LE DÉVELOPPEMENT DURABLE PEUT-IL CONJURER LA MALÉDICTION DES RESSOURCES?

Texte intégral

(1)

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE PEUT-IL CONJURER LA “MALÉDICTION DES RESSOURCES” ?

Audrey Aknin

De Boeck Supérieur | « Mondes en développement » 2009/4 n° 148 | pages 15 à 30

ISSN 0302-3052 ISBN 9782804102838 DOI 10.3917/med.148.0015

Article disponible en ligne à l'adresse :

--- https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2009-4-page-15.htm ---

Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Supérieur.

© De Boeck Supérieur. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(2)

DOI : 10.3917/med.148.15

Le développement durable peut-il conjurer la "malédiction des ressources" ?

Audrey AKNIN

1

la fin des années 1990, des études empiriques ont révélé une relation négative entre abondance des ressources naturelles et croissance économique (Sachs et Warner, 1995, 1999, 2001 ; Sala-i-Martin, 1997). Ce phénomène est connu sous le nom de "malédiction des ressources". Selon Auty (2007, 628) : "…il est de plus en plus établi qu'au cours des dernières décennies l'efficacité de l'accumulation du capital dans les pays en développement a été inversement liée à la dépendance aux ressources naturelles."À la même période, beaucoup de pays en développement richement dotés en ressources naturelles ont été le théâtre de guerres civiles sanglantes2 : entre 1946 et 2000 un tiers des anciennes colonies a connu une guerre civile (Gleditsch et al. 2001). Cet article s'intéresse aux liens existants entre la croissance économique fondée sur les ressources naturelles et la survenue de guerres civiles dans les pays en développement, plus précisément, aux rapports entre les ressources naturelles, les guerres civiles et la mondialisation, définie comme une intégration des économies nationales par le commerce, les investissements directs étrangers, les flux de capitaux et la diffusion de technologies (Serfati, 2006). Cette contribution s'attache également à examiner les apports du concept de développement durable qui veut repenser les interdépendances globales dans un souci d’équité intra et intergénérationnelle et une situation de raréfaction et d’épuisement des ressources naturelles.

Dans un premier temps, nous présentons et discutons les approches théoriques récentes des conflits civils dans les pays en développement, en insistant sur les recherches de rentes. Dans un deuxième point, nous établissons que ces

"guerres pour les ressources" ne peuvent être expliquées sans tenir compte de la mondialisation. Dans la dernière partie, nous montrons que le développement durable peut offrir une issue à la "malédiction des ressources"

1 Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, Centre d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement, UMR 063 IRD-UVSQ (Institut de recherche pour le développement), Audrey.Aknin@ uvsq.fr. Je remercie les coordinateurs du numéro et les rapporteurs pour leurs commentaires.

2 La guerre civile est un conflit violent et soutenu entre les forces militaires gouvernementales et des forces insurgées issues de la population civile d'un État (Henderson, 1999).

À

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(3)

1. ABONDANCE DES RESSOURCES NATURELLES ET GUERRES CIVILES DANS LES PAYS EN

DEVELOPPEMENT

Pourquoi des guerres civiles éclatent-elles dans les pays en développement ? Les premiers travaux sur cette question datent du début des années 1990 : Grossman (1991) cherchait à déterminer le niveau de dépenses militaires qu'un gouvernement devait engager pour limiter un risque d'insurrection, Azam (1995, 2001), Azam, Berthélémy et Calipel (1996) se sont préoccupés des effets des politiques de redistribution dans la réduction du risque d'éclatement d'un conflit civil. Les analyses économiques contemporaines sont, quant à elles, dominées par les travaux de Collier (1.1), dont l'approche peut être liée à la

"malédiction des ressources" (1.2).

1.1 Les analyses contemporaines des guerres civiles

Entre 1998 et 2003, Collier a dirigé le Groupe de recherche sur le développement à la Banque mondiale. Il a cherché à renouveler l’examen théorique des guerres civiles dans les pays en développement en insistant sur leur dimension économique. Selon lui, "les guerres civiles ne doivent pas être examinées comme la manifestation d’une récrimination politique mais comme la 'manifestation ultime du crime organisé' " (Collier, 2000, 3). Les guerres civiles procèdent donc d’une "prédation à grande échelle" (Ibid.) sur des activités économiques génératrices de revenus, dans le but de financer la rébellion. Pour étayer sa thèse, Collier utilise des données statistiques sur la période 1965-1999 et observe que sur les 161 pays de l’échantillon, 47 ont connu une guerre civile. Il met au jour cinq facteurs favorisant, par ordre décroissant, l’apparition d’un conflit civil armé : la dépendance envers les exportations de matières premières, la dispersion géographique de la population, l’occurrence passée des conflits civils et la taille de la diaspora, le faible niveau de scolarisation accompagné d’une forte croissance démographique et de la baisse du revenu par tête, la composition ethnico- religieuse de la population.

Les travaux de Collier (2000) et de Collier et Hoeffler (2001) soulignent l’importance du motif de prédation dans le déclenchement d’une guerre civile.

Paul Collier préconise donc de réduire la dépendance aux matières premières en diversifiant les activités économiques. Les mêmes arguments se retrouvent chez Auty (2001), Buhaug et Gates (2002) et Le Billon (2001). À l’évidence, les activités d'extraction de ressources naturelles mobilisent des actifs fixes et de long terme et les entreprises impliquées ne peuvent se délocaliser. Les ressources naturelles étant "vulnérables à la taxation et au pillage" (Buhaug et Gates, 2002, 419), les guerres civiles s’expliquent par le comportement rationnel des agents, puisque la mainmise sur elles offre des possibilités de financement pour un gouvernement en place ou une armée d'insurgés. Les rebelles et le gouvernement n'ont que des objectifs purement économiques et les guerres

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(4)

civiles perdurent en raison de cette abondance de ressources naturelles qui peut être la cause du conflit, ou un moyen de le prolonger.

1.2 "Malédiction des ressources" et économie de la recherche de rentes

Depuis la décolonisation, la plupart des pays qui en avaient la possibilité se sont engagés dans un développement fondé sur l'extraction, la transformation et l'exportation de leurs matières premières. Comme le soulignent Sachs et Warner (2001, 837) "les pays richement dotés en ressources naturelles ont, presque sans exception, stagné dans leur croissance économique depuis le début des années 1970." Quels sont les effets de cette "malédiction des ressources" ? Suivant Olsson (2007), nous en différencions deux : d’une part, le "syndrome hollandais", c'est-à-dire l'appréciation du taux de change qui réduit la compétitivité du secteur exportateur et évince les autres secteurs de l'économie, entravant la croissance (Corden et Neary, 1982) ; d’autre part, une recherche de rentes qui menace le développement économique du pays (Krueger, 1974). La rareté des ressources naturelles et de la terre est une condition qui permet l’existence de la rente3. Les théories modernes de la rente s’éloignent de la rente foncière telle que l’avaient définie les auteurs classiques anglais : la rente est comprise au sens large et peut être minière, pétrolière, forestière… Krueger (1974, 294) identifie comme sources de rentes : les investissements publics, les importations, les matières premières contrôlées par l'État… sans jamais définir explicitement la rente ! Elle serait un revenu qui peut être accaparé à la faveur d’une défaillance du marché, par exemple lorsque l’offre ou la demande ne sont pas parfaitement élastiques4.

Selon Hartle (1983, 540), la recherche de rentes, qui consiste à obtenir des avantages en manipulant les instances dirigeantes "ne concerne ni la rente ricardienne ni les quasi-rentes qui peuvent apparaître temporairement dans l'économie de marché." Dans sa version normative5, la théorie de la recherche de rentes est très liée au Public Choice6, et considère que les ressources mobilisées sont gaspillées, puisqu'elles ne créent pas de richesses. L’État y est souvent considéré comme le principal responsable de l’existence de rentes et se voit parfois qualifié de patrimonial ou néo-patrimonial, car il organiserait à son profit (ou à celui de ses agents) la captation des rentes tirées de l’exportation des produits. Dans cette approche néoclassique, les belligérants d'une guerre civile ne cherchent qu'à capter la rente issue des ressources ; que cela soit l'État

3La rente est une rémunération liée à un droit de propriété sur une ressource dont la quantité disponible ne dépend pas de la rémunération associée à ce droit (Guerrien, 1996).

4 Le cas du pétrole est particulièrement significatif (Hausmann, 1981 ; Amundsen, 1992).

5 La version positive de la théorie de la recherche de rentes se focalise sur les groupes d'intérêts, comme dans les travaux de Olson (1965).

6 L'École du Public Choice, ou École des choix publics, a appliqué l'analyse économique traditionnelle fondée sur la rationalité substantielle aux objets de la science politique traditionnelle (l'État, les règles de vote et les élections, le phénomène bureaucratique).

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(5)

ou une armée de rebelles, les motivations demeurent identiques. Ce raisonnement implique, certes, l'existence d'un détenteur des ressources (l'État ou les rebelles), mais aussi celle d'autres agents économiques prêts à payer pour le droit d'usage (cas de la terre) et/ou leur acquisition (cas des matières premières).

2. LA MONDIALISATION CONTEMPORAINE, UN ÉLÉMENT CONTEXTUEL DÉTERMINANT

Les guerres civiles, engendrées ou entretenues par l'abondance de ressources naturelles, reflètent le déplacement des frontières entre l’État et le marché (Hibou, 1999), qui permet aux élites (gouvernementales, militaires...) de tirer d’immenses bénéfices du pillage des ressources grâce à ces guerres. C'est à la suite d'un large accord sur la mise en œuvre de politiques macroéconomiques similaires, initiées dans les pays développés et relayées par les institutions financières internationales dans les pays du Sud (qualifié de consensus de Washington) que des activités assurées par l'État ont disparu dans les pays en développement, au motif qu’elles suscitaient la recherche de rentes. La mise en œuvre des politiques d'ajustement structurel a, par ailleurs, contribué à augmenter les échanges financiers et commerciaux mondiaux et à accélérer la mondialisation, générant d’autres rentes. Les guerres civiles sont un des aspects de cette mondialisation contemporaine : il ne s'agit pas de guerres uniquement locales (2.1) et les rapports de force qui se jouent autour de la recherche de rentes n'impliquent pas uniquement les élites locales (2.2).

2.1 L'insertion économique mondiale des ressources naturelles issues des guerres civiles

Les ressources naturelles localisées dans des zones de conflits civils sont dirigées vers les marchés mondiaux, dont la plus grande part est localisée dans les pays du Nord. À titre d’exemple, la CNUCED (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement) recense, en 2008, au sein des 22 principaux exportateurs de pétrole, 8 pays africains, parmi lesquels le Congo, l’Angola, l’Algérie, le Nigeria, le Soudan et le Gabon7, les principaux pays importateurs étant l’Amérique du Nord, les pays européens et le Japon (CNUCED, 2008). D’autres ressources naturelles, qui sont au centre des économies de prédation produites par les guerres, sont connectées aux marchés mondiaux, car elles participent comme intrants dans les processus de production des entreprises8. Les pays du Nord n’interviennent pas seulement dans la demande massive de ressources naturelles. Les groupes industriels

7 Parmi ces six pays trois ont connu un conflit civil armé provoqué, ou entretenu, par d’abondantes ressources naturelles, en particulier les diamants et le pétrole.

8 Global Witness (2005) examine le cas de la cassitérite. Ce minerai d’étain est une des nombreuses richesses de la RD du Congo, alors que les principaux pays consommateurs sont le Brésil, la France, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(6)

transnationaux sont bien souvent au cœur de leur extraction et de leur transformation. Les Nations unies estimaient, en 2000, que la production de diamants finançant les conflits pouvait représenter jusqu’à 20% de la production mondiale et s’appuyait, en partie, sur des réseaux de trafics de diamants "illicites"9. Selon Smillie (2002, 5) : "De Beers, Tiffany, Cartier, Harry Winston, les gouvernements belge, britannique et israélien bénéficièrent des taxes dérivées des ventes de diamants, ne demandant jamais, par exemple, comment un pays comme le Libéria aurait pu produire $2,2 milliards de diamants en seulement cinq ans." Le dernier rapport de la CNUCED (2008) souligne qu’en Afrique la forte hausse des investissements directs étrangers est due au boom des matières premières, le flux entrant a atteint 53 milliards de dollars en 2007. Les investissements directs étrangers sous la forme de fusions acquisitions se situent encore principalement dans les industries extractives et les services qui y sont liés, même si le secteur bancaire est de plus en plus attractif. Le Nigeria, l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc en ont été les principaux bénéficiaires.

L'intégration des flux de ressources naturelles et financières issues des guerres civiles dans la mondialisation est établie10 et n'a pas manqué de susciter des interrogations quant à une coopération entre les élites nationales, les groupes mondiaux et les pays du Nord. La présence de ces groupes au cœur des conflits armés, ou dans des régions proches vers lesquelles les ressources naturelles sont acheminées, a non seulement déclenché l’opposition des populations locales et les études documentées d’ONG, mais elle a conduit les institutions financières internationales à infléchir la teneur de leurs interventions11. Néanmoins, la Banque mondiale, suivant les travaux de Collier (2000), considère que la responsabilité des guerres et de leur perpétuation découle principalement de problèmes internes aux pays et que les effets d’interdépendance vont des guerres locales aux désastres globaux en considérant que "le monde est trop petit et trop entrelacé pour que les dommages d’un conflit soient contenus à l’intérieur du pays en guerre12". Une telle démarche allant du local au global (Aknin et Serfati, 2008) et considérant la mondialisation comme le stade suprême de l’économie de marché, fait l'impasse sur la hiérarchisation des pouvoirs et les fortes asymétries dans les rapports de pouvoir donnant leur véritable contenu à l'interdépendance des acteurs à l’échelle mondiale. Les populations et les groupes sociaux vulnérables sont placés dans des situations tragiques dont les conflits civils armés pour les ressources sont un aspect.

9 UN Security Council, S/2000/1195, December 2000.

10 Le cas le plus emblématique est celui des diamants de Sierra Leone.

11 L’Assemblée générale de l’ONU a voté, en décembre 2000, une résolution qui a conduit, en novembre 2002, à la création d’un schéma de certification (Processus de Kimberley), destiné à régulariser le commerce des diamants. À la suite d’investigations entreprises entre 2000 et 2003 par l’ONU et qui soulignaient la responsabilité des entreprises dans les guerres de la région des Grands Lacs, l’OCDE a pris une série d’initiatives destinées à promouvoir un esprit responsable de la part des entreprises dans les conflits liés aux minerais.

12 Banque mondiale, communiqué du 14 mai 2003.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(7)

2.2 Partage de la rente et rapports de force

Comme le soulignent Peguin et Talha (2001), la rente n’est pas liée à la dotation en ressources d’un pays, elle n’existe que parce que des ressources ont une valeur d’échange. Dans le cas de la plupart des pays en développement, les ressources naturelles sont exploitées par des compagnies étrangères qui reversent la rente aux États lorsqu'ils sont propriétaires13. Cela résulte d'une longue histoire qui a déterminé le mode d'insertion des pays en développement dans la division internationale du travail et le commerce international et ne leur a pas permis d'exploiter eux-mêmes leurs ressources, les orientant vers une spécialisation poussée dans l'exportation de leurs ressources naturelles brutes.

La valeur d'échange de ces ressources peut permettre à leurs détenteurs de dégager un profit supplémentaire (une rente) du fait de leur rareté tant qu'il est impossible de produire un substitut pour des raisons technologiques, ou en raison d'un mode de consommation et d'organisation de la vie sociale qui ont rendu cette ressource indispensable (par exemple le pétrole pour l'automobile).

Par définition, le revenu rentier est instable, soumis aux fluctuations des prix et finalement éphémère si la ressource vient à disparaître, ou un substitut à être découvert.

La relation captation de rentes-guerres civiles liées aux ressources est souvent testée à l’aune du ratio d’exportation des ressources naturelles sur les exportations totales. Cet indicateur, qui renseigne sur le degré de spécialisation mono produit d’un pays, est parfois transformé en une variable explicative d’un comportement rentier des gouvernements qui cherchent à conserver leur mainmise sur cette source de revenus fiscaux et de devises. Un autre indicateur utilisé est le rapport du montant des recettes gouvernementales tirées des exportations de ressources naturelles en proportion soit du PIB, soit du montant total des recettes d’exportations, soit du montant des recettes budgétaires. Les résultats sont très différents selon les pays, car ils dépendent du degré de diversification de l’économie mais, plus encore, du rapport de forces entre les gouvernements et les entreprises transnationales qui exploitent les ressources et, généralement, les distribuent sur les marchés mondiaux. Si l’on prend le cas du pétrole, on peut constater que la part des revenus des exportations pétrolières allouée au budget public dépasse 60% en Algérie, en Iran, au Koweït, en Équateur ou au Nigeria14, cette part tombant à 6,7% au Tchad15 (CNUCED 2005c, 111-113).

Selon Rosellini (2005, 129-130), dans les pays pétroliers d’Afrique centrale, il existe "une relation souvent opaque entre un État endetté, incapable de faire

13 C’est le cas de De Beers pour les diamants en Sierra Leone, de Firestone pour le caoutchouc au Liberia, de TotalFinaElf pour le pétrole au Gabon ou au Congo-Brazzaville, de Shell pour le pétrole au Nigeria.

14 Ce sont des pays où l’exploitation du pétrole est ancienne et où les entreprises pétrolières sont détenues, en partie ou entièrement, par l’État.

15 Dans quelques pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de pétrole, l’industrie pétrolière est récente (par rapport au Moyen-Orient) et détenue par des firmes transnationales.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(8)

seul les investissements nécessaires pour l’exploitation du pétrole, et des firmes multinationales puissantes qui profitent d’une relation simplifiée. Des réseaux se forment et entretiennent cette relation avec parfois la complicité des États d’origine des compagnies pétrolières." La question du partage de la rente sur les ressources naturelles ne peut donc être isolée de celle de l’interdépendance des

"niveaux" de la mondialisation. Les données sont cependant rares ; un rapport de la CNUCED (2005a) analyse l’évolution des termes de l’échange, son impact dans les pays en développement et fournit quelques éléments sur le partage de la rente dans les industries extractives, principalement pétrolières. Il souligne que le montant perçu par les États est fonction du contrôle qu’ils exercent, de la place des groupes pétroliers mondiaux et de l’exploitation plus ou moins récente des réserves. L’Angola, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale, importants producteurs de pétrole, ont une balance commerciale positive grâce aux exportations de pétrole, mais une balance des comptes courants déficitaire à cause des profits rapatriés par les groupes pétroliers et de la rémunération pour l’ingénierie que ces pays leur versent.

Les réformes des codes miniers, favorables aux groupes industriels et financiers étrangers et consécutives aux recommandations de la Banque mondiale (1992), ont augmenté la part de la valeur accaparée par les groupes mondiaux dans plusieurs pays subsahariens. Dans son rapport sur le développement économique en Afrique en 2005, la CNUCED met en perspective deux pays, la Tanzanie et le Ghana, qui ont soutenu et développé la production d’or en suivant les recommandations de la Banque mondiale et du FMI dans le but d’attirer des investissements directs étrangers : En Tanzanie, où les exportations d’or sont passées de moins de 1% des recettes d’exportation à la fin des années 1990 à plus de 40% en 2003, six grandes compagnies minières ont perçu un total de recettes d’exportation d’environ 890 millions de dollars (entre 1997 et 2002), sur lesquels le gouvernement a touché 86,9 millions de dollars (soit environ 10%) en revenus (impôts) et redevances. Au Ghana, où les exportations d’or au cours des 15 dernières années (1990–2004) ont triplé et sont passées d’environ un quart des recettes d’exportation totales à près de 37%

à la fin de la période, les industries extractives ont représenté 11% environ des recettes totales collectées par l’administration ghanéenne des impôts. Un calcul reposant sur les chiffres du Gouvernement pour 2003 de la valeur totale des exportations de minéraux et les chiffres des recettes provenant des taxes et impôts sur les minéraux montre que le Ghana n’a perçu qu’environ 5% de la valeur totale des exportations, quelque 46,7 millions de dollars sur une valeur totale d’exportations de minéraux de 893,6 millions de dollars " (CNUCED, 2005b, 56-58). En fait, au cours de la période récente, la privatisation d’entreprises nationales et les mesures d’incitations fiscales à l’investissement étranger ont accru la part relative de la valeur versée aux groupes étrangers.

Cette tendance a été confortée par la hausse considérable du prix du pétrole sur les marchés internationaux observée depuis quelques années. Les recettes des gouvernements des pays producteurs ont généralement augmenté, mais plus encore, la part de la valeur appropriée par les groupes mondiaux (Bichler et

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(9)

Nitzan, 2004). Dans un tel contexte, la rente, dont une partie est partagée avec les sociétés transnationales, une autre "recyclée" sur les places financières offshore, une autre encore gaspillée dans le pays, ne saurait être considérée comme le signe d'une richesse pour les populations. "[Ces] économies connaissent une tendance à la stagnation, avec de fortes fluctuations liées à la valorisation de la rente ; elles sont marquées par le gaspillage des ressources, de faibles liens entre les rémunérations et la productivité des facteurs et par des distorsions entre les modes de production et de consommation. Le surplus (ou rente), provenant du secteur primaire et de l'aide extérieure, se convertit pour l'essentiel en importations de biens et services ayant peu d'effets d'entraînement sur les activités productives" (Hugon, 1993, 21). Cette situation remet en cause les politiques de développement mises en œuvre au cours du 20ème siècle. Dans un tel contexte, comment parler de développement durable ?

3. UN DÉVELOPPEMENT DURABLE EST-IL POSSIBLE ?

Le développement durable est une notion du Nord qui s'est imposée dans les institutions internationales à la faveur d'une configuration particulière des rapports de force internationaux (Aknin et al., 2002). La quasi-totalité des conflits armés affectent des pays en développement, ce qui indique que le modèle suivi jusqu’ici présente des limites. Ce modèle est fondé sur la spécialisation primaire (3.1). Certes, le développement durable interroge et renouvelle, dans un contexte de mondialisation, l'économie du développement traditionnelle. Cependant, les politiques de développement durable promues par les institutions internationales peuvent-elles changer les modalités d'insertion internationale des pays théâtres de guerres civiles et richement dotés en ressources naturelles (3.2) ?

3.1 L'impasse de la spécialisation primaire

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, le système entériné par les Accords de Bretton Woods offre peu de place pour les spécificités des pays nouvellement arrivés sur la scène internationale. Selon Fontaine (1994, 66), "on se trouve face à un dispositif international centré sur les préoccupations et les problèmes des économies industrialisées, et complété par l'intervention d'agences spécialisées.

L'inadaptation de ces structures aux problèmes du développement nourrira une insatisfaction permanente, qui se manifestera en particulier par l'appel à un nouvel ordre économique international au cours des années 1970. "

La plupart des pays en développement étaient déjà insérés dans les échanges internationaux par l'intermédiaire de l'économie de traite, en particulier l'Afrique et l'Amérique latine. Au lendemain des indépendances, cette insertion doit être modifiée et, dans la plupart des cas, les États prennent le contrôle des économies sur la voie d'un développement national financé par l'épargne domestique. L'insertion internationale ne peut se réaliser en autarcie complète,

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(10)

comme le montrent Chenery et Strout (1966) dans le modèle à double déficit16 : le pays doit exporter pour financer ses achats en biens d'équipement. L'argument ricardien de l'avantage comparatif, ou les thèses de Heckscher-Ohlin, incitent les gouvernements des pays d'Afrique sub-saharienne ou d'Amérique latine à s'engager sur la voie de la spécialisation dans les produits primaires. Pour Prebisch (1950) et Singer (1950), les structures des marchés étant moins concurrentielles dans les pays en développement que dans les pays industrialisés, les prix des produits ne suivent pas le même rythme à long terme.

En outre, l'absorption des matières premières par unité de produit manufacturé a tendance à décroître sous l'effet du progrès technique et de la production de substituts synthétiques. Les pays en développement perdent leur avantage (a priori) comparatif et s'exposent aux variations des prix mondiaux et à la dégradation des termes de l'échange. À la fin des années 1970, la crise pétrolière et les instabilités des cours des matières premières (notamment une série de booms sur les marchés du cacao, du café, etc.) ont conduit à une situation de sur- liquidité dans l'économie mondiale. Le système monétaire international de Bretton Woods fondé sur une parité des monnaies nationales avec le dollar se révélera incapable de gérer la crise de la dette qui s'ensuivit. Les années 1980 sont marquées par une détérioration des termes de l'échange pour des pays spécialisés dans la production et l'exportation de produits tropicaux. Depuis le début des années 1970, ces pays ont eu recours à des financements de plus en plus privés, surtout après le choc pétrolier de 1973. La crise économique des années 1980 et les programmes d'ajustement structurel qui l'ont suivie ont révélé les difficultés des États à fournir les infrastructures nécessaires au bon fonctionnement de leurs systèmes bancaire et financier aux niveaux international et domestique17.

Les politiques de contrôle des prix de certains produits de base remontent à la colonisation, en particulier en Afrique francophone. La CNUCED, dans les années 1970, s’en est inspirée, pour élaborer et mettre en œuvre des outils de gestion des instabilités (Hugon et Géronimi, 1995). Cette stabilisation (Calabre, 1995), notamment en Afrique subsaharienne, a été assurée par des organismes publics (ou parapublics) : les offices céréaliers et vivriers sur le marché domestique et les offices de commercialisation pour les produits destinés à l'exportation. Selon Mahieu (1995) ils avaient trois objectifs : contrôler la collecte et l'écoulement des produits sur les marchés, garantir l'achat des récoltes et la stabilité des prix aux producteurs et, enfin, gérer les réserves financières nécessaires à la stabilisation et qui devaient être mobilisées à des fins d'investissement public et de remboursement de la dette. Les offices de commercialisation ont été condamnés par la Banque mondiale et/ou le FMI ; ils attiraient la recherche de rentes sous la forme d'un surplus fiscal accaparé par le

16 Fontaine (1994) et Assidon (2000) proposent une présentation de ce modèle.

17 L'accroissement de la dette publique, le poids de plus en plus conséquent de son service et la modification de la politique monétaire des États-Unis en 1980 sont à l'origine de la crise financière de 1982, qui touchera essentiellement les pays d'Amérique latine.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(11)

gouvernement ou dilapidé en dépenses somptuaires et corruption (Helleiner, 1964 ; Berg, 1981) ou encourageaient des pratiques de domination du marché de la part d'États grands producteurs (Newbery, 1984 et 1989). Suivant Peguin et Talha (2001, 7), la plupart des pays en développement se sont engagés dans un "…type de spécialisation internationale qui s'impose à [des] pays, certes doté[s] de ressources naturelles, mais placé[s] dans une position telle dans la division internationale du travail, que [leurs] ressources n'ont de valeur que celle que le marché international leur donne… ou ne leur donne pas." En effet, l’insertion dans la mondialisation ne garantit ni une croissance stable, ni un développement économique de long terme (Treillet, 2006).

3.2 Quel développement durable pour les pays richement dotés en ressources naturelles ?

En 1987, le rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement définit le développement durable comme "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs" (WCED, 1987, 43). En d'autres termes, le développement durable "veut questionner, dans une perspective intergénérationnelle, les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement et dépasser les clivages Nord/Sud en mettant en avant la dimension planétaire de l'environnement" (Hugon 2006, 29). D'un point de vue environnemental, le développement durable vise à maintenir la capacité de reproduction des écosystèmes. La durabilité économique peut être définie comme le maintien des capacités productives et des flux de ressources économiques sur la longue période. La dimension sociale du développement durable est plus large : elle recouvre le maintien, voire l'amélioration, des conditions qui permettent d'assurer les besoins essentiels, le respect de certains droits et la cohésion sociale.

Le concept de développement durable, né des interrogations sur la pérennité de la croissance industrielle dans les pays du Nord au début des années 1970, est désormais omniprésent dans les discours des grandes institutions internationales : l'Organisation des Nations unies met en avant la préservation de l'environnement, la réduction de la pauvreté et l'égalité des chances dans sa Déclaration du Millénaire du 6 septembre 2001. Le Fonds monétaire international est engagé dans la même logique de réduction de la pauvreté et de développement durable. La Banque mondiale identifie, quant à elle, cinq éléments indispensables à la "durabilité" du développement : le capital financier (la stabilité macroéconomique), le capital physique (les infrastructures), le capital humain (l'éducation et la santé) et le capital naturel (les ressources naturelles, comprises non seulement comme des biens et des services commercialisables, mais aussi comme des éléments essentiels à la vie). Le développement durable appelle, de surcroît, à la réflexion sur "la nécessité de prendre en considération différentes dimensions et temporalités […], les conflits posés par leur articulation, les imbrications des actions sur diverses

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(12)

échelles spatiales […], l'affirmation de nouveaux acteurs non publics […] ou supranationaux intervenants dans les processus de régulation [et] la recherche de nouveaux instruments de régulation" (Froger, 2006, 15).

En 1992, la Conférence de Rio consacre le développement durable qui trouve une expression juridique croissante dans les pays du Nord, notamment en Europe avec le Traité d’Amsterdam en 1997, alors que sa mise en œuvre dans les pays en développement est plus problématique, le discours des institutions internationales trouvant difficilement sa traduction dans leurs politiques (Aknin et al., 2005). Cela est dû, en partie, au caractère polysémique du développement durable. Cette difficulté est renforcée par le modèle de croissance économique des pays du Nord reposant sur une grande consommation énergétique.

Banerjee (2003) affirme que l’on ne peut réaliser simultanément les trois objectifs du développement durable et que ce concept ne remet pas en cause l’assimilation du développement à la croissance. Certains évoquent même un colonialisme environnemental (Agarwal et Narain, 1991) qui oblige les pays du Sud à réduire leur consommation de ressources au motif de leur épuisement rapide. Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil) sont d’ailleurs opposés à la mise en place de normes environnementales et sociales et les perçoivent comme un protectionnisme déguisé. Il est troublant de constater que cette situation est la conséquence des politiques de développement portées par les institutions internationales qui mettent aujourd'hui en avant le concept de développement durable.

Poser la question du développement durable dans les pays richement dotés en ressources naturelles constitue déjà un élément de réponse : le développement durable, tel qu’il est promu par les institutions internationales, ne remet pas en cause l’insertion économique par la spécialisation primaire. En revanche, les notions de transparence et de lutte contre la corruption offrent une voie d’entrée possible vers un développement durable. En effet, les politiques préconisées par la Banque mondiale dans les pays ayant connu une guerre civile déclenchée ou alimentée par les ressources naturelles sont l'aide post-conflit et le rattrapage du retard de croissance pour aboutir à une situation de paix durable18. Comme dans le cas de la lutte contre la pauvreté, le développement durable n'apparaît pas explicitement comme un objectif à atteindre, alors que les termes de gouvernance, de changement institutionnel ou de démocratie durable apparaissent comme des éléments centraux. Nous avons vu que les ressources naturelles dans les pays en développement suscitent, ou entretiennent, des conflits armés par le biais de la recherche de rentes et de la corruption qui s’ensuit (Mehlum, Moene et Torvik, 2006). Sous la pression des bailleurs de fonds et des organisations non gouvernementales, le concept de transparence a été mobilisé pour lutter contre la "malédiction des ressources" et engager les pays sur la voie d’un développement moins "insoutenable". En

18http://econ.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTRESEARCH/EXTPROG RAMS/EXTCONFLICT/0,,contentMDK:20335964~menuPK:477967~pagePK:64168182~

piPK:64168060~theSitePK:477960,00.html

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(13)

2004, l’Organisation de coopération et de développement économiques invitait entreprises et États à adopter les principes suivants : profitabilité, responsabilité sociale et bonnes pratiques gouvernementales (OCDE, 2004). Remarquons, toutefois, que si le respect de ces principes est contraignant pour les États, il demeure volontaire pour les entreprises (Huser, 2004). D’autres initiatives (Voluntary Principles on Security and Human Rights, Dialogue du Contrat global de l’ONU sur les acteurs privés dans les zones de conflit, Extractive Industries Transparency Initiative [EITI], etc.) ont été prises. L’argument sous-jacent à ces actions est que "les pratiques clientélistes peuvent être limitées par des institutions imposant au politique l’obligation de rendre compte. Le rôle clé tenu ici par la gouvernance offre une perspective encourageante : puisque la démocratie renforce l’obligation de rendre compte, les démocraties […] tireront mieux parti des revenus pétroliers que les autocraties qu’elles supplanteront probablement" (Collier et Hoeffler, 2005, 108). Mais, comme le montrent Kolstad et Wiig (2009), l’EITI, en se focalisant davantage sur les recettes que sur les dépenses des États, ne permet pas de mesurer réellement la corruption et a donc une portée limitée, d’autant que la spécialisation économique n’est pas remise en question. Au sujet du Nigeria, qui a rejoint l’EITI en 2003, Ogunleye (2008, 173) écrit "ce dont a réellement besoin le Nigeria est une gestion efficace des revenus du pétrole et une diversification de l’économie. Il faut s’assurer que ces revenus soient largement et équitablement partagés." Cet argument est aussi avancé pour la Sierra Leone (Maconachie et Binns, 2007). Ajoutons "qu’un nouvel acteur dans la scène […] africaine, la Chine, semble renouer avec les pratiques du passé et autorise, par exemple, l’Angola à rembourser ses emprunts par des exportations de pétrole, contrairement aux recommandations du FMI" (Rosellini 2005, 131). Sans une volonté politique forte au niveau international, la mise en œuvre du développement durable dans les pays en développement riches en ressources naturelles ne sera que le reflet d’un manque de vision intégrée et éclairera crûment les conflits qui se jouent entre les institutions et les acteurs de la scène internationale.

CONCLUSION

L'objectif de cet article était d'examiner les liens entre la croissance économique fondée sur les ressources naturelles et la survenue de guerres civiles dans les pays en développement en se fondant sur l'hypothèse de la "malédiction des ressources". Nous avons discuté les approches économiques des guerres civiles déclenchées, ou entretenues, par l'abondance des ressources naturelles. Ces analyses défendent le point de vue selon lequel les rebelles et le gouvernement n'ont que des objectifs purement économiques et que les guerres civiles perdurent en raison de cette abondance de ressources naturelles qui peut être la cause du conflit, ou un moyen de le prolonger. La recherche de rentes est l'argument sous-jacent et cependant central de ces travaux qui considèrent les guerres comme des phénomènes purement locaux. Les "guerres pour les

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(14)

ressources" ne peuvent néanmoins être expliquées sans tenir compte de la mondialisation. Si ces guerres sont certes localisées géographiquement, elles impliquent de puissantes sociétés transnationales et les pays du Nord. En outre, dans les pays du Sud, les guerres pour les ressources reflètent, à leur manière, le déplacement des frontières entre l’État et le marché qui constitue un aspect majeur de la mondialisation contemporaine. La question du partage de la rente sur les ressources naturelles ne peut être isolée de celle de l’interdépendance des

"niveaux" de la mondialisation. Il est illégitime d’opposer de façon radicale les comportements des État rentiers à ceux des entreprises transnationales. La

"malédiction des ressources" qui frappe les pays théâtres de guerres civiles trouve une explication historique dans le choix de la spécialisation primaire opéré par les pays en développement aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Ce mode d'insertion économique a été déterminé par un rapport de force avec les pays du Nord qui ne leur a pas été favorable. Le concept de développement durable véhiculé par les institutions internationales depuis les années 1990, reflète de nouveau ce rapport de force entre pays du Nord et pays du Sud. Le développement durable peut-il alors conjurer la "malédiction des ressources" ? À de nombreux égards, il apparaît que les institutions internationales n’ont pas véritablement la volonté d'adopter une vision réellement intégrée et opérationnelle de cette notion, malgré quelques initiatives encourageantes en faveur de la transparence et de la lutte contre la recherche de rentes.

BIBLIOGRAPHIE

AGARWAL A., NARAIN S. (1991) Global Warming in an Unequal World: A case of Environmental Colonialism, New Delhi, Centre for Science and Environment.

AKNIN A., FROGER G., GERONIMI V., MERAL P., SCHEMBRI P. (2002) Environnement et développement : quelques réflexions autour du concept de développement durable, in Martin J.-Y. (ed.), Développement durable ? Doctrines, pratiques, évaluations, Paris, IRD Editions, 51-72.

AKNIN A., FROGER G., GERONIMI V., MERAL P., SCHEMBRI P. (2005) Introduction. Développement durable au Sud, in Froger G. (ed.), Quel développement durable pour les pays en voie de développement ?, Cahier du GEMDEV 30, 7-10.

AKNIN A., SERFATI C. (2008) Guerres pour les ressources, rente et mondialisation, Mondes en développement, 36 (143), 27-43.

AMUNDSEN E. (1992) Théorie des ressources épuisables et rentes pétrolières, Paris, Economica.

ASSIDON E. (2000) Les théories économiques du développement, Paris, La Découverte.

AUTY R (2001) Resource abundance and economic development, Oxford, Clarendon Press.

AUTY R (2007) Natural resources, capital accumulation and the resource curse, Ecological Economics, 61, 627-634.

AZAM J.-P. (1995) How to pay for the Peace? A Theoretical Framework with References to African Countries, Public Choice, 83, 173-184.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(15)

AZAM J.-P. (2001) The Redistributive State and Conflicts in Africa, Journal of Peace Research, 38, 429-444.

AZAM J.-P., BERTHELEMY J.-C., CALIPEL S. (1996) Risque politique et croissance en Afrique, Revue Economique, 47, 819-829.

BANERJEE B. (2003) Who sustains whose development? Sustainable development and the reinvention of nature, Organization Studies, 24, 143-180.

BANQUE MONDIALE (1992) A clearly articulated mining sector policy that emphasizes the role of the private sector as owner and operator and of government as regulator and promoter, Strategy for African Mining, World Bank Technical Paper n°181, Washington D.C.

BERG E. (1981) Le développement accéléré en Afrique sub-saharienne, Washington D. C., Banque mondiale.

BICHLER S., NITZAN J. (2004) Differential Accumulation and Middle East Wars:

Beyond Neo-Liberalism, in Assassi L., Duncan W., Van Der Pijl K (eds.), Global Regulation. Managing Crises After the Imperial Turn, London, Palgrave Macmillan, 43-60.

BUHAUG H., GATES S. (2002) The geography of civil war, Journal of Peace Research, 39(4), 417-433.

CALABRE S. (1995) Régimes de régulation et formes d'organisation des marchés de matières premières, in Calabre S., Matières premières, marchés mondiaux, déséquilibres, organisation, Paris, Economica, 9-40.

CHENERY H., STROUT A. (1966) Foreign Economic Assistance and Economic Development, American Economic Review, 56, 680-733.

CNUCED (2005a) Prospects for Foreign Direct Investment and the Strategies of Transnational Corporations, 2005-2008, Genève, UNCTAD.

CNUCED (2005b) Le développement économique en Afrique. Repenser le rôle de l’investissement étranger direct, Genève, UNCTAD.

CNUCED (2005c) Trade and Development Report 2005, Genève, UNCTAD.

CNUCED (2008) World Investment Report. Transnational Corporations and the Infrastructure Challenge, Genève, UNCTAD.

COLLIER P. (2000) Economic Causes of Civil Conflict and their Implications for Policy, World Bank Policy Research Working Paper.

COLLIER P., HOEFFLER A. (2001) Greed and Grievance in Civil War, World Bank Policy Research Working Paper 2355.

COLLIER P., HOEFFLER A. (2005) Démocraties pétrolières, Afrique contemporaine, 216, 107-123.

CORDEN M., NEARY J. (1982) Booming sector and Dutch Disease economics: a survey, Economic Journal, 92, 826-844.

FONTAINE J.-M. (1994) Mécanismes et politiques de développement économique. Du "big push"

à l'ajustement structurel, Paris, Editions Cujas.

FROGER G. (2006) Mondialisation et développement durable. Enjeux et ambiguïtés, in Froger G. (ed.), La mondialisation contre le développement durable ?, Genève, Peter-Lang, 11-18.

GLEDITSCH N., WALLENSTEEN P., ERIKSSON M., SOLLENBERG M., STRAND H. (2001) Armed conflicts 1946-2000: A new dataset, paper presented at the European conference on conflict data, Uppsala, 8-9 June.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(16)

GLOBAL WITNESS (2005) Under-mining peace. The explosive trade in cassiterite in Eastern DRC, London, Global Witness.

GROSSMAN H. (1991) A general equilibrium model of insurrections, American Economic Review, 81(4), 912-921.

GUERRIEN B (1996) Dictionnaire d'analyse économique, Paris, La Découverte.

HARTLE D. (1983) The Theory of “Rent Seeking”: Some Reflections, Canadian Journal of Economics, 16(4), 539-554.

HAUSMANN R (1981) State Landed Property Oil Rent and Accumulation in Venezuela: An Analysis in Terms of Social Relations, Ph. D Thesis, Cornell University.

HELLEINER G. (1964) The Fiscal Role of Marketing Boards in Nigerian Economic Development, Economic Journal, 74, 582-610.

HENDERSON E. (1999) Civil Wars, in Kurtz L., The Encyclopaedia of Violence, Peace and Conflict, San Diego Academic Press, 279-287.

HIBOU B. (1999) La privatisation des États, Paris, Karthala.

HUGON P. (1993) Economie de l'Afrique, Paris, La Découverte.

HUGON P. (2006) Le renouveau de l'économie du développement dans un contexte de mondialisation, in Froger G. (ed.), 29-52.

HUGON P., GERONIMI V. (1995) Instabilité des recettes d'exportation, et changements de trajectoires de économies africaines, in Hugon P., Pourcet G., Quiers-Vallette S. (eds.), L'Afrique des incertitudes, Paris, IEDES, PUF, 17-39.

HUSER A. (2004) Doing Business in Conflict Zones: Implementing the OECD Guidelines for Multinational Enterprises, Paper for the WIDER conference “Making Peace Work”, Helsinki, 4-5 June.

KOLSTAD I., WIIG A. (2009) Is transparency the key to reducing corruption in resource-rich countries?, World Development, 37, 521-532.

KRUEGER A. (1974) The Political Economy of the Rent-Seeking Society, American Economic Review, 64(3), 291-303.

LE BILLON P. (2001) The political ecology of war: natural resources and armed conflicts, Political Geography, 20(5), 561-584.

MACONACHIE R., BINNS T. (2007) Beyond the resource curse? Diamond mining, development and post-conflict reconstruction in Sierra Leone, Resources Policy, 32, 104-115.

MAHIEU F.-R. (1995) La formation des rentes sur les matières premières agricoles : une application à la stabilisation en Côte d'Ivoire, in Calabre S., 145-159.

MEHLUM H., MOENE K., TORVIK R. (2006) Institutions and the resource curse, Economic Journal, 116, 1-20.

NEWBERY D. (1984) Commodity Price Stabilization in Imperfect or Cartelized Markets, Econometrica, 52, 563-578.

NEWBERY D. (1989) Agricultural Institutions for Insurance and Stabilization, in Bardhan P., The Economic Theory of Agrarian Institutions, Oxford, Clarendon Press, 267-296.

OCDE (2004) Helping Prevent Violent Conflict, Paris, OCDE.

OGUNLEYE E. (2008) Natural resource abundance in Nigeria: from dependence to development, Resources Policy, 33, 168-174.

OLSON M. (1965) The logic of Collective Action, Cambridge, Harvard University Press.

OLSSON O. (2007) Conflict diamonds, Journal of Development Economics, 82, 267-286.

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

(17)

PEGUIN D., TALHA L. (2001) Pourquoi le régime rentier est-il si rétif au changement ? Une interprétation des facteurs de blocage en termes d'institutions, Actes du Forum de la Régulation. Forum de la Régulation, 11 et 12 octobre, Paris.

PREBISCH R. (1950) Le développement de l'Amérique latine et ses principaux problèmes, New York, Nations Unies.

ROSELLINI C. (2005) La répartition de la rente pétrolière en Afrique centrale : enjeux et perspectives, Afrique contemporaine, 216, 125-138.

SACHS J., WARNER A. (1995) Natural resource abundance and economic growth, National Bureau of Economic Research Working paper 5398, Cambridge Massachusetts.

SACHS J., WARNER A. (1999) The big push, natural resource booms and growth, Journal of Development Economics, 6(3), 335-376.

SACHS J., WARNER A. (2001) The curse of natural resources, European Economic Review, 45, 827-838.

SALA-I-MARTIN X. (1997) I just ran two million regressions, American Economic Review: Papers and Proceedings, 87(2), 178-183.

SERFATI C. (2006) Mondialisation et déséquilibres Nord-Sud, Genève, Peter-Lang.

SINGER H. (1950) The Distribution of Gains between Investing and Borrowing Countries, American Economic Review, 60, 473-485.

SMILLIE I. (2002) Securing sustainable development: trade, aid and security.

Diamonds, timber and west African wars, mimeo.

TREILLET S. (2006) Périphérie mondialisée, périphérie marginalisée : le cas de l’Amérique latine, in Froger G. (ed.), 53-71.

WCED (1987) Our Common Future, Oxford, Oxford University Press.

***

© De Boeck Supérieur | Téléchargé le 16/09/2022 sur www.cairn.info (IP: 134.122.89.123)

Figure

Updating...

Sujets connexes :