illustration de quelques onepts
et outils mathématiques
Jean-Pierre Demailly
Institut Fourier, Université de Grenoble I
Conférene donnée le jeudi 15 mai dans la adre du module du Collège Dotoral UJF
Du haos à la omplexité : vers l'émergene d'une thématique pluridisiplinaire
(Maison des Sienes de l'Homme,du mardi 13 mai au jeudi 15 mai 2008).
(Version du 25 mai 2008)
La dimension d'un espae (ensemble de points dans lequel on se plae) est lassique-
ment le nombre de oordonnées néessaires pour repérer un point de et espae. C'est
donaprioriunnombre entier. Onvaintroduireiiunenotionplusgénérale,quionduit
à des dimensions non néessairement entières.
Objet de dimension 1
× 3
× 3 1
Par une homothétiede rapport 3, la mesure (longueur)est multipliée par
3 = 3 1, l'objet
résultant ontient 3 fois l'objet initial. La dimensiond'un segment est
1
.Objet de dimension 2
× 3
× 3 2
Par une homothétie de rapport 3, la mesure (aire) de l'objet est multipliée par
9 = 3 2,
l'objet résultant ontient 9 fois l'objet initial. La dimension du arréest
2
.En généralisant, pour un objet de dimension
d
, l'eet d'une homothétie de rapport3
estde multiplier la mesure par
3 d.
Qu'en est-il d'un ensemble fratal ?
Prenons l'exemple
de la ourbe de Koh
(ou oon de neige)
obtenue par itération
du proédé i-ontre
−→
× 3
Parunehomothétiede rapport
3
, l'objetdevientun objet denatureidentique, ontenant4
moreaux de même taille que l'objet initial, don de mesure 4 fois plus grande. Ceionduit à poser
3 d = 4 = ⇒ d = ln 4
ln 3 = 1.26185950714 . . .
Il nous faut admettre ii que la dimension n'est pas un entier, mais un nombre ompris
stritement entre
1
et2
!Il est faile de voir d'autre part que la longueur de la ourbe de Koh est innie : à
haque itération, la longueur est multipliée par
4/3
, don si le segment initial est prispour unité,lalongueurdela
n
-ièmeitérationest(4/3) n, equi tendversl'inni. D'autre
part, l'aire est nulle. En eet, par réurrene sur le nombre d'itérations, on voit que
la ourbe de Koh est entièrement ontenue dans le triangle isoèle ayant pour base le
segment initial et une hauteur égale à
√ 3/6
fois ette base. Comme lan
-ième itérationdéoupe dans la ourbe de Koh
4 n parties dont la taille est homothétique à la ourbe
toute entière dans le rapport 3 −n, elle-i est ontenue dans une réunion de 4 n petits
4 n petits
triangles d'aire
√ 3/12 × (3 −n ) 2, soit une aire totale √
3/12 × 4 n × 9 −n, qui tend bien
vers
0
quandn → + ∞
.Atitre d'exerie,on pourra herher à évaluerla dimensiondu trianglede Sierpinski
guré i-dessous. Ce fratal est obtenu en partant d'untriangle équilatéral, puisen enle-
vant letriangle entral dansun déoupage en4 trianglessemblables dansle rapport
1/2
.On répète ensuite indéniment le proédésur tous les triangles obtenus àhaque étape.
Onmontrerafailementquel'airedutriangledeSierpinskiestnulle. Demanièreanalogue,
on onstruit le tapis de Sierpinski en partant d'un arré, en le divisant en 9 arrés
homothétiques dans le rapport
1/3
et en enlevant le arré entral. Dans l'espae dedimension
3
, l'éponge de Sierpinski est obtenue à partir d'un ube divisé en 27petitsubes, privé du ube entral. On montrera que son aire est innie, tandis que le volume
Les onsidérations qui préèdent se généralisent à l'aide des mesures
p
-dimensionnelles introduitesparFelixHausdor(1868-1942)l'undesfondateursdelatopologiemoderne.Si
( E , d)
estunespaemétriquequelonque,ondénitlamesuredeHausdorp
-dimension- nelle d'une partieA
deE
parH p (A) = lim
ε→0
H p,ε (A), H p,ε (A) = inf
diam A i ≤ε
X
i
(diam A i ) p
où
H p,ε (A)
est la borne inférieure des sommesP
i (diam A i ) p
étendue à toutes les parti-tions dénombrables
A = S
A i ave diam A i ≤ ε
.
Intuitivement,onharheàpaver
A
pardespartiesA i dontonévaluelap
-mesureomme
si elles étaient des hyper-ubes de dimension
p
, puis on améliore la préision en de-mandant que lediamètre des
A i tendevers zéro.
On montre que
H p dénit une mesure borélienne dénombrablement additive, 'est-à- direqu'elleestdéniesansambiguitésurtouslesouverts,fermésetleursunions,interse-
tions nies ou dénombrables répétées autant de fois que l'on veut, ave la propriété que
H p ( S
A i ) = P
i H p (A i )pourde partiesboréliennesdisjointessurles partiesnon boréli-
ennes,on obtientseulement unemesureextérieurequi vérieH p ( S
A i ) ≤ P
i H p (A i ).
Dans
E = R navesastrutureeulidienne habituelle,ettemesureoïnidepourp
entier
ave la mesure d'aideeulidienne
p
-dimensionnelle, à unfateur de proportionnalité près égal au volume de la boule eulidienne de dimensionp
et de diamètre1
. Ces mesurespermettent de donnerune dénition préise de la dimensionde Hausdor :
Dénition. Si
( E , d)
est un espae métrique etA
une partie deE
, ont dit queA
est dedimension de Hausdor égale à
p 0 si on a
H p (A) = + ∞
pourp < p 0 et H p (A) = 0
pour p > p 0.
Il est faile de voir que dans
R n, la dimension d'une partie quelonque est toujours de
dimension≤ n
('est-à-direque H p (A) = 0
pourp > n
): on pourrapourelaommener
par montrer que la
H p-mesure d'un n
-ube est nulle pour p > n
, puis utiliser la sous-
additivité dénombrable à l'aide d'un reouvrement de
A
par des ubes. Par ailleurs, engénéral, on ne peut rien dire sur
H p
0 (A), ette valeur peut très bien être nulle, nie ou
L'unedesfaçonslesplususuellesd'obtenirdesobjetsfratalestdeonsidérerunsystème
dynamique. D'un point de vue mathématique, il s'agit simplement de onsidérer une
ertaine transformation ontinue
f : X → X
d'un espaeX
, puis de regarder l'évolution des points paritération def
. Autrement dit,étant donnéun point initialx 0, on regarde
la suite dénie par la relation de réurrene
x n+1 = f (x n )
, 'est-à-dire enore e qu'on appelle l'orbite dex 0 sous l'ation des omposées suessives
f [n] = f ◦ f ◦ · · · ◦ f : X → X, x n = f [n] (x 0 ).
En mathématiques, on herhe toujours à étudier d'abord les situations non triviales les
plus simples possibles. L'une de elles-i onsiste à regarder dans le plan omplexe
C
la transformation quadratiqueP c : C → C , P c (z) = z 2 + c
oùc
est un paramètre.On onsidère don l'orbite
z n = P c [n] (z 0 )
d'un pointz 0 ∈ C
donné. On notera queP c [2] (z) = (z 2 + c) 2 + c
est un polynme de degré4
; de manière générale,P c [n] est un
polynme de degré
2 n. On introduit par dénition:
EnsembledeJuliade
P c. OnappelleensembledeJulia rempliK c l'ensembledespoints
initiaux
z 0 tels que la suite (z n )
reste bornée, et ensemble de Julia le bord J c = ∂K c de
l'ensemble de Julia rempli
K c.
Si
c = 0
, on a simplementP 0 [n] (z) = z 2 n et on voit aussitt que K 0 onsiste en le disque
unité fermé
| z | ≤ 1
(donJ 0 est le erle unité). Pour tout autre valeur c 6 = 0
on
obtient un ensemble fratal. Voii par exemple une image de
J c et K c pour la valeur
c = 0, 328075517 + 0, 022051744 i
du paramètre :K c
On notera que si on remplae
z 0 par z ′ 0 = z 1 = P c (z 0 )
, on obtient la même suite ave
simplement un déalage d'indie, don
z 0 ∈ K c si et seulement si z ′ 0 = P c (z 0 ) ∈ K c. Par
onséquent, ei montreque
P c (K c ) = K c etP c −1 (K c ) = K c, autrementdit J c et K c sont
J c et K c sont
auto-similaires sous l'ation de latransformation
P c.
notamment tous eux obtenus par le proédé qui vient d'être dérit. Il existe epen-
dant des objets fratals plus ompliqués, omme l'ensemble de Mandelbrot (du nom du
mathématiien frano-amériain BenoîtMandelbrot, né à Varsovieen 1924).
Ensemble de Mandelbrot C'est l'ensemble
M
des valeurs omplexesc
du paramètretelles que l'ensemble de Julia
K c assoié à P c soit onnexe.
M K c
K c ′
× c = 0
L'ensemble de Mandelbrot
M
onsiste en le domaine intérieur blan de la partie droitede l'image (ave ses innies ramiations
. . .
). Sur ette partie droite gurent aussi laposition de deux valeurs omplexes
c
etc ′ (points rouge et violet), et, à gauhe, les
ensembles de Julia assoiés
K c et K c ′. On voit que K c est onnexe, don c
est dans
K c est onnexe, don c
est dans
l'ensemble de Mandelbrot, tandis que
K c ′ n'est pas onnexe, don c ′ n'est pas dans M
.
M
.Si on note
M z 0 l'ensemble des valeurs de c
telles que la suite z n de point initial z 0 = 0
z 0 = 0
soitbornée,onpeutdémontrerque l'onaenfait
M = M 0. L'ensembledeMandelbrot M
est seulement partiellement auto-similaire; ilomportedes parties qui sont des répliques
approximatives del'ensemble omplet,mais aussi d'autres qui sont dissemblables :
La struture de
M
est beauoup plus ompliquée que elle des ensembles de JuliaJ c,
omme il est déjà apparent sur les images i-dessus. On sait par exemple que
M
estonnexe,maisonnesaitpasàejoursi
M
estloalementonnexe;rappelonsqu'unespaeest dit loalement onnexe si tout point admet des voisinages onnexes arbitrairement
petits. L'espae appelé peigne dénombrable est un exemple typique d'espae onnexe
non loalement onnexe :
Le mathématiien japonais Shishikura a pu démontrer en 1992 que la frontière de l'en-
semble de Mandelbrot est de dimension de Hausdor
2
(don maximale dans le plan),mais on ne sait pas si sa mesure
2
-dimensionnelle est nulle ou non (les experts pensent que ette mesure est bien nulle, avisaux amateurs!).Pour obtenir l'image de
M = M 0 à l'aide d'un programme d'ordinateur, on proède
ommesuit. Ononvientd'unevaleurassezgrande,disons 10 9,qui testelearatèrenon
borné de la suite, et un nombre d'itérations assez grand, disons
N = 150
. Étant donnéune valeur omplexe
c
xée représentée par un pixel de l'éran d'ordinateur, on alule la suitez n telle que z 0 = 0
et z n+1 = P c (z 0 )
, pour n ≤ N = 150
. Si toutes es valeurs
restent inférieures à
10 9, il est probable que la suite (z n )
est bornée, don on déide que
c ∈ M
(ou du moins dans son approximation alulée par l'ordinateur), et on aete la
ouleur blanhe au pixel. Sinon il existe une valeur n 0 < N = 150
telle que | z n | ≤ 10 9
pour
n 6 = n 0, et | z n | > 10 9 pour n = n 0 + 1
. On arrête alors le alul en estimant
n = n 0 + 1
. On arrête alors le alul en estimantque la suite
(z n )
va tendre vers l'inni, et on aete au pixel une ouleur (brunâtre ouviolettedans les deux images de la page préédente) qui dépend de la valeur de
n 0 : sur
lashéma i-dessus,laouleurestd'autantplusfonéeque
n 0 estplusgrand. Ceidonne
les zones olorées qui entourent l'ensemble de Mandelbrot. En réalité, il ne s'agit pas
d'un simple artie de représentation graphique, es zones olorées ont une signiation
mathématiqueet physique. On peut en eet regarder les fontions
G n (z, c) = 2 −n log + | P c [n] (z) |
où
log + t = max(0, log t)
est la partie positive du logarithme. Du fait queP c [n] est de
degré
2 n, on peut démontrer assez failement que G n (z, c)
onverge vers une fontion
G(z, c) ≥ 0
qui est nulle sur le graphe Γ = { (z, c) ∈ C 2 ; z ∈ K c }
(là où la suite P c [n] (z)
estbornée),etstritementpositiveendehorsde
Γ
. La valeurdeG(z, c)
mesurelavitesseàlaquelle la suitetend versl'inni. Commeles fontionsholomorphes sont harmoniques,
on vérie failement que
∆ z G(z, c) = 0
pourz / ∈ J c. La fontion z 7→ G(z, c)
s'interprète
omme le potentiel életrostatique réé par un onduteur métallique ylindrique qui
aurait la forme de
K c, et dont le bord J c = ∂K c serait hargé életriquement. Les zones
olorées évoquées plus hautsont délimitées par les ligneséquipotentielles . . .
. . .
L'ensemble
Γ
est quand à lui un ensemble fratal de omplexité monstrueuse dansC 2
(dondans unespaededimension réelle
4
),dontles tranhesc =
CtesontlesensemblesdeJuliaremplis
K c,tandisquelestranhesz =
CtesontlesensemblesdeMandelbrotM z.
z ∈ C c
M z
K c Γ
Le programme gnofrat4d permet d'explorer e fratal quadridimensionnel. Pour les
experts, signalons que le
(1, 1)
-ourant positifT = i∂∂G(z, c)
dansC 2 a préisément
omme support l'intérieur de Γ
, ses tranhes sont don les ensembles M z et J c. La
J c. La
théorie des ourants positifs est un outil essentiel de l'analyse omplexe ontemporaine,
partiulièrement pourl'étude des systèmes dynamiquesholomorphes
. . .
Logiiels
Voii 3 logiiels libres assez agréablesà utiliser :
Fratint : http://www.fratint.org (Linux/MaOSX/Windows)
Xaos: http://wmi.math.u-szeged .hu /xao s/d oku. php (Linux/MaOSX/Windows)
Gnofrat4d : http://gnofrat4d.sour efor ge. net/ (Linux/MaOSX)
Sous Windows, un logiielréputé (mais non libre) est :
Ultrafratal : http://www.ultrafratal. om
On onsidère de nouveau une transformation
f : X → X
, et on herhe à mesurerombien
f
mélange l'espaeX
. Voii une illustration de la transformation dite du boulanger (ou de la pâte feuilletée), du arré unitédans lui-même, itérée 17 fois :La transformation du arré
X = [0, 1] 2 gurée i-dessus est donnée par
f (x, y) = 2x, (1 + y)/2
si
x ≤ 1/2, f (x, y) = 2x − 1, (1 − y)/2
si
x ≥ 1/2.
La périodiité d'ordre 17 observée ii est un artefat dû à la disrétisation de l'image en
arrés de
256 × 256
pixels.parfait de l'image si elle-i était non disrétisée.
D'unpointde vue mathématique,le mélangeplusou moinsgrandprovoqué par latrans-
formation
f
estdéritparunnombreappeléentropietopologique. Voiiunedénition préise, due à Bowen et Dinaburg.Dénition. Soit
(X, d)
un espae métrique ompat etf : X → X
une appliation(
supposée en général ontinue)
. On dénit une nouvelle distaned n en posant
d n (x, y) = max { d(f [i] (x), f [i] (y)) : 0 ≤ i < n } .
On appelle
N (n, ε)
le nombre maximum de points deX
qui sont à des distanes mu-tuelles
≥ ε
pourd n. Alors l'entropie topologique de f
est dénie omme étant le nombre
h top (f ) = lim
ε→0
lim sup
n →∞
1
n log N (n, ε)
.
Dans le as où la transformation
f
est périodique de périoden 0, le nombre N (n, ε)
ne
roît plus quand
n ≥ n 0 et on voit don que h top (f ) = 0
. Intuitivement, f
n'entraîne
alors ni mélange ni perte d'information quand le nombre
n
d'itérations tend vers+ ∞
.Àl'attentiondesexperts, nousvoudrionssignalerquel'entropietopologique estliéeàdes
invariants topologiques importants de la transformation
f
. Voii les deux résultats lesplus signiatifs dans ette diretion.
Inégalité de Yomdin. Si
f
est unetransformationC ∞ d'une variétéompateX
alors
h top (f ) ≥ log ρ(f ∗ )
où
ρ(f ∗ )
est le rayon spetral de la transformationlinéaire induite en homologief ∗ : H ∗ (X, R ) → H ∗ (X, R )
'est-à-dire sa plus grande valeur propre, omme endomorphisme de l'espae vetoriel de
dimension nie
H ∗ (X, R )
.Égalité de Gromov-Yomdin. Si
f
est une transformation algébrique d'une variété projetive omplexeX
, on a l'égalité :h top (f ) = log ρ(f ∗ ).
Logiiel utilisé :
La transformation du boulanger a étéalulée et illustrée au moyen du programme Java
transfo.jar disponible surlapage Les transformations bijetivesd'imagespar Jean-
Paul Delahayeet Philippe Mathieu, à l'URL
http://www2.lifl.fr/
˜
mathieu/transform/L'étude de l'évolutionde systèmes physiques au ours du temps seramène très fréquem-
ment à l'étude d'équations diérentielles portant sur des paramètres dépendant du
temps
t
. Pour un système physique omplexe, il y a en général un grand nombre deparamètres (position des partiules, température, pression,
. . .
).Très souvent, l'équation diérentielle à étudier fait intervenir des dérivées d'ordre supé-
rieuràun. C'estpresquetoujoursleasenméanique,puisquelarelationfondamentalede
la dynamiquemet en jeu l'aélération
γ = d 2 x/dt 2. Dansette situation, il esttoujours
possible de se ramener à un système d'équations diérentielles d'ordre
1
en augmentantle nombre de paramètres: dans le as del'aélération par exemple, ilsut d'introduire
lavitesse
v = dx/dt
ommeparamètresupplémentaire,equitransforme uneéquationent
,x
,dx/dt
,dx 2 /dt 2 en un systèmed'équations portant seulement sur t
, x
, v
, dx/dt = v
et
dv/dt
.De manière générale, d'un point de vue mathématique, on est ramené à l'étude d'un
espaedephase
Ω
quiest (loalementau moins)undomained'unespaeR n aven
assez
grand, et une équation d'évolutionde la forme
−−→ dM
dt = − → V (M ), M = (x 1 , . . . , x n ) ∈ Ω
dans et espae de phases, où
M 7→ − → V (M )
,Ω → R n est e qu'on appelle un hamp de
veteurssurl'espaeΩ
. Autrementdit,ondoitétudierunsystèmediérentieldelaforme
(S)
dx 1
dt = V 1 (x 1 , . . . , x n ) . . .
dx n
dt = V n (x 1 , . . . , x n ).
Le as oùle hamp
−
→ V (M )
dépend lui aussidu temps seramène aussi àe formalismeenintroduisantlavariablesupplémentaire
x n+1 = t
(avel'équationévidentedx n+1 /dt = 1
).D'un point de vue mathématique, toutes les équations diérentielles dépendant de la
seule variable temporelle se ramènent don à des systèmes du type
(S)
préédent, auxnotations près. Le point
M = (x 1 , . . . , x n )
doit être vu ii omme une desription del'état du système. Étant donné un état
M 0, il est partiulièrement important de om- prendre e qui se passe au voisinage : le théorème dit de Cauhy-Lipshitz arme que
si les fontions
V j (M )
sont diérentiables et de dérivées bornées, il existe toujours une solution uniqueM (t)
telle queM (0) = M 0 sur un ertain intervalle de temps ] − a, a[
ontenant
0
: onpeutdonprédireexatementl'évolutionsurunpetitintervalledetemps vers le futur, et aluler aussi les états antérieurs à partir de l'état onnu ent = 0
. Demanière surprenante, si les fontions
V j ne sont que ontinues, l'état du système peut
être impréditible,omme on le voit déjà ave l'équation
dx/dt = 2 p
| x |
qui admet deuxsolutions
x(t) = 0
etx(t) = t 2 partant du mêmeétat initial x(0) = 0
!
L'étudequalitativedessolutionsloalesdusystème
(S)
dépendbeauoupdelavaleurduveteur
−
→ V (M 0 )
dans l'état initial.Premier as :
−
→ V (M 0 ) 6 = − → 0
. Dans e as, l'angle entre− → V (M )
et− → V (M 0 )
tend vers 0quand
M
tend vers 0. Par onséquent, les tangentes aux lignesintégrables sont sensible- ment parallèles les unes aux autres dans un petit voisinage deM 0. Un tel point M 0 est
dit régulier :
M M 0
−
→ V (M )
−
→ V (M 0 )
On peut démontrer dans ette situation qu'il existe loalement un hangement de oor-
données
(x i ) 7→ (X i )
dans l'espaedes phasesΩ
, qui ramènele système(S)
àelui dénipar unhamponstant : les trajetoires sont donsimplementdes droites parallèlespar-
ourues à vitesse uniforme (mais seulement dans les nouvelles oordonnées, pas dans les
aniennes). L'étude loale est don en fait extrêmement simple dans eas.
Deuxième as :
−
→ V (M 0 ) = − → 0
. On voit alors failement sur des exemples qu'il y aplusieurs ongurationsgéométriquespossiblespourle hamp destangentes, eidéjà en
dimension
2
:−
→ V x
y
= x
y
− → V x
y
= x
− y
− → V x
y
= − y
x
Si
−
→ V (M 0 ) = − → 0
, on dit queM 0 est un point singulier du hamp de veteurs. Un tel
point donne évidemment une solution onstante
M (t) = M 0 de (S)
, e qui orrespond
physiquementàunétat d'équilibre. Cependant, ilyatoujours depetitesimpréisions
dans la desription d'un système physique, on est don amené à se demander e qui se
passe pour des états évoluant àpartir d'un état initial très prohe de
M 0.
On va étudier ii assez préisément e qui se passe en dimension
2
.Après translation éventuelle des oordonnées, on peut supposer
M 0 = (0, 0)
. On a alorspar hypothèse
V 1 (0, 0) = V 2 (0, 0) = 0
, de sorteque le systèmediérentiel peut se rérire
dx
dt = V 1 (x, y) = ax + by + o( | x | + | y | ) dy
dt = V 2 (x, y) = cx + dy + o( | x | + | y | ).
(en notant les oordonnées
(x, y)
plutt que(x 1 , x 2 )
). Sion introduit la matrieA =
a b c d
=
∂V 1 /∂x(0, 0) ∂V 1 /∂y(0, 0)
∂V 2 /∂x(0, 0) ∂V 2 /∂y(0, 0)
.
le systèmediérentiel
(S)
peut être approximéprès de(0, 0)
par lesystème linéaire(S 1 ) dM
dt = AM
on dit que
(S 1 )
est une approximation linéaire de(S)
. En général, si le point singulierest non dégénéré, 'est-à-dire si
det A 6 = 0
, les solutions de(S 1 )
onstituent une bonneapproximationdessolutionsde
(S)
auvoisinagede(0, 0)
dumoinssi lamatrieA
n'estpas trop partiulière.
Le gros avantage est qu'on onnaît expliitement les solutions d'untel systèmelinéaire
quelle que soit ladimension d'ailleurs elles sonts donnéespar
M (t) = e tA M 0 où e tA est
l'exponentielle matriielle.
Lorsque la matrie
A
est diagonalisable ave toutes ses valeurs propres réelles ou om- plexes, disonsA =
λ 1 0 . . . 0 0 λ 2 . . . 0
.
.
.
.
.
.
0 . . . 0 λ n
dans les nouvelles oordonnées
X i, les solutions sont données simplement par
X i (t) = e λ i t X i,0 .
Le omportement dépend alors de manière ruiale du signe de la partie réelle de es
valeurs propres : si
Re λ i < 0
, la oordonnéeX i va onverger vers l'état d'équilibre
X i = 0
, tandis que siRe λ i > 0
, toute petit éart initialX i,0 par rapport à la postion
d'équilibre
X i = 0
nira par entraîner une très grande déviation (le asRe λ i = 0
estindéterminé, ommeon le verra plus loin).
Lastabilité estdonessentiellementliéeau signedesvaleurspropresdusystèmelinéarisé
près d'un point ritique. On peut démontrer le théorème important suivant :
Théorème. Pourqu'unsystème diérentiel
(S) : −−→ dM /dt = − → V (M )
possèdeunétatd'équi-libre stable
M 0 (
en un point singulierM 0 tel que − → V (M 0 ) = − → 0 )
, il sut que la matrie
A = ∂V i /∂x j (M 0 )
assoiéeausystème linéariséaittoutessesvaleurspropresomplexes
λ i de partie réelle Re λ i stritement négative.
Cas d'un hamp linéaire de veteurs en dimension
2
Pour xer les idées nous allons donner la représentation graphique des solutions de tous
les systèmeslinéaires non dégénérés de dimension
2
, don des systèmesdu type(S) dM
dt = AM,
dx
dt = ax + by dy
dt = cx + dy
où
A =
a b c d
, det(A) = ad − bc 6 = 0.
La disussion dépend de manière essentielle de e que sont les valeurs propres
λ 1, λ 2.
(a) Les valeurs propres
λ 1 , λ 2 de A
sont réelles.
•
Supposons de plusλ 1 6 = λ 2. Dans e as la matrie A
est diagonalisable. Après
hangement de base onpeut supposer
A =
λ 1 0 0 λ 2
et le systèmese réduit à
dx
dt = λ 1 x dy
dt = λ 2 y
de solution
x(t) = x 0 e λ 1 t y(t) = y 0 e λ 2 t ,
de sorte que les ourbes intégrales sont les ourbes
y = C | x | λ 2 /λ 1 , C ∈ R
et la droite d'équation
x = 0
. Distinguons deux sous-as :∗ λ 1 , λ 2 de même signe et, disons, | λ 1 | < | λ 2 |
. On a alors λ 2 /λ 1 > 1
. On dit qu'on a
aaire à un n÷ud impropre :
x y
x y
0 < λ 1 < λ 2 λ 2 < λ 1 < 0
∗ λ 1 , λ 2designesopposés,parexempleλ 1 < 0 < λ 2. Ils'agitd'unol(toujoursinstable):
x y
•
Les valeurs propres sont onfondues :λ 1 = λ 2 = λ
. Deux assont possibles :∗ A
estdiagonalisable. AlorsA
estenfaitdiagonaleetlesourbesintégralessontdonnéespar
x(t) = x 0 e λt y(t) = y 0 e λt ,
e sont les droites
y = αx
etx = 0
. On dit qu'on a aaire à un n÷ud propre :x y
x y
λ > 0
N÷ud propre instable
λ < 0
N÷ud propre stable
∗ A
est non diagonalisable. Alors il existe une base dans laquelle la matrieA
et lesystème s'érivent
A =
λ 0 1 λ
,
dx
dt = λx dy
dt = x + λy.
Le ourbes intégrales sont données par
( x(t) = x 0 e λt
y(t) = (y 0 + x 0 t)e λt .
Comme toute ourbe intégrale ave
x 0 6 = 0
passe par un point tel que| x(t) | = 1
, onobtient toutes les ourbes intégrales autres que
x = 0
en prenantx 0 = ± 1
,d'où
t = 1
λ ln | x | y = y 0 | x | + x
λ ln | x |
On dit qu'il s'agit d'un n÷ud exeptionnel. Pour onstruire les ourbes, on traera par
exemple d'abord la ourbe
y = x λ ln | x |
passant par(x 0 , y 0 ) = ( ± 1, 0)
. Toutes les autress'en déduisent par homothéties.
x y
x y
λ > 0
N÷ud exeptionnel instable
λ < 0
N÷ud exeptionnel stable
(b) Les valeurs propres de
A
sont non réelles.On a des valeurs propres omplexes onjuguées
α + iβ
,α − iβ
ave disonsβ > 0
, et ilexiste une base dans laquelle la matrie
A
etle système s'ériventA =
α − β
β α
,
dx
dt = αx − βy dy
dt = βx + αy.
La manière la plus rapidede résoudre un tel systèmeest de poser
z = x + iy
. On trouvealors
dz
dt = (α + iβ)x + ( − β + αi)y = (α + iβ)(x + iy) = (α + iβ)z,
de sorte que la solution générale est
z(t) = z 0 e (α+iβ)t = z 0 e αt e iβt .
En oordonnéespolaires
z = re iθ, l'équation devient
r = r 0 e αt
θ = θ 0 + βt , soit r = r 0 e α β (θ − θ 0 ) .
Il s'agit d'une spirale logarithmique si
α 6 = 0
et d'un erle siα = 0
(noter que e erledonne engénéral graphiquement uneellipse ar la base utiliséei-dessus n'est pas nées-
sairement orthonormée). On dit alors que le point singulier est un foyer, respetivement
un entre :
α > 0
Foyer instable
α < 0
Foyer stable
α = 0
Centre
Si
α 6 = 0
, le rapport d'homothétiede deux spires onséutives de la spirale este 2πα/β.
Comme on le voit, la desription de la situation en dimension
2
est toujours très simple.C'est là un fait général, qui résulte du théorème dit de Poinaré-Bendixson :
Théoreme dePoinaré-Bendixson. Soit
M 7→ − → V (M )
un hampde veteursde lasseC 1 dans un ouvert Ω
du plan. On suppose qu'il existe une partie fermée bornée K ⊂ Ω
ne ontenant auun zéro du hamp de veteurs
−
→ V
et stable par l'équation d'évolution entemps
t ≥ 0 [
hypothèse qui implique en partiulier que les ourbes intégrales sont dénipour tout point initial
(x 0 , y 0 ) ∈ K
et toutt ≥ 0 ]
. AlorsK
est onstitué d'une réuniond'orbites périodiques du ot.
Bibliographie mathématique élémentaire :
Jean-Pierredemailly,Analysenumériqueetéquationsdiérentielles,Pressesuniversitaires
de Grenoble, 3
e
édition, 2006, ISBN2-7061-0715-4.
Contrairement à e qui se passe en dimension
2
, les systèmes diérentiels d'évolution peuventdès la dimension3
donnerlieu àdes situationsgéométriques très ompliquées et à des omportements essentiellement haotiques.Nous allons illustrer ei par un systèmediérentiel élèbre, appelé système de Lorenz.
Ils'agit dans l'espae
Ω = R 3 du systèmediérentiel non linéaire
(S)
dx
dt = 10(y − x) dy
dt = 28x − y − xz dz
dt = xy − 8 3 z.
Voii quelques représentations graphiques des trajetoires (nous avons extrait les im-
agesde l'exposéd'Étienne GhysauCongrès International desmathématiiensde Madrid
(2006)) : on obtient e qu'on appelle l'attrateur deLorenz, qui a une struture fratale.
La omplexité de es trajetoires est très grande. En partiulier, les trajetoires pério-
Un problèmepartiulièrement intéressant étudié par Ghysest de lassier tous les types
de n÷uds pouvant apparaître dans l'attrateur de Lorenz, et ensuite, de déterminer la
façon dont ils peuvent s'enlaer :
Ilestsurprenant deonstaterque duhaosémergetoutdemêmeertainesformesd'ordre
extrêmement omplexes, orrespondant à des situationsmathématiques trèsrihes
. . .
Référenes.
Étienne Ghys, http://www.umpa.ens-lyo n.f r/
˜
ghys/et en partiulier, sur
http://www.umpa.ens-lyo n.f r/
˜
ghys/Publis.htmll'exposé Knots and Dynamis, Proeedings du Congrès Internationalde Madrid 2006,
http://www.umpa.ens-lyo n.f r/