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Marcel Conche : “Il n’y a pas de religion d’Épicure”

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DOSSIER ÉPICURE, FONDATEUR DE RELIGION?

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Marcel Conche : “Il n’y a pas de religion d’Épicure”

Mis en ligne le 01/12/2016 | Mis à jour le 01/12/2016

La théorie de Pierre Vesperini n’a pas séduit Marcel Conche, l’un des plus fins connaisseurs d’Épicure. Pour lui, si le philosophe atomiste fait

preuve de piété, son système rationnel s’inscrit néanmoins contre la religion. Explications.

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MARCEL CONCHE

Né en 1922, il est professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Académie d’Athènes. Outre les Lettres et

Maximes d’Épicure, il a traduit aux PUF le Poème de Parménide et les Fragments d’Héraclite. Il fera prochainement paraître Nouvelles Pensées de métaphysique et de morale chez Encre marine.

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Épicure, Épicurisme, Marcel Conche

« Je ne suis pas du tout convaincu par l’hypothèse selon laquelle Épicure aurait voulu fonder une nouvelle religion. Pour une raison simple, il n’y a pas de religion d’Épicure. Certes, il faut lui reconnaître une grande piété. D’après la définition qu’en donne la pythie de Delphes, la piété est le fait de se conduire selon les lois de la cité. Épicure, par prudence (phronesis), participe ainsi aux

cérémonies religieuses et se rend aux fêtes, comme tout le monde, ce qui n’implique pas qu’il croie aux dieux de la religion populaire. Il suffit seulement que les autres le pensent. Ainsi protégé, il peut élaborer au Jardin un système rationnel qui s’inscrit justement contre la religion. Loin d’Épicure l’idée, toutefois, de nier l’existence des dieux ! Il affirme même que la connaissance que nous en avons est évidente. Il faut distinguer, d’une part, les dieux de la religion populaire, d’autre part, les dieux épicuriens. Les premiers sont en constant rapport avec les humains pour répondre à leurs prières, les punir ou les récompenser, de sorte que les hommes vivent dans la crainte perpétuelle d’une offense. Dans une

Déc. 2016 - Jan. 2017

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Sept penseurs du religieux Épicure, la légende

béatitude éternelle, immortelle, les seconds occupent les inter-mondes et ne s’occupent pas du tout des humains. Cela nous délivre de toute crainte à leur égard et nous permet de retrouver notre autonomie.

Cette liberté est l’une des quatre conditions du bonheur, avec le rejet de la crainte de la mort, la régulation des désirs et la capacité d’endurer la douleur.

Pour comprendre comment nous avons connaissance de ces êtres qui nous sont indifférents, il faut passer par la théorie des simulacres et la conception atomiste épicurienne de la nature. Épicure a eu l’intuition que des atomes composaient toutes choses, objets matériels ou rayons lumineux. Les atomes qui forment la surface des objets s’en détachent et nous renvoient une image, que nos yeux perçoivent.

Il en va de même pour les dieux qui demeurent pourtant à de très grandes distances. Les répliques qui émanent de leurs corps nous arrivent, mais ne peuvent pas être saisies par nos sens grossiers. Elles ne le sont que par une vision mentale purement intellectuelle, favorisée par le sommeil et la disparition des embarras de la journée. Au fond de l’esprit de chacun se trouve donc une image des dieux.

L’idée d’un “devenir-dieu” est toutefois impossible et absurde pour les Grecs : “Une chose est la race des hommes, une autre est la race des dieux” : cette formule du domaine de la religion populaire signifie qu’entre mortels et immortels il y a un abîme. De même, “Connais-toi toi-même” est une façon pour le dieu de signifier à celui qui franchit le temple d’Apollon : sache que tu es mortel et moi immortel. S’élever au niveau des dieux relève de l’hybris, de la démesure. Platon souligne par ailleurs que les hommes sont soumis à l’influence du bien et du mal, quand les dieux ne connaissent que le bien.

Seuls les initiés aux mystères d’Éleusis ne gardent pas la mesure et obtiennent la promesse de vivre une vie bienheureuse et immortelle auprès des dieux. Épicure ne prend absolument pas modèle sur eux, et ne promet pas l’immortalité aux membres du Jardin. Il prouve au contraire que l’âme est mortelle.​»

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