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Transition vers une agriculture au service d'un projet alimentaire plus durable : entre insertion locale et considérations globales

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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Mémoire présenté en vue de l'obtention du Certificat d'Expérience à l'International

Par Julia GARDIES

2016

Tuteurs de stage : Xavier COQUIL André BLOUET

Transition vers une agriculture au service d'un projet

alimentaire plus durable : entre insertion locale et

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REMERCIEMENTS

Je remercie André et Xavier pour leurs conseils et toutes nos discussions ; ainsi que l'ensemble de l'équipe de l'INRA de Mirecourt avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler.

Je remercie également chaleureusement toutes les personnes qui ont pris de leur temps pour partager avec moi leur expérience.

INTRODUCTION

L'unité de recherche ASTER, AgroSytèmes TErritoires, Ressources, de l'INRA de Mirecourt se trouve, au niveau de son installation expérimentale, à un moment-clé de son évolution. L'exploitation expérimentale est passée en agriculture biologique en 2004 et produit du lait et des céréales biologiques grâce à un fonctionnement autonome et économe (en intrants importés). Cette stratégie mène à porter un regard particulièrement attentif sur les ressources locales, identifier leur nature ainsi que les usages qui peuvent en être faits. D'un point de vue agronomique, cela permet de prendre en compte l'hétérogénéité du milieu pour en valoriser au mieux les caractéristiques, notamment en exploitant les différentes parcelles en fonction de leur potentiel (ressources herbagères par exemple). Cette position contribue à une production agricole localisée. La volonté de l'unité propre de recherche est aujourd'hui de revoir le projet agricole de l'installation expérimentale en repensant en particulier les finalités productives de cette agriculture. Actuellement, la production annuelle est de 500 000 L de lait. Cela correspond à la consommation moyenne française en produits laitiers de plus de 2600 personnes soit près d'un quart de la population de la commune de Mirecourt. Cette production est commercialisée en filière longue et ne permet pas de garder la plus-value sur le territoire. Le lait collecté sur l'exploitation et valorisé en bio est exporté en dehors de la Lorraine voire vers les États frontaliers. Le lien entre production agricole, alimentation et santé étant aujourd'hui fortement questionné, le souci de la contribution à une consommation alimentaire locale se développe. Il existe différentes motivations sous-jacentes : favoriser le dynamisme du territoire, (re)créer un lien de confiance entre producteurs et consommateurs.... La diversification des productions, qui est envisagée sur l'exploitation à court et moyen terme, permet de réinterroger la multifonctionnalité de l'agriculture. Celle-ci se détache du seul rôle de production agricole pour être créatrice d'aliments et pourquoi pas d'énergie, vecteur de biodiversité, tout en considérant son insertion dans un territoire.

Ce stage s'inscrit dans ce contexte de transition avec deux perspectives de travail : une dimension locale et une dimension plus large. Cette dernière permet de réfléchir de manière globale à des agricultures et des alimentations plus durables à replacer ensuite dans la mesure du possible dans un contexte plus local. L'approche par l'alimentation permet d'aborder notre lien à la nourriture, son accessibilité, notre relation aux activités agricoles, et de requestionner ensuite d'autres enjeux tels que le dynamisme dans les territoires.

Le travail de recherche s'est donc déroulé en trois étapes. Dans un premier temps, des entretiens avec des acteurs locaux impliqués dans des types de commercialisation/consommation locales et/ou bios et avec des acteurs sensibles au lien entre alimentation et santé (cf ANNEXE I.) ont permis d'avoir un aperçu des dynamiques actuelles en Lorraine et plus localement dans le territoire de l'Ouest Vosgien. Ces entretiens ont été complétés par des recherches bibliographiques, des conférences enregistrées et des films afin de pouvoir appréhender les enjeux consécutifs à la

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révision du modèle agricole et alimentaire dominant et également intégrer aux réflexions d'autres exemples d'initiatives en faveur d'une production agricole et/ou d'une alimentation plus durables. Dans un deuxième temps, un autre pan de recherches bibliographiques avait pour objectif d'appréhender la notion de durabilité de la production et de la consommation à l'échelle mondiale et nationale en intégrant les prospectives démographiques et alimentaires, et les notions de sécurité alimentaire et de commerce mondial.

Enfin la dernière étape a consisté en la formalisation des idées et des réflexions et en la rédaction de ce mémoire.

Sachant que la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) définit un système agri-alimentaire comme la manière dont les hommes s'organisent dans l'espace et dans le temps, pour produire, obtenir et consommer leur nourriture ; on peut se demander en quoi la reconsidération de la finalité alimentaire de l'activité agricole sur un territoire permet d'envisager un système agri-alimentaire plus durable ? Comment cette approche par l'agri-alimentaire ouvre sur des notions plus larges de durabilité et de dynamisme du territoire ?

Le mémoire s'articule en quatre grandes parties, il commence par poser le contexte général dans lequel s'inscrivent les réflexions qui suivent et à mettre en lumière certaines limites du modèle mondialisé dominant. Un état des lieux critique de prospectives mondiales et nationales donne ensuite des éléments à prendre en compte pour envisager une agriculture au service d'une alimentation plus durable et résiliente face aux évolutions et changements à venir. Ces éléments sont subséquemment repris pour évaluer dans quelle mesure ils sont appropriés à une réflexion sur les systèmes agri-alimentaires durables à une échelle plus locale et ils sont complétés par de nouveaux arguments pour étayer la réflexion. Dans une dernière partie on approfondira plus particulièrement le cas de la Lorraine en soulignant le potentiel de développement pour une agriculture localisée et alimentant la région.

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Table des matières

REMERCIEMENTS...2

INTRODUCTION...2

PARTIE I : UN CONTEXTE GLOBAL_DÉMOGRAPHIQUE, ALIMENTAIRE ET AGRICOLE _QUI INTERPELLE LE LOCAL...4

Des stratégies commerciales internationales orientées vers la « Théorie des avantages comparatifs » ...5

… qui ne contrecarrent pas un état de santé publique peu satisfaisant à l'échelle mondiale, en lien avec l'alimentation...6

Un système mondialisé qui n'est pas durable sur le long terme...7

PARTIE II : ÉLÉMENTS À CONSIDÉRER POUR UN PROJET AGRI-ALIMENTAIRE DURABLE A L’ÉCHELLE MONDIALE : UN POINT SUR LES PROSPECTIVES ALIMENTAIRES MONDIALES ET NATIONALES...10

Une remise en question de l'usage actuel des terres ; place de l'élevage et fonction productive de l'agriculture...12

Un lien complexe à établir entre production agricole et alimentation...14

Quelques éléments de conclusion...15

Des exemples d'application concrète de ces modèles de prospective...15

PARTIE III : ÉLÉMENTS À CONSIDÉRER POUR UN PROJET AGRI-ALIMENTAIRE DURABLE A UNE ÉCHELLE PLUS LOCALE, DE L’INTÉRÊT D'UNE RELOCALISATION..16

Une idée de « local » et de « proximité » à discuter...16

Intérêts pour le dynamisme du territoire :...17

Des intérêts économiques pour les acteurs directement concernés...18

Des intérêts sociaux et humains...19

Une grande diversité de circuits courts de commercialisation qui expliquent la complexité des systèmes agri-alimentaires locaux...19

De la durabilité des systèmes agri-alimentaires locaux...22

Une évolution actuelle encourageante...23

PARTIE IV : QUEL POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT POUR UNE AGRICULTURE LOCALISÉE ET ALIMENTANT LA RÉGION EN LORRAINE...24

Des informations de contexte au niveau de la région Lorraine...24

Le point sur les circuits courts et/ou bios en Lorraine...25

La situation de l'Installation Expérimentale et de l'Unité de recherche de l'INRA de Mirecourt au sein des dynamiques de l'Ouest Vosgien...30

Discussions...32

CONCLUSION :...33

BIBLIOGRAPHIE :...34

ANNEXE : COURTE PRÉSENTATION DES PERSONNES RENCONTRÉES ET DES ENTRETIENS...37

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PARTIE I : UN CONTEXTE GLOBAL_DÉMOGRAPHIQUE, ALIMENTAIRE ET

AGRICOLE _QUI INTERPELLE LE LOCAL

Des stratégies commerciales internationales orientées vers la « Théorie des avantages comparatifs » ...

Les stratégies commerciales mondiales, promues notamment par l'Organisation Mondiale du Commerce, suivent majoritairement la « Théorie des avantages comparatifs » développée par l'économiste David Ricardo. Celle-ci soutient qu'il est optimal pour une unité (Pays, région...) de se spécialiser dans les productions qui représentent les avantages les plus forts, il s'agit donc de comparer les coûts relatifs et les coûts d'opportunité des différentes productions. Elle postule qu'en encourageant la spécialisation des pays, on maximise la production totale et donc le revenu engendré. La libéralisation du secteur agricole permettrait, selon le discours du directeur général de l'OMC S. Panitchpakdi en 2002 au World and Farming Congress à Londres, de soutenir le développement et de lutter contre la pauvreté (FOUILLEUX, E., 2009). Cela entraîne des stratégies internationales (mais aussi interrégionales) de division du travail mais aussi une tendance allant vers le libre-échange sans laquelle la réduction des coûts de production n'est pas reflétée dans les prix d'achat. C'est une des raisons qui expliquent qu'à l'échelle mondiale ces dernières dizaines d'années la progression des échanges de produits agricoles soit près du double de la progression de la production agricole mondiale (CHARVET J.-P., 2007). Ce modèle appliqué aux denrées agricoles et alimentaires concerne 40 à 45 % de l'alimentation mondiale (RASTOIN, J.-L., 2010) et prend de plus en plus d'importance dans les pays du Sud. Il a pour leit motiv la rationalisation des chaînes agro-alimentaires de la production à la commercialisation et présente des avantages : il a permis d'endiguer des épisodes de famine mais aussi d'augmenter les choix de produits alimentaires surtout dans les pays du Nord et de poser des normes de sécurité sanitaire. La mutualisation des productions minimise les variations de rendements à l'échelle mondiale par rapport à l'échelle nationale, c'est-à-dire que l'aléa productif est plus faible pour la production mondiale que pour les pays pris individuellement (WRIGHT, B., 2009) comme l'illustrent les exemples du blé et du riz (cf. Illustration 1).

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Bien que seule une proportion limitée des produits alimentaires passe par le marché mondial : 7 % de la production mondiale de riz décortiqué, 11 % de la production de maïs, 19 % de la production de blé ; c'est au niveau mondial que les relations d'offre-demande et donc les prix évoluent (JEAN, S., 2010). En considérant une demande alimentaire mondiale relativement stable, on pourrait supposer que ce système mondial actuel est source de stabilité de la production (cf. Illustration 1) et donc des prix ; cependant d'autres facteurs que les rendements sont sources d'incertitudes tels que la demande en bio-carburants dans certains pays, les politiques monétaires ou la spéculation. Il apparaît assez clairement des controverses sur l'évaluation des effets des différents facteurs : par exemple d'après la Banque mondiale, les bio-carburants seraient responsables de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008 à hauteur de 60 % tandis que les études de la FAO ne lui attribuent qu'une responsabilité discrète. Ainsi si la mutualisation des productions permet de limiter les variations de rendements, le commerce mondialisé des denrées agricoles met en jeu d'autres facteurs d'insécurité qui s'avèrent complexes à appréhender.

La plupart des pays cherchent l’auto-subsistance, c'est-à-dire qu'ils veulent avoir les moyens d'assurer leurs besoins, plutôt que l'autosuffisance, et n'hésitent donc pas à importer des produits si c'est moins cher que de les produire sur le territoire national. La France importe par exemple 80 % des produits alimentaires pour les animaux, le Gabon et l'Algérie importent plus de 80 % de leurs céréales (données FAO). Le commerce prend le pas sur l'agriculture nationale ce qui entraîne une vulnérabilité importante des agriculteurs et des consommateurs aux variations des marchés mondiaux et crée, par la perte des savoirs-faire, une dépendance durable des pays les uns vis-à-vis des autres. Ce modèle présente donc des limites, notamment en mettant en compétition sur le marché mondial des agricultures très inégales en termes de techniques et de moyens matériels et financiers et donc des agriculteurs qui présentent un écart de productivité brute du travail pouvant dépasser l'ordre de 500 entre une agriculture purement manuelle et une très forte moto-mécanisation (PARMENTIER, B., 2007). Selon Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation jusqu'en 2014, la constitution de stocks de denrées alimentaires par les États pourrait être un moyen d'atténuer la volatilité des prix et ainsi de protéger leurs marchés et par conséquent leurs producteurs mais cette mesure est réprouvée par les règles de l'OMC qui interdisent les mesures créant des distorsions de prix.

Anne-Marie Frison-Roche, enseignante-chercheur à l'institut d'études politiques de Paris, Illustration 1: Plage de variation des rendements du riz (A) et du blé (B), par pays et dans le monde entre 1960 et 2010 (Production, Supply, and Distribution Database, Foreign Agricultural Service, US Department of Agriculture). Tendance extraite par filtre Hodrick-Prescott avec un paramètre de 400 (JEAN, S., 2011).

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soutient que « le marché n'est pas un mécanisme universel d'accès aux biens car il ne sert que les acteurs solvables » (PARMENTIER, B., 2007), cela souligne la nécessité de réguler l'accès à la nourriture pour pouvoir permettre à tous d'accéder à une alimentation suffisante et de qualité. En outre, du fait de toutes les subventions dont il dépend et de l'absence de prise en compte des externalités négatives (perte du lien entre production et alimentation, impacts sur la santé, sur l'environnement…) qu'il engendre, on ne peut pas considérer que ce système mondialisé soit sain (SOUCHIER, R., 2013).

… qui ne contrecarrent pas un état de santé publique peu satisfaisant à l'échelle mondiale, en lien avec l'alimentation

L'état de santé publique mondiale est paradoxal : alors que 800 000 millions de personnes souffrent de sous-nutrition chronique, sachant que celle-ci est responsable de la moitié des décès d'enfants de moins de cinq ans dans le monde ; on dénombre selon les chiffres de l'OMS plus de 1,9 milliards d'adultes (personnes de plus de 18 ans) en surpoids en 2014 ce qui représente 39 % de la population adulte, et 13 % sont obèses. Les problèmes de surpoids et d'obésité touchent également plus de 40 millions d'enfants en bas âge (moins de 5 ans) et ils ne sont pas l'apanage des pays dits « développés », on les retrouve de plus en plus dans les pays « en développement » et les pays les « moins avancés ». Dans le monde, d'après les statistiques de l'OMS, on peut considérer que la moitié des décès pathologiques sont d'origine alimentaire (RASTOIN, J.-L., 2012). Il s'agit d'une estimation car un décès peut être causé par différents facteurs et par ailleurs la nature d'une partie des décès dans le monde n'est pas déclarée.

Ces problèmes de malnutrition sont devenus une préoccupation mondiale comme en témoigne l'organisation par la FAO et l'OMS des Conférences Internationales sur la Nutrition. La deuxième a eu lieu en Novembre 2014 à Rome et a été à l'origine de la Déclaration de Rome sur la nutrition qui réaffirme « le droit de chacun d’avoir accès à une alimentation sûre, suffisante et nutritive dans l'exercice du droit à une alimentation adéquate ainsi que le droit fondamental de chacun d’être à l’abri de la faim ». Le respect de ce droit revient à atteindre la sécurité alimentaire pour tous, ce qui implique selon la FAO une offre suffisante par rapport à la demande mais aussi relativement stable pour ne pas passer en-dessous des seuils de consommation minimaux et accessible à tous.

Les chiffres dressant un état des lieux de la malnutrition dans le monde, donnés au début de ce point, permettent d'affirmer que les problèmes actuels ne sont pas une question d'offre mais bien de répartition des ressources alimentaires. Actuellement, on estime que la consommation énergétique moyenne mondiale est de 2800 kcal/personne/jour ce qui est satisfaisant par rapport aux 2500 kcal recommandées (CHARVET J.-P., 2007). Cette moyenne cache les grandes inégalités qui existent, cependant c'est révélateur du fait que dans un futur proche la production mondiale est suffisante. Or une critique que l'on peut adresser à la FAO c'est de se focaliser sur l'augmentation de la production et de la productivité mondiale pour traiter l'enjeu majeur de la sécurité alimentaire. La position de la FAO permet certes d'adopter un raisonnement « mathématique » et d'éviter de trop se positionner politiquement mais il est réducteur de s'approprier les grandes questions liées à l'agriculture et à l'alimentation par leur seule dimension économique en reléguant les paramètres sociaux, environnementaux, culturels et politiques au second plan. La Banque mondiale est parvenue plus tôt à concilier les problématiques de sécurité alimentaire avec celles de développement rural et de pauvreté, notamment grâce à la notion de souveraineté alimentaire (FOUILLEUX, E., 2009). Celle-ci a d'abord été pensée, lors de sa première apparition, en marge du Sommet Mondial de l'Alimentation en 1996, comme une alternative au modèle international dominant permettant de servir la sécurité alimentaire des populations. Elle part de l'observation de

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l'existence d'une grande diversité de situations des pays, tant au niveau de la production agricole que de la stabilité politique, de la richesse des ressources ou encore de la culture. Elle postule alors que chaque entité (Etat, population...) doit garder une certaine autonomie de décision pour la gestion de ses systèmes agri-alimentaires afin que même au sein d'un système global avec d'importants échanges mondiaux, ils soient adaptés dans la mesure du possible aux populations locales. Cette notion de souveraineté alimentaire comprend l'accès à l'alimentation mais aussi les conditions de production et donc notamment la qualité de vie des producteurs (LAROCHE DUPRAZ, C., 2010). On peut le considérer selon différentes dimensions : comme un droit des États ou comme un droit des peuples. La souveraineté alimentaire glisse en effet depuis sa création d'une souveraineté nationale vers une souveraineté populaire ce qui permet une approche plus humaniste et de sortir du schéma simplificateur favorisant souvent la consommation, avec des subventions des États pour l'achat de produits, au détriment de la production (KRUEGER, A. O., 1988). Cette idée de souveraineté alimentaire est aujourd'hui de plus en plus étudiée ( sur le site de la FAO on trouve 2 publications de datées de 2002 qui abordent le sujet, 9 publications en 2007 et 22 en 2012). Et malgré la posture initiale d'opposition par rapport au système mondialisé, il apparaît que les deux ne sont pas incompatibles, une part de liberté d'action des Etats ou des populations peut au contraire compléter le système des avantages comparatifs (LAROCHE DUPRAZ, C., 2010).

Un système mondialisé qui n'est pas durable sur le long terme

Outre les problèmes, évoqués précédemment, d'inégalités à l'échelle mondiale et de santé publique, il est nécessaire de s'interroger sur les perspectives à long-terme du système mondial actuel. En effet, celui-ci s'appuie fortement sur l'utilisation de ressources non renouvelables à court ou moyen terme (sols, eau, énergie..).

Longtemps considéré comme un seul support de production le sol est aujourd'hui un élément-clé de l'agriculture et la préservation de sa fertilité est un enjeu mondial majeur. Dans le film documentaire « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau, Philippe Desbrosses, agriculteur et docteur en environnement met en garde contre un appauvrissement progressif des sols depuis la fin de la guerre. Les phénomènes de dégradation physique des sols que sont l'érosion et la battance sont responsables d'un appauvrissement rapide, et donc irréversible des sols. Certaines causes de cette dégradation sont l'appauvrissement en matière organique qui peut être consécutive notamment à un changement d'usage des sols, par exemple l'abandon de l'élevage pour les cultures céréalières (ROGER-ESTRADE, J., 2013); mais cela peut être aussi du au tassement induit par le passage d'engins agricoles lourds ou au fait de laisser les sols nus. Or le modèle agro-industriel qui a encouragé la spécialisation et l'intensification de la production agricole est responsable d'une mécanisation croissante (et donc du tassement qui suit) et de la simplification des rotations. Le rapport de la Commission européenne de 2012 sur la Mise en œuvre de la stratégie thématique en faveur de la protection des sols et activités en cours estime que près d'un tiers des surfaces dans le monde sont victimes d'une dégradation des sols.

Un autre point qui questionne la durabilité du système mondialisé est la place prépondérante des énergies fossiles dans ce modèle. La notion de kilomètres alimentaires (ou food miles) est assez évocatrice : aux États-Unis la nourriture parcourt 2400 km de la ferme à l'assiette en moyenne1 et la 1. Cette notion de kilomètres alimentaires reste tout de même à relativiser en termes d'impact environnemental, qui peut être optimisé par unité produite ou transportée dans le système mondial

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consommation d'énergie pour l'approvisionnement en nourriture (emballage, transport…) est de 2 000L d'équivalent pétrole par personne par an, ce qui représente près d'un cinquième de la consommation américaine totale en énergie. (PIMENTEL, D., 2008). Or seuls 20 % de cette énergie investie dans le système alimentaire américain sont utilisés pour la production agricole américaine elle-même. D'après l'organisation environnementale américaine Earth Policy Institute, il est assez courant que l'énergie utilisée pour produire un emballage dépasse celle contenue dans les aliments correspondants (BROWN, L. R., 2008). En moyenne 7 calories sont nécessaires pour produire 1 calorie d'aliment. Les énergies fossiles sont utilisées tout au long de la chaîne, à partir de l'amont de la production agricole (production des intrants chimiques, des machines…), en passant par la transformation, l'emballage et le transport jusqu'à la cuisine et même pour la gestion des déchets.

C'est ce qui explique le lien fort entre les prix alimentaires mondiaux et le cours du pétrole (cf. Illustration 2) :

avec des gros volumes, par rapport à des circuits de proximité moins bien organisés (SCHLICH, E., 2005). Cela souligne malgré tout l'utilisation des ressources fossiles mais également la perte du lien entre production agricole et consommation et la problématique de la fraîcheur des produits.Illustration 2: Corrélation entre le prix moyen du pétrole et l'index du prix

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Entre avril 2001 et avril 2011 l'index du prix de la nourriture (donné par la FAO) était corrélé à hauteur de 93,4 % au prix moyen du pétrole (selon l'agence américaine Energy Information Administration) (cf. Illustration 2). Or Dermot O'Connor illustre, dans son film documentaire « Sans lendemain » (2012), la raréfaction des ressources en énergies fossiles, en indiquant qu'il faudrait mettre en production l'équivalent d'une nouvelle Arabie Saoudite tous les 3 ans pour pallier l'épuisement des ressources fossiles.

Cela met en évidence l'importance de réduire notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles en devenant à la fois plus économes, en limitant par exemple les transports les plus polluants des marchandises (routier et aérien) mais aussi les emballages ; et plus autonomes, en développant la production d'énergies plus durables et disponibles potentiellement sur un territoire donné (national, régional ou même plus localement à l'échelle d'une exploitation).

Ces éléments de contexte global mettent en évidence des enjeux majeurs de la situation actuelle : le système mondialisé présente des limites notamment au niveau de sa capacité à assurer durablement la sécurité alimentaire (en termes d'accessibilité qualitative et quantitative de la nourriture) de l'ensemble de la population mondiale.

Les prospectives mondiales et nationales dressées par des chercheurs et des experts permettent d'étendre, avec une vision à moyen et long terme, ces réflexions sur l'accès à une nourriture saine pour tous et sur les défis majeurs des systèmes agri-alimentaires pour les prochaines décennies.

PARTIE II : ÉLÉMENTS À CONSIDÉRER POUR UN PROJET

AGRI-ALIMENTAIRE DURABLE A L’ÉCHELLE MONDIALE : UN POINT SUR LES

PROSPECTIVES ALIMENTAIRES MONDIALES ET NATIONALES

Nous posons l'hypothèse que pour penser localement un système agri-alimentaire plus durable il est nécessaire de l'envisager aussi dans un contexte très large afin d'avoir une vision globale des enjeux majeurs à inclure dans la notion de durabilité.

Les prospectives élaborent des scénarios de façon rationnelle à partir des données existantes, de tendances… dans le but d'être un outil d'aide à la prise des décisions qui vont avoir des impacts à moyen ou long terme.

Selon les différentes prospectives, certaines ont pour ambition de proposer un futur probable en fonction des hypothèses de départ, c'est le cas des prospectives de la FAO ; d'autres, comme le scénario d'Afterres2050 peuvent poser des hypothèses peu réalistes, elles représentent simplement des outils pour discuter des choix à faire.

Des défis majeurs qui s'annoncent pour l'avenir ; des ressources limitées qui doivent répondre à une population mondiale et une consommation alimentaire en hausse

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Prospects : the 2015 Revision), la population mondiale va augmenter jusqu'à atteindre 9,7 Milliards de personnes (valeur médiane) en 2050 (cf. Illustration 3). Or la consommation moyenne mondiale actuelle directe ou indirecte (via les productions animales) de céréales est estimée à 340 kg par personne et par an. Pour seulement maintenir les niveaux de consommation actuels il faudrait produire en 2050, pour 9,7 Milliards de personnes, 782 Millions de tonnes de céréales supplémentaires par rapport à la production actuelle, ce qui correspond à plus du double de la production céréalière des États-Unis.

En parallèle, la FAO évalue l'évolution des relations mondiales d'offre-demande dans World Food Model et estime par exemple, selon les tendances actuelles, que la consommation totale de viande va continuer de croître, au moins jusqu'en 2030, bien que le rythme de cette augmentation ralentisse probablement. Selon ce modèle il serait nécessaire de produire un Milliard de tonnes de céréales supplémentaire pour répondre à la demande alimentaire mondiale.

Ainsi différentes prospectives (Millenium Ecosystem Assessment, World Food Model de la FAO, World Population Prospects : the 2015 Revision de l'ONU,…) donnent des tendances sociétales lourdes et convergent sur l'augmentation de la population mondiale dans les décennies à venir, mais également sur la consommation (alimentaire notamment) globale qui ne semble pas se diriger, du moins dans un premier temps, vers une économie des biens et des ressources.

Il existe différentes thèses d'écologie des populations qui comparent l'évolution des ressources et de la démographie mondiale. L'économiste Thomas Malthus tout d'abord (1766-1834) pose qu'une population croît naturellement plus rapidement que les ressources jusqu'à atteindre une situation de crise et que la population régresse ensuite pour revenir à un nombre permettant une Illustration 3: Evolution démographique mondiale estimée et supposée d'après les calculs de l'ONU

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exploitation durable de ces ressources (CHARVET, J.-P., 2007). Ester de Boserup (1910-1999) économiste danoise qui a vécu toute la période de la Révolution verte, lui oppose qu'une augmentation démographique s'accompagne de progrès agricoles conséquents (par exemple l'irrigation) ce qui permet une croissance supplémentaire; elle fait donc partie des fervents défenseurs de la croissance. Henry Georges (1839-1897) réfute lui aussi la thèse de Malthus arguant du fait qu'il faut faire la dictinction entre surpopulation absolue (manque global de ressources) et surpopulation relative (problème de répartition de ces ressources). Si actuellement on ne peut parler que de surpopulation relative (voir point Un état de santé publique peu satisfaisant à l'échelle mondiale dans la PARTIE I), certains éléments des prospectives mondiales qui sont analysées dans cette PARTIE II évaluent dans quelle mesure il va falloir faire face à une surpopulation absolue.

Selon les estimations du GLASOD (Programme d’Évaluation Mondiale de la Dégradation de sols) de 2001, plus de 300 millions d'hectares sont fortement dégradés dans le monde, soit 6 fois la superficie totale de la France. Cet appauvrissement des sols est partiellement causée par la pression démographique, qui entraîne notamment les pratiques d'abattis-brûlis dans une spirale infernale, les ménages devant se nourrir avec des surfaces plus restreintes.

Dans son livre Nourrir l'Humanité, Bruno Parmentier illustre bien le phénomène de raréfaction des nouvelles terres mises en culture :

Or parmi les surfaces qui pourraient potentiellement être mises en culture, la plupart présentent des sols peu fertiles ou peu accessibles (relief..) ou encore ce sont des surfaces forestières et auquel cas le changement d'usage des terres a des conséquences désastreuses tant au niveau du bilan Carbone que du maintien de la biodiversité. Par ailleurs une partie des terres potentiellement à usage agricole est rendue indisponible chaque année, le taux d'évolution de l'artificialisation des terres en France était de 3 % entre 2000 et 2006 selon l'INSEE. Il faut donc se rendre à l'évidence et accepter que l'extension des aires cultivées ne suffira pas à compenser l'augmentation démographique mondiale.

Ceci mène à deux angles de réflexion: dans la mesure du possible, il faut penser l'agriculture et la consommation alimentaire plus durablement que les grandes tendances mondiales actuelles, et donc se montrer le plus économe possible. Et d'un autre côté, une consommation plus raisonnée des ressources alimentaires ne supplante pas la nécessité d'augmenter la production agricole mondiale. Outre l'objectif de hausse des rendements surfaciques, il s'agit de valoriser au mieux les différentes surfaces cultivées, éventuellement en modifiant le type de production, pour tendre à une agriculture la plus économe, productive et autonome possible.

Une remise en question de l'usage actuel des terres ; place de l'élevage et fonction productive de l'agriculture

L'un des débats les plus piquants sur l'évolution des différentes productions agricoles dans les années à venir est la part des produits animaux dans l'alimentation et donc l'importance relative de l'élevage sur la production agricole totale.

D'un pays et d'un organisme à l'autre les recommandations en matière de consommation de Alors que, dans les années 60, chaque habitant de la planète pouvait compter sur 0,43 ha pour le nourrir, il ne dispose plus, au début de ce siècle, que de 0,25 ha, et ce chiffre devrait encore baisser fortement. En quarante ans, la surface agricole mondiale a augmenté de seulement 9 % alors que la population a fait un bon de 50 %. Un hectare moyen cultivé sur la planète devait nourrir deux personnes en 1960, trois aujourd'hui et six en 2050.

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produits d'origine animale sont variables2. Actuellement en France, 62 % des apports en protéines sont d'origine animale (Afterres 2050, Hypothèses et résultats). Or si les produits animaux présentent les 8 acides-aminés essentiels, ils peuvent aussi être substitués par un régime végétal équilibré. Il n'existe donc pas de minimum dans la ration alimentaire de la part des protéines d'origine animale. La consommation de viande (principalement rouge) est même considérée comme partiellement responsable des problèmes de santé, notamment cardiovasculaires, rencontrés par la population, principalement au Nord3. Par ailleurs, les élevages sont gourmands en ressources, notamment du fait d'un bilan énergétique faible (quantité de produit animal sur la quantité d'aliment ou de fourrage ingérée). Ainsi du point de vue de la santé, comme de celui de l'économie des ressources, il semble avantageux de limiter la consommation de viande. Il ne s'agit pas de nier la forte valeur culturelle de l'élevage et de la consommation de produits carnés mais d'avoir une consommation plus raisonnée et ponctuelle.

De plus limiter la consommation de protéines animales faciliterait par la même occasion l'assimilation du calcium dans l'organisme, ce qui diminue les besoins en apport de calcium par les produits laitiers. D'après la FAO, une inversion de la part des protéines d'origine animale et végétale dans l'alimentation en France (soit 1/3 apporté par les produits animaux) ramènerait les besoins d'apport en calcium de 840 mg/j actuellement à 600 mg/j.

Dans un souci de valoriser au mieux les ressources du milieu et d'optimiser la production de denrées agricoles, il faut favoriser les productions animales sur des surfaces qui sont plus difficilement valorisées en cultures, et appuyer la part des prairies permanentes dans la ration du cheptel. L'idée est également de diminuer les importations d'aliments du bétail, tourteaux de soja entre autres, pour parvenir à davantage d'autonomie au niveau national et économiser les ressources nécessaires à la production de ces aliments.

Cela limite également la concurrence directe entre alimentation animale et humaine.

D'un point de vue géographique et agronomique, il peut être intéressant de valoriser des surfaces trop restreintes ou pauvres pour les bovins avec d'autres productions, par exemple un cheptel ovin, qui permettrait de valoriser au mieux les ressources en terres. Pour cette même raison, l'augmentation de la part de l'élevage et de la consommation des produits de mono-gastriques (qui ont l'avantage de présenter un meilleur bilan énergétique que les ruminants) est intéressante, mais en privilégiant les filières de qualité labellisées par rapport aux élevages intensifs qui ont montré leurs limites en termes environnementaux et éthiques.

Un autre point qu'il faut souligner en termes de productions animales est la place potentielle de l'aquaculture. La FAO estime l'offre mondiale de poisson (sauvage et d'élevage) à 17kg/an/habitant. Cette disponibilité est bien inférieure à la consommation mondiale actuelle (35kg/an/habitant de poissons et autres produits de la mer). Le développement des produits d'aquaculture pourrait pallier l'épuisement préoccupant des ressources naturelles.

L'une des pistes de revalorisation durable des productions animales serait de redonner à l'élevage un rôle complémentaire par rapport aux autres ateliers au sein de l'exploitation agricole, par exemple pour valoriser des sous-produits. De nombreuses combinaisons sont envisageables : porcs pour valoriser le petit lait et les sous-produits de céréales, brebis pour valoriser le refus des bovins... Ainsi les animaux seraient peu en compétition avec les hommes pour l'usage des productions céréalières, le bilan énergétique assez faible ne serait plus autant vu comme une 2. En France les besoins journaliers en calcium sont estimés à 900mg/personne par le Programme National Nutrition Santé ; en Grande-Bretagne la consommation conseillée par le ministère de la santé est de 700mg/j/personne et enfin l'OMS considère un apport de calcium de 400 à

500mg/j/personne suffisant au sein d'une alimentation équilibrée.

3. Depuis 2009 l'Institut national français du cancer conseille de limiter la consommation de viande rouge à 500g de viande cuite par semaine.

La Harvard School of Public Health place ce seuil maximal recommandé à 170g par semaines ce qui correspond à la moitié de la consommation hebdomadaire moyenne française.

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contrainte, les animaux redeviendraient un vecteur de circularité et donc d'autonomie dans le système de l'exploitation.

De manière générale sous l'angle de vue de l'alimentation, il faut repenser la fonction productive des terres, au sein des exploitations et même jusqu'à l'échelle de la parcelle. Par exemple il est erroné de s'intéresser à la quantité et la qualité des produits agricoles sans prendre en compte la qualité des ressources en eau. Une des fonctions essentielles de l'agriculture est de reconquérir une qualité de l'eau satisfaisante.

D'autres fonctions semblent prendre de l'importance actuellement comme favoriser un sol riche en matière organique mais aussi la production de biomasse pour la production d'énergie. La France est par exemple importatrice nette de biomasse (ce qui correspond à une dépendance de 1,4 Millions d'hectares par rapport à l'extérieur.)

Les arbres et les haies pourraient devenir plus significatifs et favoriser des écosystèmes riches et équilibrés, en posant l'hypothèse qu'un écosystème restauré présente des capacités naturelles de production et qu'optimiser celles-ci permet d'avoir un système de production plus autonome et économe. On peut par exemple utiliser le bois comme source d'énergie, mais aussi valoriser ces surfaces périphériques pour produire par exemple des fruits à coque, recommandés dans notre alimentation.

Un lien complexe à établir entre production agricole et alimentation

Les différentes prospectives qui s'intéressent à la production agricole mondiale et la mettent en perspective par rapport à la consommation alimentaire peuvent présenter différentes logiques de construction.

Certains scénarios comme Agrimonde G0 regardent la situation actuelle et les grandes tendances et font évoluer les paramètres de consommation d'énergie, d'importance de la viande dans l'alimentation, de l'état de santé publique... dans cette direction.

Les alternatives à ces scénarios, comme Agrimonde 1, prennent en compte les enjeux majeurs actuels et à venir, comme par exemple la production suffisante de nourriture pour nourrir la population mondiale, l'épuisement des ressources fossiles et le réchauffement climatique. A partir de la situation actuelle, l'évolution des systèmes de production est imaginée raisonnée et en faveur D'autres scénarios, notamment Afterres 2050, partent d'un régime alimentaire « optimal » tant en terme de santé que d'utilisation des ressources et de là transposent les quantités d'aliments en production agricole pour finalement arriver à un mode d'usage des terres.

Il convient cependant d'interroger les limites de cette démarche et de la notion « d'assiette type ». En effet, il est réducteur de rationaliser l'alimentation. Une vision déterministe mise sur un comportement très éclairé des consommateurs en faisant fi de la part culturelle de l'alimentation, pourtant primordiale. A une échelle globale le régime alimentaire d'un individu particulier est souvent très éloigné de la consommation type moyenne par tête, il est donc difficile de faire des généralités. On peut tout de même retenir que la consommation de viande est à limiter, la consommation de légumes et de fruits à coque est encouragée. De manière générale les produits frais sont à privilégier en termes de qualités nutritionnelles, ce qui demande une bonne organisation car ils sont périssables.

L'un des points-clefs du défi d'assurer la sécurité alimentaire de l'ensemble de la population est la réduction du gaspillage alimentaire. A l'échelle mondiale celui-ci est estimé à 280 kg de nourriture par habitant et par an (GUSTAVSSON, J., 2011). Selon les estimations de l'ONU, 1,3 Milliards de tonnes de nourriture sont gaspillés chaque année. Le secrétaire général de l'ONU M.

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Ban Ki Moon évalue cette perte à hauteur d'au moins un tiers de la production agricole mondiale. Rechercher une production agricole importante n'est donc pas suffisant si une part conséquente des produits ne participe pas à limiter l'insécurité alimentaire mondiale. Ceci souligne à la fois l'importance de valoriser au mieux les sous-produits et de rechercher un système agri-alimentaire économe mais aussi de sensibiliser les citoyens aux problèmes de gaspillage étant donné que la moitié des pertes évitables sont dues au consommateur. La visée d'un système plus économe et donc avec moins de gaspillages est un élément-clé d'un rapport entre production agricole et sécurité alimentaire plus satisfaisant. Il ne suffit pas de considérer la production et la consommation, il est essentiel que les deux soient reliées effectivement pour que le système soit durable et équitable.

Quelques éléments de conclusion

Ces PARTIES I ET II mettent en évidence que à l'échelle mondiale le système de production et de consommation alimentaire actuel présente certaines limites. Du fait des tendances d'évolution démographique ainsi que de l'alimentation, il est intéressant de s'appuyer sur différentes prospectives existantes. Cela permet de dégager des points-clés de réflexion pour chercher les éléments qui permettraient d'assurer la sécurité alimentaire mondiale durablement et de manière socialement acceptable, tant au niveau de l'utilisation des ressources , de la production de nourriture...

Certains éléments semblent récurrents :

- la population mondiale augmente, de manière inégale d'une région à l'autre

- la consommation de viande et produits d'origine animale en général à tendance à augmenter à l'échelle mondiale, mais du point de vue de la santé, du bien être animal et de l'optimisation des rendements agricoles, il est souhaitable d'en consommer plus occasionnellement et de meilleure qualité.

Des exemples d'application concrète de ces modèles de prospective

Quelques initiatives localisées s'inspirent plus ou moins directement du raisonnement et des résultats des prospectives globales. On en évoque ici certaines afin de montrer des applications concrètes possibles.

– Sur le domaine de Graux en Belgique, le cheminement est le même que celui que l'on retrouve dans Afterres2050. Le régime alimentaire choisi est un compromis entre l'alimentation locale actuelle et un régime optimal (ici le régime Paléo). A partir de ce régime, l'usage des terres du domaine est établi avec pour objectif final de proposer des paniers assez complets au consommateur tout au long de l'année. C'est un exemple de projet alimentaire structurant d'un projet agricole.

– Des déclinaisons régionales du scénario Afterres2050 sont aujourd'hui développées, avec pour idée de prendre en compte les spécificités productives de chaque région tant au niveau du potentiel du milieu que des exploitations et structures préexistantes.

– La bergerie de Villarceaux a été le siège d'une transition agroécologique depuis 1996 dans le souci de répondre aux éléments de réflexion sur les systèmes de production conventionnels proposés par les prospectives. L'exploitation est passée en agriculture biologique, elle a recherché une autonomie vis à vis des ressources non renouvelables et restauré la place de l'arbre et des écosystèmes au sein du domaine. Une coopérative de consommateurs d'aliments biologiques a été crée pour valoriser une partie de la production en circuit court.

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Ces dix dernières années un volet pédagogique et d 'échange de connaissances a été mis en place sur l'exploitation pour partager cette visée de système agri-alimentaire durable.

Il est toutefois indispensable de garder un œil critique vis-à-vis des prospectives. La mise en regard de ces scénarios prospectifs peut certes être un outil dans la recherche d'un système plus durable et une aide à la prise de décision politique, mais la situation est et sera beaucoup plus complexe, du fait d'une cohabitation d'une multitude de systèmes agri-alimentaires. Ainsi un système agri-alimentaire donné qui serait « durable » à l'échelle mondiale ou nationale, par exemple avec une région qui aurait une production agricole correspondant à un rendement surfacique global moyen dans un scénario durable, ne prendrait alors pas du tout en compte la singularité de chaque système. Dans le scénario Afterres2050 l'une des hypothèses adoptées est que les régions méditerranéennes, plus sèches, vont présenter un déficit de production agricole croissant par rapport à la population, tandis que d'autres grandes régions agricoles, avec un milieu plus propice aux cultures, vont produire davantage par habitant et exporter.

Une limite que l'on peut signaler au sujet des prospectives globales est le fait que l'usage des ressources du milieu, la production agricole et l'alimentation sont étudiés, mais on n'y retrouve que peu d'éléments sur la construction d'un système agri-alimentaire global. C'est-à-dire qu'il manque la logistique et les modalités du passage des produits agricoles aux aliments.

Il semble donc judicieux de mettre en lien production agricole et consommation alimentaire à une échelle plus locale, pour repenser un système agri-alimentaire plus durable et agir concrètement.

PARTIE III : ÉLÉMENTS À CONSIDÉRER POUR UN PROJET

AGRI-ALIMENTAIRE DURABLE A UNE ÉCHELLE PLUS LOCALE, DE L’INTÉRÊT

D'UNE RELOCALISATION

Une idée de « local » et de « proximité » à discuter

Le terme de « local » est aujourd'hui beaucoup utilisé, notamment pour qualifier et valoriser un produit en le rattachant à une entité géographique. Il est ici nécessaire de souligner la dimension subjective de la notion de « local ». Il peut s'agir d'une distance kilométrique à l'image des magasins Biocoop qui considèrent que toutes les denrées produites et transformées à moins de 150 km routiers du magasin sont des produits locaux ; selon Florence Scarci, chargée de mission « Politiques alimentaires » au ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, un produit considéré comme « local » en France est souvent un produit français. Ainsi la notion de local implique une relation géographique mais peut regrouper des échelles très variables.

Une autre notion est celle de « proximité ». Elle est plus complexe que celle de localisation car la proximité peut être d'ordre géographique et/ou organisationnelle (RALLET, A., 2004). C'est finalement plutôt cette notion qui nous intéresse ici puisqu'elle rend plus compte du lien qui existe ou non entre localisation et relation entre les différents acteurs.

Un circuit-court alimentaire est défini par le Ministère de l'agriculture comme un mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au

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consommateur, soit par le biais d'un seul intermédiaire. Il s'agit bien d'un type de circuit de proximité qui peut tout à fait ne pas être local, notamment dans le cas de la vente par correspondance. Il ne faut pas assimiler la différence entre circuit long et court et celle entre circuit globalisé et territorialisé ; par exemple un circuit long (avec différents intermédiaires) peut être territorialisé si les acteurs sont attachés au même territoire. La notion de « proximité » peut ne s'appliquer qu'à une partie de la chaîne, à l'exemple du circuit industriel de proximité de Limagrain qui exporte ensuite au Japon.

Si aujourd'hui ces notions de « proximité » et de « local » se développent, elles ne sont pas récentes puisque des circuits de commercialisation alternatifs se sont mis en place depuis l'Après-guerre.

Différentes qualités sont attribuées au local, nous allons ici en discuter certaines :

Intérêts pour le dynamisme du territoire :

L'« Effet multiplicateur local » ou cercle vertueux du local permet de souligner les avantages économiques du « local » pour un territoire. Dans Made in Local, Raphaël Souchier (SOUCHIER, R., 2013) développe l'exemple d'Austin (aux États-Unis) où il a été montré qu'une dépense de 100 dollars dans un commerce local (ici une librairie où la plupart des propriétaires habitent et travaillent dans la même zone) font recirculer 45 dollars localement contre trois fois moins pour une dépense dans un commerce non local. Ainsi les études s'accordent à dire que les entreprises locales dépensent davantage d'argent localement que les entreprises qui ne présentent pas cet ancrage à un petit territoire c'est ce qu'on appelle « Effet multiplicateur local ». Dans l'exemple d'Austin si l'on reconsidère les 45 euros, on peut estimer que 45 % des dépenses « locales » sont réinjectées dans l'économie locale, ce qui fait que 20 euros recirculent localement puis 9 euros… ce qui fait qu'au total à partir de 100 euros ce sont 80 euros qui recirculent dans l'économie locale, le multiplicateur est de 0,8 contre 17 euros soit un coefficient de 0,17 pour des dépenses effectuées dans des entreprises qui n'ont pas un ancrage local4.

Toujours aux États-Unis, des études ont mis en évidence la corrélation entre le nombre de petites entreprises locales et la dynamique au niveau de l'emploi sur un territoire. Le graphe (cf. Illustration 4) montre visuellement sur un certain nombre de villes américaines que plus le nombre moyen de salariés par entreprises est faible plus le taux d'emploi est élevé.

4. Ces coefficients ne sont valables que dans cet exemple donné mais ils illustrent la notion d' « Effet multiplicateur local »

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On peut supposer que cela est du à la fois à une augmentation du nombre d'emplois non délocalisables proportionnellement au nombre total d'employés, dans une entreprise de taille modeste par rapport à une grande entreprise, et au fait que les investissements sont plus limités et ne permettent donc pas de diminuer la masse salariale au maximum (en mécanisant autant que possible par exemple).

Nota Bene : Dans Made in Local, Raphaël Souchier souligne que si une « petite » taille d'entreprise ne signifie pas systématiquement « locale », les deux dimensions sont tout de même liées dans la grande majorité des cas (SOUCHIER, R., 2013).

Des intérêts économiques pour les acteurs directement concernés

L'une des qualités que l'on prête aux circuits de proximités est la juste rémunération des producteurs. Le « juste prix » est cependant une notion très discutée, selon si on considère qu'il doit refléter la pénibilité du travail ou son utilité sociale, permettre au producteur (et au consommateur) de vivre « convenablement » (là encore le terme est très subjectif)... Dans son livre Nourrir l'Humanité, Bruno Parmentier explique que la thèse d'Edgar Pisani est qu'il faut aujourd'hui rétablir les « vrais prix » des produits alimentaires en Europe (mais aussi aux États-Unis) pour qu'ils reflètent les coûts de production des agriculteurs européens et non plus qu'ils soient aussi fortement dépendants des aides directes et indirectes. Finalement, un des intérêts des circuits courts peut être justement de donner voix aux acteurs concernés sur la fixation du prix des marchandises échangées pour que chacun y trouve satisfaction, le « juste » est alors un reflet de l'intérêt collectif (PREVOST, B., 2012). Les circuits courts et/ou de proximité, en permettant d'instaurer un dialogue entre producteurs, consommateurs et éventuellement intermédiaires, sont donc des vecteurs potentiels de démocratie pour construire un système agri-alimentaire plus équitable5. C'est notamment vrai pour les AMAP (Associations pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) au sein desquelles les prix sont fixées démocratiquement par tous les adhérents et producteurs.

Si la notion de « juste rémunération » des producteurs n'est pas généralisable, on peut toutefois confronter les revenus dégagées par les exploitations engagées dans des circuits courts ou 5. Cette idée est nuancée un peu plus loin par l'analyse des types de liens entre producteurs et consommateurs ; qui sont des éléments-clefs de la mise en place d'un dialogue.

Illustration 4: Augmentation du taux d'emploi entre 1977 et 2000 en fonction de la masse salariale des entreprises en 1977 de plusieurs grandes villes américaines (GLEASER, E. L.2010)

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de proximité et celles qui commercialisent en filières longues conventionnelles. Une comparaison dans le Limousin entre les données récoltées chez des exploitants engagés en circuits courts et celles du RICA (Réseau d'Information Comptable Agricole), tous types de commercialisation réunis, indique que les exploitations en circuit court dégagent un revenu supérieur de plus de 40 % à celui des exploitations qui vendent en filières longues et un revenu par unité de travail non salariée supérieur de 18 % (CHEVALLIER, M., 2015). Cet exemple confirme l'idée générale selon laquelle l'agriculteur est en moyenne mieux rémunéré grâce à la commercialisation en circuits de proximité qui sécurise son revenu. Cependant, derrière cette moyenne se cachent des inégalités très fortes, avec des écarts à la moyenne plus importants en circuits courts qu'en filière longue, toujours en bovin viande dans le Limousin. L'engagement en circuits courts est donc globalement rémunérateur mais plus risqué. Ce risque s'explique par la complexification du travail et par des difficultés pour la fixation initiale des prix par le producteur.

Nota Bene : La notion de circuit court a revêtue pendant longtemps une fausse image d'activité peu professionnelle, cette notion n'a d'ailleurs été définie qu'en 2009 et les premières données disponibles sur la situation en France datent de 2010 (statistique agricole). Pourtant si l'on reprend l'exemple du Limousin, la proportion de producteurs diplômés (Bac +2 et plus) est deux fois plus importante en circuits courts qu'en commercialisation « classique ».

Du côté des consommateurs, des études s'appuyant sur un découpage de la population en catégories socio-professionnelles (CSP) tendent à montrer que les consommateurs plus « aisés » sont plus engagés dans les circuits courts (MUNDLER, P., 2007). Cependant, les rapports qualité/prix des aliments sont souvent meilleurs en circuits courts, du fait que les producteurs doivent répondre à la fois de leurs prix et de leurs productions auprès des consommateurs. Il a notamment été montré dans le Languedoc-Roussillon que pour une même qualité de produit les marchés traditionnels étaient plutôt plus bons-marché que les grandes surfaces. Cependant les circuits agri-alimentaires présentant les meilleurs rapports qualité-prix sont parfois plus difficiles d'accès, géographiquement par exemple (CHIFFOLEAU, Y., 2008). Or le prix étant un facteur de décision essentiel dans les choix du consommateur (DURY, S., 2009) ce n''est donc pas tant la nature-même des circuits de commercialisation qui peut exclure une part de la population mais plutôt les modalités de leur organisation. L'accessibilité au plus grand nombre est un élément à prendre en compte pour un système équitable.

Si l'idée que les produits locaux sont de qualité n'est pas toujours vérifiée, on peut relier la notion de proximité à la notion d'équité, de solidarité.

Des intérêts sociaux et humains

Au-delà des arguments économiques en faveur des systèmes agri-alimentaires de proximité, ceux-ci présentent de nombreux intérêts pour les individus et pour la collectivité. Comme leur nom l'indique, les circuits de proximité sont l'occasion d'un rapprochement du consommateur et du producteur ainsi que des intermédiaires. Cela est valorisant pour l'agriculteur qui a des retours de son travail et apporte un soutien aux exploitations. Une étude de 2007 du CTIFL, Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes, a mis en évidence une diminution moindre (-13 % entre 2000 et 2005) des exploitations maraîchères commercialisant principalement en vente directe par rapport au rythme moyen de disparition des exploitations ( -18%) (CHIFFOLEAU, Y., 2008). Cela offre également plus de transparence au consommateur sur les produits qu'il achète et mange et lui donne ainsi davantage confiance dans son alimentation.

Un système agri-alimentaire local peut également contribuer au développement local en valorisant un patrimoine régional par exemple des races locales, ou des savoirs-faire. Il favorise également la

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création d'emplois locaux non délocalisables, à la fois en soutenant les exploitations et limitant leur disparition, mais aussi parce que les exploitations engagées en circuit court présentent généralement un fort besoin en main d’œuvre, de 2,6 UTA en moyenne contre 1,9 UTA pour les autres exploitations, sur des surfaces plutôt plus restreintes (CHIFFOLEAU, Y., 2012, diapositives). La transformation et/ou la commercialisation peuvent également, selon les cas, demander un apport en main d'œuvre.

Une grande diversité de circuits courts de commercialisation qui expliquent la complexité des systèmes agri-alimentaires locaux

Il existe une grande variété de circuits de commercialisation en circuits courts (cf. Illustration 5). Il est possible d'en réaliser une typologie, en s'appuyant sur des critères que l'on souhaite souligner, comme la nature collective ou individuelle d'une initiative.

Il faut tout de même nuancer ces typologies. Dans la réalité chaque circuit présente des caractéristiques propres et sa nature peut évoluer.

D'après le recensement général agricole de 2010 un producteur français sur cinq vend en circuit court. Certaines production sont davantage engagées dans ce type de commercialisation, notamment les produits de la ruche et du maraîchage pour lesquels près de la moitié des exploitations commercialisent tout ou partie en circuit court.

La singularité de chaque initiative rend difficile l'appréhension des différents points forts et points faibles des types de circuits courts. Certains éléments d'analyse peuvent toutefois être dégagés.

La commercialisation en vente directe peut avoir différentes origines : une filière trop peu organisée pour les produits ce qui rend la commercialisation en circuit long plus complexe, une Illustration 5: Diversité des circuits courts de commercialisation (AUBRY, C., 2005)

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demande des consommateurs qui cherchent à consommer des aliments produits à proximité, ou encore une volonté du producteur qui cherche par exemple la proximité du consommateur ou une autre forme de valorisation de ses produits. La vente directe présente en effet plusieurs avantages ; le producteur accède à une forme d'autonomie, vis-à-vis des aides mais aussi en termes de prix de vente. Le lien au produit est recréé, le producteur en maîtrise la qualité et le devenir6.

Le travail de l'agriculteur évolue et se complexifie. Il doit apprendre la communication et développer de nouvelles compétences en commercialisation. Le passage en vente directe entraîne généralement une baisse de la production car ce mode de commercialisation est assez chronophage. Mais cette baisse est compensée par une augmentation de la plus-value. Cela souligne l'importance d'une étude de marché préalable et de l'évaluation du temps de travail nécessaire ainsi que de la maîtrise des marges et du choix des prix.

Dans la majorité des cas, le producteurs développe plusieurs modes et lieux de commercialisation7, cela demande une très bonne organisation. Ce n'est pas une solution de facilité, pour le producteur comme pour le consommateur. Le temps des courses augmente par rapport à des achats en grandes surfaces, surtout lorsque les producteurs ne sont pas regroupés dans un même lieu. Il faut donc que ce mode d'achats devienne un réflexe pour perdurer. Cela explique que la création d'une clientèle puisse prendre une dizaine d'années. L'exigence des consommateurs est élevée et les erreurs sont préjudiciables.

La vente directe est la forme de commercialisation par laquelle le producteur et le consommateur ont le plus de probabilité de développer une relation étroite.

Les points de vente collectifs sont une forme de vente directe (avec ou sans aide salariale) avec une présence limitée de chaque producteur sur le point de vente. Il est indispensable que les participants partagent une même politique de magasin et des valeurs communes. Par exemple certains magasins de producteurs acceptent l'achat-revente, d'autres refusent ce principe. Les acteurs doivent s'accorder sur le rapport qualité/prix des produits pour éviter que certains produits (vendus plus chers) modifient l'image du point de vente aux yeux du consommateur. Ce dernier trouve au magasin de producteurs une offre diversifiée et disponible sans aucun engagement. Ceci est pratique et répond bien à ses attentes, notamment en se rapprochant d'une commercialisation type « grandes surfaces » qui propose une offre diversifiée et optimise le temps d'achats du consommateur. Lorsque ce type d'initiative rencontre du succès et se développe, c'est un atout pour l'emploi car les

producteurs font souvent le choix d'embaucher une ou plusieurs personnes (boucher, vendeur…) ce qui permet d'alléger un peu le travail des producteurs. Cette association de producteurs a souvent un fonctionnement assez solidaire, les exploitants ayant un pic de travail sur leur atelier de production sont davantage relayés par les autres au magasin.

Les marges réalisées sont assez faibles et les producteurs sont dépendants par rapport aux investissements qu'ils ont réalisés, il s'agit donc bien d'un engagement à long terme.

6. Ce point peut cependant être un inconvénient aux yeux de certains producteurs car cela créé une responsabilité beaucoup plus forte sur la qualité du produit ce qui peut être moins confortable pour certains.

7. La vente directe seule concerne éventuellement les petites structures ou les structures très spécialisées.

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Un autre type de travail collectif entre producteurs est la mise en place d'un drive ou d'un dépôt. Le principe est le suivant : les consommateurs passent la commande et récupèrent les produits soit chez le producteur soit sur un point de dépôt, en présence ou non du producteur. Le temps passé à l'achat / à la vente diminue, ainsi que les investissements (bâtiments…), mais en contrepartie le temps de préparation augmente et il faut tenir la trésorerie. Pour certaines

productions (pain…) les commandes permettent de n'avoir aucunes pertes et donc pas de gaspillage. Remarque : La Ruche qui dit oui est une forme de drive très bien organisée, le producteur inscrit ses produits et les quantités sur la plate-forme et le consommateur commande et paye à l'avance sur internet, mais avec une part de la plus-value (8,35% du chiffre d'affaire hors taxe)) qui remonte au niveau national. Dans ce mode de commercialisation le contact entre producteur et consommateur est a priori plus restreint ; mais il est pratique notamment pour le consommateur qui gagne du temps.

La principale limite des systèmes collectifs est le facteur humain, ce qui souligne l'importance des réunions pour garder une dynamique positive.

L'AMAP ou Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne est inspirée des teikei japonais des années 60. Les consommateurs s'abonnent à des paniers (en payant généralement l'ensemble en début de saison). Ils participent activement à la distribution et éventuellement aident à la production. C'est une forme de solidarité avec le ou les producteurs qui demande un fort

engagement des consommateurs.

Cette tendance se développe, avec une saturation en nombre de paniers de certaines AMAP et la création de nouvelles, mais cela s'adresse à un public assez fermé. L'AMAP dépasse largement le seul rapport d'offre/demande avec une forte proximité relationnelle entre producteur et

consommateur. Le consommateur est sensible aux préoccupations du producteur et retourne à une consommation de produits de saison. Les AMAP sont une forme assez aboutie d'un mode de production et de commercialisation démocratiques qui se veut équitable au sein des participants et durable d'un point de vue social.

Le « danger » de l'AMAP est de manquer de dynamisme car les parties ne veulent pas trop s'engager pour ne pas prendre de risque, les consommateurs préfèrent par exemple prendre un panier plus petit afin d'être sûr de tout consommer.

On peut comparer les types précédents à la vente avec filière est une solution de simplicité pour le producteur qui n'a pas particulièrement besoin de développer des compétences de communication et qui peut se concentrer sur son activité de production. Une grande rigueur est attendue par les intermédiaires et les consommateurs, avec une standardisation des produits.

Par rapport aux formes de commercialisation précédentes, le lien entre producteur et consommateur est plus tenu voire inexistant, mais cela permet aussi d'atteindre des marchés plus éloignés. De plus les négociations sont parfois très compliquées avec les intermédiaires.

Il faut donc remarquer une importante diversité de circuits courts de commercialisation. Pour une localisation donnée ces différents types de circuits courts se combinent entre eux, ainsi

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qu'avec des des circuits longs de proximité, pour former un système agri-alimentaire local complexe.

De la durabilité des systèmes agri-alimentaires locaux

Différents facteurs sont à considérer pour évaluer la durabilité d'un système alimentaire local.

Il doit être tout d'abord économiquement, socialement et culturellement acceptable pour les individus. Nous prenons le parti que pour qu'un système soit durable il doit être accessible à tous et équitable. Comme nous l'avons vu dans les parties précédentes les notions d' « acceptable », d' « équité »... ne sont possibles que par le dialogue, ce qui nécessairement inclut tous les acteurs du système agri-alimentaire. Ainsi si les initiatives peuvent être d'origine citoyenne, des producteurs ou encore des deux en même temps, pour qu'elles perdurent elles doivent instaurer un dialogue entre tous les maillons de la chaîne. Ce dialogue est également indispensable pour que les différents circuits de commercialisation qui cohabitent soient complémentaires et non en compétition.

Au niveau de la production, la durabilité n'est possible qu'avec un système économe en ressources, autonome et qui respecte le milieu. Mais il faut également qu'il soit productif en aliments et éventuellement en énergie et donc efficace d'un point de vue écologique. Pour cela il semble nécessaire de valoriser l'ensemble des ressources du milieu et de considérer chaque surface pour son potentiel productif mais aussi pour en optimiser les services écosystémiques.

Les pratiques d'achats et de consommation alimentaires doivent être raisonnées, tout d'abord pour ne pas être source de gaspillage, ensuite pour maintenir un état de santé satisfaisant et pour éduquer les enfants à privilégier des aliments sains et de qualité. Les choix du consommateurs sont déterminants dans l'évolution des systèmes agri-alimentaires.

L'un des leviers pour favoriser l'émergence de systèmes agri-alimentaires locaux est l'optimisation de la logistique. En effet si cette dernière présente des failles, elle peut être à l'origine de pertes de temps importantes ou de gaspillage. Elle détermine aussi énormément le bilan carbone des aliments. Ceux-ci ne parcourent bien sûr pas 2400 km (voir le paragraphe sur les kilomètres alimentaires page 7) mais les transports sont essentiellement routiers et polluants car les quantités de marchandises sont limitées. Des études ont mis en évidence la part essentielle du « dernier kilomètre » dans le bilan carbone des aliments. Cela correspond au déplacement des consommateurs ou à la livraison jusqu'au foyer. Il faut donc bien penser l'organisation des circuits de commercialisation afin de les rendre facilement accessibles et de limiter les déplacements des particuliers.

Une évolution actuelle encourageante

Ces dernières années une augmentation des circuits courts a été observée. Ceux-ci font partie des habitudes d'achats alimentaires des français à hauteur de près de 17% selon une étude CASDAR et cette part a tendance à s'accroître (CHIFFOLEAU, Y., 2008)

Au niveau politique l'engouement pour la bio et les circuits de proximité est une tendance qui se développe un peu partout en France, nous pouvons citer notamment le rapport d'information de Mme Brigitte Allain et M.Jean-Charles Taugourdeau déposé en application de l'article 145 du

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règlement, par la commission des affaires économiques sur les circuits courts et la relocalisation des filières agricoles et alimentaires.

La vente en circuits courts peut être un vecteur intéressant de maintien et de création d'emplois, de par leur lien direct au territoire il s'agit d'emplois non délocalisables.

Remarque : Le Local a comme défaut ce qui est aussi son principal intérêt : il repose sur des individus précis, porteurs de projet. Ainsi chaque initiative est singulière, ce qui fait la richesse des systèmes agri-alimentaires locaux, mais ils sont aussi fragiles sur le long terme car ils reposent sur la motivation et les valeurs des acteurs ainsi que celles de leurs successeurs.

PARTIE IV : QUEL POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT POUR UNE

AGRICULTURE LOCALISÉE ET ALIMENTANT LA RÉGION EN LORRAINE

Dans cette partie nous tenterons d'analyser dans quelle mesure on peut appliquer les éléments des parties précédentes à la Lorraine et plus précisément à l'Ouest Vosgien.

Des informations de contexte au niveau de la région Lorraine

La production agricole lorraine est une production de masse, surtout au nord de la région, avec des rotations très simplifiées, une production de maïs pour le bétail et de blé et autres grandes cultures qui va vers les grandes coopératives. En parallèle, la population est peu nombreuse et avec un pouvoir d'achat faible. On peut alors se demander s'il serait envisageable de relier davantage agriculture et population.

Illustration 6: Comparaison par grandes tranches d'âge de la population en Lorraine en 2007 et 2012

Références

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