L A H O U I L L E B L A N C H E
U est facile de distinguer parmi les glaciers cités dans cette énumération un petit nombre de types bien caractérisés entre lesquels se répartissent tous les glaciers dauphinois. Ce sont d'abord eaux dont le vaste bassin d'alimentation, en forme de cuvette ou de cirque où s'accumulent d'épaisses réserves de glace, est suivi d'une région de cheminement rela- tivement longue et encaissée ; ces glaciers de vallées se termi- nent généralement par une région frontale étalée en éventail en arrière d'un ou de plusieurs vallums moramiques. Les gla- ciers de la Pilatte et du Chardon constituent de bons exemples de ce type, dont la région frontale est souvent, du reste, en- combrée de matériaux morainiques.
Beaucoup de glaciers de vallées ne sont plus représentés souvent, par suite de la décrue prolongée qu'ils ont subie, que par leur bassin d'alimentation, sorte de culot de glace occu- pant le fond d'un cirque rocheux, la région de cheminement ayant été presque entièrement détruite par l'ablation ; ce sont des glaciers de cirques, comme les-glaciers de Freydane, du Casset, des Etançons, etc.
Enfin, un type très répandu consiste, soit en plateaux ou cuvettes glacés ou en sortes de plaques de glace sur des pentes abritées, sans région de cheminement individualisée. Ces glaciers suspendus, très fréquents dans les Alpes dauphi- noises, se présentent sous deux formes principales : la pre- mière comprend des glaciers très importants, possédant d'é- paisses réserves de glaces comblant des cavités importantes et dont la situation topographique seule a empêché l'écoule- ment dans une vallée ; les glaciers du Mont-de-Lans, de la Girose, des Rousses, des Quirhes en sont des exemples remar- quables ; la deuxième forme consiste en plaques ou taches de glace occupant certaines parties protégées des pentes mon- tagneuses, certaines anfractuosités, de petits cirques et des paliers rocheux ; cette variété ne représente en somme que des témoins, épargnés par la fusion, de glaciers plus considéra- bles, des lambeaux d'une couverture glacée jadis continue ; c'est le type le plus fréquent dans les régions qui ont subi une décrue glaciaire forte et prolongée. On en voit des exemples surtout sur les versants méridionaux du massif du Pelvoux.
Si maintenant nous examinons la façon dont se répartis- sent ces glaciers dans l'alimentation de nos principaux cours d'eau, nous remarquons ce qui suit :
L'Isère est, surtout en amont de Grenoble, tributaire des glaciers importants de la Haute-Maurienne et de la Haute-
larentaise, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
- Les apports qu'elle reçoit, sur sa rive droite, des torrents descendus de la chaîne de Belledonne (sensu lato), entre Montméhan et Grenoble, ne lui apportent que les eaux de quelques petits glaciers en voie de régression.
Le Drac, si l'on met à part la Romanche, ne possède dans son bassin d'alimentation aucun glacier de premier ordre, ncfie en réserve pour l'avenir ; ses affluents la Bonne, la Séve- raisse, e t c . , lui apportent l'eau de fusion d'une série de petits glaciers de cirque ou de glaciers suspendus (glacier de Gio- berney, glacier du Fond-de-Turbat, etc.), ainsi que le Drac de Champoléon qu'aliment en partie les petits glaciers du Sirac.
La Romanche est la rivière du Dauphiné la plus riche en reserves glaciaires importantes ; c'est dans le bassin de ce cours d'eau que se trouvent les glaciers les moins menacés et
«s plus importants. — Elle se nourrit aux glaciers, grands et Petits, de toute la partie septentrionale et centrale du Pel- voux, par son cours supérieur et par le Vénéon et ses affluents ;
le recueille en outre les eaux d'une grande partie des gla- ciers des Grandes-Rousses.
La Durance reçoit, en aval de Briançon, par la Guisane, la
^yronde et leurs affluents, les eaux de fonte des glaciers du
L asset, du Monêtier, de l'Eychauda et surtout celles des
appareils glaciaires si importants (glacier Blanc, glacier Noir, glacier du Sélé) des environs de Vallouise, alimentés par de puissantes réserves.
Le Gud ne compte, dans son bassin, que des névés isolés dans le massif de Font-Sancte et dans les crêtes frontières voisines du Viso (Pointe-Joanne). Ce cours d'eau ne peut donc être considéré comme étant alimenté par des glaciers.
L'Ubaye ne compte parmi ses tributaires que les glaciers de Marmet, peu considérables et en voie de déchéance com- plète.
On voit donc que, s'il y a quelque intérêt pratique à encou- rager l'étude des glaciers dauphinois, il serait d'une utilité bien plus grande; encore pour la connaissance de nos forces hydrauliques et de leur régime d'instituer et d'entretenir des recherches précises et méthodiques sur l'enneigement des hautes régions de nos Alpes.
W. Ki M A N ,
Professeur à l'Université de Grenoble.
MESURE DE LA VITESSE D'UN COURS D'EAU
La mesure de la vitesse d'un cours d'eau, rivière ou canal, a.
fait et fait encore l'objet de nombreuses études dans diverses Revues. Les moulinets de Woltmann, les tubes de Pitot, les flotteurs ont été mis à contribution avec des succès divers.
Si les moulinets de Woltmann et les tubes de Pitot sont des appareils assez commodes pour l'évaluation de la vitesse de l'eau dans un canal, leur exactitude n'est guère satisfaisante que quand cette vitesse est un peu forte. Pour une vitesse très réduite les résultats de la-mesure sont parfois assez incertains.
L'emploi des flotteurs, s'il est plus commode et à la portée de tout le monde, est sujet à d'autres erreurs ; de plus, avec eux, on ne peut apprécier des vitesses à des profondeurs différentes de telle sorte que l'on ne peut avoir qu'une indication sur la valeur de la vitesse moyenne.
M. H u o s , dans le Zentralblatt der Bauverwaltung, a cependant proposé d'utiliser ces flotteurs d'après une nouvelle
Fig. 2 ' i g .
méthode, que nous reproduisons à titre d'indication, et qui permet d'apprécier la moyenne des vitesses des filets liquides à différentes hauteurs.
Considérons figure i une'boule de faible densité', maintenue au fond de l'eau en un point B. Si l'on abandonne cette boule à elle-même, elle remontera verticalement si le cours d'eau est immobile, c'est-à-dire si v = o. La vitesse d'ascension de cette boule sera d'autant plus grande que sa densité sera plus faible et celle du liquide plus forte.
Si le cours d'eau est animé d'un certain mouvement, la boule ne montera plus venicalement mais décrira une trajectoire dont la projection horizontale AC = / sera d'autant plus grande que la vitesse moyenne du cours d'eau sera elle-même plus forte. Le quotient — peut être approximativement considéré comme la moyenne des vitesses des filets liquides du cours d'eau dans le voisinage de la section AB et du plan BAC.
Fig. 1
Article published by SHF and available athttp://www.shf-lhb.orgorhttp://dx.doi.org/10.1051/lhb/1904067
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D'après M.. Hajos;, les v.aleursr de / et de f sont faciles à déterminer pair- l'observation: quand' on emploie, par exemple, une boule de cuivre de 5 centimètres de diamètre, plus ou moins lestée: suivant la vitesse de l'eau.
Pour des vitesses de. i à 2 centimètres par seconde, u n e boule dont la densité est égale à a,g convient, bien ; pour des vitesses-voisines de 1: mètre i l sera préférable de prendre une boule de densité voisine de-o,o3, en celluloïd par exemple.
Les figures; 2-.et 3- rrrontrerat un petit appareil destiné à main
tenir la boule et à la lâcher au moment voulu. Pour cela il n'y a qu'à tirer la ficelle, ce q u i a pour effet de dégager le piton n, pendant que le ressort du- bas écarte, vivement les deux moitiés de l'appareil.
La mesure de: / se fait au moyen d'une règle graduée flottant sur l'eau et disposée de. telle, façon que son zéro se trouve sur la verticale du centre de la boule, ainsi que l'indique la figure 4 .
Fig. 5
Pour des vitesses-relativement grandes on peut employer, en guise d'e règle,, UTT panneau flottant à claire voie dont la figure 5 est un plan ; ce panneau est muni d'une palettequi le maintient dans le sens du courant. La boule, en montant, vient se coincer entre deux des lames horizontales de ce panneau dont la distance à la verticale AB est choisie à volonté et par suite connue. Il suffit de compter le temps mis par la boule pour aller de B en C (fig. r) et de mesurer la distance / = AG. Avec ce dispositif on reprend la boule avec là plus grande facilité.
Fig. 4 Fig. 6
Lorsque le courant est assez fort, la corde AB, qui retient l'appareil lâche-boule (rîg. 2 et 6), peut être déviée et, de ce fait, on commettrait une erreur si l'on faisait passer la verticale de A par le point B . Pour se mettre à l'abri de cette erreur, on emploie une méthode différentielle utilisant deux boules de densités différentes lâchées simultanément par un même appareil. L'une de ces boules émerge en a au bout d'un temps t et à u îe distance a a' = l de la verticale a A dont la position est inconnue, l'autre boule émerge en A1 au bout d'un temps T et à une distance a A' = L également inconnue. Or Ton a :
c ' e s t - à - d i r e - :
T l T—t
Il suffit donc de mesurer la longueur /' = a' A1 ainsi que les temps Tet r, pour en déduire la vitesse moyenne presque aussi simplement que dans le cas général.
Cette méthode est assez simple et paraît assez pratique; tou
tefois, il serait intéressant de savoir si l'ouverture brusque de l'appareil" lâche-boule ne provoque pas une légère perturbation du mouvement de l'eau autour de cet appareil, perturbation qui pourrait introduire une légère cause d'erreur dans la mesure de la vitesse moyenne.ainsi effectuée.
La Houille blanche et le Congrès de Grenoble 1904
ASSOCIATION FRANCHISE POtn L'AVANCEMENT DES SCIENCES
Le c o n g r e s a n n u e l d e Y Association Française pour l'avan-
cement des Sciences s'est t e n u c e t t e a n n é e à Grenoble, du i au t l a o û t , e t , c o m m e il fallait s'y a t t e n d r e a v e c u n congrès s c i e n t i f i q u e t e n u d a n s l a c a p i t a l e du D a u p h i n é , la h o u i l l e blanche y a o c c u p é u n e p l a c e p r é p o n d é r a n t e : On a p a r l é d'elle dans les d i s c o u r s officiels, o n s'est o c c u p é d ' e l l e d a n s l e s discussions t e c h n i q u e s .
A l e u r a r r i v é e à G r e n o b l e , l e s c o n g r e s s i s t e s o n t r e ç u , par les s o i n s d u c o m i l é local d ' o r g a n i s a t i o n , u n s u p e r b e v o l u m e illustré de très b e l l e s p h o t o g r a p h i e s e t d e m a g n i f i q u e s c h r o m o l y p e s , i n t i t u l é Grenoble et le Dauphiné e t r é d i g é p a r plusieurs des p e r s o n n a l i t é s s c i e n t i f i q u e s l e s p l u s e n v u e d e G r e n o b l e . Le pre- m e r c h a p i t r e d e c e t o u v r a g e , s i g n é d e n o t r e e x c e l l e n t ami M. le c o m m a n d a n t A u d e b r a n d , a p o u r titre La Houille Blanche.
A y a n t é t é r e p r o d u i t in extenso d a n s c e t t e R e v u e (*) n o u s n'avons p a s à l ' a n a l y s e r i c i ; t o u t e f o i s , M. le c o m m a n d a n t A u d e b r a n d vou
dra bien n o u s p e r m e t t r e u n e l é g è r e c r i t i q u e d e la définition qu'il d o n n e d e l ' e x p r e s s i o n « h o u i l l e b l a n c h e ». Il é c r i t e n effet : « La h o u i l l e b l a n c h e e s t l ' é n e r g i e d e l'eau c o u r a n t e t r a n s f o r m é e par l'électricité e t r é a l i s a n t e n t r a v a u x d i v e r s c e q u e la houille noire, b r û l é e d a n s le-3 m a c h i n e s , faisait j u s q u ' i c i ». A n o t r e a ^ s , une I elle définition n'est p a s a b s o l u m e n t g é n é r a l e , e t il n o u s s e m b l e qu'il s e r a i t p r é f é r a b l e d e dire : « La h o u i l l e b l a n c h e , c'est l'énergie rie l'eau c o u r a n t e , soif e m p l o y é e s u r p l a c e e n t r a v a u x mécaniques, s o i t t r a n s f o r m é e p a : l ' é l e c t r i c i t é p o u r r é a l i s e r e n t r a v a u x divers c e q u e la h o u i l l e n o i r e , b r û l é e d a n s l e s m a c h i n e s , faisait jus
qu'ici » Car, s i l'on e n v i s a g e l ' e n s e m b l e d u m o n d e hydraulique, l'on c o n s t a t e q u e b o n n o m b r e d ' a t e l i e r s o u d ' u s i n e s hydrauliques, d ' i m p o r t a n c e s e c o n d a i r e , n ' e m p l o i e n t q u ' a c c i d e n t e l l e m e n t l'élec
t r i c i t é . . . q u a n d i l s l ' e m p l o i e n t . D a n s u n a u t r e c h a p i t r e , que la R e v u e a é g a l e m e n t p u b l i é e n e n t i e r (**), M. Kilian, professeur à l ' U n i v e r s i t é d e G r e n o b l e , é t u d i e le r é g i m e d e s g l a c i e r s dauphinois d o n t l e s e a u x v i e n n e n t a c t i o n n e r l e s p u i s s a n t e s u s i n e s d e s envi
r o n s d e G r e n o b ' e . PLUS M. Henri F e r r a n d , d o n t l e s alpinistes ont c e r t a i n e m e n t a d m i r é l e s o u v r a g e s s u r l e s A l p e s dauphinoises, d a n s u n c h a p i t r e i n t i t u l é « L e T o u r i s m e e n D a u p h i n é », montre a u x c o n g r e s s i s t e s l e s m e r v e i l l e s d e c e t t e m a g n i f i q u e région qui a t t i r e tant d e t o u r i s t e s v e n u s d e s q u a t r e c o i n s du m o n d e pour c o n t e m p l e r , ou m ê m e g r a v i r , B e l l e d o n e , La Meije e t le Pelvoux.
Le C o n g r è s s'est o u v e r t le j e u d i 4 a o û t p a r u n e s é a n c e solen
n e l l e t e n u e à 2 h e u r e s d e l ' a p r è s - m i d i a u t h é â t r e d e Grenoble, p r é s i d é e p a r M. C.-A. L a i s a n t , d o c t e u r è s - s c i e n c e s , examinateur à l'Ecole P o l y t e c h n i q u e , p r é s i d e n t d e l ' A s s o c i a l i m . S u r l'estrade d ' h o n n e u r , a u x c ô t é s d u p r é s i d e n t , n o u s a v o n s r e m a r q u é , avee M. C. Rivail, m a i r e de G r e n o b l e , MM. P i o n c h o n , professeur à l ' U n i v e r s i t é d e G r e n o b l e , d i r e c t e u r d e l ' I n s t i t u t ElecLroleohnique;
P i n a t , p r é s i d e n t d u S y n d i c a t d e s f o r c e s h y d r a u l i q u e s ; Kilian, pro
f e s s e u r a l ' U n i v e r s i t é d e G r e n o b l e ; BarbiHion, s o u s - d i r e c t e u r de l'Institut E l e c t r o t e c h n i q u e ; P n m a t , i n g é n i e u r a u c o r p s des mmes, p r é s i d e n t d e la S e c t i o n d u Génie .Civil ; De l a B r o s s e , ingé
n i e u r e n chef d e s P o n t s e t C h a u s s é e s ; c o m m a n d a n t Audebrand;
Henri F e r r a n d , e t c . La s é a n c e a c o m m e n c é p a r u n discours de M. le m a i r e d e G r e n o b l e , q u i a s o u h a i t é e n c e s t e r m e s la bienve
n u e a u x c o n g r e s s i s t e s : M e s d a m e s , M e s s i e u r s ,
Au n o m d e la v i l l e d e G r e n o b l e , a u n o m d e s o n c o n s e i l muni
cipal, j'ai le t r è s g r a n d h o n n e u r d e v o u s s a l u e r e t d e v o u s dire c o m b i e n n o u s s o m m e s h e u r e u x e t fiers d e r e c e v o i r , pour là s e c o n d e fois, l ' A s s o c i a t i o n F r a n ç a i s e , — h e u r e u x p a r c e q u e nous y v o y o n s l a p r e u v e d u b o n s o u v e n i r g a r d é d'une p r e m i è r e visile, tiers p a r c e q u e v o t r e p r é s e n c e e s t u n e m a n i f e s t a t i o n de l'intérêt q u e v o u s portez- à n o t r e v i l l e d e G r e n o b l e , q u e l e s touristes, e n t h o u s i a s m é s du s p e c t a c l e offert, v e u l e n t b i e n ' a p p e l e r « reine d e s A l p e s », n i a i s e n l a q u e l l e l e s h o m m e s d e s c i e n c e v o i e n t sur
t o u t , s e l o n la p i t t o r e s q u e e x p r e s s i o n m i s e e n v a l e u r l'année der
n i è r e p a r M. H a n o t a u x , la c a p i t a l e d e la « H o u i l l e B l a n c h e ».
L o r s q u ' e n 1885, u n d e m e s p r é d é c e s s e u r s , M . E d o u a r d Rey, dont le p a s s a g e à la m a i r i e d e G r e n o b l e a l a i s s é u n e ineffaçable e m p r e i n t e , r e c e v a i t v o t r e A s s o c i a t i o n , c'était q u e l q u e t e m p s après l e s p r e m i è r e s e x p é r i e n c e s f a i t e s par Marcel D e p r e z s u r s a deeou-
(*) La Houille Blanche, août 1903.
(**) Voir p r é c é d e m m e n t p a g e 323.