L’US
S U P P L É M E N T
AU N O 489
ISSN 0751-5839
11 mars 1999 L ’ U N I V E R S I T E S Y N D I C A L I S T E C L A S S I Q U E M O D E R N E T E C H N I Q U E SNES (FSU)
S Y N D I C A T N A T I O N A L D E S ENSEIGNEMENTS DE SECOND DEGRERéforme
• Les propositions du S.n.e.s.
• Le projet du ministre
• Les projets de grilles horaires
• Les amendements présentés au C.s.e.
Les votes.
Cartes
sur table
Ce supplément de l’U.s.
contient tous les
éléments permettant de se faire une opinion sur le projet de réforme des lycées et les différentes prises de position
autour des propositions ministérielles.
• Pages 3 à 7 : les propositions du S.n.e.s.
présentées par Monique Vuaillat.
• Pages 8 et 9 : la réforme ne répond pas aux besoins : rappel du sondage S.n.e.s.-Sofres.
• Pages 10 à 23 : le projet ministériel (version intégrale).
• Pages 24 à 31 : les projets de nouvelles grilles horaires.
• Pages 24 à 31: les vœux présentés par le S.n.e.s.
et par les autres organisations.
Les principaux votes.
L e C.s.e. du 4 mars était entièrement consacré par le ministre à une présentation de sa charte et à l’examen des projets d’arrê- té. Il n’a pas sollicité de vote sur la charte mais il s’est prêté au jeu des vœux qui a permis aux inconditionnels de cette réforme de se regrouper autour d’un texte présenté par la Ligue de l’enseignement (F.a.e.n., F.e.n., S.e.-F.e.n., S.g.e.n., F.c.p.e., P.e.e.p…) fournissant ain- si au ministre l’appui majoritaire à sa réforme qu’il prétend avoir. La F.s.u., de son côté, a présenté un autre vœu demandant un nouveau débat et une nouvelle discussion sur d’autres bases. Ce vœu a été mi- noritaire. Le S.n.e.s. a fait connaître sa demande d’abandon de la char- te et de la réforme et a formulé des contre-propositions dont on trou- vera ici les textes. Lors de l’examen des arrêtés, il a voté contre l’arrêté de Seconde et l’arrêté organisant le cycle terminal général, et soumis au vote des contre-propositions visant à préserver le potentiel de formation et les horaires des élèves. Aucune n’a été retenue par l’ad- ministration en dehors d’un retour à la formulation actuelle de l’ar- rêté Seconde sur les modules qui en garantit mieux la dotation.
Le sens des contre-propositions du S.n.e.s.
– Obtenir un réel financement de la réduction des effectifs et une programmation rapide.
– Financer réellement les heures d’aide individualisée en Seconde, sans redéploiement des horaires, les attacher au français et aux mathé- matiques et abonder les dotations des établissements où les élèves en difficulté sont nombreux, pour élargir cette offre.
– Attacher aux disciplines les heures de suivi de T.p.e. et les financer sans redéploiement.
– Maintenir les acquis des modules, options et spécialités et aug- menter le nombre d’heures dédoublées.
– Afficher clairement la voie technologique autour de ses six pôles et préserver leur potentiel horaire.
– Préserver la définition nationale des horaires et des programmes.
Nous avons formulé aussi quatre autres exigences mais qui débordaient le cadre du C.s.e.
— Introduire un véritable dispositif de débat pluraliste et de confron- tation pour la rédaction des programmes.
– Programmer les recrutements de tous les personnels.
– Rénover et étendre les locaux et les équipements.
– Abaisser le temps de travail et introduire la concertation dans la dé- finition du service.
La réforme des lycées au Conseil supérieur de l’Education du 4 mars
Le C.s.e., qu’est-ce que c’est ?
C’est un organisme consultatif d’une centaine de membres comprenant
des représentants des personnels, des parents, des collectivités
territoriales, des lycéens, des associations périscolaires, de l’enseignement
public et de l’enseignement privé sous contrat. Son avis est purement
consultatif. Il examine obligatoirement tous les projets de loi, de décret,
d’arrêté organisant le système éducatif. Sa composition fait que des
organisations qui n’ont aucune représentativité dans le second degré sont
amenées à voter avec le même nombre de voix que le S.n.e.s.
Depuis des années, notre profession a beaucoup donné pour assurer la démo- cratisation des lycées.
Elle l’a portée comme une exigence de justice, comme une réponse au déve- loppement des qualifications et des né- cessités de l’emploi. Notre profession a su faire évoluer ses pratiques. Les conte- nus ont été profondément rénovés et, s’ils sont souvent critiquables, on peut au moins rendre aux enseignants l’hom- mage d’avoir su s’approprier des connaissances nouvelles et des outils nouveaux alors même qu’aucune for- mation continue digne de ce nom n’exis- te. Rien n’aurait été pire que de laisser stagner les contenus alors même que notre société et les savoirs qu’elle pro- duit évoluent à grande vitesse.
Pour autant, on ne peut dire que tout va bien : les conditions d’enseignement sont très difficiles ; nombre de connais- sances indispensables sont mal ac- quises ; beaucoup de lycéens n’arrivent pas à s’engager dans une démarche in- tellectuelle véritable ; les débouchés des baccalauréats restent très inégaux.
Du côté de nos métiers, nous devons construire sans cesse ce qui autrefois allait de soi : la classe est plus souvent instable ; l’intérêt des élèves est diffici- le à capter ; les démarches différenciées s’imposent et nécessitent du temps ; le travail en équipe et l’implication dans l’établissement deviennent indispen- sables.
C’est pourquoi nous attendons des ré- formes qui résolvent ces problèmes, qui se fixent l’ambition d’accueillir plus de lycéens et de les accueillir mieux pour élever le niveau de formation de tous, pour les faire vraiment accéder à une culture générale la plus complète pos- sible en même temps qu’à des spéciali- sations.
Il faut en effet faire évoluer les lycées pour qu’ils contribuent à une nouvelle étape de démocratisation dans la quali- té pour tous. Cela ne peut être atteint que
si les trois voies de formation sont tou- jours mieux mises en mesure de remplir ces objectifs ce qui n’est pas le cas ac- tuellement, d’où des propositions que nous faisons pour donner de la cohé- rence, une identité forte et des pers- pectives de poursuites d’études aux trois voies et, à l’intérieur à, chacune des sé- ries. D’où aussi notre souci de déve- lopper des passerelles entre voies et sé- ries, passerelles ouvrant de réelles chances de réussite à ceux qui les em- prunteront.
Exigences de culture et de qualité
Autour de ces deux exigences se nouent des débats sur les missions de l’ensei- gnement et sur la conception de cette dé- mocratisation indispensable. Pour nous, enseigner c’est aussi éduquer et ce sont les savoirs qui structurent cette mission, ce rapport à l’élève. En ce sens il est au centre mais au centre des apprentis- sages.
C’est un processus fait de continuité et de rupture qui nécessite que ce que l’on enseigne, ce que l’on apprend soit mieux pensé, en cohérence de la ma- ternelle à la Terminale, pour aborder une période qui sera encore plus qu’au- jourd’hui marquée par une explosion, une diversité, une complexité des sa- voirs humains.
De ces principes découlent aussi une conception éducative, une conception exigeante des savoirs, une conception des rapports à l’élève faite de dialogue et de respect.
Il en découle aussi une conception de nos métiers qui repose sur une qualifi- cation à l’amélioration recherchée, sur une liberté pédagogique faite d’initia- tive , s’épanouissant dans un travail plus collectif, faisant en même temps toute sa place à la diversité des pratiques for- matrices pour les élèves. C’est la res-
Supplément à l’US n° 489 du 11 mars 1999 3
Pour une autre politique scolaire
Propositions du S.n.e.s.
(déclaration de Monique Vuaillat au C.s.e. du 4 mars 1999)
« Depuis des années, notre profession a beaucoup donné pour assurer la démocratisation des lycées. »
« Il faut en effet faire évoluer les lycées pour qu’ils contribuent à une nouvelle étape de démocratisation dans la qualité pour tous. »
« Pour nous, enseigner
c’est aussi éduquer et
ce sont les savoirs qui
structurent cette
mission. »
« Les effectifs surchargés sont un handicap majeur à la mobilisation des élèves. Il faut donc programmer sérieusement leur réduction. » ponsabilisation et non la caporalisa-
tion qui est génératrice de mouvement.
Beaucoup se joue dès l’école primaire et dès le collège. Nous proposons d’y re- valoriser fortement le rôle et la place des sciences expérimentales, de la techno- logie et des arts en donnant à ces ensei- gnements les moyens des démarches actives qui les caractérisent (T.p., équi- pements, personnels de labo).
De même, l’enseignement des langues vivantes devrait y être plus intensif et conduit en groupes n’excédant pas 15 élèves, bien encadrés par des ensei- gnants qualifiés.
Des exigences de culture au collège, c’est aussi revenir à des horaires stables, car le système des parcours diversifiés et des fourchettes horaires installé par le ministre précédent est catastrophique. Il aboutit à un véritable laminage des ho- raires d’enseignement et à beaucoup d’inégalités entre établissements.
Quand les élèves qui sont victimes au- jourd’hui de ce système arriveront au ly- cée, on fera le bilan d’un accroissement de l’hétérogénéité.
Au lycée, nous attendons qu’on fasse un effort réel pour diversifier les pro- grammes des disciplines générales en fonction des voies et des séries. Nous voulons que les rédacteurs des groupes disciplinaires travaillent ensemble et ai- dent à mettre de la cohérence. Nous es- timons que les travaux personnels en- cadrés sont une chance pour renforcer cette cohérence mais à condition que ce dispositif soit piloté, bien accroché aux disciplines et donne lieu à des ca- drages nationaux qui leur confèrent sé- rieux et valeur formatrice.
Nous voulons aussi qu’on préserve et développe le potentiel constitué par cer- taines disciplines, fragilisées désormais, et pourtant constitutives de notre patri- moine : les langues anciennes, les langues régionales, les langues autres que l’anglais et l’espagnol, les arts et les spécialités, parfois pointues, des bac- calauréats technologiques industriels.
Nous voulons que le développement de l’informatique soit autre chose que l’ad- dition des « lycées connectés à Inter- net ». Il y a d’importants investisse- ments à réaliser pour aider les enseignants à se former et s’équiper, pour rendre les équipements disponibles aux élèves, pour produire des logiciels intéressants.
Il faut aussi trouver de meilleurs équi- libres dans la construction des forma- tions. Finalement les projets d’arrêtés ne marquent aucun progrès pour améliorer la culture scientifique des bacheliers L
ou E.s., la culture philosophique des bacheliers technologiques, ou la connaissance du français et des langues pour les bacheliers du tertiaire.
Des exigences de culture supposent aus- si d’associer étroitement les enseignants à l’élaboration des programmes et de ne pas réserver ce privilège à quelques ex- perts, fussent-ils de brillants chercheurs.
Nous proposons la création de lieux de débat et de confrontation associant tous les personnels, les chercheurs, les for- mateurs de maîtres, les corps d’inspec- tion. Nous les appelons « observatoires régionaux des programmes ».
En ces matières, comme au plan des pédagogies et des didactiques, c’est par la confrontation de points de vue contra- dictoires et pluralistes qu’on avance, par des évolutions progressives et non par des coups médiatiques qui empi- lent des dispositifs sans pilotage, sans évaluation : ce fut le cas pour les mo- dules, ce sera le cas pour l’aide indivi- dualisée ou les T.p.e. si on laisse l’éta- blissement libre de bricoler ce qu’il pourra avec les moyens du bord.
Des exigences de qualité appellent aus- si une réflexion non dogmatique sur les horaires et leur adéquation aux pro- grammes. Des horaires d’enseignement apparemment moins chargés peuvent donner lieu à plus de cours magistral et plus de bachotage, à un renforcement de l’inégalité produit par l’inégalité des conditions du travail personnel. Nous voulons des heures d’enseignement plus riches en échange et en travail de l’élè- ve. Les effectifs surchargés sont un han- dicap majeur à la mobilisation des élèves. Il faut donc programmer sérieu- sement leur réduction.
Nous voudrions pouvoir réellement pra- tiquer des pédagogies diversifiées. Nous voudrions que nos élèves trouvent réel- lement dans le lycée les lieux du travail personnel. Mais pour ouvrir les C.d.i.
plus longtemps, il faut doubler le nombre des documentalistes ; pour que les lieux de travail existent, il faut les surveiller ; pour que les élèves utilisent l’ordinateur, il leur faut des machines en libre service et du personnel pour assu- rer l’aide et la maintenance.
Enfin, les exigences de qualité reposent beaucoup sur la formation des enseignants dans tous les domaines qui forment leur qualification : culture générale, savoirs disciplinaires, traitement des savoirs pour les enseigner, connaissance des jeunes et des situations d’enseignement. Or, les I.u.f.m. ne marquent pas de gros progrès en la matière. Leur chantier n’est pas repris ; leur travail n’est pas évalué.
POUR UNE AUTRE POLITIQUE SCOLAIRE – PROPOSITIONS DU S.N.E.S.
« Le système des parcours diversifiés et des fourchettes horaires installé par le ministre précédent est catastrophique. Il aboutit à un véritable laminage des horaires d’enseignement et à beaucoup d’inégalités entre établissements. »
« Nous voulons aussi
qu’on préserve et
développe le potentiel
constitué par certaines
disciplines, fragilisées
désormais, et pourtant
constitutives de notre
patrimoine. »
« La logique que vous poursuivez renforce le poids des décisions
du local sur une part importante des horaires d’enseignement alors même que les projets d’établissement sont loin d’être des constructions démocratiques. » On leur confie une mission supplémen-
taire de formation continue qu’ils ne peuvent, en l’état, assumer.
Nous proposons que le contenu même des formations universitaires, des I.u.f.m. et des concours fasse l’objet d’une révision sérieuse.
Des exigences de justice
On dit souvent que « l’ascenseur social de l’école est en panne ». Ce n’est ni vrai, ni faux. L’école souffre des in- égalités de la société et particulièrement de l’absence d’emplois stables et quali- fiés pour les jeunes. Les jeunes issus de milieux modestes en souffrent plus que ceux des milieux favorisés. Ce n’est pas nouveau.
Pour autant, l’école peut agir davantage en prévenant l’échec et le refus scolai- re, en favorisant des parcours promo- tionnels qui permettent à ces jeunes des poursuites d’études à tous les niveaux et dans toutes les formations.
Nous proposons de leur offrir davanta- ge de passerelles, d’étendre la gratuité au lycée, de mettre en place des plans so- ciaux en faveur de la jeunesse en diffi- culté.
Cela devrait avoir des traductions au collège par un financement digne de ce nom des dispositifs de consolidation et des études dirigées, par la mise en pla- ce d’équipes prenant en charge les jeunes en difficulté, par une aide soute- nue à l’orientation.
Au lycée, beaucoup de la promotion des jeunes de milieux modestes se joue autour de la valorisation de la culture technologique et de la culture profes- sionnelle et des démarches pédago- giques éprouvées des L.t. et des L.p.
Il faut leur assurer des débouchés plus larges, des poursuites d’études ; il faut leur réserver des places dans les C.p.g.e.
et les grandes écoles.
Beaucoup des exigences de justice se joueront aussi sur l’effort fait en matiè- re d’aide aux élèves. Or, les dispositifs que vous prévoyez sont insuffisants et ne sont pas financés autrement qu’en pre- nant à tous pour redistribuer à quelques uns, conception qui prend le risque d’un affaiblissement général pour un résultat qui sera bien modeste. Au mieux, le professeur qui suivra le travail person- nel de ses 35 élèves verra-t-il chacun d’entre eux 1 heure par mois.
Nous proposons donc de prendre plus au sérieux l’aide individualisée en Secon- de et l’encadrement des T.p.e. Nous
voulons un vrai financement de ces dis- positifs et une organisation du temps scolaire qui permette aux élèves d’ap- prendre plus efficacement dans des classes moins chargées, dans des sé- quences en petits groupes plus nom- breuses.
Pour des exigences accrues d’égalité
Il y aurait le plus grand danger pour le service public à encourager les logiques concurrentielles entre établissements, à laisser s’affirmer des caractères propres à chaque établissement, à renforcer le poids des hiérarchies locales.
Le rôle du service public, c’est d’offrir partout les options et les formations va- lorisantes (sections de langues rares, sections européennes, classes sport- études, options artistiques, C.p.g.e., B.t.s…).
Or, la logique que vous poursuivez ren- force le poids des décisions du local sur une part importante des horaires d’enseignement alors même que les pro- jets d’établissement sont loin d’être des constructions démocratiques. Votre po- litique de la carte des options - très per- ceptible dans la préparation de rentrée - consiste plus à supprimer et regrouper qu’à répartir généreusement et équita- blement.
Nous voulons des cartes généreuses, équitables et transparentes. La politique des Z.e.p. doit traduire des ambitions.
Elle doit intégrer des lycées et se traduire par une réelle différence dans les condi- tions de travail des élèves et des ensei- gnants.
Il faut aussi plus de démocratie Au plan de la vie scolaire, le système souffre d’un manque de démocratie, d’un manque de dialogue et d’une in- suffisante participation des lycéens à la vie collective et d’une conception trop formelle des instances mises en place.
Il y a des améliorations à apporter dans le déroulement des conseils de classe, des réunions parents-professeurs, dans le dialogue avec les élèves. Menons les réflexions pour cela.
Mettons en place des instances qui soient de vraies instances de débat et de décision associant toutes les compo- santes
Favorisons la prise de responsabilité des élèves sans démagogie et sans jouer la démocratie lycéenne contre la démo- cratie des personnels.
Nous proposons que l’éducation civique s’ancre davantage dans toutes les disci- POUR UNE AUTRE POLITIQUE SCOLAIRE – PROPOSITIONS DU S.N.E.S.
Supplément à l’US n° 489 du 11 mars 1999 5
« On dit souvent que
“l’ascenseur social de l’école est en panne”.
Ce n’est ni vrai, ni faux. L’école souffre des inégalités de la société et particulièrement de l’absence d’emplois stables et qualifiés pour les jeunes. »
« Au lycée, beaucoup
de la promotion des
jeunes de milieux
modestes se joue
autour de la
valorisation de la
culture technologique
et de la culture
professionnelle. »
« Il faut arrêter de penser qu’un emploi- jeune peut ouvrir un C.d.i. à la place du documentaliste, ou qu’un locuteur natif remplace un enseignant, ou un artiste un professeur d’arts plastiques. »
« Dans la charte, la question des savoirs est esquivée alors qu’elle devrait être préalable et centrale. » plines ; que la mise en relation des
connaissances et des problèmes du mon- de d’aujourd’hui soit fréquente et sys- tématique ; que le recours à l’analyse de la presse et des médias soit partie inté- grante des programmes.
Nous voulons aussi que les conseils soient de vrais lieux de débat, que les en- seignants aient le temps de dialoguer sans distance mais aussi sans renier leur rôle d’éducateur.
Nous souhaitons que les formations au rôle de délégué concernent tous les élèves, que les élections se fassent au suffrage direct, que les instances nou- velles qui s’ébauchent fassent l’objet d’évaluation avant d’engager une mo- dification des décrets.
Pour aider aux évolutions de nos métiers
Nous ne nous exonérons pas d’évoluer aussi. Une vraie réforme de l’enseigne- ment doit s’appuyer sur des pratiques professionnelles renouvelées.
On attend des enseignants :
• qu’ils sachent mieux travailler des contenus disciplinaires en évolution in- cessante ;
• qu’ils connaissent leurs élèves dans toute leur diversité et leurs singularités et qu’ils les aident à construire leur rap- port au savoir, à l’avenir, à eux-mêmes et aux autres ;
• qu’ils sachent s’ouvrir et dialoguer avec les élèves, mais aussi avec les pa- rents, les entreprises, les collectivités…
• qu’ils sachent travailler en équipe, entre eux et avec les autres profession- nels de l’éducation ;
• qu’ils sachent s’impliquer dans la vie de l’institution éducative et être cons- cients de leur rôle et de leurs responsa- bilités.
Ces attentes ne sauraient se traduire par une réduction du temps consacré au tra- vail des contenus et des situations pé- dagogiques, ni par une simple répartition différente du temps de travail.
Si l’on veut que les enseignants s’im- pliquent davantage, il faut réduire leur temps de travail et y intégrer les exi- gences nouvelles, notamment de travail en équipe.
Il faut aussi des personnels stables, ti- tulaires de leur poste.
POUR DE NOUVEAUX INVESTISSEMENTS
Ce que nous proposons coûte en em-
plois, en recrutements, en locaux, en équipements.
Par exemple, si l’on veut faire dispa- raître les classes de Seconde de plus de 35 élèves, il faut créer 2000 emplois ; si l’on veut dédoubler une heure en L.v.
sans réduire l’horaire des élèves, déjà faible, il faut créer 800 emplois. On a ainsi des ordres de grandeur qui mon- trent bien que, même en utilisant mieux les moyens actuels, on est très loin du compte si l’on veut vraiment amélio- rer.
La France est en position moyenne dans les pays développés au plan du pour- centage du P.i.b. consacré à la formation initiale. D’autres pays européens font mieux que nous. Il n’est pas impossible de les rejoindre en créant des emplois qualifiés. Il faut arrêter de penser qu’un emploi-jeune peut ouvrir un C.d.i. à la place du documentaliste, ou qu’un lo- cuteur natif remplace un enseignant, ou un artiste un professeur d’arts plastiques.
Si l’Éducation nationale s’engage aus- si dans une transformation des heures supplémentaires en emplois, ce secteur essentiel peut devenir un grand vivier d’emplois qualifiés pour les jeunes.
Ce que nous pensons de la charte
La charte et les arrêtés ne s’engagent pas dans ces voies. Ils sont imprégnés de l’idée qu’on en apprend trop, qu’il faut réduire le temps des apprentissages, qu’il faut redistribuer les moyens exis- tants et laisser aux établissements le soin de le faire.
La réflexion sur les savoirs que préten- dait mener la consultation a finalement tourné court. Le texte du C.n.p. ne peut prétendre constituer une synthèse. Il est indigent sur le sens des évolutions à mener et parfois préoccupant quand il rompt les équilibres entre culture et sa- voir-faire. Dans la charte, cette ques- tion des savoirs est esquivée alors qu’el- le devrait être préalable et centrale. Le dispositif d’élaboration des programmes que vous avez mis en place exclut l’as- sociation étroite des enseignants de ter- rain à ce travail ; il est en régression par rapport aux pratiques installées pré- cédemment ; il renvoie tout sur quelques experts éclairés.
Quand vous affirmez vouloir réduire les effectifs des classes, sans échéancier, ni moyens, ni recrutements d’ensei- gnants supplémentaires, vous rendez cet engagement sans effet. De ce fait, vous laissez perdurer des situations de POUR UNE AUTRE POLITIQUE SCOLAIRE – PROPOSITIONS DU S.N.E.S.
« Nous ne nous
exonérons pas
d’évoluer aussi. Une
vraie réforme de
l’enseignement
doit s’appuyer sur
des pratiques
professionnelles
renouvelées. »
« Il faut cesser de ruser avec les réalités…
Nous récusons la résignation et la médiocrité, par respect pour les jeunes, par ambition pour leur avenir. » classe qui rendent l’enseignement in-
efficace, et vous vous contentez d’éti- queter un dispositif d’aide individuali- sée qui vient chasser une bonne partie du dispositif précédent fondé sur les mo- dules.
L’aide individualisée et les heures de suivi des T.p.e. sont finalement financées par une réduction de l’offre de formation adressée à tous les élèves.
Ce qui est très inquiétant aussi, c’est le flou de la réglementation que vous pro- posez pour l’aide et le suivi des T.p.e.
Vous renforcez le pouvoir du local, le rôle de contrôle et de décision des chefs d’établissement sur la totalité de ces heures. Vous interdisez ainsi tout ca- drage national
Nous observons également que, sous prétexte d’étendre la représentation ly- céenne, vous torpillez les équilibres de la représentation des divers protago- nistes de l’établissement. Vous préférez les commissions informelles aux com- missions élues comme la commission permanente. Vous attribuez un rôle dé- libératif au C.v.l. avant même d’avoir évalué l’expérience en cours. Vous lui attribuez un pouvoir exorbitant sur la conduite des dispositifs d’aide aux élèves. Que dire aussi de la priorité que vous donnez dans la rénovation de l’ar-
chitecture scolaire aux cafés lycéens et aux salles de réunion alors que tant de besoins existent pour remplir les condi- tions minimales de l’enseignement.
Enfin nous notons le flou de vos projets sur la redéfinition du service des ensei- gnants. S’il s’agit d’y inclure les heures en classe entière et les heures en petits groupes, c’est déjà fait. Vous n’appor- tez aucune réponse à l’intégration des tâches de concertation dans le service et aucune réduction du temps de travail.
C’est pour toutes ces raisons que nous pensons qu’il faut abandonner ce projet et retravailler sur d’autres bases.
En conclusion
Il faut cesser de ruser avec les réalités.
Gagner le pari de la démocratisation est l’objectif que nous nous fixons. Nous ré- cusons la résignation et la médiocrité, par respect pour les jeunes, par ambition pour leur avenir. L’accès des jeunes de milieux défavorisés au lycée mérite bien des investissements financiers impor- tants. Il faut cesser les accusations de conservatisme, d’élitisme . Nous di- sons, calmement mais fermement, que tous ont droit à la même sollicitude au- jourd’hui que celle qu’on consacrait hier à quelques-uns.
POUR UNE AUTRE POLITIQUE SCOLAIRE – PROPOSITIONS DU S.N.E.S.
Supplément à l’US n° 489 du 11 mars 1999 7
« L’aide individualisée
et les heures de suivi
des T.p.e. sont
finalement financées
par une réduction de
l’offre de formation. »
La réforme ne répo
Le sondage effectué par la Sofres, à la demande du S.n.e.s. auprès des Français (13 au 17 novembre 1998), mettait en évidence quelques priorités fortes pour améliorer
le fonctionnement du second degré. La réforme ignore ces demandes,
elle les contourne ou les contredit. Ceux qui entendent présenter les profs et leur syndicat comme le seul obstacle (forcément passéiste) à des projets (forcément progressistes) qui seraient soutenus par la majorité des parents méconnaissent la réalité d’une demande
sociale très éloignée des thèses qui sous-tendent la réforme.
Q U E S T I O N
Selon vous, quelles sont les choses à faire en priorité pour améliorer la qualité de l’enseignement en classe dans les collèges et les lycées ?
Ensemble des parents d’élèves du secondaire (en %)
• Réduire les effectifs des classes
• Augmenter le nombre d’enseignants
• Améliorer l’orientation des élèves
• Renforcer les liens avec le monde du travail
• Améliorer le dialogue entre les enseignants et les élèves
• Rendre les programmes plus attrayants pour les jeunes
• Donner davantage de moyens aux établissements défavorisés
• Revaloriser les filières technologiques
• Alléger les programmes
• Améliorer la formation des enseignants
• Ouvrir davantage de possibilités de rattrapage
• Améliorer le dialogue entre les enseignants et les parents
• Développer l’aide au travail personnel
• Recourir davantage aux technologies informatiques
• Offrir davantage de choix dans les matières enseignées
• Diminuer le nombre d’heures de cours
• Améliorer la coordination entre les professeurs – Autres priorités – Sans opinion
66 55
42 34 29 28
30 29 18
20 24 16
20 12
13 7
11 3 1
Réduire les effectifs, augmenter le nombre d’enseignants.
Priorité des Français, mais pas du ministre.
©TH. NECTOUX
Supplément à l’US n° 489 du 11 mars 1999 9
Et personne ne demandait la multiplication des enseignements précaires assurés par toutes sortes de vacataires ou contractuels, appelés locuteurs natifs, intervenants extérieurs et autres.
Mais si le ministre de l’Education ignore les demandes réelles, il sait satisfaire celles que personne n’exprime, pour peu qu’elles assurent quelques économies au budget.
Réduire les heures de cours,
priorité du ministre, mais pas des Français.
Le ministre supprime des modules.
Il opte pour des formes d’aide individualisée qui ne paraissent efficaces qu’à un Français sur trois.
Une réduction des exigences rejetée par les parents du second degré.
Faire augmenter le niveau d’études pour tous, une exigence étrangement absente du texte ministériel.
Q U E S T I O N
Seriez-vous favorable ou dévaforable à la réduction du nombre d’heures de cours hebdomadaires ?
Ensemble des Français Ensemble des parents d’élèves du secondaire AU COLLÈGE
• Tout à fait favorable 11
40 7
• Plutôt favorable 29 31 38
• Plutôt défavorable 33
50 35
• Tout à fait défavorable 17 25 60
• Sans opinion 10 2
100 % 100 %
AU LYCÉE
• Tout à fait favorable 12
41 8
• Plutôt favorable 29 32 40
• Plutôt défavorable 31
48 30
• Tout à fait défavorable 17 22 52
• Sans opinion 11 8
100 % 100 %
} } } }
} } } }
Q U E S T I O N
Selon vous, quel doit être le niveau minimum d’études pour bien s’insérer
dans la société d’aujourd’hui ?
Ensemble Ensemble des parents des Français d’élèves
du secondaire
• Le C.a.p. ou le B.e.p. 18 12
• Le baccalauréat professionnel 20 21
• Le baccalauréat général ou technologique 18 21
• Le bac + 2 années d’études supérieures 22 24
• Le bac + 3 années d’études supérieures 8 7
• Le bac + 4 années d’études supérieures 3 4
• Le bac + 5 années d’études supérieures 6 3
• Sans opinion 5 8
100 % 100 %
Ensemble des Français
• Multiplier les séances de travail en petit groupe 59
• Développer de nouvelles méthodes pédagogiques
adaptées à ces enfants 42
• Pratiquer une aide très individualisée 37
• Assurer un suivi psychologique, éducatif, social et médical 35
• Multiplier les études dirigées et surveillées 27
• Regrouper temporairement les élèves en difficulté
dans les mêmes classes 22
• Sans opinion 1
Q U E S T I O N
Parmi les mesures suivantes, quelles sont celles qui vous paraîtraient les plus efficaces pour aider les enfants en difficulté scolaire ?
(1) Le total des pourcentages est supérieur à 100, les personnes interrogées ayant pu donner plusieurs réponses.
Q U E S T I O N