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LA MORT D'UN ROI ANTAISAKA : PRÉTEXTE A DOCUMENTATION

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LA MORT D'UN ROI ANTAISAKA : PRÉTEXTE A DOCUMENTATION

Karama, roi antaisaka d e s Rabehavana, appartenant au sous-clan Andriamilafiky du clan A n d r i a m a r o h o l a (1) décédait le 18 juin 1936.

A p r è s a v o i r subi plusieurs transferts dans le k i b o r y de sa tribu ( 2 ) où il avait été déposé, son c o r p s disparaissait et n'était p a s r e t r o u v é ( 3 ) . On accusa de l'enlèvement certains m e m b r e s de quelques clans et sous- clans rabehavana qu'une haine héréditaire o p p o s a i t aux A n d r i a m i l a f i k y et les autorités françaises, p o u r étouffer l'agitation naissante, ne recherchèrent pas les auteurs du c r i m e mais sévirent c o n t r e les partisans de K a r a m a et c o n t r e le fils de ce dernier, Befialy, Gouverneur de Vangaindrano, qui s'adressa à Charles P O I R I E R , alors administrateur en retraite, p o u r lui confier la défense de ses intérêts.

L'instinct d e l'ethnographe s'éveillant, Charles P O I R I E R entretint une l o n g u e c o r r e s p o n d a n c e a v e c B e f i a l y et lui soutira de très n o m b r e u x renseignements sur les Antaisaka, d o n t certains n ' o n t p a s de r a p p o r t direct a v e c l'affaire. Il n'en utilisa qu'un n o m b r e relativement restreint dans l'article qu'il rédigea sur Les tourments d'Andriamarolo II, dernier roi des Behavana ( 4 ) et b e a u c o u p demeurèrent inexploités p a r c e qu'ils étaient inutiles, sans doute, aux développements de l'auteur.

Quelques lettres contiennent d'importants détails sur le rejet du clan, les rites funéraires en u s a g e au d é c è s d'un souverain, les k i b o r y ( 5 ) , e t c . . Ces renseignements dépassent largement l e drame du roi K a r a m a et n o u s les publions à titre de d o c u m e n t s sur l'organisa- tion politique e t sociale des A n t a i s a k a ( 6 ) .

A . B . (1) Le roi des Rabehavana — caste noble des Antaisaka — doit être choisi parmi

les Andriamilafiky. Sur l'assimilation de la tribu à la caste sociale, v. DESCHAMPS, Les Antaisaka. Géographie humaine, coutumes et histoire d'une population

•malgache, Tananarive, 1936, p. 133. Sur l'élection du roi, v. id. ib., p. 133-134.

(2) Sur l'unité <te kibory de tous les .membres d'une même tribu et sur la construction de kibory spéciaux aux différents clans, v. id., ib., p. 127. Sur le kibory des Rabe- havana, v. R. DECAHY, La mort et les coutumes funéraires à Madagascar, Paris, 1962, p. 191.

(3) Bedoky, grand-père de Karama, connut la même aventure macabre. Son corps fut enlevé du kibory où il avait été déposé à l'endroit réservé aux rois et jeté en un lieu qui ne fut jamais découvert (v. Doc. c ) .

(4) Dans Notes d'Histoire malgache, Bulletin de l'Académie Malgache, nouvelle série, tome X X V I , 1941, pp. 1323-141.

(5) Sur le kibory, v. H. DESCHAMPS, op. cit., p. 94 ss. ; R. DECARY, oip. cit., p . 189 sa.

(6) Ces lettres appartiennent au dossier n° 670 (documents antaisaka) de la biblio- thèque du C.E.C.

— 101 —

(2)

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(3)

a) Lettre adressée par les « représentants de la tribu rabehavana du canton de Vangaindrano-ville à Monsieur l'Administrateur supérieur, chef de la région de Fort-Dauphin. S/c de Monsieur l'Administrateur adjoint des Colonies, c h e f du District de V a n g a i n d r a n o » ( s i x feuilles doubles, 36 X 18, lettre manuscrite rédigée à l'encre violette en date du 6 mai 1937 et c o m p o s é e p a r six chefs de la caste r a b e h a v a n a ) .

Vangaindrano, le 6 mai 1937.

Monsieur l'Administrateur Supérieur,

C'est un honneur p o u r nous de p o r t e r à v o t r e connaissance ce qui suit :

1° K a r a m a est m o r t j e u d i 18 juin 1936, à 5 heures du matin ( 1 ) . D'après les mœurs et les coutumes du p a y s A n t e s a k a quand un roi ou grand personnage est m o r t on ne p o r t e s o n c o r p s au t o m b e a u que la nuit à l'insu de t o u t le m o n d e . Or, le c o r p s du feu K a r a m a fut p o r t é au tombeau des ancêtres la nuit de ce jeudi. Quelques-uns de c e u x qui s o n t du m ê m e t o m b e a u que le feu K a r a m a g a r d e n t rancune en sa personne et ils placèrent s o n c o r p s parmi des gens de peuple.

A y a n t appris cette manière de placer notre roi K a r a m a , t o u s n o u s Rabehavana ( 2 ) mécontentâmes e t nous rendûmes-Compte pourquoi (1) L'acte de décès mentionne 7 heures du matin ; v. la reproduction de l'extrait

du registre d'enregistrement des actes de décès.

(2) Sur les tribus antaisaka, v. H. DESCHAMPS, op. cit., p. 77 ss. ; pour la nomenclature et les lieux d'implantation des clans et sous-clans de ces tribus v. Ch. POIRIER, op. cit., p. 133 (d'après les documents que nous citons). Sur l'origine des Rabeha- vana et les Zafimananga, v. la relation de RAZAKANDRETSA, instituteur officiel, école officielle de Vangaindrano. Renseignements rédigés sur un cahier d'écolier, 24 X 17, à l'encre noire et expédiés à Monsieur le Chef du Service de l'Enseigne- ment à Tananarive. S / c de Monsieur le Chef de la Province de Farafangana et de Monsieur le chef du District de Vangaindrana. S.D. (Dossier C.E.C. n" 670) :

« La r é g i o n de V a n g a i n d r a n o j u s q u ' a u x é c o l e s de Fonilaza, d'Iseriny, de B e t o a f o , de M a t a n g y et d ' A n k a r e f o est habitée p a r des Antaisaka des tribus des R a b e h a v a et des Zafimananga.

La ville de Vangaindrano f o r m é e de plusieurs villages est presque entièrement peuplée d'Antaisaka.

Le village d'Antanàndava est particulièrement habité par des Merina. Ils y sont venus à peu près sous le règne de Radama I"

après avoir été appelés p a r les R a b e h a v a p o u r les aider c o n t r e les Zafimananga pendant la guerre civile

« D'après un chef Rahebava, on dit sommairement qu'un

« roitelet sakalava appelé Feheza partit de son pays, a c c o m p a g n é

(4)

celui que n o u s a v o n s choisi c o m m e père et m è re est-il considéré c o m m e un rien. Cela est un acte nous déshonorant les Rabehavana, c a r l'homme en question fit t o u t s o n mieux p o u r que notre caste R a b e h a v a n a ne soit pas démembrée j u s q u ' à présent.

Telle est la raison p o u r laquelle nous chérissons K a r a m a lors de sa vie et le vénéraient à sa m o r t c a r il nous faisait retourner ici à V a n g a i n -

« de quelques soldats de son père pou r chercher un territoire où

« il pourrait s'établir et arriva dans le faritany de V a n g a i n d r a n o

« où il battit les habitants et devint le maître du p a y s . L e s

« descendants de Feheza sont aujourd'hui les R a b e h a v a et c e u x

« de ses soldats sont les Zafimananga de ce j o u r .

<. L e s R a b e h a v a (descendants de Feheza) o n t o c c u p é les

« villages d'Iabotako, d'Ampanalofana, de Mananivo en gardant

« leur souveraineté. L e s Zafimananga (descendants des soldats)

« restèrent d o n c sous la domination des Rabehava et devinrent

« leur peuple.

« Mais ayant été mal traités par les Rabehava, les Zafima-

« nanga se soulevèrent contre eux et les R a b e h a v a d o n t le

« n o m b r e est très inférieur à celui des Zafimananga furent battus

« et se dispersèrent.

« L e s R a b e h a v a appelèrent d o n c un s e c o u r s au r o i R a d a m a

« de l'Imerina qui en e n v o y a d'urgence des soldats merina.

« Pourtant les Merina quoique plus armés que les Antaisaka ne

« purent pacifier complètement les révoltes. Us y étaient respec-

« tés cependant (a) ».

L e s habitants du village de M a n o l o s o a sont f o r m é s p o u r le tiers p a r les Merina et le reste par les Zafimananga.

L e s habitants du village d ' A m p a h a t e l o s o n t sans exception des R a b e h a v a . Ceux des villages de V a n g a i n d r a n o proprement dit, de K o a k y , de Manasoa, de V o h i t r a k o r a , d'Iabomaro, de Tsa- nofa, de Mariany, de V o h i m a r y , de D o t o n a , d ' A m b a n i m b o n d o t r a , de Mahabe, d ' A n a m b o t a k a , de B e r a v y , de Mahitsy, de R a n o l a v a , d'Analamanitra, de V o h i t s i r i r y et de M a r o r o k y sont des Zafima- nanga en particulier.

L e s habitants d e Talakimaso sont f o r m é s p o u r l a m o i t i é de Merina, le quart de Zafimananga et le reste de Rabehava.

L e s autres villages sont o c c u p é s p a r des Zafimananga et des R a b e h a v a mélangés.

( o ) On relèvera! l'anachronisme, cette guerre se situant vers 1895 c'est-à-dire bien après le règne de Radama Ie r. V . H. DESCHAMPS, op. cit., p. 77 et Ch. POIRIER.

op. cit., p . 135.

(5)

drano terre de nos ancêtres ( 3 ) . N o n seulement il nous (Rabehavana) faisait revenir dans cette terre qui n o u s est si chère, mais il nous gouver- nait a v e c bienveillance et droiture de telle s o r t e qu'il s'affrontait aux épreuves aussi dures que terribles.

Ainsi en sa qualité de notre ancien roi du p a y s antesaka aussi bien qu'en sa qualité de notre bienfaiteur et protecteur, nous lui devons une profonde reconnaissance en lui réservant c o m m e a u x autres anciens rois du p a y s ses devanciers, une place spéciale dans le tombeau.

D'ailleurs, il faut dire que v i n g t individus parmi nous Rabehavana ont des rancunes et jalousies vivaces à Karama. Et ceux-ci sont très mécontents de cette place.

Si un certain n o m b r e de f o k o n o l o n a agit contrairement à l'opinion de la majorité celle-ci bannit les désobéissants au rôle social du f o k o - nolona ( 4 ) . C'est pourquoi a (S) et c o n s o r t s s o n t chassés partout où

(3) Sur le rôle de Karama à cette occasion, v. Ch. POIRIER, op. cit., p. 135 et infra document p. 111.

(4) Sur le fokonolona antaisaka, v. Doc. C.E.C. n° 752. Manuscrit en provenance de Ranamena. Coutumes recueillies en 1933 par le sous-gouverneur de Ranamena sur un carnet de recensement des bovidés, 31 X 20, encre bleue (renseignement important sur l'organisation politique antaisaka) :

« Fokonolona : Le f o k o n o l o n a est le plus souvent, la réunion des clans g r o u p é s en plusieurs villages. A u t r e f o i s les tribus Rabehava et Zafimananga vivaient ensemble et habitaient un m ê m e village. L e s R a b e h a v a qui étaient les r o i s divisaient leurs p a y s en plusieurs parties et désignaient les frères du roi p o u r les administrer. Le f a u b o u r g habité par le frère aîné du roi ainsi que son « anakandriambe » (Zafimananga) portait le titre de lohavohitra ( p r e m i e r s serviteurs d u r o i ) . D e n o s j o u r s , l a coutume est conservée de choisir le chef de f o k o n t a n y parmi les membres de ce clan. Mais, à défaut de candidat de cette famille, on en prend ailleurs. Seul, le chef de f o k o n t a n y lohavohitra, est le plus influent et le plus autoritaire dans la r é g i o n . Le chef de f o k o n - tany est le représentant du f o k o n o l o n a vis-à-vis de l'administra- tion française. H est responsable de son p a y s au point de v u e politique seulement. Il a sous ses ordres t o u s les chefs de clan a v e c qui il veille à la sécurité et à l'exploitation a g r i c o l e du fokontany, à la police des villages, à la conservation des monu- ments ( t o m b e a u x , o r i m b a t o ) à l'organisation de la justice coutumière. »

(5) Certains des protagonistes de ce drame étant encore en vie, nous préférons remplacer les noms par des lettres.

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(6)

ils veulent participer à la collectivité des Rabehavana car ils conspirent l a m o r t d e l'ex-roi des Rabehavana ( 6 ) .

N o u s c r o y o n s utile de v o u s faire savoir que n o s mœurs concernant le k i b o r y se divisent en deux parties s a v o i r :

1) S'il s'agit du débat qui ne concerne pas la personne d'un grand chef désigné c o m m e père et mère, mais seulement d'un débat courant, chaque c h e f k i b o r y ( 7 ) du clan peut trancher la question selon lui quelle que soit la différence.

T o u t e f o i s si les m e m b r e s du f o k o n o l o n a de ce clan ne sont pas satisfaits du j u g e m e n t p r o n o n c é par leur chef kibory, le différend est revisé devant le conseil d'un autre clan supérieur n o n sans la prési- dence d'un chef k i b o r y interpellé. Au cas où les f o k o n o l o n a de ces deux clans ne peuvent pas intervenir la différence, l'affaire est j u g é e par le fanjakana. C'est ce dernier qui a la compétence de trancher.

(6) Sur la compétence dti fokonolona, v. Doc. n° 752 :

« Le f o k o n o l o n a est compétent des affaires qui lui sont soumises. Il est à la f o i s juge-conseiller et assesseur et peut p r o n o n c e r un j u g e m e n t sans appel. Il peut exclure de ses membres toute personne qui a fait du mal a u x autres ( s o r c i e r ) . Il peut recevoir dans s o n f o k o n t a n y des personnes étrangères au p a y s ou contracter une alliance a v e c un autre f o k o n o l o n a (sivi-kibory o u s o m a ) . A u p o i n t d e vue é c o n o m i q u e les m e m b r e s d e f o k o n o l o n a se doivent :

1°) assistance mutuelle p o u r les funérailles et l'enterrement de leurs m o r t s ;

2°) secours en argent ou en vivres ( f a n a m p y ) ;

3°) Entr'aide mutuelle p o u r certains travaux, tels que : 1. c o u v r a g e et transfert des maisons,

2. transport des matériaux de construction,

3. culture de riz de plaine et piétinage des rizières, 4. subvention des vivres a u x personnes de la famille.

(7) Sur la compétence du chef de kibory dans les affaires touchant de simples particuliers, v. id., ib. :

Tombeaux : « Le t o m b e a u est la propriété des familles de plusieurs générations descendant d'un seul aïeul ( r a i b é r a i k y ) . T o u t e f o i s p o u r toutes circonstances importantes relatives au tombeau familial, le chef de kibory, au n o m des siens, c o n v o q u e t o u s les m e m b r e s de f o k o n o l o n a . P a r exemple, p o u r construire un nouveau tombeau ou réparer un ancien, le chef de k i b o r y réunit t o u s les m e m b r e s de f o k o n o l o n a p o u r participer à cette construction de maison sacrée. »

(7)

2°) Tandis que s'il s'agit d'un d é b a t c o n c e r n a n t la m o r t d'un personnage, qu'il s o i t c h e f d'un clan qu'il s o i t chef k i b o r y , t o u s les membres du clan appartenant au défunt consultent ceux des autres clans de la m ê m e caste p o u r discuter ce d o n t il faut faire. Quand il y a mésintelligence entre les divers clans, le p r o c è s est j u g é par le tanjakana. Telle est d o n c la f a ç o n de faire quand il est question en matière de k i b o r y .

Or, l e débat concernant l a m o r t d e K a r a m a n o t r e ancien r o i e t gouverneur est prévu au p a r a g r a p h e I I édicté p r é c é d e m m e n t . V u q u e K a r a m a était, cela va sans dire, n o t r e c h e f é c o u t é et respecté tant à

s o n vivant qu'à sa m o r t . Mais p a r suite de la j a l o u s i e de b, c et c o n s o r t s , un dissentiment s'élève entre les clans R a b e h a v a n a et les sous-clans c o m m e les R a z o m à et A n d r e m e k a l a .

Le clan d'où provient K a r a m a est celui d'Andriamarohala. Ceci donne naissance a u x sous-clans A n d r a v o a y , Andriamilafiky, R a z o m à et A n d r e m e k a l a . C'est d ' A n d r i a m a r o l a f i k y qu'est né K a r a m a . C'est parmi les descendants de celui-ci que les R a b e h a v a n a confient les p o u v o i r s . A i n s i , ses d e u x frères R a z o m à et A n d r e m e k a l a le jalousent à tout prix. Ce n'est d o n c p a s à la m o r t de K a r a m a que cette j a l o u s i e existe, m a i s depuis les j o u r s qu'il j o u i s s a i t le p o u v o i r les R a z o m à et les A n d r e m e k a l a voulaient f o r m e r une rébellion qui n'est réalisée qu'à sa m o r t .

D'ailleurs, nous Rabehavana, n'étions point de leur avis c a r K a r a m a était n o t r e unique chef. Telle est d o n c la raison p o u r laquelle le R a z o m à et Andremekala sont bannis de toute v i e sociale entre n o u s Rabehavana, c a r ils nous déshonorent en jetant en dehors du tombeau le c o r p s de celui que nous avions élu c o m m e roi et que n o u s a v o n s choisi c o m m e Gouverneur.

Sa m o r t nous la vénérons beaucoup et n o u s s o m m e s t o u t disposés à réserver p o u r s o n c o r p s une pl a ce spéciale, là où r e p o s e n t les rois des R a b e h a v a n a ses prédécesseurs. Il est b o n d'expliquer que le t o m b e a u d ' A n d r i a m a r o h a l a ( p r o v e n a n c e d e K a r a m a ) est l'origine des t o m b e a u x R a b e h a v a n a f o r m a n t les clans de Z a z a m e n a , R a m i a l y , Rainiahitra et M a r o m e n a n o u s d i s o n s alors que chaque clan à son tombeau, m a i s le t o u t est issu d'Andriamarohala. Celui-ci f o r m e le tombeau d ' A n d r a v o a y , A nd ri am i l a f i k y , R a z o m à e t A n d r e m e k a l a ( 8 ) .

N o u s c r o y o n s superflu alors d e dire que n o u s Rabehavana ne s o m m e s qu'un au point de v u e social s u r t o u t quant il s'agit de la question c o n c e r n a n t n o s t o m b e a u x Si n o u s avons séparément n o s t o m b e a u x , c'est p a r . suite de la multiplication

(8) V. supra, introduction note ( 2 ) .

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(8)

de n o s générations. Or, Zazamena, Ramialy, Rainiahitra, Tandoha- r a n o (0) s o n t aussi maître du t o m b e a u appartenant a u x A n d r a v o a y , Andriamilafiky, R a z o m à et Andremekala.

S'il est question de l'affaire de k i b o r y chaque chef de clan ou sous-clan d o i t s e présenter p o u r délibérer ensemble. Au c a s o ù une mésintelligence s'élève dans les procès, les A n d r a v o a y , Andriamilafiky, R a z o m à et Andremekala sont chargés de l'arranger surtout quand il concerne la m o r t d'un grand personnage.

D'après ce point de vue les A n d r a v o a y , Andriamilafiky, R a z o m à et Andremekala ne sont pas seuls compétents de délibérer en dehors des autres clans. S'il y a dissentiment entre eux ils devaient traduire l'affaire en conseil d'arbitrage de Maramena (10) et autres. Mais au lieu de cela et craignant d'être r e p r o c h é s par ceux-ci a, b et c o n s o r t s agissaient selon leur v o l o n t é contrairement à notre usage.

C'est pourquoi ils sont rejetés par nous. E n derechef, il faut le redire que le tombeau n'appartient pas seulement à un seul clan, mais à t o u t le m o n d e de la même caste.

L o r s de la m o r t de K a r a m a il est entendu entre n o u s que s o n c o r p s sera placé à l'endroit que nous lui réservons, car ce n'est que par jalousie des gens de son clan qu'il est mêlé au c o r p s de tout le m o n d e . Il est vrai que la jalousie existe chez les h o m m e s . Mais l ' h o m m e en question, qui ayant été élu par nous Rabehavana, était respecté par ses parents, par les m e m b r e s de son clan et par nous t o u s Rabehavana ainsi que les gens du dehors, même pour l'autorité française. A sa mort, il est déshonoré par quelques-uns de son clan. A l o r s ceux-ci, agissant contrairement à la v o l o n t é de t o u s les R a b e h a v a n a s o n t la cause de l'indignation de ces derniers. Car nous voulions, avons-nous dit, mettre le corps de notre grand chef à la place, où repose celui de son grand-père A n d r i a m a r o l o . E t , il portera le n o m posthume de A n d r i a m a r o l o II. Sur ces entrefaites, t o u s les h o m m e s adultes de chaque clan et de chaque sous-clan des Rabehavana se rendirent au tombeau la nuit du 19 juin 1936.

Ce furent : d du sous-clan R a z o m à , e du clan Maromena, / du sous- clan Andriamarolafiky, g du clan Tandoharano p o u r déplacer le m o r t à la place qui lui est réservée.

De retour à leur village chacun rentrait chez soi. Tandis que d est allé chez le gouverneur Befialy p o u r lui dire que le c o r p s du défunt

(9) Autres clans de la tribu des Rabehavana.

(10) Clan Rabehavana.

(9)

son père est bien placé à l'endroit où est A n d r i a m a r o l o . Depuis de l o n g s m o i s , t o u t était en deuil selon les mœurs et les coutumes du p a y s . On n'entendait ni murmures ni chuchotements. Ce n'était que six m o i s après l'enterrement que les h o m m e s j a l o u x de K a r a m a soulevaient p o u r ô t e r son c o r p s et le remettre à place où il était primitivement, c'est-à- dire au corps de tous les quelconques. Ce fut le troisième déplacement.

Le 10 janvie r un soulèvement était organisé par les j a l o u x , c a r ils n'aiment point que K a r a m a soit placé à cette place où il donne un c o u p de pied à la tête de leurs grands-pères et pères.

Ici, il est bon de v o u s expliquer que le c o r p s des m o r t s soient p o s é s dans le tombeau la tête tournée v e r s l'Est p o u r les personnes de condition ordinaire, tandis que les rois et les grands personnages leurs c o r p s soient placés dans la partie E s t sur les têtes de g e n s ordi- naires de telle sorte que la tête soit tournée sur le Sud.

N o u s v o u l o n s que le t y p e soit mêlé dans les nôtres car il est notre égal. Si ces j a l o u x de K a r a m a s'entichent ainsi, nous leur r é p o n d o n s unanimement que ce ne sont p a s les têtes de leurs grands-pères et pères seulement qui sont piétinées par K a r a m a mais également celles des nôtres.

N o u s l'acceptons selon les autocthones. Ceux-ci sont encore en vigueur chez toute la peuplade de la c ô t e Sud-Est de l'Ile.

L e s R a z o m à et les A n d r e m e k a l a inventèrent des histoires mensongères que cet usage est aboli d'après le kabary fait clandesti- nement dans la forêt de B e l a k e v o .

Certes, on ne l'abolit que pour les grands personnages mais pour celui que les Rabehavana o n t choisi tel Karama, il reste toujours en vigueur.

P o u r les grands personnages, la place qui leur est réservée est au Sud.

On a fait p o u r la se c o n d e f o i s à A m b o b i t s a r a un g r a n d k a b a r y s o u s la présidence de K a r a m a p o u r affirmer la décision faite à B e l a k e v o . Cette décision a des effets seulement p o u r les A n d r i a m a r o h a l a maîtres du t o m b e a u et non p a s p o u r les R a b e h a v a n a entier qui o n t la haute compétence quand il s'agit de la question sur le k î b o r y ( 1 1 ) .

La collectivité des Rabehavana a droit de prononcer une décision à n'importe quel t o m b e a u appartenant à un des clans Rabehavana.

(11) Il avait été décidé que désormais les chefs seraient inhumés comme les sujets et non plus à l'endroit qui leur était spécialement réservé dans le kibory. Cette convention liait les clans et sous-clans rabehavana qui avaient assisté à la réunion mais non pas la tribu rabehavana dans son ensemble.

— 109 —

(10)

Si en prononçant une décision les fauteurs ne veulent pas écouter aux remontrances qu'on leur donne les Rabehavana o n t droit de leur f o r m e r l a p o r t e d u t o m b e a u d e qui que c e s o i t e t ils s o n t rejettes par le f o k o n o l o n a . Rabehavana à la m o r t c o m m e à la v i e .

S'il s'agit du débat concernant le t o m b e a u d'un clan. Celui-ci n'a point le droit de débattre mais ce sont les autres clans de la m ê m e caste qui sont compétents de délibérer, d'arranger la brouille. C'est ainsi que le clan du m ê m e tombeau ne doit pas agir s'il est question de l'enterrement de celui que la caste toute entière a élu c o m m e leur chef.

Telle est d o n c la raison p o u r laquelle les R a z o m à et les A n d r e - mekala sont bannis dans les relations sociales de caste Rabehavana car ce sont e u x qui sont la cause de la brouille.

Il y a un h o m m e du n o m b voulant prendre le d r o i t d'aînesse (12) dans la caste Rabehavana. Il désirait vivement ce droit mais il ne pouvait l'avoir quel qu'il s o i t sans être choisi par les m e m b r e s de f o k o n o l o n a . A l o r s , il consulta son beau-frère appelé y. Celui-ci lui conseilla ainsi, il y a l o n g t emps que les Andriamilafiky jouissent le droit d'aînesse dans v o t r e clan. V o u s devez leur ravir ce d r o i t c a r il est t e m p s de l'usurper. P o u r cela, taisez-vous c a r c'est à m o i de p r o c é d e r . A p r è s a v o i r prêté le serment d'être confiant à son gendre, y appela d* h, ox i, j, k et l qui sont d e s R a z o m à ainsi que a et m qui s o n t d e s Andremekala.

y leur parla à ce terme : « C'est étonnant de v o u s v o i r garder silence bien qu'on asseye sur les têtes de v o s grands-pères. Réfléchissez mûrement car cette attitude n'existe que maintenant. A l o r s , profitez la b o n n e o c c a s i o n et v o u s aurez certainement le droit d'aînesse ».

P a r suite de la rancune et de la jalousie que ces précités o n t gardé depuis l o n g t e m p s à la personne de Karama, ils o n t agi sans réflexion selon le conseil de y. Sur ces entrefaites ils o n t écrit une lettre m e n s o n g è r e au c h e f du District pour dire que les R a b e h a v a n a o n t v i o l é le contrat que n o u s a v o n s fait à B e l a k e v o et A m b o h i t s a r a près d ' A m p i - v a n g o a . Il est d o n c f a d y de n o s t o m b e a u x de mettre en contravention ce qui n o u s est entendu. Or, nous n'acceptions j a m a i s si K a r a m a ne soit pas retourné à la place où sont toutes les personnes de condition ordinaire c a r il n'était qu'un simple c o m m a n d e u r d'un vazaha et n o n pas notre gouverneur.

Il est éprouvé p a r cette déclaration qu'ils j a l o u s e n t purement et simplement K a r a m a car ils renoncent à ce qui est décidé par l'autorité supérieure.

(12) Sur ce « droit d'aînesse » , c'est-à-dire le privilège du « azokia » , v. H. DESCHAMPS, op. cit., p. 133 ; Ch. POIRIER, op. cit., p. 134.

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Cette dernière n'agit pas à t o r t et à travers car elle connaît claire- ment celui qu'elle désigne p o u r gouverner. Or, K a r a m a est connu de tout le m o n d e car il est issu des parents purement nobles et jouissant l'ancien p o u v o i r des Rabehavana dans le p a y s antesaka.

Or, le gouvernement français arrivé à Farafangana en 1897 représenté par le résident Jacquis et M. S o u p y avait c o n v o q u é toutes les différentes castes de la p r o v i n c e de Farafangana.

T o u t le m o n d e fut présent à la résidence les jeunes c o m m e les vieux et t o u s les h o m m e s valides. A r r i v é là, M. Jacquis avait demandé à chacune de ces castes celui qui est leur chef suprême dans chaque p a y s . A i n s i les A n t e f a s y disaient que c'est Iabanibetra. L e s Z a f i z o r o nommaient le leur qui est M a n d r o n a r i v o et n o u s Rabehavana, nous avons indiqué Karama.

A p r è s a v o i r indiqué à M. Jacquis le n o m de chaque souverain du pays, toutes les assemblées ont r o m p u les r a n g s et rentrait chacun chez soi. Mais avant de retourner chez lui K a r a m a s'adressa à M. le Résident et lui disait : « N o u s ne s o m m e s pas du District de Fara- fangana, M. le Résident et nous s o m m e s originaires de V a n g a i n d r a n o . Si v o u s le voulez, je v o u s prie de n o u s e s c o r t e r j u s q u ' à V a n g a i n d r a n o c a r n o u s ne p o u v o n s pas rester ici à Farafangana.

N o u s ne s o m m e s ici qu'étrangers. Si v o u s voulez, je v o u s donnerai des h o m m e s p o u r être v o s soldats quel que s o i t le n o m b r e à recruter.

Sur ce M. Jacquis fut très content et demanda b o n n o m b r e de soldats.

A p r è s a v o i r éduqué le maniement des armes de ces soldats « gardes régionales > M. Jacquis et les R a b e h a v a n a se dirigeaient v e r s le sud p o u r V a n g a i n d r a n o .

A V a n g a i n d r a n o le s é j o u r était critique car les Rabehavana vaincus par les Zafimananga, étaient installés par M. Jacquis dans le p a y s d'où ils étaient chassés. A l o r s , il y avait le soulèvement partout. Ceci aurait dû durer plusieurs années sans les sages conseils de Karama. Selon lui, le fanjakana n o m m a c o m m e chef chaque grand personnage des Zafima- nanga. Eu é g a r d à ce péril qu'il exposait dans la pacification du pays, le Gouvernement français avait récompensé K a r a m a en le nommant Gouverneur, ensuite le titularisait au grade de 12 honneurs et lui décerna les mérites indigènes de 3e et de 2e classe. Il a v o u l u continuer servir la France, mais son â g e et sa santé ne le permirent plus de réaliser s o n projet, il fut o b l i g é de demander sa démission.

A l o r s le fanjakana le n o m m a gouverneur honoraire. Aussi nous plaignons-nous beaucoup de v o i r son cadavre répugné c o m m e un être sale. C'est un h o m m e que nous estimions et qui a j o u i une grande influence au milieu de nous, puisque c'était, d'une part, notre ancien roi et d'autre part, notre ex gouverneur représentant de la France

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rendant g r a n d s services p o u r l'œuvre pacificatrice. Tel était le feu K a r a m a qui à sa m o r t deshonoré par b, a, c, d, l, k, j, h, z.

Cela nous fend le cœur c a r ils ont disparu le cadavre de notre r o i que n o u s c h e r c h o n s vainement. Sans rien cacher, s'ils osèrent à c o m m e t t r e cet acte aussi déshonorant que criminel, c'est parce qu'ils o n t rédigé mensongèrement une lettre qu'ils o n t adressée à M. n o t r e Chef du District. Inconciemment celui-ci les écouta dire, étant donné qu'il i g n o r e complètement n o s mœurs et coutumes. A u s s i a-t-il donné raison à ces fomenteurs de troubles et qui avaient cherché depuis l o n g t e m p s noise à K a r a m a étant vivant. De plus n o u s n ' a v o n s plus confiance à ces gens-là, vu que ce sont des fauteurs de troubles invé- térés. D'après notre coutume toujours en vigueur, quand un grand personnage parmi le f o k o n o l o n a meurt, il est formellement défendu de parler cette nouvelle à personne.

Sinon l'indiscret est puni très sévèrement par la loi coutumière.

A plus f o r t e raison cette prohibition est sévère à la peine capitale p o u r celui qui répand indiscrètement la nouvelle de la m o r t d'un roi c o m m e Karama. Cette peine sera plus capitale encore pour celui ou ceux commettant ignominieusement actes infâmes à l'égard du cadavre d'un h o m m e h o n o r a b l e parmi l e f o k o n o l o n a .

C'était pourquoi il y avait très peu de R a b e h a v a n a assistant à l'enterrement du défunt. Quelques assistants suffisaient à représenter tous les clans des Rabehavana. Mais ces représentants p o u r l'enterre- ment o n t été accusés par a et 6 d'être fautifs d ' a v o i r o s é entrer dans le t o m b e a u d'autrui. V o u s ne faites pas partie de n o t r e clan ( A n d r i a - marohala) disaient-ils. V o u s avez v o t r e t o m b e a u à part. Sur ces entrefaites, M. le Chef du District nous en a r e p r o c h é b e a u c o u p et nous a commandé de nous retirer dans cette affaire.

N o u s étions o, p, q, e, g représentants des clans Rabehavana assis- tant à l'enterrement de n o t r e g r a n d chef. Est-il besoin de v o u s relater ce qui est dit plus haut que l'origine de n o s t o m b e a u x R a b e h a v a n a est le tombeau d'Andriamarohala où nous a v o n s enseveli K a r a m a c'est de là que nous naissons p o u r n o u s multiplier afin de f o r m e r d'autres t o m b e a u x tels les nôtres. Mais notre b o n Chef du District nous c o m m a n d e r de sortir sans vouloir nous écouter car nous ne s o m m e s que des Maromena disait-il. Il faut dire que ces M a r o m e n a est un des clans plus important dans la caste Rabehavana.

A l o r s arrivés chez nous, n o u s a v o n s rassemblé t o u s les autres clans Rabehavana ; n o u s n ' a v o n s p a s le d r o i t de participer à la question concernant le k i b o r y d'Andriamarohala, nous dit le chef du District.

D o n c , à partir d'aujourd'hui les R a z o m à et A n d r e m e k a l a n o u s quittent et nous ne s o m m e s plus parents à la v i e c o m m e à la m o r t , c'est dire plus de relations sociables entre eux et nous.

(13)

C'est la décision de notre Chef du District et nous n ' a v o n s qu'à l'obéir. En date du 4 février 1937 lorsque, n o u s a v o n s demandé de hazolahy ( 1 3 ) suivant notre usage p o u r célébrer la cérémonie funéraire de notre roi, M. le Chef du District n o u s répondait négativement ; je procédrai, nous dit-il, à m o n enquête. A l o r s que cette enquête n'a rien de fondement que de nous exciter à nous disputer au lieu de nous arranger. En effet, il devait nous mettre d ' a c c o r d suivant les sages conseils de notre gouverneur, au lieu de nous encourager à nous battre entre nous.

Ceci prouve que notre Chef de District ne connait pas s o n rôle ou bien il veut embrasser toute l'Administration bien qu'il i g n o r e la question concernant le débat p o u r l'enterrement d'un chef de f o k o n o - lona. Que notre Chef du District sache bien que lorsqu'il s'agit de l'enterrement d'un h o m m e quelconque, le chef k i b o r y du clan auquel appartient le défunt est seul compétent. Mais quand il est celui d'un chef du clan, la question est discutée par tous les clans descendants de m ê m e ancêtre tel qu'il v o u s est e x p o s é dans notre présente lettre.

En conséquence, p o u r simplifier l'affaire t o u t en évitant les murmures, cette question aurait dû discuter par le conseil d'arbi- trage du f o k o n o l o n a avant que le chef du District r e ç o i v e la plainte des plaignants sachant qu'il ne v o i t que du n o i r dans la question de k i b o r y ( 1 4 ) . L e f o k o n o l o n a avait bien soin d'alléger l'administration p o u r qu'il ne se plaigne pas au premier a b o r d et se contenta simplement de méditer le débat afin de respecter la sécurité publique dans le district.

Si toutefois dans le cas de c o m p l e x i t é du débat le f o k o n o l o n a n'oublie j a m a i s de le traduire à Fautorité compétente. Au lieu d'agir de la sorte, notre chef du District agit autrement sans f a ç o n d'ânerie fomentant de troubles. N o u s v o u s d é p o s o n s notre demande à p r o p o s de notre autorité sur les questions pareilles afin que n o u s puissions agir à notre façon selon les us de n o t r e p a y s . Le vendredi matin 12 février 1937 t o u s les h o m m e s valides ont été réunis à A m p a h a t e l o chef-lieu de notre canton.

T o u s les h o m m e s réunis, le chef du district arriva p o u r leur dire ce qui suit : « V o u s êtes autorisés à faire la célébration de la cérémonie funéraire de v o t r e roi, mais il est décidé p a r v o t r e c h e f k i b o r y de retirer à la place où il est le c o r p s de v o t r e K a r a m a et v o u s devez l'obéir certainement ». Profitant cette exhortation du chef du district les gens j a l o u x c o m m e : r, s, t, u, v, d, a, w et x s'en allèrent dans le ( 1 3 ) Sur le Hazolahy en tant qu'élément des cérémonies mortuaires, et sur l'extension de ce tenue qui finit par désigner la cérémonie elle-même, v. H. DESCHAMPS, op. cit., p. 1 0 0 .

(14) Humour très involontaire.

— 1 1 3 —

(14)

tombeau p o u r retirer le cadavre en litige sans prévenir les clans Rabehavana pas m ê m e à aucun de ses parents p o u r retirer le cadavre.

V o u s v o u s demandez peut-être pourquoi ils y sont allés, c'est parce qu'ils sont autorisés par le chef du district à retirer le cadavre à sa place d'honneur, et, le craignant de retirer sa parole, ils s'y rendirent vite au clandestin. Cela nous afflige f o r t c a r nous ne t r o u v o n s pas dans quel endroit où ils l'ont déplacé. Quand n o u s R a b e h a v a n a ainsi que les parents du défunt demandions au chef k i b o r y où il a mis le cadavre, celui-ci nous répondait a v e c a r r o g a n c e . Il ne devait pas nous répondre a v e c a r r o g a n c e aussi il n'avait qu'à n o u s dire simplement :

« N o u s l'avons déplacé, mais excusez-nous de ne pas v o u s a v o i r prévenu avant de partir car n o u s étions t r o p pressés p o u r que v o u s alliez ensemble avec nous. D'ailleurs, si cela v o u s d o u t e f o r t , allons-y p o u r que v o u s v o y e z s'il est bien placé ou non. Au lieu de cela ils n o u s embêtaient par des réponses arrogantes p o u r détourner t o u t e vérité.

Ce qui nous est étrange, c'est notre chef du district qui ne réflé- chissait pas ce qu'il faut procéder. T o u t h o m m e a un supérieur, les Blancs aussi bien que les N o i r s . Et, nous a v o n s le nôtre. D o n c , n o u s ne v o u l o n s j a m a i s au grand j a m a i s si notre chef est conspiré par ces gens j a l o u x de son clan. Et, cela nous honnit et nous met en furie.

L o r s q u e nous invitons le chef k i b o r y d'aller a v e c n o u s p o u r v o i r où il a m i s le cadavre de notre cher et vénéré roi dans le tombeau, le chef du district nous riposta à ce terme : « puisque v o t r e chef k i b o r y n'a plus de la c o m p é t e n c e p o u r la question de notre tombeau, je me mettrai à sa place et irai m o i - m ê m e à v o t r e t o m b e a u p o u r y v o i r celui que v o u s réclamez » .

Cette parole de notre b o n chef nous plut tant s'il ne j o u a i t pas les m o t s c a r si nous y allions nous-mêmes ( n o s adversaires et n o u s ) on n o u s aurait soupçonné de s'entre-tuer dans la f o r ê t . N o u s ne v o u l o n s que le cadavre de notre r o i et n o u s cesserons j a m a i s de le chercher jusqu'à ce qu'il soit retrouvé. V o u l o i r verser le sang de quelqu'un n o u s n'en a v o n s aucune idée. N o u s entendons dire p a r calomnie au chef du district et aux agents administratifs que n o u s tuerons n o s parents adverses d o n t il faut les surveiller de près. Nenni ! ce n'est point vrai.

Du reste, nous ne serions plus parents à titre de sanction tant que le cadavre en question reste introuvable.

Ces deux clans R a z o m à et A n d r e m e k a l a ne seraient plus c o m p t é s au n o m b r e de génération de Behavana ou A n d r i a m a r o l o . N o u s en v o u l o n s très sérieusement le chef du district d'avoir voulu embrasser cette affaire en donnant f o r c e c o u r a g e à n o s adversaires. C'est une affaire purement simple si n o u s étions autorisés à l'arranger à n o s f a ç o n s . H est à dire que le gouverneur indigène m ê m e ne d o i t pas

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entreprendre en tant que novice dans une affaire et surtout le chef du district en tant que vazaha souventefois dans une affaire pareille les chefs du district qui se sont succédés à Vangaindrano ainsi que des gouverneurs s'en éloignaient en donnant chemin libre aux autochtones d'agir selon l'usage de leurs pays.

Ainsi, l'affaire est arrangée sans les moindres murmures de la part des deux parties adverses. Tandis que dans la présente affaire le chef du district cherche à chicane au gouverneur fils du défunt en le voulant s'introduire dans ce débat concernant notre tombeau pour le supposer auteur du soulèvement.

Cela nous le refusons, sachant que c'est bien le chef du district qui nous excite à brouiller en tant qu'il est mal habile dans son administration. C'est bien lui qui complique à plaisir cette affaire toute simple et c'est le Gouverneur qu'il force à nous réconcilier malgré nous, mais l'objet de nos dissentiments est son père défunt. Nous l'écartons dans cette affaire et qu'il regarde jusqu'à ce qu'elle soît réglée. Alors que cette affaire n'est pas encore réglée on nous oblige à nous réconcilier avec ceux qui nous honnissent. D'ailleurs ils sont moins nombreux que nous : 14 contre 783 contribuables. Nous resterons donc chacun chez soi sans empêcher nos enfants de jouer avec les leurs.

Ce qui ne nous unit pas, c'est la mort. Voir toute vie sociale. Toutefois, nous réconcilierions avec eux dès que le cadavre de notre vénéré roi est retrouvé.

C'est pourquoi donc nous vous adressons cette très longue lettre pour vous mettre à découvert la discorde qui existe entre nous vos administrés, car nous ne voulons pas que vous en êtes au courant par bruit.

Sinon, nous sommes qualifiés comme révolutionnaires experts. Nous Rabehavana, sommes des gens b o n n a s s e s , respectueux. Nous demeurons donc fermes dans notre caractère pour être fidèles à jamais à notre chère France mère de la patrie pour votre honneur vous qui êtes notre Administrateur Supérieur. Excusez-nous Monsieur le Chef de la Région de vous adresser cette longue lettre afin de vous mettre au fait nos doléances dans notre Gouvernement de Vangaindrano-ville.

Veuillez recevoir Monsieur le Chef de la Région l'hommage de notre profond respect.

Vos obéissants serviteurs, Signé : représentants des clans de la caste Rabehavana [Trois

signatures et trois croix]

_____ m (A SUIVRE)

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