J.B. COULON, E LANDAIS
J.P. GAREL
INRA Laboratoire de la Lactation Theix 63122
Saint-Genès-Champanelle
*
INRA Unité de Recherches
sur les
Systèmes Agraires
et
Développement,
Route deSt-Cyr,
78000 Versailles
*
*INRA Domaine de La Borie 15190 Marcenat t
Alimentation,
pathologie,
reproduction et productivité de
la vache laitière
Interrelations à l’échelle
de la lactation et de la carrière
Les mammites et les boiteries sont les problèmes sanitaires les plus fréquents chez la vache laitière. Les conséquences de
cespathologies
sont parfois très importantes,
nonseulement
surla production laitière
mais aussi, d’une manière plus générale,
surla longévité de l’animal.
Résumé -
L’objectif
de cette étude était depréciser
l’effet desprincipales
affections sani- taires sur laproduction
laitière et leurs liaisons avec lescaractéristiques
des lac-tations et des carrières des animaux. L’étude a été réalisée au cours d’un essai d’alimentation
(comparaison
de rations à base de foin oud’ensilage
d’herbe com-plémentées
à 2 niveauxénergétiques)
delongue
durée(6 ans)
et aporté
sur 487lactations de 190 vaches Pie-Noires et Montbéliardes.
Au cours de ces 487
lactations,
595 troubles sanitaires ont été observés. Ces trou- bles ont donc touché 59 % des lactations étudiées avec une incidence moyenne de 2,1 affections par lactation atteinte. Les boiteries et les mammites ontreprésenté respectivement
52 et 24 % des affections. 47 % des mammites ont lieu au coursdes 2
premiers
mois de lactation. Lafréquence
des boiteriesaugmente
au cours de l’hiver et est maximale à la mise à l’herbe. A court terme(5 semaines)
les pertes deproduction
lesplus importantes
sont causées par les mammites hiver- nales(24 kg)
et surtout les boiteries survenant à la mise à l’herbe(56 kg).
Al’échelle de la lactation
complète,
ce sont les boiteriesrépétées qui
entraînent lespertes
deproduction
lesplus
élevées : 640kg
de lait pour les vachesayant pré-
senté 3 boiteries et
plus
contre 20kg
pour cellesn’ayant présenté qu’une
seule boiterie et 160kg
pour cellesayant présenté
une ouplusieurs
mammites. Les boi- teriesrépétées
sont 3 foisplus fréquentes
chez les vaches Pie-Noires que chez les vaches Montbéliardes etquatre
foisplus fréquentes
chez cellesayant
reçu une ration hivernale à based’ensilage
d’herbe que chez cellesayant
reçu une ration hivernale à base de foin.Quatre principales
classes de lactation ont pu être défi- nies àpartir
du niveau deproduction
desanimaux,
de leursanté,
de leur repro- duction et de leur réforme. Les écarts deproduction
entre ces 4 groupes attei-gnent
1 800kg
de lait par lactation. Les vaches recevant une ration à base d’ensi-lage
d’herbe faiblementcomplémentée
ont eu une carrièreplus
courte que celles recevant les autres rations(2,5
lactations contre 3,2 à3,5).
Les vachesprésentant
en
première
lactation des troubles sanitaires graves(boiteries multiples)
ont euune carrière
plus
courte de 1,1 lactation que les vaches indemnes enpremière
lactation. En moyenne, la
production
laitière et lepoids
vif ontaugmenté
de res-pectivement
622 et 51kg
entre la 1’" et la 3’ lactation. Cetteaugmentation
de pro-duction laitière a été
plus importante
chez les vaches recevant une alimentation hivernale à base de foin(complémenté
à haut ou basniveau)
oud’ensilage
d’herbe
complémenté
à haut niveau(+
752kg)
que chez celles recevant uneration à base
d’ensilage
d’herbecomplémenté
à bas niveau(+
359kg).
A l’échellede 3
lactations,
l’écart deproduction
laitière entre les lots extrêmes(foin
haut etensilage bas)
atteint 2 770kg,
soit 26 %. Ces résultats conduisent à reconsidérer certaines conclusions issues de résultats obtenus à l’échelle de l’hiver ou de la lactation.- d’autre
part, d’analyser
l’influence àlong
terme des traitements
expérimentaux
sur laproduction,
lareproduction,
la santé et la lon-gévité
des vaches laitières.Cet article résume les
principales
conclu-sions de cette
étude, qui
ont étéexposées
endétail par ailleurs
(Landais
et al 1989, Coulon et al 1989a etb).
On pourra sereporter
à cespublications,
enparticulier
pour une discus-sion
plus approfondie
des résultatsprésentés.
1 / Conduite de l’étude
1.
1 / Conditions expérimentales
Le
principe
de l’essai a consisté à suivre durant toute leur carrière des vaches laitières soumises à des traitements alimentaires hiver-naux constants.
L’étude
porte
sur 487 lactations de 190vaches,
pour moitié de race Montbéliarde et pour moitié de raceFrançaise
Frisonne Pie Noire. Ces lactations se sontréparties
sur sixannées consécutives, au cours
desquelles
desprimipares
ont étérégulièrement
introduites pour renouveler le troupeauexpérimental (l’âge
à la
première
mise bas étant de 32 mois enmoyenne).
Lesvaches, qui produisaient
enmoyenne 4 200
kg
de lait parlactation,
vêlaientpour la
plupart
en début d’hiver(42
% desvêlages
avant le Y’janvier)
et étaient conduitesdu 1P! novembre au 1eTmai en stabulation entra-
vée, faiblement
paillée (2 kg/vache/jour).
Latraite avait lieu en
place,
aupot trayeur.
La détection des chaleurs se faisait enplace jus- qu’au
15janvier.
Au-delà de cettedate,
les vaches étaient sorties environ deux heures parjour,
si les conditionsmétéorologiques
le per-mettaient, à
partir
du 45’jour
suivant leurmise-bas,
pour observation de leur comporte-ment. En cas de non-retour en oestrus, des trai- tements ont pu leur être administrés. Les vaches recevaient, à
volonté,
unrégime
à base de foin(lots F)
oud’ensilage
d’herbe deprairie
naturelle(lots E).
Chacune de ces rations étaitcomplémentée
par un aliment concentré de typeproduction (1
UFL et 120 g PDI parkg brut).
Cettecomplémentation
était distribuéesur la base d’un
kg
de concentré pour 2,5kg
delait
produit
au-dessus de 5(lots
« Haut » = FH etEH)
ou de 10kg
de lait(lots
« Bas » = FB etEB).
Uncinquième
lot a étéétudié,
dont laration de base était mixte
(40
% de foin et 60 %d’ensilage d’herbe).
Cette ration n’a été testéequ’au
bas niveau decomplémentation (lot MB).
Au
pâturage,
les animaux étaient conduitsensemble,
en un seul troupeau, sur des par- celles situées dans un rayon de 500 m autour del’étable,
ensystème
tournant. Ils étaient ren-trés deux fois par
jour
pour la traite. Lecharge-
ment a varié de 3, vaches par hectare au
prin- temps
à 1,5 vache en fin d’été.1.
2 / Relevés
Parallèlement aux mesures
zootechniques classiques (Coulon
et al1985),
les troubles sani- taires ont étésystématiquement
relevés etregroupés
en 4grands syndromes :
mammites,boiteries,
troublesuro-génitaux
et troublesdigestifs (voir
Landais et al 1989 pour le détaildes
relevés).
Au total 595 affections ont été détectées au cours des six années
d’expérience.
Elles ontconcerné 287 des 487 lactations étudiées
(soit
une
fréquence
des « lactations atteintes » de 59%),
avec une incidence moyenne de 2,1affections par lactation atteinte. Les
principaux
troubles ont concerné les membres(52
% desaffections
cliniques
et 60 % des lactationsatteintes)
et la mamelle(24
% des affections cli-niques
et 32 % des lactationsatteintes).
Lestroubles de
l’appareil uro-génital
ontreprésenté
9 % des affections
(rétention placentaire
essen-tiellement),
et ceux del’appareil digestif
8 %.Dans la suite du texte,
l’expression
« Autrestroubles
» désignera
l’ensemble des affections autres que les mammites et lesboiteries,
que leur rareté nepermet
pas d’étudierséparément.
Dans tous les cas, deux observations d’un même trouble n’ont donné lieu à une nouvelle notation que si l’intervalle entre ces deux observations était
supérieur
à huitjours,
et si lessymptômes
observés avaientdisparu
danscet intervalle.
La
pathologie
a considérablement varié selon les années(c’est-à-dire
selon les campagnes couvrant du 1! octobre au 30septembre)
enrelation notamment avec la variabilité climati- que. En nous
appuyant
sur les taux de morbi- ditéglobale,
nous avons doncregroupé,
pourl’analyse
de l’effetannée,
les campagnes com-parables :
années 1, 2 et 4 d’unepart,
années 5et 6 d’autre
part.
L’année 3 a été éliminée de cetteanalyse
en raison des conditions très par- ticulières danslesquelles
s’est déroulée la mise à l’herbe(printemps exceptionnellement humide),
cequi
a entraîné une évolutionatypi-
que de la
pathologie.
1.
3 / Analyse des données
Le traitement des données a mis en oeuvre
des méthodes très
variées,
que nous avons dûadapter
à la structure de l’informationdisponi-
ble et à la nature, relativement
originale,
denotre
problématique.
Ces méthodes sont expo- sées en détail dans les articlesprécités (Landais
et al 1989, Coulon et al 1989a et
b).
D’unefaçon générale,
l’un desobjectifs
desanalyses
réali-sées visait à condenser l’information relative à
chaque
aspect de la carrièreéconomique
desvaches laitières
(pathologie, production laitière, reproduction, réforme)
pour les mettre ensuiteen relation. Ceci a conduit à enchaîner des méthodes
analytiques classiques (comparaison
de
fréquences
et dedistributions, analyses
devariance)
avec des méthodesplus globales (ana- lyse
multivariée et méthodes de classificationtypologique). ).
Pour l’évaluation des
pertes
de lait entraînées par lapathologie,
nous avons tenu compte à la fois despertes
deproduction (mesurées
direc-tement)
et despertes
decommercialisation,
entraînées par l’interdiction
légale
de livraison consécutive aux traitements médicamenteuxappliqués (évaluées
àpartir
de la durée de sus-pension
de lalivraison, qui
a été decinq jours
en
moyenne).
2 / Etude à l’échelle de la lactation
2.
1 / Analyse préalable
de la pathologie observée
a
/
Effetdes
facteurs fixes àl’échelle de la
lactationLa race
Les vaches Frisonnes ont été
globalement près
de deux foisplus
touchées par lapatholo- gie
que les vaches Montbéliardes. Ceci résulte à la fois d’uneplus
forteproportion
de lactations atteintes(71
contre 48%)
et d’unplus grand
nombre d’affections par lactation atteinte
(2,29
contre
1,76).
Ces différences sont hautementsignificatives (P
<0,01).
La différence entre races est deux foisplus importante
pour les boiteries que pour les mammites.Le numéro de lactation
L’incidence de la
pathologie
estsignificative-
ment liée au numéro de
lactation,
et varie selon l’affection considérée(tableau 1).
Pour les mammites, comme pour lesboiteries,
la seconde lactationapparaît
moins affectée quela
première
et que cellesqui
suivent. Les autrestroubles,
enrevanche, atteignent
un tiers des lactations de rang 1 ou 2, mais seulement uncinquième
des lactations suivantes.L’alimentation
Les
régimes
hivernaux n’ont euqu’une
influence modérée sur la
fréquence d’appari-
tion des troubles
pathologiques. Cependant,
lesanimaux des lots recevant de
l’ensilage
ontpré-
senté un nombre moyen
d’épisodes pathologi-
ques par lactation
significativement supérieur (P
<0,05)
à celuiprésenté
par les animauxqui
ne recevaient que du foin : 1,32
épisode
constaté par lactation contre 1,08. Le facteur
«
régime » interagit
d’autre part avec le facteur« rang de lactation » : alors que la
fréquence
des lactations atteintes évolue peu avec le rang de lactation
lorsque
les animauxreçoivent
du foin comme ration debase,
elle augmente sen- siblement entre les deuxpremières
lactations et les suivantesquand
ilsreçoivent
del’ensilage.
Ainsi, la
fréquence
des lactations atteintesparmi
les lactations de rangsupérieur
à deuxest de 64 % dans les lots «
Ensilage
» contre49 % dans les lots « Foin
» (P
<0,05).
Les animaux des lots « Haut » ont
présenté,
par
rapport
à ceux des lots « Bas », à la fois unefréquence supérieure
des lactations atteintes(61
vs 56%)
et unplus grand
nombre d’affec- tions par lactation atteinte(1,30
vs1,10).
Ceteffet est
imputable
exclusivement aux vachesen troisième lactation et
plus (chez
ces ani-maux la
fréquence
des lactations atteintes est de 72 % dans les lots « Haut », contre 55 % dans les lots « Bas », P <0,05).
L’année
La
fréquence
de l’ensemble des affections constatées a fortement diminué au cours des six annéesd’expérience.
Cetteévolution, signi-
ficative pour les boiteries comme pour les mammites, a touché à la fois lafréquence
deslactations atteintes
(respectivement
33 et 49 %pour les mammites et les boiteries en année 1 contre 14 et 18 % en année
5)
et le nombre, moyen
d’épisodes pathologiques
par lactation atteinte(respectivement
1,7 et 2,2 en année 1contre 1,3 et 1,2 en année
5).
b / Circonstances
d’apparition
destroubles pathologiques
Le stade de lactation est un facteur de varia- tion
important
de lapathologie uro-génitale,
ainsi
qu’on pouvait s’y
attendre(95
% de cestroubles ont lieu au cours du
premier
mois delactation).
Il affectesensiblement,
d’autrepart,
lafréquence
des mammites et des boiteries.En 6 ans, les
vaches
Frisonnes ontprésenté près de
2 foisplus
de troubles
sanitaires queles Montbéliardes.
Afin de démêler ce
qui
revient aux effets pro-pres du stade de lactation et de la saison,
qui interagissent (en
raison du groupement desvêlages
enhiver),
nous avons réalisé une ana-lyse
croisée, pourcorriger
les biaisréciproques,
ainsi que ceux
qui
sont dûs aux réformes(pour
le détail de la méthode
utilisée,
voir Landais et al1989).
Cetteanalyse
n’a pu être menée quesur les deux types d’affections les
plus repré-
sentés, mammites et boiteries.Effets propres
du stade de lactation
(figure 1)
La
fréquence
des mammites, maximale dès lepremier
mois delactation,
décroît trèsrapide-
ment au cours du second mois,
puis plus
lente-ment par la suite. L’évolution est différente pour les
boiteries,
dont lafréquence
passe parun maximum au second mois de lactation,
puis
décroît
irrégulièrement jusqu’à
la mise bas sui-vante.
Effets propres de la saison
(figure 2)
La rentrée à l’étable est suivie d’une augmen- tation sensible de la
fréquence
des mammitescliniques ;
la mise àl’herbe,
àl’inverse,
d’une diminution trèsimportante
de cettefréquence.
Au cours de la
période hivernale,
lafréquence
des mammites augmente
irrégulièrement,
passe par un maximum situé en février-mars,
puis
décroît dès avant la mise à l’herbe. Aucours de la
période estivale,
unelégère
recru-descence est observée
après
le minimum dejuin,
lafréquence
des mammites diminuant ànouveau
après
le mois d’août. Autotal,
la fré-quence des mammites est
près
decinq
foisplus
élevée entre novembre et avril
qu’entre juin
et octobre.En ce
qui
concerne lafréquence
des boite- ries, la saison hivernale est caractérisée par uneaugmentation
continue, et la saisonestivale,
àl’inverse,
par une diminution constante. La mise à l’herbes’accompagne
d’une augmenta- tion brutale du nombre de boiteriesenregis-
trées tandis que la rentrée à l’étable n’entraîne pas d’effet
marqué.
Autotal,
laconjonction
deces évolutions contrastées entraîne un effet de relais très net entre les mammites et les boite- ries.
c / Association de
plusieurs épisodes pathologiques
au coursd’une
même lactationRépétition
d’un mêmetype
d’affection Les récidives ont concerné 26,1 % des lacta- tions atteintes demammite(s)
et 41,6 % des lac-tations atteintes de
boiterie(s).
Pour untype
donnéd’affection,
lafréquence
des récidives varie en outre selon la race et le rang de lacta- tion(figure 3).
Lesboiteries, qui
sont de loin l’affection laplus récidivante,
le sont surtout chez les vaches Frisonnes, et c’est cequi
carac- térise le mieux leurgrande
sensibilité à cetype
d’affection. Les mammites ontégalement
unetendance à récidiver
plus marquée
chez les Fri-sonnes que chez les
Montbéliardes,
mais la dif- férence est moins sensible.Pour les deux
types
d’affectionconsidérés,
lafréquence
des récidives est maximaleparmi
leslactations de rang
égal
ousupérieur
à trois,intermédiaire en
première lactation,
et mini- male en seconde lactation.Ces
épisodes
successifs sont-ilsindépen-
dants entre eux ? Les différents tests
qui
ont été réalisés pourrépondre
à cettequestion
ont clai-rement démontré
qu’il
n’en était rien. Bien au contraire, une lactationayant présenté
unemammite ou une boiterie est
significativement plus exposée qu’une
autre à être à nouveauaffectée d’un ou de
plusieurs épisodes
dumême trouble. Ce résultat constitue un argu- ment fort en faveur d’une
prise
en compteglo-
bale de la
pathologie
à l’échelle de lalactation,
et valide a
posteriori
leconcept
de « lactationatteinte » que nous avons utilisé.
Association entre différents
types
d’affectionsDans les conditions de
l’expérimentation,
aucune liaison n’a pu être mise en évidence entre
l’apparition
des mammites, des boiteries et des « autres troubles ». Ces troistypes
d’af- fectionspeuvent
être considérés comme mutuellementindépendants.
d /
Typologie
des «profils pathologiques
de lactation »
Les résultats
qui précèdent
ontpermis
deconstruire très
simplement
unetypologie
desprofils pathologiques
de lactation en croisant les deuxprincipaux
types de troubles rencon-trés : mammites et boiteries. Nous obtenons ainsi les huit types de
profils pathologiques
delactation
qui
sontprésentés
au tableau 2. Lechoix d’un tableau croisé est
justifié
par l’indé-pendance
entre les différents types de troubles étudiés.Nous avons
distingué
trois modalités du fac-teur « mammite », en fonction du nombre
d’épisodes
constatés : 0, 1, 2 etplus.
Pour lesboiteries,
nous avons retenuquatre
modalités : 0, 1, 2, 3 etplus.
Les « autres troubles » sontrépartis
uniformément dans lescatégories
ainsidéfinies,
et il n’en a été tenucompte
que dans lacatégorie
« 0 mammite, 0 boiterie »,qui
est subdivisée en deuxsous-catégories :
« autres troubles » absents(type 000)
et « autres trou- bles »présents (type AU).
Cette
typologie, qui
résume nosprincipales conclusions,
sera utilisée par la suite pour étu- dier les relations entre lapathologie
et la pro- duction laitière. Pour lescomparaisons
entre différentsprofils pathologiques
delactation,
letémoin sera constitué par une moyenne
pondé-
rée des
types
000 et Au, de manière à évaluersans biais les
caractéristiques
dechaque profil.
Les
récidives
sont t trèsfréquentes:
plus de 40 %
des
vaches
atteintes d’une boiterie ont t étéaffectées d’une
eou
plusieurs
autresboiteries au cours de la même lactation.
2.
2 / Relations entre les troubles
pathologiques et la production
laitière
Les interrelations entre la
pathologie
et laproductivité
des vaches laitières ont été succes-sivement
analysées
à deuxéchelles,
avec des méthodes très différentes :- à court terme, en
comparant
sur unepériode
de
quelques
semaines l’évolution de la courbe deproduction
laitière des vaches atteintes parune affection
clinique
à celle des vachesindemnes ;
- à moyen terme, c’est-à-dire à l’échelle
globale
de lalactation,
en comparant lesperformances
de
production
selon les différentsprofils patho- logiques
de lactation.a /
Influence
à court terme desdifférents types
detroubles pathologiques
Méthode :
L’évaluation des effets à court terme des troubles sanitaires sur la
production
laitière aété faite :
1)
En début delactation,
en comparant chez les animaux ayant au moins 14 semaines de lacta- tionhivernale,
l’évolution au cours de cettepériode
de laproduction
des animaux atteints de mammites(n
=13)
ou de boiteries(n
=21)
au cours des semaines 2 à 4 de
lactation,
à celle des animaux indemnes(profil pathologique
000 ; n
= 97).
Nous n’avons pas retenu dans cettecomparaison
les lactationsayant présenté
des troubles au cours de lapremière
semaine de lactation defaçon
àdisposer
d’un indicateur aussi fiable quepossible
dupotentiel
laitier(PI
=
production
moyenne des4ème,
5ème et6ème
jours
de lactation(Hoden
1978 et Faver-din et al
1987)).
2)
En milieu de lactation(après
la 4èmesemaine),
en comparant l’évolution de la pro- duction laitière entre les semaines -3 et + 5 parrapport à la semaine où le trouble a été
décelé,
à l’évolution de la
production
des animauxindemnes,
au même stade de lactation. Cettecomparaison
a été réalisée pour 5 types de trou- bles : les boiteries hivernales(n = 59),
les mam-mites hivernales
(n = 53),
les boiteries au coursdes 2
premières
semaines depâturage (n
=114),
les boiteries estivales(n
=24)
et les mam-mites estivales
(n
=18).
Deplus,
pour les 3 pre- mierstypes, qui
sont lesplus représentés,
on a étudié l’effet de la race et du numéro de lacta- tion(primipares
vsmultipares).
Les pertes de laitproduit
relatives àchaque type
de troubleont été calculées par différence entre la courbe de lactation des animaux indemnes et celles des animaux atteints.
Résultats :
1)
Début de lactation :L’apparition
d’une mammite ou d’une boite- rie au cours des semaines 2 à 4 de lactation aentraîné une diminution
significative
de la pro- duction laitière cumulée des 14premières
semaines de lactation de
respectivement
209(12 %)
et 64kg (4 %).
Cette diminution estdavantage
due à une moindreaugmentation
de laproduction
au cours despremières
semaines delactation,
enparticulier
pour les mammites,qu’à
unepersistance
inférieureaprès
la 5èmesemaine
(figure 4).
Si l’on tientcompte
du laitnon commercialisable
(respectivement
84 et 98kg),
lespertes
totalesatteignent
293 et 162kg
pour les mammites et les boiteries.
Cependant,
cette estimation
pèche largement
pardéfaut, puisque
l’allure des courbes montre clairementqu’il n’y
a pas derattrapage
à la fin de lapériode
étudiée. Lespertes
doivent êtrelarge-
ment
supérieures
à l’échelle de la lactationcomplète. Malheureusement,
notre échantillonne nous
permet
pas de levérifier,
en raison de l’insuffisance des effectifs et surtout des pertur- bations dues aux troublespathologiques
surve-nant ultérieurement. Les animaux atteints de boiterie en début de lactation
présentaient
d’autre
part
unpotentiel
deproduction supé-
rieur aux autres : leur
production
initiale étaiten effet
supérieure
deplus
de 2kg/j (P
<0,01)
àcelle des animaux indemnes ou atteints de mammites.
2J
Milieu de lactation :Les
pertes
deproduction
entraînées par les troublespathologiques
survenant en milieu delactation sont en moyenne relativement faibles dans les conditions de
l’expérimentation :
0 à56
kg (figure 5).
Cecis’explique
par larapidité
de la détection et du traitement de ces troubles.
Pour un
premier
groupe de troubles - boite- rieshivernales,
boiteries et mammites esti- vales - laperte
de laitproduit
estpratiquement nulle,
et laperte économique
varie entre 70 et 85kg
de lait environ. Lespertes
deproduction
sont un peu
plus
élevées chez les vaches Pie- Noires que chez les vachesMontbéliardes,
et chez lesmultipares
que chez lesprimipares,
sans doute en raison de leur niveau de
produc-
tion
supérieur.
L’effet de ces troubles est d’au- trepart
très limité dans le temps(figure 5).
Lesmammites hivernales entraînent des
pertes
deproduction plus importantes (24 kg
enmoyenne),
enparticulier
chez lesprimipares (41 kg
contre 18 chez lesmultipares).
Laperte économique
est de l’ordre de 100kg
de lait. Lesboiteries survenues à la mise à l’herbe entraî- nent les
pertes
deproduction
lesplus impor-
tantes
(56 kg),
surtout chez les vaches Pie- Noires(60 kg
contre 11 chez lesMontbéliardes)
et chez les
multipares (62 kg
contre 19 chez lesprimipares).
La perte totale atteint en moyenne 133kg
de lait. Contrairement aux troublespré- cédents,
ces boiteries semblent avoir un effet rémanentimportant
sur laproduction laitière, puisque
l’écart avec laproduction
des animauxindemnes est encore très élevé 5 semaines
après
la date dutrouble,
cequi indique
que notre évaluation minimise fortement lespertes
réelles.b / Interrelations entre les
profils pathologiques de lactation
et
les
facteurs etcomposantes de la production
laitièretotale
Profils
pathologiques
et facteurs
expérimentaux
La
répartition
des lactations entre les diversprofils pathologiques
définisplus
haut estsignificativement
affectée par les facteurs sui-vants
(par
ordred’importance décroissant) : année,
race etrégime
alimentaire. Les lacta- tions indemnes de toute atteintepathologique (type 000)
sontbeaucoup plus fréquentes
enannée 5 et 6 ; les
types
M2+ , B3+ et MxB sontrares durant ces mêmes années. Les vaches Fri-
sonnes sont fortement
sur-représentées
dansles
types
B2 et B3+, les Montbéliardes dans letype
000. Aucune relation n’a pu être mise en évidence entre le niveau du concentré et letype
deprofil pathologique.
Enrevanche,
la nature de la ration de base affectesignificativement
la distribution desprofils pathologiques,
leprofil
B3+ , s’avérant enparticulier,
nettement lié auxlots recevant de
l’ensilage
d’herbe. D’unefaçon générale,
les animaux du lot MB(Mixte bas)
manifestent un
comportement pathologique s’apparentant plutôt
à celui des animaux des lots E(Ensilage).
Profils
pathologiques
et composantes de laproduction
laitièreLe tableau 3
présente
les valeurs moyennes des composantes de laproduction laitière,
par type deprofil pathologique.
Ilapparaît
claire-ment que la
production
initiale estplus
élevéedans les
profils
M2+ , B3+ et MxB que dans lesprofils
caractérisés par une seule atteintepathologique (Ml,
Bi,AU)
ou indemnes(000).
La différence entre la
production
maximale etLes boiteries survenant à la mise à
l’herbe entraînent
leschutes
deproduction les plus importantes. Cinq
semaines
après la
détection
du trouble la production
delait
est encore nettement inférieure à
celle
des
animaux indemnes.la
production
initiale estsupérieure
à 5kg
danstous les
types
deprofils,
sauf dans ceux avecmammites
(Mi,
M2+ ,MxB).
La durée de lacta- tion n’est sensiblement diminuée que dans leprofil
B3+ , en raison des réformes survenant en cours de lactation. Laproduction
totalemoyenne,
corrigée
pour tenir compte de l’effet des facteursexpérimentaux
et dupotentiel
desanimaux
(production initiale)
est inférieure deprès
de 300kg
à celle du témoin dans les pro- fils AU et B2+ et deplus
de 600kg
dans le pro- fil B3+ . Les pertes liées aux mammites(profils
Ml et
M2+ )
sont relativement faibles(160 kg).
Dans ces
profils,
les pertes surviennent essen-tiellement dans la
première partie
de la lacta- tion, et lapersistance
de laproduction
laitièren’en est pas affectée
(figure 6).
Al’inverse,
les pertes dans lesprofils
à boiteries surviennenten milieu de
lactation,
aupâturage,
et affectentfortement la
persistance
de laproduction.
Leprofil
AU est caractérisé par des pertesrépar-
ties sur l’ensemble de la lactation.
Quels
que soient les indicateurs retenus, lesperformances
deproduction enregistrées
dans leprofil
MxB sont étonnantes : les pertes sonten effet très faibles
(24 kg),
du même ordre que celles duprofil
Bi(19 kg),
et nettement infé- rieures à celles duprofil
Ml(154 kg).
Ces résul-tats sont confirmés par la
régularité
de lacourbe de
production
de ceprofil.
Il nous a ététotalement
impossible d’expliquer
cette consta- tationparadoxale, probablement
liée à unepathologie
mammaired’étiologie particulière,
et
remarquablement bénigne.
c / Caractérisation multifactorielle et
typologie
des lactationsPour cette
étude,
nous avons réalisé une ana-lyse
factorielle descorrespondances (AFC)
surl’ensemble des lactations
disponibles,
en utili-sant comme variables actives à la fois certains facteurs fixes
(type génétique,
rang de lacta-tion),
certaines composantes de laproduction
(production
initiale PI, durée de lactationDL),
la
production
totale(PT)
et des indicateurs de la santé(profil pathologique, présence
de trou- ble en début delactation,
cause deréforme)
etde la
reproduction (intervalle vêlage-insémina-
tion fécondante
IA).
Le code durégime
alimen-taire a été réintroduit
après l’analyse,
en tantque variable
supplémentaire.
Latypologie
recherchée a ensuite été obtenue en utilisant la méthode de classification ascendante hiérarchi- que
(CAH)
pourlaquelle chaque
individu(lac- tation)
était décrit par ses coordonnées sur les 5premiers
axes de lAFC(Fenelon 1981).
La
figure
7 résume lesprincipaux enseigne-
ments de
l’AFC, présentés
sur sonplan
facto-riel. L’axe 1,
horizontal, représente principale-
ment le niveau de
production
laitière. Il oppose les faiblesproductrices (LA1
et facteurs asso-ciés DL1, IA2, PI1, à
droite),
aux fortesproduc-
Figure
7.Analyse
multifactorielle desprincipales caractéristiques
des lactations étudiées ettypolo- gie
des lactations.Projection
des modalités desprincipales
variables sur leplan
factoriel 1 x 4 deIAFC et
présentation
des 4 classes de la CAH.Les modalités de la variable mesurant la
produc-
tion laitière
(LA)
sont reliées entre elles par ordre croissant de classe.trices
(LA4,
et facteurs associés DL4,IA5,
PI4, àgauche).
L’axe 4,vertical, représente
essentiel-lement la dimension sanitaire. Il oppose les
profils
avec mammites(Ml,
M2+,BxM)
et lavariable TDi
(présence
de troubles sanitairesau cours du
premier
mois delactation),
enbas,
au
profil
indemne(000)
et donc à la variable TD2(absence
de trouble en début delactation),
en haut. Les
projections
de toutes les variablesreprésentant
lesprofils pathologiques
de lacta-tion se retrouvent à
gauche
de l’axevertical,
c’est-à-dire du côté des fortesproductions
lai-tières,
àl’exception
de AU et B3+qui
sont lesprofils marqués
par les pertes deproduction
lesplus importantes.
Parailleurs,
les variables RF1 et RF2,qui représentent respectivement
les réformes dues à lapathologie
et celles dues à des intervalles entre mise bastrop longs
ou àdes
vêlages trop
tardifs en saison,s’opposent
très nettement sur l’axe 1 ; les
problèmes
dereproduction
sont associés aux fortesproduc-
tions et les réformes dues à la
pathologie (réci-
dive de
boiteries),
aux faiblesproductions.
Les
ellipses
de lafigure
7symbolisent
lescontours des 4
premières
classes de la CAH surle
plan
factoriel ix4 deIAFC,
etpermettent
de visualiser cesclasses,
ainsi que les variablesqui
leur sont associées. Le tableau 4complète
cetteprésentation
et permet depréciser
les caracté-ristiques
des classes ainsi obtenues.4
classes de lactation
ont pu êtredéfinies
àpartir
du niveau deproduction
desanimaux, de leur santé,
de leurreproduction
et deleur réforme.
Les écartsde production
entre ces
classes
atteignent
1 800kg
de lait
par lactation.La classe 1,
qui
est debeaucoup
laplus
nom-breuse
(54
% deslactations) pourrait
être défi-nie comme celle des lactations sans
problème :
elle est associée au
profil
indemne(000
etTD2),
à des intervallesvêlage-insémination
fécondante courts
(IA2)
et à l’absence de réforme(RF3).
La tendance est à lasur-repré-
sentation dans cette classe des lactations de rang 1 ou 2,
indépendamment
dutype généti-
que. La
production
initiale moyenne de cetteclasse est la
plus faible,
mais lepotentiel
s’ex-prime
correctement. En cequi
concerne lesrégimes hivernaux,
la tendance estlégèrement
en faveur des bas niveaux d’alimentation
(lots B).
La classe 2 est
principalement
définie par laprésence
de mammites(association
forte avecMl, M2 et surtout MxB, association avec
TDl).
Il
s’agit plutôt
de lactations de vaches Montbé- liardesâgées.
Laproduction
initiale estmoyenne
(16,3 kg),
mais lepotentiel s’exprime
correctement, comme le montre lafigure
8. Surle
plan alimentaire,
la tendance est à l’associa- tion de cette classe avec les lots EH et MB.La classe 3 est définie à la fois par sa
produc-
tivité élevée
(4
912kg
en moyenne, soitprès
de700
kg
deplus
que laprécédente,
pour uneproduction
initialeéquivalente)
et parl’impor-
tance des
problèmes
dereproduction :
inter-valles
vêlage-insémination
fécondantelongs (supérieurs
à 120jours
dansprès
de 80 % descas)
etprès
de 50 % de réformes liées à lareproduction.
La durée de lactation estlogique-
ment
élevée,
mais lafigure
8 montre clairementque ce n’est pas la
principale
raison de l’ac-croissement de la
production
totale : cetteclasse est en effet caractérisée par une
persis-
tance élevée de la
production
laitière. Ceci s’ex-plique
enpartie
par laprédominance
devêlages d’automne,
d’animaux de race Montbé- liarde et deprimipares.
En cequi
concernel’alimentation,
cette classe estplutôt
associéeaux
régimes
à base de foin(lots F).
La classe 4 est caractérisée par la
présence
de troubles
pathologiques
graves(boiteries répétées,
&dquo;autrestroubles&dquo;)
et par l’infécondité(IA1),
entraînant la réforme dans 9 cas sur 10.Cette classe de lactations est fortement liée à des facteurs
généralement
associés à une forteproduction
laitière : race Frisonne, rang de lac- tationélevé, production
initiale maximum,vêlages
décalés en fin de saison.Cependant,
enraison des troubles
pathologiques enregistrés,
la durée de lactation et surtout lapersistance (figure 8)
sont trèsaffectées,
et laproduction
laitière totale est finalement la
plus
faible des quatre classes(3
079kg
enmoyenne).
Il est ànoter que le
triptyque vêlage
tardif/boiteries aupâturage/réforme
constitue sur le domaine de Marcenat un tableau trèscaractéristique
de la fin de carrière des vaches Frisonnes, et que les lactationscorrespondantes appartiennent
à la classe 4 de la CAH.3 / Etude à l’échelle de la carrière
3.
1 / Analyse de la longévité
Cette étude porte sur 136 carrières de vaches
laitières,
étudiées àpartir
de leurpremier vêlage.
Sur cetotal,
seules 87 carrières ont étésuivies
jusqu’à
la réforme des animaux. Les 49 autres sepoursuivaient lorsque l’expérimenta-
tion a été
interrompue, après
six années d’ob- servation. De cefait,
l’échantillon des carrièrescomplètes
sélectionne les carrières lesplus
courtes, et les données ont dû être
corrigées
pour éliminer ce biais
(Coulon
et al1989b).
Cette méthode a
permis d’analyser
les effets surla
longévité
des facteurs fixes suivants : la race,le
régime
alimentaire et leprofil pathologique
de la
première
lactation(tableau 5).
La race n’a pas eu d’effet
significatif
sur ladurée moyenne des carrières
(respectivement
3,29 et 3,31 lactations pour les Pie-Noires et les
Montbéliardes). Cependant
lesprofils
de car-rière sont distincts d’une race à