MAGNÉTISME.
Je dois un tribut de reconnaissance à
M. Duvignau, mon collègue et mon ami
,
qui, dans ce travail, m’a puissamment se- conde' par ses recherches et par ses lu- mières.
MAGNETISME
,
SON HISTOIRE, SA THÉORIE, SON APPLICATION ATT
TRAITEMENT DES MALADIES;
Mémoireenvoyéà l’Académie de Berlin;
Par le docteur
LÉONARD.
Démoutrerque,semblable aux autres phénomènes physiques, le magnétisme suitcertaineslois.
PropositiondeV AcadémiedeBerllti.
Jecrois qu’il nepeutexisterdeméde- cine parfaitequecelledessomnambules,
ence quilesconcerne,etqu’ilettpossi- ble d’utiliser,pourlesautres, leur ad' mirablciustiuct. GEORGET.
{tarte
,
DUYIGNAU, RUE DE
RICHELIEU, 66;L'AUTEUR,RUEDESCOLONNES,H.
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2015
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INTRODUCTION.
Le moment approche où
lemagnétisme, dépouillé de son
caractèremerveilleux, appré-
cié
avec
rigueur, etréduit aux
loisnaturelles
des phénomènes
physiologiques
, sera générale-
ment
accréditéparmi
les sa- vans.Déjà même un grand
nombre de médecins
n’hési- tent plusaujourd’hui
à faire, à cetégard,
professionde
leurVJ
croyance
: ilsconviennent que
le
magnétisme
est clignede
l’attention
de
tousleshommes
instruits, soit
qu’on
attribueles effets
étonnans qui en
ré- sultentàun agent
particulier, soitqu’on
lesregarde comme un produit de
l’imagination.Comment en
effet pourrait-il
en
êtreautrement, lorsque
en suivant
lemagnétisme
à ces différentesépoques, on
le voit,grandir au milieu des
persécutions,
s’enrichird’une
masse de
faits irrécusables, etV1J
grossir
sans
cesse lenombre
de
ses partisansdes
autoritésles plus
imposantes sous
lerapport de
la science etde
îaprobité.
Écoutons un homme en-
levé
trop
tôt à lamédecine^
mais dont
lacourte
carrièrea laissé des
momens qui
au- raient suffi à la gloired’une
vie entière.
«
Depuis quarante ans,
ditGeorget
} lemagnétisme
est étudié,pratiqué, propagé en
France,
etdans une grande
VU]
partie
de l’Europe, par une multitude d’hommes
instruits et désintéressésqui en
procla-ment
la vérité,malgré
le traitdu
ridiculedonton cherche
vai-nement
à les accabler.Chose
bien
étonnante,,lemagnétisme
n’est
pas meme connu de nom
dans
la classeignorante;
c’estdans
la classe éclairée qu’il se soutient.Ce sont
deshommes
qui ont
reçuquelque éducation,
qui ont
prisen main
sacause,
cesont en
partiedes
savans,des
naturalistes,des médecins, des
IX
philosophes, qui ont composé
les
nombreux volumes où sont accumulés
les faitsqu’on peut aujourd’hui
citeren
safaveur.»Que de noms n’aurions nous pas
àénumérer,
sinous vou-
lions citer
tous
lessavans qui, bravant un
ridiculepué-
ril
, et
n’ayant en vue que
1 in- térêtde
la vérité, sesont mon-
trés
ouvertement défenseurs du magnétisme. Quel
intérêt aporté
à semettre en avant
deshommes
telsque MM. Pé-
tétin,
Puységur, Deleuze, La-
marck, Cuvier, Bertrand, R
os- tan,Ferrus,
Broussais,Hus-
son.
Cuvier, que nous venons de
citer, a-t-il reculédevant
• f *
la crainte
du
ridicule,quand
il a dit,
au tome
IIde
s.onAnatomie comparée
,
en
par-lant cle l'action
que peuvent exercer
l’un sur l’autre lessymptômes nerveux de deux individus
: « Il fautavouer
qu’il est très difficilede
distinguerl’effet
de
l’imaginationde
lapersonne mise en expérience
de
l’effetphysique produit
x
jpar
lapersonne qui
agitsur
elle.
Cependant
leseffetsobte- nus
sur
desp ersonnes d
éjàsans connaissance avant que
l’opé- rationne commençât, ceux qui ont
lieusur
d’autresper- sonnes après que
l’opération leura
faitperdre connais-
sance, etceux
crueprésentent
-
Il
les
animaux, ne permettent
guère de douter que
la proxi-mité de deux corps animés,
dans
certaines positionset cer- tainsmouvemens,
n’aitun
effet réel,indépendant de toute
participation
de
l’imaginationd’un
desdeux.
Il paraît assezclairement
aussique
ces effetssont dus
àune communication quelconque qui
s’établitentre
lèursystème nerveux.
»Si
nous ne comprenons pas facilement que
certainesgens
seportent détracteurs d’une chose
qu’ilsignorent complè- tement
,nous concevons au moins,
etnous excusons
leurdoute. En
effet ,comment
croire
bénévolement que
desindividus voient,
lesyeux
fer-Xllj
mes
,lorsque naturellement on ne peut
voirque
lesyeux ouverts?
Jeconçois qu’à
cepropos des hommes
sensés,qui
n’ont pasététémoins de
cephénomène,
disent, sans hési- ter : « Je n’encrois rien. »Ce- pendant en attendant
qu’ils soientàmeme de reconnaître
le fait, etpour préparer
leurfoi à cetégard, j’arrêterai leuratten- tion surun ordre de phénomè-
nes bien connus, bien
vulgaires, etqui par
celamême ont
lacroyance générale
: jeveux
par-XIV
1er
de
cequi
serapporte au somnambulisme
naturel.Voilà
déjà l’assertion :on ne peut pas voir
lesyeux fermés,
dé- truite, puisqu’il estbien
évi-dent que
lessomnambules
agissent
,
vont, viennent,
tra- vaillent, sans lesecours
desyeux. Un
desexemples
lesplus curieux, est celuide
cesémi-
naristedont l’Encyclopédie rapporte
l’histoire : cejeune
homme
se levaitau milieu de
la nuit, écrivait ses
sermons,
les
yeux fermés
, copiait
de
lamusique,
le toutavec une mi- nutieuse exactitude,
etn’en continuait pas moins son
tra- vail,
si l'on interposait
une
leuille
de carton entre
sesyeux
etson
papier.Voilà
des faitsqui n’ont
ja-mais rencontré
d’incrédule;est-ce
parce qu’on
s’enrend compte? nullement
: c’estparce que beaucoup de personnes
lesont vus,
etque
leursdéposi-
tions désintéresséesont
entraî-né
la foi générale.Eh bien
!y
a-t-ii
donc une grande
différenceentre le
somnambulisme
na- turel et lesomnambulisme
ar- tificiel?Non
, l’analogi^ estfrappante; pourquoi donc ne
croit-onpas
à cedernier?
c’est -à - dire
au somnambu-
lisme produit avec
intention ?C’est
que
les incrédulesne
l’ont
pas vu. Eh bien
! voyez,et
vous
croirezcomme vous croyez au somnambulisme
na- turelque vous
n’expliquezpas davantage.
Si l’on
ne
croitpas
àun
fait,
parce
qu’il est inexplica-XYiJ
ble ,
que de
faits ilva
falloir rejeter, etqui pourtant
frap-pent évidemment nos yeux
!Que sont
les aérolithes?D’où viennent
ces pierresqui tom- bent du
ciel? Qu’est-cequi produit
lesaurores boréales?
Comment
se fait-il ,gue lescorps
planétaires agissent lesuns
sur les autres, à
des
distances aussi
prodigieuses?
Comment
lalumière
peut-elleparcourir quatre
millionsde
lieues
par minute? Enfin com-
ment
s’opèrentlesperceptions
XV11J
cérébrales ?
Tous
cesphéno- mènes sont
avérés, etcepen-
dant, ainsique beaucoup
d’au- tres, ilssont encore
inexpli-qués.
Mais
lemagnétisme,
dit-onencore,
tientdu merveilleux!
Nous répondrons
: L’électri- cité,qui donne
des secoussescapables de
tuerun animal énorme,
l’électricitéqui, au
moyen des paratonnerres,
serend maîtresse de
laTondre
;
le
galvanisme, qui met en
mouvement
lesmuscles d’un
XIX cadavre,
qui
faitsauter,comme
si elle était
vivante, une
gre-nouille
morte, ne
sont-cepas
là des
choses également mer-
veilleuses, et
cependant per- sonne ne songe
à les contester.En
parlantdu
refusde
croire fautede pouvoir
expli-quer, nous avons en vue
l’in-crédulité des
gens
éclairés, et a cetégard nous croyons
leur avoirsuffisamment démontré
fju’un fait sans explication
peut
êtrenéanmoins avéré
;d’où
il résulteraque pour
XX
constater l’authenticité, il
ne faudra
plusque l’examen per- sonnel, ou
letémoignage de gens dignes de
foi, etnom-
breux. Eh bien
! cetémoi- gnage on
lepossède depuis
plusieursannées,
ilne
s’agitque de
le faire connaître.No-
tre
ouvrage aura au moins
cemérite,
sion
luien
refuseun
autre, c’est
qu’à l’exemple de quelques devanciers que nous estimons
,
nous aurons
tra- vaillé à lapropagation d’une
croyance que, pour
lebien
«j
des
hommes, nous voudrions
voir universelle.
11 reste
bien un
autre or-dre
d’incrédules, celui
des ignorans; ceux-là ne doutent
pas, ils
tranchent
: «Cela
n’est pas, jene
puis l’expliquer. » Jene trouve qu’une réponse
à leur faire : «Consolez-vous,
ily a
bien
d’autres faitsque
vous
n’expliqueriez pas. »i«
.
•''v- /}:
V
;iv- »•
FAITS GÉNÉRAUX.
Le Magnétisme
animal est *un état insolitedu
cerveau etdu
sys-tème
nerveux, caractérisé par desphénomènes
physiologiques dontles principaux sont
une
espèee particulière desommeil
, etun développement
extraordinaire del’intelligence
;
phénomènes
pro- duits par l’influence intentionnée d’un individu surun
autre. Cette*4
influence morale est la volonté
,
dontl’énergie est telle qu’elle peut agir sur
une
autre personne demanière
à modifier l’ordre de ses idées, et accroître la sphère deses facultés intellectuelles.Ce
sommeil, ordinairementpré- cédé de lasomnolence
qui en est le premier degré, consiste dans lasuspension complette des sensa- tions.
Le somnambulisme
est re-marquable
par la faculté de parlerpendant
lesommeil
, de voir les objets extérieurs sans le secours desyeux
, etde n’entendreque
lespersonnes avec lesquelles
on
estmis en contact.
25
Plusieurs autres
phénomènes accompagnent
souvent ceuxque
nousvenons
de signaler : les plus intéressans sont l’insensibilité ab- solue, l’appréciation de lamesure
exactedu
temps, l’intuition, c’est- à-dire la faculté de voir sespro-
pres organes, et souvent ceuxd’au- trui- la prévision pathologique, autrement, la connaissancedu
re- tour des crises; enfin l’oubli, auréveil, de ce qui s’est passé
pen-
dant le sommeil.Des
auteurs ajoutent à ces fa- cultés l’instinctdesremèdes
; mais
nous
avons observé, et nous dé-montrerons
plus tardcombien
2
cet instinct est souvent trompeur.
Les propositions qui vont sui- vre, exposées sous
forme
d’a- phorismes, développeront les faitscurieux, que ces généralités ont seulement présentés.
PROBABILITÉS DE SUCCÈS.
Les effets
du magnétisme
sontle plus souvent nuis chez les per- sonnes bien portantes.
Une
personne magnétiséepour
la première fois,
tombe
rarement ensomnambulisme
;on ne
peut guère espérer d’obtenir ce résul- tat qu’à la huitièmeou
dixième séance.27
Un
dixième des personnesma-
gnétisées devient
somnambule
;il faut magnétiser au
moins une
vingtaine d’individuspour
ren- contrerune
fois lephénomène
dela clairvoyance
;
quant
auxexem-
ples de cette lucidité extraordi- daire
, que
nous
aurons bientôt occasion deremarquer/
ils sont fort rares.Le magnétisme
offre àpeu
près lameme
intensité, etune
rapi- dité égale, soit qu’on l’exerce àune
distance de six piedsou
desix pouces
; mais en général sa force,
comme
celle de tous les fluides, est en raison inverse dela distance. 2.
a8
SOMMEIL.
Dans
lesommeil magnétique,
les
yeux
sonthermétiquement
fer-més,
au point qu’il fautun
cer- tain effortpour
séparer lespau-
pières.
Dans
cette opération, qui
n’est pas sans douleur
pour
lesomnambule, on
voit presque toujours le globe de l’œil convulséet dirigé vers le haut de l’orbite.
Lorsqu’un
somnambule tombe
dansun nouveau
sommeil, il con- serve en général lamémoire
de tout ce qu’il a ditou
fait dans lesommeil
précédent. Mais touteslesimpressions sont
complètement
effacées à son réveil.
29
SURCROIT D’iNTELLIGENCE.
Les magnétisés clairvoyanssont remarquables par les aperçus neufs et intéressans, les rapports justes et de'licats qu’ils saisissent ,•
leur
âme
s’agrandit, leur esprit, qui s’exalte, semble planer dans des régions supérieures; leur
ima-
gination, qui embellit tout, revêt les objets les plus
communs
des couleurs les plus brillantes; enfin leurmémoire
,beaucoup
plus ac- tive, leur rappelle le souvenir de circonstances qu’ils nepeuvent
reproduire dans l’état de veille.3o
RAPPORT MAGNÉTIQUE.
La
plupart dessomnambules
semblent être isolés au milieu des personnes qui les entourent-, et, quelque
soit le bruit qui se fasseentendre autour d’eux, ils
ne
ré-pondent
ordinairement qu’à la voix de leur magnétiseur.Pour
qu’ils parlentà d’autrespersonnes,
il faut qu’on établisse entre eux et celles-ci
un
rapport immédiat. Si le contraire a lieu quelquefois,c’est
une
exception.LUCIDITÉ.
Les
somnambules
lucides ont ledon
de voir, lesyeux
fermés; ilsdistinguent parfaitement la
cou-
leur et la valeur des cartes
; lisent des
mots
tracés àlamain
età leur insu,ou
quelqueslignes d’un livre ouvertau hasard. Les doigtsou un
corps étranger, appliqués surleurs paupières
, ne sont pas
un
obsta- cle à la vision; ilsnomment,
à l’instant, et sans seméprendre,
lespersonnes qui entrent
ou
quiles touchent. Si
on
leurdemande
d’oùleurvient cetteconnaissance,
32
ils répondent
que
c’estune
espèce depressentimentqu’ilsne peuvent expliquer, mais quine
saurait lestromper.
INTUITION*
Cette lucidité
, qui leur
permet de
voir les objets extérieurs sans le secours des yeux, leurdonne
aussi la connaissance de leurspro- pres organes.
Des somnambules,
privés de connaissances anatomi- ques , décrivent exactement leur cœur, etcomptent
les vaisseaux qui s’yattachent, distinguent par- faitement la différence de couleur33
du
sang artériel, etdu
sang vei- neux, et signalent la rapiditédu
premier, bienplus active
que
celledu
second.DÉPLACEMENT
DES SENSATIONS.Silespropriétés sensoriales sont abolies dans leurs organes natu-
rels, il est bien
démontré
qu’elles existent dans d’autres partiesdu
corps.
On
a vu, parexemple,
lesens
du
goût transportédu
palaisà la région de l’estomac : le doc- teur BarrierdePrivas,cite l’exem- ple d’une jeune fille qui devinait
et savourait les alimens qu’on ap-
34
posait sur son estomac;
chaque
fois que l’aliment était de son goût, elle poussait
une
exclama- tion de joie,pour
exprimer le plaisir quelle éprouvait à le dé- guster; mais bientôt suivaitun mouvement
d’impatience, résul- tant sans doute de ce que la sensa- tion éveillée n’était point satis- faite.PRÉVISION.
Un phénomène
plus surprenantque
tous les autres, et malheureu-sement
inexplicable jusqu’à ce jour, c’est la prévision patliologi-35
que.
On
a rencontré, et laCom-
mission de l’Académie royale de
médecine
en rapporte plusieurs exemples, dessomnambules
chez qui la faculté de prévoir des actes de l’organisme, souvent éloignés
,
était de la dernière exactitude.
L’un d’eux, entre autres
,
annon-
çait, plusieurs jours, et
même
plusieurs mois d’avance, l’heure et la
minute où
devait avoir lieule retour de sa crise épileptique.
SYMPATHIE PATHOLOGIQUE.
Nous
arrivons àun
fait de phi—siologie,
non moins
merveilleux que le précédent, mais certaine-36
ment
plus rationnel.Nous
dési-gnons
par sympathie pathologi- que, la sensation de douleur qu’é-prouve un somnambule
mis en rapport avecune
personnema-
lade.
Dans
ce cas, la sensation pé- nible qu’éprouve cemalade
estsubitement ressentie par la per-
sonne
magnétisée, chez; laquelle le cri de la douleur estun
véri- table diagnostic. Ainsi,un ma-
lade, qui souffre de la poitrine, étant mis en contact avec
un som- nambule,
celui-ci accuse à l’ins-tant
une
douleur de poitrine , causée par l’effet delacommotion
sympathique.37
C’est ainsi que, dans les expé- riences pratiquées par
MM. Ros-
tan et Ferrus, ce dernier, qui souffrait de l’hypochondre droit,
vittoujours, et avec
un
étonne-ment nouveau,
lessomnambules
deviner son
mal,
parce qu’ils éprouvaientune
sensation analo- gue dans lamême
région.INSENSIBILITÉ.
Celteabolition
du
sentimentest tout-à-fait complète dans lesom-
nambulisme.Nous
verrons dans notre théorie quelle explication raisonnable on peut se permettre38
à cet égard. Toujours est-il
que,
dans cet état, lesomnambule
peut être pincé, piquémême
profon-dément
et à l’improviste, sans té-moigner
lamoindre
douleur, sansmême
perdre en rien le calme etla sérénité de son visage; mais
un
des faits les plus curieux à cetégard, est celui qui se rapporte à la
dame
Plantin. Cettedame,
qui devait être opéréepour une
tu-meur
cancéreuse au sein, fut, avant l’opération, plongée dansle
sommeil magnétique
par ledocteur Chapelain. Lé extirpation, pratiquée par
M.
Jules Cloquet, dura environ douze minutes, pen-39
dant lesquelles la
malade,
conti-nuant
à s’entretenir paisiblement avec l’opérateur, nedonna
pasle plus léger signe de sensibilité : ses traits, sa respiration
, sa voix
,
son pouls, n’éprouvèrent pas la
moindre
altération-, et, à son ré- veil, elle n’avait conservéaucune
idée de ce qui s’était passé.
ANALOGIE DE
PHÉNOMÈNES
.
Nous
avons déjà parlé de laressemblance qui existe entre le
somnambulisme
naturel et lesom- nambulisme
artificiel. Il en estun
autre qui a été signalé par le doc-
4 °
leur Bertrand. Il résulterait de ses recherches historiques
, qu’on peut établir' des rapprochernens
fort intéressans entre les
phéno- mènes
offerts par lessomnam-
bules
; et ceux
que
présentent lespossédés de toutes les époques;
tels
que
lesfameux
convulsion- naires deSaint-Médard
, les reli- gieuses de
Loudun
, les Irem- bleurs des Cévènes, et autres éner-gumènes
dont la tradition a faitparvenir jusqu’à nous l’histoire
authentique.
FAITS PARTICULIERS.
Dans
le grandnombre
de faits particuliersoù
nous aurions à choisirpour
présenter desexem-
ples des plus grands effets
magné-
tiques, nous
nous
attacherons plus spécialement à ceux qu’a ob- servésl’Académie royale deméde-
cine, et son rapport nous four- nira les principaux matériaux des faits
que
nous allons citer.Des
42
observations recueillies par
un
corps aussi respectable de savans
,
portent avec elles
un
caractère d’authenticitétout-à-fait irrécusa- ble.Le
premier des faits que nous allons citerse rapporteàM.
Petit,
magnétisé et présenté aux obser- vateurs par
M.
Dupotet.M. PETIT.
La Commission
étant présente,M.
Dupotet, après avoir misun bandeau
surlesyeux du somnam-
bule, le plongea, par les
moyens
usités, dans le sommeil magnéti- que.
On
s’occupa dès lors à cons-43
tater la clairvoyance
annoncée par
le magnétiseur.
Le somnambule
ayant déclaréque
sa lucidité était bien suffisantepour
lui permettre de voir lesyeux
fermés, maisnon
recouverts d’un
bandeau
,on
le lui retira.Dès
cemoment,
toute l’attention des commissaires s'ap- plique à vérifier si les paupières sont exactement closes.Une
lu- mière approchée à cet effet enmontra constamment
les bords superposés.Les opérations
commençant
,
M.
Ribes,membre
de l’Académie,tire de sa
poche un
catalogue qu’il présente àM.
Petit. Celui-ci,
44
après quelques instans d’une forte attention , lit ces
mots
:Lav
citer.Il
est bien difficilede
connaî-tre les
hommes. On
lui présenta ensuiteun
passeport, puisun
port - d’armes.
Sur
la première pièce, au lieu de Passeport
, il
lit :
Passe
-homme
• sur la se-conde
, il lit :P
ort-cVarmes
, et cesmots
:De par
le roi.On
luimet
sous lesyeux une
lettre qu’il dit ne pouvoir lire, ne sachant pas l’anglais- la lettre en effet était écrite en cette langue.M.
Bourdois luimontre une
ta-batière sur laquelle était
un
ca-mée
représentantun emblème.
45
M.
Petity
distingua parfaitementun
chien dressé devantun
autel.Ces figuresreprésentaient l’emblê-
me
de la fidélité.M.
PAUL
V1LLAGRAP1D.Ce
jeunehomme,
étudiant en droit, avait été,pour
cause de paralysie, résultat d’une apo- plexie, transporté à l’hôpital de la Charité. Dix-septmois d’un traite-mentsuivi, n’avaient
amené qu’un
soulagementsans guérison.Le ma-
lade marchait àl’aidedebéquilles, et ne pouvait nullement se soute- nir surlepiedgauche; ilnepouvaitnon
plus dresser la tête, voyait à46
peine del’œil droit, et avait l’ouïe trèsduredes
deux
côtés.Magnétisé, à plusieursreprises,parM.
Foissac,il
tomba
dans lesommeil magné-
tique à la
neuvième
séance.Dans
cet état , il se prescrivit
un
traitement où figuraient des sy- napismes,
un
bain de Barège,et
une
saignée. Ilannonça
qu’a- près trois jours de cettemédi-
cation , il marcherait sans bé- quilles, en sortant dela séance, où
il faudrait encore qu’on le
magné-
tisât.
Le
traitement fut suivi, etau
jour indiqué laCommission
de l’Académie royale demédecine
se rendit à l’hôpital de la Charité
47
pour êtretémoin de cette séance.
Paul s’y rendit, soutenu sur ses béquilles
; on le magnétisa, après . quoi il
marcha comme
par en-chantement,
se soutenant parfai- tement sur lajambe
paralysée; traversa la foule étonnée, sortit de la salle des conférences, et tra- versa ladeuxième
cour de l’hôpi-tal.
Parvenu
aupied de l’escalier,il s’assit
pour
reprendreun peu
haleine
, puis
monta
, à l’aide d’un bras et de la
rampe,
les vingt- quatremarches
qui conduisent àla salle où il couchait Arrivédans
cette salle, i! se dirigea vers son
lit
, sans
aucun
soutien, se reposa48
encore
un moment,
etrecom- mença une
nouvellepromenade
dansla salle ,non
^ans surprendre tous les malades accoutumés à le voir presqueimmobile
dans sonlit,
A
partir de ce jour, ses bé-quilles lui devinrent inutiles.
Une
circonstance ànoter, c’estqu’à son
l'éveil ce surcroît de force avait éprouvé
une
diminution sensible;
d’où l’on peut conclure, que ses forces étaient principalement aug- mentées par l’action
immédiate du
magnétisme. Il fut depuis fré-quemment
magnétisé, etson bien- être allant toujours croissant, il
trouva
une
guérison complète.49
Dans
plusieurs desséances con-sacrées à ces opérations
, les
com-
missaires, et quelques autres per- sonnes connues, tel
que M. Em-
manuel
de LasCases,M.
lecomte
deRumigny,
etM.
Ségalas, fu-rent à
même
de reconnaître l’é-tonnante lucidité de
M.
Paul.Dans une
d’elles, les paupières étant tenues clauses parun
des témoins,on
présente ausomnam-
bule
un
jeu de cartesneuves,dont on
briselabande
portantletimbre de la régie, et Paul reconnaît et
nomme
successivement toutes les cartes.M.
leRapporteur
présenteun
livre sur lequel Paul lit dis-3
5o
tin
clement
cesmots
: Histoirede France
Anc/uctil.( Il passe la préposition par ).
On
lui pré- sente la page8g
, et il lit :Le nombre de
ces...( Il passe le
mot
troupes ).
Au moment où
on lecroyait le plus
occupé
des plai- sirsdu
carnaval. Plusieursmots au
hasard sont écrits surun pa-
pier ; il épèle les uns, et lit cou-
ramment
les autres.Le
2 février, des expériences analogues eurent lieu' en présence deMM.
Scribe etBreman,
négo- cians, rue St.-Honoré, no. 296,et les résultats merveilleux que
nous venons
de signaler se repro- duisirent.5
1
M. CAZOT.
Pierre Cazot, âgé de vingt ans, était, depuis dix ans, sujet à des attaques d’épilepsie, qui se renou- velaient presque tous les jours.
Admis
à l’hôpital de la Charité,au
mois d’août 1827, il y futmagné-
tisépar
M,
Foissac-, il devintsom*
nambule
à la dixième séance, etannonça
le jour et l’heure de saprochaineattaque d’épilepsie, pré- vision qui se réalisa en présence de la
Commission. Le
surlende-main
, Cazot, étant en
somnam-
bulisme,
donna
les signesde l’in- 3.5
2sensibilitélaplus absolue
, en sup- portant, sansla
moindre
émotion, des piqûres assez profondes.Le
août,
M.
Foissacendormit
Cazot sans le secours des gestes, c’est-à-dire par la seule force dela volonté, et les
mêmes
expé- riences eurent lieupour
constater l’abolition de la sensibilité. Les prédictions de Cazot , relative-ment
à ses accès, parurent siintéressantes à la
Commission,
qu’elle se plut à lesvérifier
chaque
fois, et toujours elles lui parurent exactes à l’heure et
même
à la mi- nute.Le magnétisme
opérait déjà sur Cazot des effets heureux; il53
avait
annoncé
le jour de sagué-
rison, lorsque,
deux
jours après, c’est-à-dire le il\ juin de l’année1828,
voulant arrêterun
cheval fougueux, il fut précipité à terre, etbroyéparla roue d’un cabriolet :il ne survécut pas à cet accident.
1
A
ces observations, recueilliespar la
Commission
,
nous
ajoute- rons celle qu’a faiteM.
Rostan, aujourd’hui professeur à laFa-
culté de
Médecine,
et qu’il rap- porte dans son articleMagné-
tisme, inséré dans le Diction- naire
de
médecine. Il dit, en par- lant d’unesomnambule
qu’il avaitendormie
:54
« Je pris
ma montre
.que
je plaçai à troisou
quatre pouces derrière l’occiput. Jedemandai
à lasomnambule
si elle voyait quel-que
chose.—
Certainement je vois quelque chose qui brille, çame
fait mal. »
Sa physionomie
expri-mait
la douleur ; la nôtre devait exprimerl’étonnement.Nous nous
regardâmes, etM.
Ferrus,rom-
pant le silence,me
ditque
puis- qu’elle voyait quelque chose bril- ler, elle dirait sans doute ceque
c’était. « Qu’est-ce que vous voyez
briller?
— Ah
! je ne sais pas, je
ne puis vousle dire.
—
Regardez-le bien.
—
Attendez, çame
fali-55
gue... attendez (et après
un mo- ment
de grande attention) : C’estune
montre. »Nouveau
sujet desurprise. Vais si elle voit
que
c’estune montre
,me
dit encoreM.
Ferrus, elle verra sans doute l’heure qu’il est. Pourriez - vous
me
dire l’heure qu’il est ? •—
Oh! non,
c’est trop difficile.—
Faites attention, cherchez bien.
—
Attendez, je vais tâcher :je dirai peut-être bien l’heure, maisje ne pourrai jamais voir les
minutes
( après avoir bien cherché
) : il est huit heures
moins
dixminutes
; »ce qui était exact. »
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. • •
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!
PROCÉDÉS.
On
opéré leMagnétisme par
le contact des mains, les gestes, les frictions, la fixitédu
regard, et surtout la volonté.Tous
les indi- vidus sont appelés à le produire, mais à des degrés différens.Les
qualités nécessaires
aux magnéti-
seurs sont la santé et le
calme
del’esprit.
Tous
les âges et tous les sexes peuvent le ressentir,- mais58
les
femmes beaucoup
plus, et les vieillardsbeaucoup
moins.Pour
procéderàcette opération,on
fait asseoirla personne que l’onveut magnétiser;
on
s’assied soi-même
vis-à-vis d’elle , en ayant soin dela toucher par lesgenoux
,
et par l’extrémité des pieds; alors avec les
mains on
luiprend
lespouces, et l’on garde cette posi- tion jusqu’à ce que l’équilibre se soit établi entre sa température et la nôtre. Les
mains
placéesensuite sur les épaules, descendent, au
bout de quelques minutes, lelong des bras, jusqu’à l’extrémité des doigts, en suivant le trajet des
59
principaux nerfs. Après avoir réi-
1 1
téré plusieurs fois cette opération,
on
applique lesmains
sur l’épi- gastre,pour
descendre de là versle
genou,
etmême
jusqu’auxpieds
Ce
sont cesmouvemens que
l’onappellepasses.
Le
magnétiseur pose ensuite sesmains au
dessus de la tête de la personnemagné-
tisée, les
y
maintientun moment,
puis descend devant la figure sans
la toucher, jusqu’à l’épigastre où
il s’arrête encore. Enfin
, de l’épi- gastre, ces
mêmes
passes sont denouveau
conduites jusqu’à l’extré-mité des pieds. Il est rare qu’après avoir répété ces pratiques plu-
6o
sieurs fois,
on
n’obtiennepas quel-que
effet sensible.Le
sujet ressent destiraillemensdanslesmembres,
quelque embarras dans la tète,de la pesanteur sur les paupières, en
un mot, un
état desomno-
lence
marqué
, et d’ordinaire, aprèsquelques séances,lapersonnetombe
dansun
véritablesommeil
magnétique.La
première question qu’on lui adresse est celle - ci :Dormez-
vous? à quoi elle
répond
:Oui
3 d’unevoix particulière à son état.Lesautresquestionsqu’on peut lui adresser sontanaloguesà celles-ci:
Comment vous
trouvez -vous?
6i
Que voyez-vous
? Sentez -vous
votre
mal?
etc. C’est lemoment
qu’on choisit d’ordinaire
pour
tenter les épreuves qui tendent à constater la lucidité
du somnam-
bule; mais
on
doit éviter d’exiger trop, et de leur poser des ques- tions trop difficiles à résoudre;
car les efforts qu’ils font
pour y
arriver, ne sontpas toujours
pour
eux sans inconvénient. Ces incon- véniens sont le désordre des idées; la mélancolie et les céphalalgies intenses; ajoutezque
répondantalors plutôt sous la dictée de l’a-
mour-propre
que, de la raison,ils font,
pour
nepas rester à court.6s
des réponses inexactes, et quel- quefois ridicules. Malheureuse-
ment
il n’estque
trop fréquent de voirlesmagnétiseurs, dans
un
caspareil
, écouter
une
curiositéma-
ladroite, et dépasserlesbornes
du
possible.
Lorsqu’on veut terminer la
séance , on prolonge les passes au- delà des extrémités des
mains
et des pieds, en secouant les doigts àchaque
fois; on pratique, devantle visage et la poitrine
, des passes transversales qui consistent à rap- procher les
mains
en les opposant par le dos, et à les écarter brus-quement.
63
Les
phénomènes
magnétiques,
quels qu’ils soient, sont dûs prin- cipalement,
comme
nous l’avons dit, à laforce de la volonté.Nous
n’avonsjusqu’ici parléque
des conditions nécessaires auma-
gnétiseur
pour
produire les effets désirés; mais il en est d’autres exi- gibles de la personne magnétisée.
On
concevra en effetque
si l’ondemande
à l’un telle disposition morale, on aura droit aussi de leréclamer de l’autre
; et c’est
une
loi générale dans la nature, que,
pour
obtenircertainsphénomènes,
il faut nécessairement en préparer
les causes. Ces conditions sont, de
64
la part de la personne qui se sou-
met au magnétisme,
nous ne di- rons pasune
foi aveugle, mais aumoins
labonne
volonté et la con- fiance-, decette manière, les pores de l’individu sontpour
ainsi dire ouverts à l’agent magnétique.Doit-on s’étonner en effet
que
lesphénomènes
désirésétant des actescérébraux, étant
un
produitdu
système nerveux, ondemande au
sujet qui se
soumet
à l’expérience, tel état nerveux , telle disposition cérébrale.65
THÉRAPEUTIQUE,
L’action
magnétique
peut-elle être considéréecomme un
agent curatif?En
jetantun
coup-d’oeil sur lesmoyens
thérapeutiquesem-
ployésavec succèsparlamédecine, nous voyons qu’unedes conditions de cesmoyens
,
pour
agirsur l’éco-nomie
, est de produire sur cette dernièreune
modificationmani-
feste.
Voyons maintenant
si leMa-
3 .
66
gnétisme peut présenter, sous ce rapport, quelque intérêt.
La Com-
mission de l’Académie a constaté que le
Magnétisme
agite les uns, calme lesautres, et leplus souvent accélère
momentanément
la circu- lation et la respiration. Aussi dansles applications que l’on a faitesde cetagent
au
traitement desmala-
dies, sous les
yeux
deMM.
lesCommissaires, ceux-ci ont-ils re-
connu que
: « Plusieurs maladesn ont éprouvé
un
soulagement»
marqué,
savoir : l’un la suspen-» sion des douleurs habituelles,
» l’autre le retour des forces,
un
» troisième
un
retard de plu-*>7
» sieurs
mois
dans l’apparition» des accès épileptiques, et
un
» quatrième la guérison complète
» d’une paralysie grave et
an-
» cienne. » Ainsi,
pour
répondre à la première question,
nous pou-
vons poser en fait, en nous ap-
puyant
sur les autorités les plus respectables,que
leMagnétisme
animal peutêtrecertainementcon- sidérécomme un
agent thérapeu- tique.Maintenant de quelle
manière
peut-il guérir
ou
soulager?Son mode
d’action estvariable : il peut agir avec ou sans la participationdu sommeil
j il peut agir encore
68
d’une manière directe
ou
indi- recte.Voyons comment
il agit par l’interventiondu
sommeil.Comme
il jette l'individu tout entier, et
spécialement telle partie^
au
grédu
magnétiseur, dansune
sorte de torpeur, il estbien évidentque
l’irritation nerveuse étant suspen-
due
, il en résulteraun
premierbienfait.
Ce
premier avantage ob- tenu sur le désordredu
système nerveux,amènera
dans l’appel des fluidesun
ralentissement salu- taire. Ainsi, diminution dans l’ir- ritation nerveuse et dans la con- gestion sanguinej en faut-il da-6
9
vantage
pour amener,
dans cer- tains cas,une
résolution etune
guérison complète?
Nous
venons d’examiner lema-
gnétisme, par rapport
au som-
meil, agissant seulet directement :
voyons
quelles ressourceson en
pourra tirer, s’il agit encore seul mais indirectement;on
voitque
nous voulons parlerici de l’intui- tion. Par cettefaculté, lemalade, devenu
lucide dans sonsommeil
magnétique, voit ses organes inté- rieurs, et établit parfaitement le diagnostic de celui qui est affecté.Ce don
existe-1- il' réellement? Existe-t-il en effet, chez quelques7 °
magnétisés,
une
clairvoyance ca- pable d’éclairerlemédecin
sur leur propre maladie? C’estune
ques- tion à laquelle les plus graves ob- servateurs et les Commissaires eux-mêmes
ontrépondu
affirmative- ment. (Voyez
leRapport
de laCommission.
)
Dès
lors il ne faut plusque
lesimplebon
sens pour- voir quelle carrière d’observations est ouverte aumédecin
praticien.En
effet, en appliquant au diag- nostic des maladies son seul talent de détermination, son expérience, ce qu’on appelle son tact médical,quelque habile qu’il soit, il
ne
verra jamais sur le vivant l’état