferme
,périodique
&
pleind'harmonie
; les tranfitionsna-
turelles :
on y admirera
fur-toutune
nar- rationrapide
,& un
art fingulierdans
la difpofitiondes
faits; qualités d'autant plusprécieufesqu'elles
deviennent de jour en jour
plusrares.En un mot, Penfemble de
cetÉloge
hiftoriquedonne
la plushaute
idéede Louis XIV,
Ilpeut
fervir auffià
faireconnoître
le ftyledont foa
Hiftoire générale devoit être éçritepar nos deux
illuftresPoëtes.
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PRÉCIS
.HISTORI QU E
DES CAMPAGNES
DE LOUIS XIV.
DEPUIS 1672 JUSQU'EN
1678.jAlvant
que leRoidéclarât la guerre auxÉtats des Provinces-Unies, fa réputation avoit déjà donné delajaloufie à touslesPrincesdel'Europe.Le
repos de fes peuples affermi, Tordre rétabli dans fes finances fes Ambaffadeurs vengés,Dunkerque
retirée des mains des Anglois,&
l'Empire fi glorieufement fecouru , étoient des preuves illuftres defafagefle
&
de fa conduite:dey par larapiditédefesconquêtes en Flandre
&
en Franche-Comté, il avoitfaitvoir qu'il n'étoit pasmoinsexcellentCapitaineque grandPolitique.
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io
Précis historique
Ainfi révèredefes fujets, craint de fesenne- mis, admiré detoucelaterre, il fembloitn'avoir plus
qu
a jouiren paix d'une gloirefi folidement établie, quand la Hollande foi offrit encore de nouvelles occafions de le fignaler , par des actions, dont lamémoire
nefauroitjamaispérir parmi leshommes.
CettepetiteRépublique,fifoibledansfescom-
mencemens
, s'étantun peu accruepar lefecours dela France ,&
parlavaleur des PrincesdelaMaifonde Naflàu,étoitmontéeaunexcèsd'abon- dance
&
dericheflès quilarendoient formidable à tousfes voifins\ ellea voit plufieursfoisenvahi leursterres, prisleursVilles&
ravagéleursfron-tières; elle paflôitpourlepays qui favoit
mieux
fairelaguerre,c'étoircomme uneÉcoleoùfefor- moient lesSoldats
&
lesCapitaines,&
lesÉtran-gersyalloient apprendrel'artd'affiéger lesPlaces
&
de lesdéfendre. Ellefaifoittoutlecommerce
des Indes-Orientales, où elle avoit prefqu*en- tièrementdétruit la puiflancedes Portugais; elle traitoit d'égale avec l'Angleterre, fur qui elle avoit
même
remportédeglorieux avantages,&
dontelleavoit toutrécemmentbrûlélesvaifleaux dansla
Tamife
:&
enfin, aveugléedefaprofpé-rité, elle
commença
àméconnoître la main qui lavoit tant de fois affermie&
foutenue; elleprecendoie faire la loi à l'Europe} elle fe ligua
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des Campagnes de Louis XIV.
i\avec lesennemis delaFrance,
&
fevantaqu'ellefeule avoicmisdes bornesaux conquêtes
du
Roi*ElleopprimalesCatholiques dans touslespaysde fa domination ,
&
s'oppofa aucommerce
des Françoisdans lesIndes.En un mot,
ellen'oublia riendetout cequi pouvoirattirerfurellel'orage quila vintinonder.Le
Roi, lasdefouffrir fes infolences, réfolut de les prévenir. Ildéclara laguerre aux Hollan-doisau
commencement du
Printems, de marcha7Avril ic7%.auffi-tôtcontreeux.
Le
bruit de fa marche les étonna.Quelque
coupablesqu'ils fuflent, ilsnepenfoientpasque
la punition dût fuivre de fi près Poffenfe. Ils
avoient peineàs'imaginerqu'un Prince jeune, né avec toutes les grâces de l'efprit
& du
corps, dans l'abondancede touteschofes, au milieu des délices Se des plaifirsqui fembloient lechercher en foule, pût s'en débarraflèr fi aifément pouraller loindefon
Royaume
, s'expoferauxpérils Ôc auxfatigues d'une guerre longue&
fâcheufe,
&
dontlefuccès étoitincertain:ilsfe rafTuraientpourtantfurle
bon
étatoù
ilscroyoientavoirmis leurs Places.En
effet,comme
letonnerreavoitgrondéfort'long-tems, ilsavoienteuleloifir deles remplir
d'hommes
, demunitions&
devivres. Us avoient fortifié tous les bords de riflèl j le Prince!
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•il
Précis historique
d'Orange, pour défendre ce paffàge, s'y étoit
campé
avecune armée nombreufe.Le Rhin
,de touslesautres côtés, couvroit leurpays; l'Europe étoitdansl'attentedece quialloitarriver.Ceux
quiconnoiffbient lesforces delaHollande,&
labonté desPlacesquiladéfendoient,nepenfoient pas feulement qu'on la pûtaborder,
&
ils pu- blioientquelagloiredu Roiferoitaflèzgrandefi,
entoutefacampagne, il pouvoit emporter une feule defesPlaces.
Quel
fut donc leurétonne-ment
, ou plutôt quelle futla furprifedetoutlemonde,
lorfque Ton apprit qu'il avoir mis le fiége devant quatrefortesVillesenmême
tems, Ôcque fans qu'ileut faitni lignesdecirconvalla- tion, ni de contrevallation, ces quatre Villes s'ctoientrendues a difcrétion au premier jourde tranchée?Un
exploitfi extraordinaire, fi peuattendu,jeta laterreurdanstouslespays que les Hollan- dois occupoientlelong
du
Rhin; onapportentau Roi de tous côtés les clésdes Places\ à peine lesGouverneursavoient-ilsle tems de fefauver fur des barques avecleurs familles épouvantées,
ôc une partiede leurbagage; famarcheétoit
im
continueltriomphe. Ils'avança delaforteauprès de Toluis.
Le
Rhin, qui encet endroiteft fort"
large ôcfort profond, fembioit oppoferunebar- rière à l'impétuofitédes François.
L§
Roi pour-»Digitizedby
d
ssCampagnes ds Louis XIV.
i$tant fe prépare à le paffer; fon delTein étoit d'abord d'y faire un pont de bateaux \ mais
comme
cela ne fe pouvoir exécuter qu'avec len-teur,
&
qued
ailleurs lesennemiscommençoienc
à femontrerfur l'autrebord, il réfolut d'allerà euxavecune promptitudequiachevadeleséton- ner. 11
commande
à fa cavaleried'entrerdansle fleuve, Tordre s'exécute. Il faifoitce jour-làun vent fort impétueux, qui, agitant les eauxdu Rhin
, enrendoit l'afpeâ beaucoupplusterrible.Il marche néanmoins, aucunne s'écarte de fon
rang,
&
le terrein venant àmanquer
fous lespiedsde leurs chevaux, ils les font nager,
&
approchent avec une audace que lapréfence
du
Roi pouvoirfeule leur infpirer. Cependant trois efcadrons paroiffent de l'autre côtédu
fleuve^
ilsentrent
même
dansl'eau,&
fontunedécharge qui tuequelques-uns desplus avancésSeenblef- fent d'autres. Malgré cet obftacle, les François abordent,&
l'eau ayant mis leurs armes à feuhors d'étatdefervir, ilsfondentfur cesefcadrons l'épéeàlamain; lesennemisn'ofentlesattendre
>
ils fuient à toutebride,
&
fe renverfant les uns fur les autres, vontporter jufqu'au fondde laHollande, lanouvelle queleRoLétoitparte.
Alorsil n'y eut plus rienqui psât faire réfif- tance.
Le
Princed'Orange, craignantdêtreen- veloppé, abandonnaauflkôt les bords deTlflèl,
14
Précis historique
ic le Roi y
campa
peu de jours après dans fes fortifications, donclefeulrécitjetoicl'épouvante.Arnheim
fe rendit; Doesbourgfuivitfonexem-
ple; le fortdeSkenck, fifameux parles longs fiéges qu'il a autrefois foutenus, n'attenditpas Fouverture de la tranchée. Utrecht, ancienne Capitale de la Hollande, envoya auffi -tôt fes clefs- Coeverden pris, Naerden emporté, tout reçoitlejoug, tout cèdeàlarapidité
du
torrent;Amfterdam commence
à trembler: cetteVille, fifuperbe dans la profpérité, maintenant
humble
dansl'infortune, fonge déjà à faire fa capitula- tion.On
voit fes AmbaflTadeurs qui, quelques mois auparavant, donnoient au Roilechoixde
lapaixou de la guerre; on voit, dis- je, ces
mêmes
Ambaffàdeurstremblans&
fournis,im-
plorer la clémence
du
vainqueur. Cependantla divifion femet
parmi les Chefs de la Républi- que; les uns fouhaitentlapaix, les autres, dé- voués au Princed'Orange, veulentempêcher la négociation.Le
PenfionnaireeftaflaiGné; cen'eftqueconfufion 3c quetrouble.
Le
partidu
Prince<TOrange
demeure
enfinle plusfon; ce Prince prend fon tems, êc, pour fauver fon pays de l'inondationdes François, ne fait point d'autre expédient que de le noyer dans les eaux de lamer
,&
lâche leséclufesdel'Océan.VoilaAmf-
terdam au milieu des eaux, ôc les Hollandois
des Campagnes de Louis XIV.
15 tout de nouveau renfermés dans le fond de ces marais , d'où nos pères les avoienc autrefois tirés.Tandis que le
Roi
pouflbit ainfi la victoire jufqu'auxderniers confinsdela Hollande, leDuc
d'OrléansafliégeoitZurphen, qu'ilpriten moins 15 juin 1*7*.
dehuitjours.
Nimègue
fe défenditun peu mieux contre leVicomte
de Turenne.Le
Roi luiavoit donnéla conduitede l'arméequecommandoit
le PrincedeCondé
, qui avoit étéblefle aupaflagedu
Rhin.Nimègue
enfin fe rendit auxmêmes
conditions
que
Zutphen-, ôc fa prife, qui fut fuiviede celledeGrave
ôc de Crevecœur, mit tout le Betau ôc toute l'île deBomel
fous le pouvoir des François. Àinfi les armesdu
Roi triomphoientégalementpar-tout, Ôc leDuc
deLuxembourg,
ayant joint TEvêquedeMunfter,
n'eut pasde fuccès moinsglorieux queles autres Capitaines; le
nombre
desprifonniersdeguerre étoitfigrandquelesTemples
ôcleslieuxpublics ne pouvoientplus lescontenir,&
il enavoit de quoi compofer une armée prefque auflînom-
breufe
que
celle deFrance. Par-là on peutvoir qu'ily a quelquefois des chofes vraies qui ne fontpoint vraifemblablesauxyeuxdeshommes
,
Se que noustraitonsfouventde fabuleux dansles hiftoires des événemens, qui, tout incroyables qu'ilsfont, ne biffentpas d'êtrevéritables.
En
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}6 Précis historique
effet,
comment
la poftérité pourra-t-elle croiio qu'unPrince^enmoins de deux mois,aitprisqua- rante Villes fortifiées régulièrement, qu'il ait,
dis-je, conquisunefigrande étendue depays en auffi peu de tems qu'il en faut pour faire le
voyage, Se que la deftrucVion d'une des plus redoutablesPuillinces de l'Europe nait été
que
l'ouvragede feptfemaines?
Le
Roi ayant ainfi conquis prefque toute la Hollande, pouvoit exercer fur les Villes qu'il avoit prifes une vengeancelégitime;maislafou- rmilion des vaincus avoit défarmé facolère. 11yrétablit feulement l'exercicede la Religion
Ca-
tholique;&
après avoir mis par-tout desGou-
verneurs
&
des garnifons, il reprit lechemin
de France.
On
luipréparoit des entrées&
destriomphes, mais il ne voulut pointlesaccepter;, ilfecontenta des acclamations des peuples
& de
la joie univerfelle que fon retour excita dans le
Royaume.
Sonabfence
&
les approches de l'hiverdon-nèrent quelque relâche aux Hollandois, à qui la
mer
avoit été un peu plus favorable que la terre.Le
Princed'Orange, déclaréG
énéraliflîme
de leurs armées, voulut fîgnaler fa nouvelle dignité; il fut le peu
d'hommes
qu'il y avoit noAobre dans Coerden;&
fe fervant de l'occafion, il1*
7 *' allamettre le fiégedevant cette Ville; il s'éroic
campé
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*>es
Campagnes de Louis XIV.
17campé
detelle fortequ'on ne pouvoit aller àluique
par un grand marais,où
il y avoir une chauffée très-étroite-, maisles François , quoi- qu'enpetitnombre
, fe jetantencoredans l'eau,
allèrent l'attaquerjufques dansfesretranchemens
,
au travers d'un feu épouvantable quefaifoitfon infanterie.
Au même
tems,lagarnifondelaVille étantfortie fureux, il s'enfituncarnage horri-ble,
&
tous lesmarais des environs furent teintsdu
fang desmalheureuxHollandois.Depuiscette défaite,le Princed'Orangen'ofa plus rien tenter
du
coté de la Hollandej il ne perdit pas néanmoins tout-à-fait courage : il va enFlandre joindre lesEfpagnols, ôc fonge avec leur fecours à faire auxFrançois quelque infulte qui pût en quelque forte effacer l'ignominie de fon pays. Charleroy femble lui en offrir l'occa-1
lion.
Montai,
Gouverneur, avoit eu ordre d'en fortir pour allerà Tongres.Le
Prince d'Orange propofe auxEfpagnols de mettre lefiége devant cetteVille, perfuadé qu'elle feroit prife avant qu'onfût en état de la fecourir.Le
deflein leur plaîty ils FinveftilTent avec fout cequ'ilsavoient de forces-, mais le Roi s'étant approché de la Frontière avec fîx centshommes
feulement, la terreur femet
dansleurs troupes, déjà rebutées parla rigueurde la faifon. Cettenuéefediflïpa avec lamême
vîtefTe qu'elle s'étoit amafTée, ôcB
i8
Précis histo&iqvs
les Efpagnolsneremportèrent decet exploit
que
lahonte d'avoir donné atteinte au Traité qu'ils avoientfaitaveclaFrance.
Année1675. Cependant FÉleâeur de Brandebourg s'étoit
mis en
campagne
aveclestroupesdel'Empereur, dansl'efpérance de faireplus quelesHollandois quelque chofe d'éclatant> mais leVicomte
deTurenne
lui coupa chemin dans la Weftphalie, ôc l'ayant repoufle dans fon pays , l'obligea àdemander
honteufement lapaix,que Tannéefui- vanteilrompitplushonteufementencore.Un
fi grandnombre
de viûoires entafïcesles unesfur les autresdévoient avoirabattuentière-ment
le courage des ennemis.Maftricht pourtant reftoit encore,
&
tandisqu'ilsétoient maîtres d'une Ville de cette répu- tation, ils ne pouvoient fe croire abfolumenc ruinés.
Le
Roi l'avoit déjàcomme
bloquée par lesportesqu'ilavoit prisaux environs,&
ilpou- voitpeu-à-peul'affamers'ileût voulu;maiscette manière lente de faire laguerres'accommodoic peu àl'humeur impatiente d'un Conquérant; ilréfolut d'ôter tout d'un coup aux Hollandois ce refted'efpérancequi nourrifToit leur orgueil,
&
allaenperfonnel'afliéger. Les ennemis,quis'at-
tendoient à ce fiége, n'avoient épargnéni foins nidépenfe. Il n'étoit parlé que des grands pré- paratifs qu'ilsavoientfaits pourfemettre en état
DigitizedbyGoogle
t)ts
Campagnes de Louis XIV.
19de
lefoutenir. Il y avoirdansla place feptmillehommes
de guerre,&
enrre eux desRégimensd'Efpagnols
&
d'Italiens, rous vieuxSoldatsdont la valeur s'étoit rendue célèbre dansles guerres précédentes. Fariaiit lescommandott
; Officier d'une expérienceconfommée
*quelesHollandois avoientdemandé
aux Efpagnols,&
qui s'étoitfignalé à la défenfe de Valenciennes , dont les François avoient autrefois été contraints de lever le fiége. Les ennemis s'attendoient de voir la
même
chofe à Maftricht. JamaisVille en effetne
fit d'abord une réfiftanceplus vigoureufe, niun
feu plus continuel ôc plus terrible.On
yépuifa de part ôc d'autre toutes les finefïès
du
métier; mais que purent la force ôc l'induftne contreunearmée de Françoisanimés parlapré- fencedeleurRoi? CetteVille, fibiendéfendue,
mieux
attaquée encore, tintà peine treizejours.On
fe rend maître des dehors, touteslesdéfenfes de la place font ruinées; le Roi y entre vi&o-^
rieux, ôc la garnifon fe crut trop glorieufe de 1$73- pouvoir fortir tambour battant , ôc eafeignes déployées.
La
prife de Maftricht n'étonna pas feu- lement les Hollandois, elle épouvanta toute l'Allemagne.L'Empereur, qui avoit déjà en quelque fort*
rompu
aveclaFrance, parlesfecoursqu'ilavoirDigitizedbyGoogle
lo
Précis historique
prêtés à l'Électeur de Brandebourg, chercha des prétextes pour fe liguer ouvertement avec les Hollandois. Il portoit
impatiemment
la prof- périté d'un Prince trop redoutable à la maifon d'Autriche,ôcappréhendoitquecetorrent,ayant emporté tout le Pays-Bas, ne fe répandit enfin fur l'Allemagnemême
-, ainfi la frayeur, la ja- loufie ôc l'argent des Hollandois, prodigué àfes Miniftresjledéterminèrent à laguerre.D'autre coté, les Efpagnols voyant la ligue fi bien for-mée
, ôc enorgueillis de la prife de Naerdenj dont lePrinced'Orange,par leurmoyen
,venok
defe reffàifir > fongèrent auffi à fe déclarer.Le
Roi, inftruit des defleinsdefesennemis, femet
ijNovem- en état de lesprévenir,
&
s'empare de la Ville de Trêves. Alors l'Empereurcrutqu'il étoittems d'éclater; il ne fe fouvint plus des engagemensqu'il avoit faits avecle Roi, ni du Traité qu'il avoitfigné. Il oublieque les François, quelques années auparavant,furlesbords
du
Raab,avoient fauvé l'Empirede la fureur des Infidèles. Il fait des plaintesôc des manifeftes remplisd'injures, ôc publie par-tout que leRoi
de France veut ufurper laCouronne
Impériale, ôc afpire à laMonarchie univerfelle. Il emploie enfin, pour
le rendre odieux, tout ce que la paflion peut infpirer de plus violent ôc de plus aigre. Il fit
'
même
des proteftations dansVienne
aux piedsDigitizedbyGoogle
de
sCampagnes dh Louis XIV.
21 des Autels-, ilfemontre aux Chefs defes trou- pes,un
Crucifixà lamain
,&
les exhorteàrap-peler leur courage pour défendre la Chrétienté opprimée; il oublia, en ce
moment,
que les Hollandois,qu'ilprenoit fousfaprotection, étoient les plus conttansennemis de laReligion Catholi-que;
&
queleRoi, non-feulementla rétablitfbitdanstouteslesPlacesqu'ilprenoit fur eux, mais
qu'il leur avoir
même
enpartie déclaré laguerre pourdéfendredeuxPrinces Eccléfiaftiquesdeleur injufte oppreflion.Les plaintes de l'Empereur, toutes frivoles qu'elles étoient, ne laifsèrent pas de faire
im-
preflîon furl'efpritdesAllemands,naturellement envieuxdelagloiredesFrançois.
Le Duc
deBa- vière&
leDuc
d'Hanover furent les feuls qui demeurèrentneutres;touslesautresfedéclarèrent peu-à-peu contre laFrance.Ni
lesraifons d'inté^rêt, ni les plus étroites alliances ne purenjyfas retenir, Ôc la plupart de ces
mêmes
JPrinces, qu'on avoit vu fi tardifs&
fi parelTeuxàfecourir l'Empire contre l'invafiondesTurcs, fehâtèrent de raflèmblerleurs forces pour s'oppokr au pro- grèsdes Françoisqu'ilsnepouvoientfouffrirpoûr voifins, $cdont laprofpéritécommençoit
à leur donner trop d'ombrage. C'étoitlapremière fois qu'on avoit vu toutes ces puiffànces unies de la forte avec l'Empereur. L'Angleterremême
quiB
iijil
.Précis historique
s'étoit d'abord liguéeaveclaFrancepourabattre la fiertédes Hollandoistrop riches ôc trop puifTans
,
commença
àregarderd'un œildepitié lesHollan- doisvaincus&
détruits,&
quelquesmois aprèsfit fonTraité avec eux.
Wci*74.
Jamais la France ne fe vit tant d'ennemis à la fois; les Allemands la regardoient déjàcomme un
butinqu'ilsaiïoient partager entr eux.On
crut quele Roi fe tiendroitfur la défenfe,&
les Etrangers l'eftimoient aflez heureux s'ilpouvoit fauver fes frontières del'inondationqui lesmenaçoit.
Cependant ilméditoiten ce tems-Ià
même
la conquête de la Franche-Comté,
II s'étoit déjà emparé unefois de cette Province au milieu des glaces, desneiges&
des rigueursdel'hiver,avec unevîteflequifurprittoutel'Europejmaiscomme
ifc^e lavoitconquifeque pourforcerfesennemis à accepter les conditions qu'il leur offroit, il la leur avoirrendue parleTraitéd'Aix-la-Chapelle.
LesEfpagnols, devenus fages parl'expérience
du
paffé, avqient toutde nouveaufaitfortifierleurs Places,
&
penfoientlesavoirmifes enétatde ne plusredouterunepareille infulte.Surtout Befançon paflbit alors pour une des meilleuresPlaces
du monde
,&
laCitadelle,bâtiefur
un
roc inacceflible 4 fembloit n'avoir rien à craindreque la furprife&
latrahifonj l'élite deDigitizedbyGoogle
bbs Campagnes de Louis XIV.
13leurs troupes croit-là; lePrincede
Vaudemont
s'y étoitjetéavecplufieurs Officiers, réfolusdefe défendre jufqu'auxdernières extrémités.
La
fai- fon fembloit confpirer avec eux.Le Roi
ayant affiégécetteVille,letemsferenditinfupportable.La
rivièredu Doux
,quipaflèauxpiedsdes rem- parts, devint extrêmement grofTe&
rapide, Seil fit deCi grandes pluies, que dans la tranchée 8c dans les
camps
, les Soldats étoientdans l'eau jufqu'auxgenoux;il n ya pointdetroupes quine fe fufTentrebutées;àpeinelesSoldatspouvoient-ilsporterlesarmes.
Le Roi
avoit foinquel'argent ne leur fût point épargné; mais ils nedeman-
doient quedu
foleil. Enfin, l'exempledu
Roi, quis'expofoit à tousles périls 8c elTuyoit toutes lesfatigues,leurfitvaincre cesobftacles.La
Ville fut obligée de fe rendre,&
la garnifon feren-fermadanslaCitadelle.
On
n'enpouvoit appro- cherqu'enferendantmaîtredu
Fort Saint-Etienne.Le
Fortétoitcomme
uneautre Citadelle, qu'on ne pouvoit aborder qu'à découvert8c avec des difficultés incroyables.Une
poignée de François entreprenddel'emporter enplein midi; ilsgrim- pent furlerocenfedonnantlamain
les unsaux autres, ils rompent ou arrachent les pallitfadés; les ennemisprennent l'épouvante&
cèdentplutôt à l'audacequ'àlaforce.Le
Roi avoit G bienfait placer fon artillerie qu'elle battoit en ruine làB
iv14 Précis historique
Citadelle
&
le Fore. Il lafittourner alorscontrela Citadelle feule;l'effet
du
canon fut fi prodi- gieux qu'en peu de tems une partiedu
roc en fut brifée; les éclats en voloient avec tant de violence que les afliégés n'ofoient paroître fur lesremparts,&
ne pouvoientmême
danslaPlace trouverunlieupours'engarantir:tellement qu'au bout de deuxjours ilsfurent contraintsdecapitu-ler,
&
cette fortereflè imprenable fut prife fansqu'il en coûtât un feul
homme
aux François.Dole
, Salins,&
toutes les autres Villes de la Province furent attaquées avec lemême
fuccès,
quoique l'armée
du
Roi fut fi fort diminuée par les détachemens qu'il avoit été obligé defaire, que les afliégés étoient bien fouvent en
nombre
égaux auxafïïégeans. VoilàdoncleRoi encore unefois maîtrede laFranche-Comté, Se pour combledegloire il reçutlanouvelleque leVicomte
deTu
renne avoit battu les ennemis à Zintheim. Cependant leComte
de Souches, à la tête des troupes de l'Empereur, avoit joint en Flandre lePrince d'Orange&
les Efpagnols;ces trois armées faifoient enfembleun corps de foixante mille
hommes
,quinefepromettoit pas moins que de conquérirlaPicardie 8c laCham-
pagne; maisilfalloitauparavantvaincrelePrince
deCondé,
quicommandoit
l'arméede France.Ce
Princej ayantgroffi festroupesdes garnifons!
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des Campagnes de Louis XIV.
25 de plusieurs places de Hollande, que leMaré-
chal de Bellefond, par ordre
du
Roi, avoit fait rafer, vint fecamper vis-à-visdes ennemis procheleVillage de Senef,&
sétantpoftéavan-n
Août,tageufement, les fatigua de telle forte qu'il les obligea de décamper.
On
ne fait pointimpu-
,nément
une faufle démarche en préfence d'un tel Capitaine : àpeineils coaunençoientà mar- cher qu'il fond fur leur arrière-garde&
latailleenpièces. Il pourfuit fa victoire,
&
c'étoit faitdeleur nombreufe armée, fans uneravine
où
leComte
deSouchesplaçadestroupes,ôcfitmettre endiligencedu
canon. Par cette prévoyance, ilmit fes Soldats en état d'entretenir le combat jufqualanuitquiétoit proche. Alorsilsfereti- rèrent à grande hâte, laiflàntlesFrançois maîtres
du champ
debataille,de tout le bagage tte d'un fort grandnombre
de prifonniers. Lesennemis, honteux de cette déroute , la vouloient faire oublier par quelqu'entreprife plus heureufe. Ilsvont devant
Oudenarde
,& mènent
un grandnombre
detravailleurspour prefler le fîége. Ilsne penfoient pas que le Prince de
Condé
pût arriver à tems pour le fecourir ; mais il y fut prefqu'auffi-tôt qu'eux,&
tout cequ'ils purent faire, ce futde fe retirer fort vîte à la faveur d'unbrouillard, auquel ce jour-là ilsfurentrede«>vablesdeleur falut. Ainfî tous ces beauxprojets
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l
'
16 Précis historique
de conquérirla Picardie
&
laChampagne
, s'en allèrent enfumée,&
cescroisgrandesPuiflànces,
jointes enfemble, purent à peine réiîfterà une partiedesforcesduRoi.
La
divifion femit parmiles Généraux, ils fe féparèrent,
&
le Prince,d'Orange, avec lereftedefestroupes, s'enalla devantGrave pour hâter la prifedecetteVille,
queles
Hollando»
tffiégeoientdepuis trqis mois*avec une lenteur
&
une infortune qui les expo-foient àla rifée detoute l'Europe.Ilsnefaifoient pointdetravaux qui nefuflèntruinésun
moment
après; poinod'attaque
où
ilsnefuflènt repou(Tés.Les chofesvinrent à tel point que lesaffiégeans étoientdevenusles affiégés.
La
Place étoitpleine de déferteurs, qui nefe croyoient pas ensûretédansleur
camp
,&
s'étoientréfugiésdanslaVille:ils demandoient tous les jours des fufpenfions d'armes pour avoir la liberté d'enlever leurs morts.
Le
Prince d'Orange étant donc arrivé, crut à fon abord quetout alloitchangerdeface.11 eutpourtantladouleurdefairelui-même plu- fleurs attaques inutiles,
&
de voir périr à fes yeuxfesmeilleurestroupes.Cependantl'hiverap- prochoit; Grave, dont laprife n'avoitpas coûté auRoi unfeulhomme,
coûtoit déjàdouze millehommes
aux Hollandois. Et quoiqueleurcanon eut prefqueabattu toutesles maifonsdelaVille, la plupart des dehors étoient encore dans leurDigitizedbyGoogle
des Campagne
sde Louis XIV. 27
entier lorfque le Gouverneur reçut ordre de capituler.
Le Roi
, touché de la valeurde tant*
debravesSoldats,
&
ayant apprisquelamaladie fe mettoit parmi eux, ne voulut paslesexpofer davantage pour une Place qui lui étoit inutile.:Le
Gouverneur fit la capitulation à telle con- dition qu'il lui plût d'impoferauxaffiégeans.Tandis
que
ces chofes fe pa(!bient dans le Pays-Bas, leVicomte
deTurenne
s'étoitavancévers le
Rhin, où
il faifoit tête lui feul aux armées de l'Empereur&
des Confédérés. Ilsles chaflbit de tous leurs poftes, il rompoit toutes leurs mefures, il les avoit déjà mis en fuite à Laximbourg,&
depuisquelesHabitans deStras- bourg leur eurent donné partage fur leur pont,il avoitencore été à Ensheim,
où
il avoit défait leur Avant-garde&
les avoit contraints de fe retirer. Enfin , leurArmée
s'étant groflie des troupes de PEledteur de Brandebourg&
decelles des
Ducs
de Zel, ce déluge d'Allemandsfe répandit de tous côtés dans la HauteAlface3 réfolut d'y prendre fesquartiers d'hiver, ôc de fondre à la premièreoccafion dans la Franche-
Comté, Le Vicomte
de Turenne, avecun petitnombre
de troupes fatiguées, n'étoit pasenétat de les arrêter; mais dans ce tems-làmême
ilreçut
un
détachement que le Roi avoit fait heurçufement partirde Flandre, aufli»:6t après12
P R
i c i sn
i s to r
iq v
a lalevéedu
fiége d'Oudenarde.Avec
cefecours' leVicomte
de Turenne, malgréles rigueurs&
lesincommodités de lafaifon , fait une marche effroyableautraversdesmontagnes de
Vauge,
ôc fe préfente tout d'un coup à eux. Il renverfe tout ce qui s'offrea fon pafTage>&
leurenlèvedes Régimens tout entiers.
La
terreur&
ladivifion femettent dans leur armée.j vingt mille
hommes
en chaflentcinquante mille:toute cette multitude repaflè leRhin
en défordre ,&
en-traîne avec elle fix mille
hommes
de renfort qu'elle rencontre,&
qui, au lieu de lui faire rcbroufTerchemin,
deviennenteux-mêmes
lescompagnons defa fuite.
La
fortune nefâvorifa pasmoins les François furmer.La
Flottedes Hollandois, délivréedela craintedesAnglois,&
fortedepluscent voiles; après avoir vainement couru le long des côtesde
France, avoittourné enfinfes projetsdu
côté de l'Amérique\ mais ellene fut pas plus heu- reufedans le nouveaumonde
que dansl'ancien-, car ayant affiégé la Martinique elle fut con-traintedelever honteufementlefiége. Elle revint de ce long voyage lâns avoir fait autre chofe que donner des preuves de fa foibleflè. Il n'en fut pasde
même
del'armée navale deFrance fur la Méditerranée. Les Meflinois enSicile avoient fécouélejoug d'Efpagne}on
leseuYÎronnaauffi-totDigitizedby
DES CAMPAGNIS DE LoVïS XIV.
2t>detous côtés:Meflînefutbientôtaffamée:fesmal- heureuxHabitansétoientdéjà réduits à
manger
des cuirsy enfin,réfolusdepérirplutôtque
de tomber fousleGouvernement
tyrannique d'uneNationqui ne pardonne jamais, ilsarborèrent1étendardde France^&
implorèrent le fecoursdu
Roi. Il y envoyaquatrevaifleaux&
fîx centshommes
de guerre , avec ordredefefaifir des Châteauxquicommandoient
à la Ville. Il safTure aufli des Meflînois,&
enmême
tems fit partir leDuc
de
Vivonne
, Général des Galères.Ce
Général trouvantla flotte Efpagnoleàlavue deMeflîne, l'attaque , lamet
en fuite ,&
entre triom- phant dans la Ville.On
ne fauroit concevoir\la joie de ce miférable peuple , qui fe voyoit délivré dansletemsqu'iln'avoit plusquel'image desfupplices
&
de la mortdevantles yeux. Ses exclamations&
fes'tranfports faifoientaflez voir qu'ils croyoientdevoir auRoi quelque chofede plusque
la vie.Ainfi la victoire menoit les François
comme
par la
main
dans tous les pays des Efpagnols, quiavoientmême
de la peine à fedéfendredu
côté delaCatalogne,
où
ilsavoientété repoufTés plufieurs fois au-delàdes Pyrénées; toutefois ces orgueilleux ennemis voyant la France deftituéedu
fecoursde fes Alliés, rte défefpéroient pas encoredeferacquitterdéleurs pertes.En
effet, lesj<3
Précis historique
Suédois, qui croient les feuls qui tenoient pour
elle, n'avoient paseu des fuccès heureux contre l'EledeurdeBrandebourg. Les Efpagnols firent
donc de nouveaux efforts; ils attendoient à la prochaine campagne pour fe venger de tous les affronts qu'ils avoient reçus. Mais à peine le printems parut qu'ils fe virentencoredépouillés d'unede leurs meilleurs Provinces, parla prife dé Limbourg.
Année i«7i-
Le
Roi sciant emparé deDinan &
de Hui,
emporta cette Place avec fa promptitude ordi- naire, avant que lesennemis fuflènt en état de s'oppofer à fes deffeins.
La
fortune néanmoins fembla unpeubalancerdu
côté de l'Allemagne.Le Vicomte
deTurenne
allant reconnoître une hauteur fur lepointdedonner bataille, eftem-
porté d'un coup de canon. L'armée Françoife étoit alors fort avancée dans le Pays
ennemi
,
êc toutel'Europe la crutperdue parlaperted'un
Chef
de cetteimportance, qui étoitmort
fanscommuniquer
fes deiTeins. Les ennemis s'atten- doient à l'exterminer toute entière ,&
ne ,croyoient pas qu'un feul des François leur pût échapper; toutefois le
Comte
de Lorge&
leMarquis de
Vaubrun
, Lieutenans-Généraux,quien avoient pris laconduite, nes'étonnèrent point. Ils rafTurèrent les Soldats affligés de la
mort de leur Généralj mais animés d'un jufte
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des Campagnes de Louis XIV. $r
defîr de la venger, auffi-tôt ils fe rapprochent
du Rhin
,&
femettent en devoirde lerepafler.Par-là ils obligent les ennemisà fortir de leur
camp
pour les charger dans leurretraite. Alorsils marchentàeux
&
rompentleurArrière-garde.L'armée Françoife fe retire en
bon
ordre,&
rapporteendeçà
du Rhin
lesdépouilles&
lesdra-peaux de ceux qui prétendoientluien empêcher
lepaflage.
Peu
detemsaprèslePrincedeCondé,
par ordredu
Roi, partie de Flandre pour aller prendrelecommandement
de l'Armée.La
pré- fence&
laréputationde cePrince achevèrentde rétablirtoutes chofes; leComte
deMontecuculi, qui avoit pafleleRhin
à Strasbourg, à la tètede trente millehommes
^ fembla n'etre entré en Alfaceque
pour y faire une montre inutile de fonArmée
:car après avoir tenté vainement le fiégede deuxVilles, ilfe retira jSelesAllemands furent encore obligés, pour cet hiver, daller loger fur lesterres deleursAlliés.Bien quelaretraitedesFrançois nefutpasune deleursmoinsvigoureufesadions, néanmoinsils s'étoient retirés, Ôc c'étoit afTez pour enfler le courage des ennemis qui avoient toujours fui devanteux. LesEfpagnols en triomphoient dans leurs relations; mais le Roi rabaifla bientôt cet orgueil par la prife de
Condé,
qu'il emporta daiïàut aucommencement
de laCampagne. Le
3*
Précis historique
Princed'Orange, juftementalarméde cettecon- quête, s'avance àgrandes journéespour fecourir Bouchain,qu'affiégeoitle
Duc
d'Orléans.Ilcampe
fous le canon de Valenciennes; mais le Roife mitentre lui
&
leDuc
d'Orléans. Bouchain eiï prisfans que le Prince d'Orange ofe fortir de deflbuslesremparts quilecouvroient,&
ilfembje nes'êtreapprochéfi prèsque pourêtrefpe&ateur desréjouiflànces que fit l'Arméedu
Roi pourla prifedecette Place.Voyons
maintenant ce qui fepafle fur.la Mer.Le Duc
deVivonne
avoit pris la Fortereffè Annéei67c.d'Agoufte; c'eft un des plus fameux ports de la Sicile. Les Efpagnols effrayés ont recours aux Hollandois. Ruiter reçoitordre depafferleDé-
troit. Quelle apparencequelesFrançois puiffenc renir la
mer
devant les flottes d'Efpagne ôc de Hollande, jointesenfemble, decommandées
parun
Capitaine de cette réputation?La
fortune toutefois en décida autrement.Duquefne
,Lieutenant-Général, ayant deux fois rencontré les ennemisj euttoutes les deuxfoisl'avantage,
&
Ruiter, au fécondcombat, reçutunebleffuredont il
mourut
peu de jours après. C'étoic la plusgrandepertequelesHollandoispuflèntfaire:auflî le
Duc
deVivonne
, qui étoit alors dans Mefline, crut qu'il fe falloit hâter de profiter de cette mort, de du trouble qu'elle avoit fans douter
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DES CÀMfrAGKES DÉ LoUlS XlV.
}jdoutejeté parmi lesennemis.
Dès
que l'Arméo eut prisun peu derepos, ils femettentenmer
,
ôc il les va chercher, réfolude lescombattre
,
par-toutoù il pourrait les trouver. Leurflotte ctoit à l'ancre devant Palermej les ennemis le reçoivent d'abord avecallezderéfolution, mais*
ils n'avoient point de
Chef
à oppofer auDuc
de
Vivonne
: les François les preflènt de tous*côtés) ils les pourfuivent jufques dans le port; jamais on ne vit une déroute &: un fracas fi
épouvantables;lesvaiiïèauxfoudroyés parlecanon
ou
embrafés par lesbrûlots, fautant enl'air avec toute leur charge, ôc retombant fur la Ville, écrafent ôc brûlentune grandepartiedes maifons.Enfin, le
Duc
deVivonne
, aprèsavoirainfi mis encendresou
coulé à fond quatorze vaiflèauxôcfixgalères, tué près decinq mille
hommes,
err- tr'autres le Vice-Amiral d'Efpagne,&
mis le feu dans Palerme, retourna à Meffine, d'oùilenvoyaau Roi les nouvelles de cette victoire la plus complète que les François remportèrent jamais fur mer.
Cependant le Prince d'Orange, las de n'être que le fpe&ateur des victoires de fes ennemis
,
forma enfin un defTein qui devoit faire oublier toutesfesdifgrâces. Maftricht étoit la Placequi