RECHERCHE
ET
FORMATION
Numéro spécial
Tendances nouvelles de la formation des enseignants
Communications
ducolloque de
:Recherche et formation N° 10 - 1991
Institut NationaldeRecherchePédagogique
Département"Politiques, pratiques etacteursdel'éducation"
RECHERCHE
ET
FORMATION
Numéro spécial
Tendances nouvelles de la formation des enseignants
Communications
ducolloque de
:Recherche et formation N° 10 - 1991
Institut NationaldeRecherchePédagogique
Département"Politiques, pratiques etacteursdel'éducation"
2numérospar an Couverture:J.SACHS-INRP CompositionP.A.O.- Maquette:N. PELLIEUX
Vouspouvezécriredans « RechercheetFormation».
Envoyez-nous vos articles. Ceux-ci devront être dactylographiés etnepourront dépasser 15pages(65 signes x30lignespar page).
Ils pourront égalementêtresaisisavecun traitementdetextes (de préférencesur MacintoshaveclelogicielWord).
Joindre unrésuméde10lignes.
Lesfaireparvenirà :
RechercheetFormation
Àl'attentiondeRaymondBOURDONCLE INRP-29,rued'Ulm- 75230Pariscedex05
Pourtousrenseignementscomplémentaires :46.34.91.19
2numérospar an Couverture:J.SACHS-INRP CompositionP.A.O.- Maquette:N. PELLIEUX
Vouspouvezécriredans « RechercheetFormation».
Envoyez-nous vos articles. Ceux-ci devront être dactylographiés etnepourront dépasser 15pages(65 signes x30lignespar page).
Ils pourront égalementêtresaisisavecun traitementdetextes (de préférencesur MacintoshaveclelogicielWord).
Joindre unrésuméde10lignes.
Lesfaireparvenirà :
RechercheetFormation
Àl'attentiondeRaymondBOURDONCLE INRP-29,rued'Ulm- 75230Pariscedex05
Pourtousrenseignementscomplémentaires :46.34.91.19
SOMMAIRE DU N° 10
Avant-Propos 5
1. STRATÉGIES FRANÇAISES
OBINJ.-P. :Identitéselchangements dansla profession
etla formation desenseignants 7
DEMAILLY L. : Modèlesdeformation continue desenseignantsetrapport auxsavoirs
professionnels 23
FREYSSINET DOMINJONJ. :L'Écoleestfinie? 37 LUMBROSOM. :Lesenseignantsdu second degré
et letravail enéquipeavecleurscollègues
dansl'établissement 51
HOMEYERM.etVILLERSD. :Formateurdeterrain:
uneappellationnoncontrôlée 73
DHERS A. : Laformationpar larecherche ou lepassage
d'une logiquedel'action àunelogiquedela connaissance 87
2. EXPÉRIENCES ÉTRANGÈRES
LECLERCQJ.-M. : Lesproblèmesderecrutement etleursincidencessurlaformation :
uneperspectiveinternationale 99
STECHS. : Semestre«pratique » :unpalliatif
ouun remède? 109
SOMMAIRE DU N° 10
Avant-Propos 5
1. STRATÉGIES FRANÇAISES
OBINJ.-P. :Identitéselchangements dansla profession
etla formation desenseignants 7
DEMAILLY L. : Modèlesdeformation continue desenseignantsetrapport auxsavoirs
professionnels 23
FREYSSINET DOMINJONJ. :L'Écoleestfinie? 37 LUMBROSOM. :Lesenseignantsdu second degré
et letravail enéquipeavecleurscollègues
dansl'établissement 51
HOMEYERM.etVILLERSD. :Formateurdeterrain:
uneappellationnoncontrôlée 73
DHERS A. : Laformationpar larecherche ou lepassage
d'une logiquedel'action àunelogiquedela connaissance 87
2. EXPÉRIENCES ÉTRANGÈRES
LECLERCQJ.-M. : Lesproblèmesderecrutement etleursincidencessurlaformation :
uneperspectiveinternationale 99
STECHS. : Semestre«pratique » :unpalliatif
ouun remède? 109
RechercheetFormation H0STMARK-TARROUA.-L. :
Développementdelarecherche danslesinstitutions
deformation d'enseignantsenNorvège 121
PERRONM. :Versuncontinuumdeformation
desenseignants :élémentsd'analyse 137
CARBONNEAUM.etHÉTUJ.-C. :Écolesassociées
et formation par la pratique 153
GILESJONESM. : Lerecrutementdesenseignants
enGrande-Bretagne 165
CHARLIER E.,DONNAYD.,MESSINA D. :
Unestratégiedeformationàl'analyse
desituationséducatives :lediagnosticsituationnel 175
AUTOURDES MOTS
FENEYROUR : 187
NOTES CRITIQUES
BaillauquèsS.(1990). Laformationpsychologiquesdesinstituteurs (A. de Peretti). DemaillyL. (1991). Le collège :crise, mythes et métiers (D. Paly).- GautherinJ. (1991).- Laformation d'unedisci¬
pline universitaire :la science del'éducation, 1880-1914(M. Viol).
HollyM.-L.,MeLoughlinC.(Eds)(1989).- PerspectivesonTeachers ProfessionalDevelopment(J.-H.-C. Vonk). MeirieuP. - Le choix d'éduquer. Ethiqueet pédagogie(J.-C.Forquin). - TanguyL. (1991). - L'enseignementprofessionnel enFrance. Desouvriers demétieraux
techniciens(A. Gonnin) 197
ACTUALITÉ
1. Rencontres et colloques 219
2. Prochainesrencontres 226
RechercheetFormation H0STMARK-TARROUA.-L. :
Développementdelarecherche danslesinstitutions
deformation d'enseignantsenNorvège 121
PERRONM. :Versuncontinuumdeformation
desenseignants :élémentsd'analyse 137
CARBONNEAUM.etHÉTUJ.-C. :Écolesassociées
et formation par la pratique 153
GILESJONESM. : Lerecrutementdesenseignants
enGrande-Bretagne 165
CHARLIER E.,DONNAYD.,MESSINA D. :
Unestratégiedeformationàl'analyse
desituationséducatives :lediagnosticsituationnel 175
AUTOURDES MOTS
FENEYROUR : 187
NOTES CRITIQUES
BaillauquèsS.(1990). Laformationpsychologiquesdesinstituteurs (A. de Peretti). DemaillyL. (1991). Le collège :crise, mythes et métiers (D. Paly).- GautherinJ. (1991).- Laformation d'unedisci¬
pline universitaire :la science del'éducation, 1880-1914(M. Viol).
HollyM.-L.,MeLoughlinC.(Eds)(1989).- PerspectivesonTeachers ProfessionalDevelopment(J.-H.-C. Vonk). MeirieuP. - Le choix d'éduquer. Ethiqueet pédagogie(J.-C.Forquin). - TanguyL. (1991). - L'enseignementprofessionnel enFrance. Desouvriers demétieraux
techniciens(A. Gonnin) 197
ACTUALITÉ
1. Rencontres et colloques 219
2. Prochainesrencontres 226
AVANT-PROPOS
Un Colloque organisé par l'équipe rédactionnelle etle comité de rédaction de la revue s'esttenu à Versailles les 14, 15 et 16 novembre 1990. Aumoment historique dela naissancedes Iufm, nous avons sou¬
haité confronter cette nouvelle réalité française aux expériences étran¬
gères similaires, différentes, voire opposées. C'estpourquoice colloque avaitpourtitre«Tendancesnouvellesdanslaformationdesenseignants :
stratégiesfrancaisesetexpériences étrangères ».
Cetainsde nos lecteursontpuparticiperà cecolloqueetyapporter leurtémoignage,le
fruit
deleurréflexion; d'autres non.Il
nous adonc semblé intéressant, après la publication des Actes qui n'ont repris que les séancesplénièresetles synthèsesdes travaux*, de fairece « numéro spécial» àpartir
descommunicationsprésentéesdanslesgroupes detra¬vail.
Ce numéro de la revue n'a donc pas l'aspect habituel. Les deux rubriques : Eludes etrecherches, Pratiques deformation, sont rempla¬
cées
par
les deux grandes directions données au colloque : Stratégies françaises, Expériences étrangères. Afin de préserver l'unité de cenuméro etde donnerle plus possiblela parole aux participants ducol¬
loque, la
rubrique
«Autour
des mots » s'est attachée à dégager de l'ensemble des communications les citations pouvantle mieux illustrerlesdirectionsactuellesdela recherche etdelaformationdesenseignants enFrance età l'étranger ;larubrique « Entretien » aétésuppriméede cenuméro.
L'actualitédes livresetdes manifestations demandantpar définition
àn'êtrepasdifféréeest pésentéecommeàl'ordinaire.
Larédaction.
Le»Actesducolloque sont disponiblesparcorrespondance auprixde 90FTTC (87,10F pourlaCorseetDOM, 85,31 Fpourla GuyaneetTOM,93,80Fpourl'étranger).
Lescommandessontàadresseravec un règlementà l'ordredel'Agentcomptablede l'INRP,auServicedesPublications.
AVANT-PROPOS
Un Colloque organisé par l'équipe rédactionnelle etle comité de rédaction de la revue s'esttenu à Versailles les 14, 15 et 16 novembre 1990. Aumoment historique dela naissancedes Iufm, nous avons sou¬
haité confronter cette nouvelle réalité française aux expériences étran¬
gères similaires, différentes, voire opposées. C'estpourquoice colloque avaitpourtitre«Tendancesnouvellesdanslaformationdesenseignants :
stratégiesfrancaisesetexpériences étrangères ».
Cetainsde nos lecteursontpuparticiperà cecolloqueetyapporter leurtémoignage,le
fruit
deleurréflexion; d'autres non.Il
nous adonc semblé intéressant, après la publication des Actes qui n'ont repris que les séancesplénièresetles synthèsesdes travaux*, de fairece « numéro spécial» àpartir
descommunicationsprésentéesdanslesgroupes detra¬vail.
Ce numéro de la revue n'a donc pas l'aspect habituel. Les deux rubriques : Eludes etrecherches, Pratiques deformation, sont rempla¬
cées
par
les deux grandes directions données au colloque : Stratégies françaises, Expériences étrangères. Afin de préserver l'unité de cenuméro etde donnerle plus possiblela parole aux participants ducol¬
loque, la
rubrique
«Autour
des mots » s'est attachée à dégager de l'ensemble des communications les citations pouvantle mieux illustrerlesdirectionsactuellesdela recherche etdelaformationdesenseignants enFrance età l'étranger ;larubrique « Entretien » aétésuppriméede cenuméro.
L'actualitédes livresetdes manifestations demandantpar définition
àn'êtrepasdifféréeest pésentéecommeàl'ordinaire.
Larédaction.
Le»Actesducolloque sont disponiblesparcorrespondance auprixde 90FTTC (87,10F pourlaCorseetDOM, 85,31 Fpourla GuyaneetTOM,93,80Fpourl'étranger).
Lescommandessontàadresseravec un règlementà l'ordredel'Agentcomptablede l'INRP,auServicedesPublications.
RechercheetFormation N°10 Octobre1991
1. STRATEGIES FRANÇAISES
IDENTITES ET CHANGEMENTS DANS LA PROFESSION
ET LA FORMATION DES ENSEIGNANTS
J.-P. OBIN
Sommaire. Placéau
cur
dusystèmeéducatif,J.-P.Obinlivreunevisiond'ensemble de son évolutionselonlesdegrés,lescatégories, les tendancesetmouvements histo¬riquesinternes;les facteurs extérieurs, qu'ilssoientéconomiquesouidéolo¬
giques,jouentaussiunrôle capital.
Ilfautdoncrechercher denouvellesidentitésdelaprofessionenseignante, inté¬
grant aussi bienles expériencesdupassé queles valeurs d'avenir.
Summary. Fromhis positionattheheartofdie educationalsystem,J.-P.Obingivesusan overall authoritativeviewofitsinternalevolution as drivenbycursus, stages, curricula,categoriesofteachers, historical facts andtrends. Similarilyapromi¬
nent roleisdevolvedtooutside factors, economical aswellasideological.
Newidentitiesarethereforetobesought outin anendeavourtointegrateboth experiencefrom thepast and prospectivevalues.
On aparfois entendudirequelacréationdesInstitutsUniversitaires deFormation desMaîtres(IUFM)constituerait unvéritable «bouleverse¬
ment», voireune « rupture » avecun « ordre séculaire». Onnerepren¬
dra pas
ici
ce discours, mais on tentera plutôt d'explorer les réaUtés qu'il recouvre.Sans doute s'agit-il, avec la création de ces instituts de formation,
d'un
changementdonton nemarchanderapasl'importancepourlesys¬tème éducatif. On ne peutcontester l'idée que
la
formationinitiale
constitueun élémentimportantpourl'exercice d'uneprofession commeRechercheetFormation N°10 Octobre1991
1. STRATEGIES FRANÇAISES
IDENTITES ET CHANGEMENTS DANS LA PROFESSION
ET LA FORMATION DES ENSEIGNANTS
J.-P. OBIN
Sommaire. Placéau
cur
dusystèmeéducatif,J.-P.Obinlivreunevisiond'ensemble de son évolutionselonlesdegrés,lescatégories, les tendancesetmouvements histo¬riquesinternes;les facteurs extérieurs, qu'ilssoientéconomiquesouidéolo¬
giques,jouentaussiunrôle capital.
Ilfautdoncrechercher denouvellesidentitésdelaprofessionenseignante, inté¬
grant aussi bienles expériencesdupassé queles valeurs d'avenir.
Summary. Fromhis positionattheheartofdie educationalsystem,J.-P.Obingivesusan overall authoritativeviewofitsinternalevolution as drivenbycursus, stages, curricula,categoriesofteachers, historical facts andtrends. Similarilyapromi¬
nent roleisdevolvedtooutside factors, economical aswellasideological.
Newidentitiesarethereforetobesought outin anendeavourtointegrateboth experiencefrom thepast and prospectivevalues.
On aparfois entendudirequelacréationdesInstitutsUniversitaires deFormation desMaîtres(IUFM)constituerait unvéritable «bouleverse¬
ment», voireune « rupture » avecun « ordre séculaire». Onnerepren¬
dra pas
ici
ce discours, mais on tentera plutôt d'explorer les réaUtés qu'il recouvre.Sans doute s'agit-il, avec la création de ces instituts de formation,
d'un
changementdonton nemarchanderapasl'importancepourlesys¬tème éducatif. On ne peutcontester l'idée que
la
formationinitiale
constitueun élémentimportantpourl'exercice d'uneprofession comme8 RechercheetFormation celle d'enseignant. Et dans cetesprit on nepeut nier qu'une réforme commeceUedesIUFM, caractériséeparleremplacementdescentresexis¬
tantspar un unique et nouveau centre de formation, aura vraisembla¬
blement des conséquences sur l'exercice de la profession d'enseignant.
Inversement,onpeutégalementsoutenirquelesévolutions de cettepro¬
fession,passées,encours ouprévisibles, ontjustementnécessitél'émer¬
gence dela réformeetinfluencerontson contenu. C'estbiende ladyna¬
miquedu changement danslaprofessionetlaformationdesenseignants qu'il s'agitdetraiter ici.
EdgarMorin, àpropos de cette dynamique duchangement, centrée surl'étudeducas d'unecommuneenpaysbigouden,utilise l'image« du vin nouveau » coulantdans « des outres anciennes » (1). PourE. Morin
ce « vinnouveau »,c'est-à-dire la « modernité »,coule d'unenvironne¬
mentdontla modernisation estdéjàprofondémentengagée, les « outres anciennes» étantconstituéesparlesstructuressociales,culturelles,éco¬
nomiquesetpoUtiques, d'unesociété habituéeàl'autarcieetportéeà la
permanence.
RenaudSainsaulieunotequantà
lui,
surun autre registre,que lejeudes acteursdans uneorganisation est fondamentalementmarqué par « la précaritédes alliances »etla« stabilitédes identitésprofessionneUes » (2).
Pour R. Sainsaulieu,eneffet,les évolutions etles résistances qu'ellesren¬
contrent trouventmoins leur signification dans desjeux stratégiques et des alliances momentanées d'intérêts convergents, que dans l'existence d'identités cultureUes fortes fondées sur le partage de valeurs ou de normes,lacommunautédesreprésentationsoudesvisionsdel'avenir.
Dans cettedouble perspective,concevoirune nouveUeformationini¬
tiale desenseignants nécessite deprendre en considération deux séries d'éléments qui déterminent conjointementles conditions d'évolution de laprofession : d'abordles éléments stables d'identités professionnelles forgées au cours de l'histoire dans des institutions de formation spéci¬
fiques etdans l'exercice de métiers différenciés, les « outres anciennes » ; ensuitele« vinnouveau » provenantd'unenvironnementeninteraction aveclasphère éducative, et marquépar desévolutions profondespou¬
vantapparaîtreporteusesd'une influence décisivesur l'émergenced'un nouveaumétier d'enseignant.
8 RechercheetFormation
celle d'enseignant. Et dans cetesprit on nepeut nier qu'une réforme commeceUedesIUFM, caractériséeparleremplacementdescentresexis¬
tantspar un unique et nouveau centre de formation, aura vraisembla¬
blement des conséquences sur l'exercice de la profession d'enseignant.
Inversement,onpeutégalementsoutenirquelesévolutions de cettepro¬
fession,passées,encours ouprévisibles, ontjustementnécessitél'émer¬
gence dela réformeetinfluencerontson contenu. C'estbiende ladyna¬
miquedu changement danslaprofessionetlaformationdesenseignants qu'il s'agitdetraiter ici.
EdgarMorin, àpropos de cette dynamique duchangement, centrée surl'étudeducas d'unecommuneenpaysbigouden,utilise l'image« du vin nouveau » coulantdans « des outres anciennes » (1). PourE. Morin
ce « vinnouveau »,c'est-à-dire la « modernité »,coule d'unenvironne¬
mentdontla modernisation estdéjàprofondémentengagée, les « outres anciennes» étantconstituéesparlesstructuressociales,culturelles,éco¬
nomiquesetpoUtiques, d'unesociété habituéeàl'autarcieetportéeà la
permanence.
RenaudSainsaulieunotequantà
lui,
surun autre registre,que lejeudes acteursdans uneorganisation est fondamentalementmarqué par « la précaritédes alliances »etla« stabilitédes identitésprofessionneUes » (2).
Pour R. Sainsaulieu,eneffet,les évolutions etles résistances qu'ellesren¬
contrent trouventmoins leur signification dans desjeux stratégiques et des alliances momentanées d'intérêts convergents, que dans l'existence d'identités cultureUes fortes fondées sur le partage de valeurs ou de normes,lacommunautédesreprésentationsoudesvisionsdel'avenir.
Dans cettedouble perspective,concevoirune nouveUeformationini¬
tiale desenseignants nécessite deprendre en considération deux séries d'éléments qui déterminent conjointementles conditions d'évolution de laprofession : d'abordles éléments stables d'identités professionnelles forgées au cours de l'histoire dans des institutions de formation spéci¬
fiques etdans l'exercice de métiers différenciés, les « outres anciennes » ; ensuitele« vinnouveau » provenantd'unenvironnementeninteraction aveclasphère éducative, et marquépar desévolutions profondespou¬
vantapparaîtreporteusesd'une influence décisivesur l'émergenced'un nouveaumétier d'enseignant.
1. Stratégiesfrançaises 9 LES OUTRESANCIENNES
L'histoire du systèmeéducatiffrançais depuis unsiècle est foncière¬
ment marquée
par
l'existence de trois pôles culturels forts au sein du mondeenseignant: ceuxdupremierdegré,del'enseignementsecondaire etdel'enseignement professionnel. Apparussuccessivement,mais relati¬vementstablesdepuisplusdequaranteans, cespôles s'appuient surdes valeurs propres, étabUes puis transmises dans des centres de formation spécifiques, à
l'
dansdespratiques pédagogiques typéesdessinant desmétiersassezdifférenciés,enfinsoutenuespar desorganisationspro¬fessionnelles
rivales
dont lesjeux
stratégiquesont
profondément influencé-
et continuent d'influencer-
les politiques del'éducation nationale depuislaLibération.L'identitéprofessionnelle dupremierdegré s'est forgéedepuis un siècle dans les écoles normales départementales. Al'origine véritables séminaireslaïques, soubassementdu centralismeferriste, les écoles nor¬
malesétaientchargéesd'édicter etdetransmettre auxinstituteursrègles etnormes, tantidéologiques que pédagogiques. Lesinstituteursdevaient être, dans
l'esprit
desréformateurs des débuts delaIIIerépubUque,les missionnairesdu progrèscultureletsocial,les constructeursdelapéren¬nité de la République etles promoteurs des valeurs qui la fondent. Le succès même de ces missions, c'est-à-dire le progrès du niveaugénéral d'instruction,dubien-êtresocial,ainsiqueletriomphe
définitif
del'idée répubUcaine,sansdoute associés àd'autreséléments commelaféminisa¬tion croissante du corps des instituteurs, ontprogressivement affaiblile poidsdeces missions «civiques»,etaccru celuidevaleurs plus «domes¬
tiques »(3). On met en effet plus volontiers l'accent, aujourd'hui, dans les écolesnormales, surl'actionetla réflexionpédagogiques,l'attention
seportedavantage surl'enfant,son « éveil», sonindividuaUté,et l'épa¬
nouissementdesapersonnaUté.
Enmêmetempsqu'un farouchedéfenseurdesintérêtsdela corpora¬
tion, lesyndicatreprésentatifdesinstituteurs estundépositairevigilant
decesvaleurs «Ubératrices»,quisesontprogressivement décentrées du coUectif(la RépubUque) vers l'individuelJl'enfant). Ainsi, ce syndicat, qui contrôlelapuissanceFédération del'Education Nationale,a-l-U été
l'un
des principaux promoteurs du concept « travaiUer autrement », et de cequis'enest, en définitive, retrouvédans laloi
d'orientation etles accords de revalorisation de la fonction enseignante : le centrage sur l'élève, un effort d'individualisation pédagogique, le suivi et l'orienta¬tion comme mission complémentaire àl'enseignement. L'organe dusyn¬
dicatdesinstituteurssenomme«l'Écolelibératrice».
1. Stratégiesfrançaises 9
LES OUTRESANCIENNES
L'histoire du systèmeéducatiffrançais depuis unsiècle est foncière¬
ment marquée
par
l'existence de trois pôles culturels forts au sein du mondeenseignant: ceuxdupremierdegré,del'enseignementsecondaire etdel'enseignement professionnel. Apparussuccessivement,mais relati¬vementstablesdepuisplusdequaranteans, cespôles s'appuient surdes valeurs propres, étabUes puis transmises dans des centres de formation spécifiques, à
l'
dansdespratiques pédagogiques typéesdessinant desmétiersassezdifférenciés,enfinsoutenuespar desorganisationspro¬fessionnelles
rivales
dont lesjeux
stratégiquesont
profondément influencé-
et continuent d'influencer-
les politiques del'éducation nationale depuislaLibération.L'identitéprofessionnelle dupremierdegré s'est forgéedepuis un siècle dans les écoles normales départementales. Al'origine véritables séminaireslaïques, soubassementdu centralismeferriste, les écoles nor¬
malesétaientchargéesd'édicter etdetransmettre auxinstituteursrègles etnormes, tantidéologiques que pédagogiques. Lesinstituteursdevaient être, dans
l'esprit
desréformateurs des débuts delaIIIerépubUque,les missionnairesdu progrèscultureletsocial,les constructeursdelapéren¬nité de la République etles promoteurs des valeurs qui la fondent. Le succès même de ces missions, c'est-à-dire le progrès du niveaugénéral d'instruction,dubien-êtresocial,ainsiqueletriomphe
définitif
del'idée répubUcaine,sansdoute associés àd'autreséléments commelaféminisa¬tion croissante du corps des instituteurs, ontprogressivement affaiblile poidsdeces missions «civiques»,etaccru celuidevaleurs plus «domes¬
tiques »(3). On met en effet plus volontiers l'accent, aujourd'hui, dans les écolesnormales, surl'actionetla réflexionpédagogiques,l'attention
seportedavantage surl'enfant,son « éveil», sonindividuaUté,et l'épa¬
nouissementdesapersonnaUté.
Enmêmetempsqu'un farouchedéfenseurdesintérêtsdela corpora¬
tion, lesyndicatreprésentatifdesinstituteurs estundépositairevigilant
decesvaleurs «Ubératrices»,quisesontprogressivement décentrées du coUectif(la RépubUque) vers l'individuelJl'enfant). Ainsi, ce syndicat, qui contrôlelapuissanceFédération del'Education Nationale,a-l-U été
l'un
des principaux promoteurs du concept « travaiUer autrement », et de cequis'enest, en définitive, retrouvédans laloi
d'orientation etles accords de revalorisation de la fonction enseignante : le centrage sur l'élève, un effort d'individualisation pédagogique, le suivi et l'orienta¬tion comme mission complémentaire àl'enseignement. L'organe dusyn¬
dicatdesinstituteurssenomme«l'Écolelibératrice».
10 RechercheetFormation L'identité professionnelle de l'enseignement secondaire n'est pas héritière des mêmes traditions que ceUe du premierdegré. Ses profes¬
seurs Ucenciés ou agrégés sont très majoritairementissus de l'Uni¬
versité. Enseignantuneetenseignantsd'unediscipUne,leur compétence professionneUeleur apparaît d'autant plus Uée aux savoirs acquis pen¬
dantleurs quatreou cinq annéesd'études universitaires, qu'aucuneplace n'y aété faite à l'apprentissage du métier. Sortis de l'université bien davantagemathématiciens ou anglicistes que professeurs decoUègeou de lycée, lesprofesseurs du second degré continuentdans leur vie profes¬
sionneUe de sedéfinir leplussouventpar ladiscipUne enseignée, notam¬
mentau travers de très vivantes associations professionnelles « de spé¬
cialistes ». Ces associations, qui touchent une grande partie des professeurs dans chaque discipUne, savent agir le cas échéant comme d'efficaces groupes de pression, lorsque « la discipUne estmenacée », c'est-à-direlorsqu'un projet de réforme risque d'amener la proportion oulevolumedel'enseignement discipUnaireàdiminuer.
Outre la trèsfortemarquelaisséeparl'enseignementuniversitaire de ladiscipUne,laculture dusecond degréseréfèrevolontiersà desvaleurs
Uéesàlaconnaissance,àla transmissiondupatrimoineculturel, àl'idée d'un progrès notamment scientifique et technique civiUsateur, lui- même lié à la fécondité dela recherche et àl'excellence des formes d'enseignement. Lesmodèles pédagogiquesportéspar cetteculture sont fortement marqués par l'académisme de l'enseignement universitaire :
exposé en cours magistral, appUcation en travaux dirigés, expérimenta¬
tion entravaux pratiques. Bienadaptés au pubUctraditionneUement
« écrémé » des universités et des lycées, ces modèles se sont trouvés déstabiUsés par l'hétérogénéité des élèves, conséquence du triomphe de l'enseignementde masse, d'abordau niveau du coUège, et dorénavant au-delà. Lesyndicatmajoritairedansle second degré,parsesrevendica¬
tionspropres etpar ceUe du courantqu'il influenceau sein de laFédé¬
ration, est le gardien très ombrageux de ces valeurs et des formes d'enseignement, derecrutementetdeformationdesprofesseursquileur sont attachées. Savigilance sourcilleuse estparticuUèrementsensible en matière de recrutement : toucheràlaUcence, modifierles épreuves du concours peut être considéré comme un « casusbeUi » ; en matière de formation, la maîtrisepour tousestl'idéal àatteindre. L'idée des IUFM, c'est-à-diredelaformationdetouslesmaîtresdans desinstituts univer¬
sitaires,estsonenfant,déjàâgé ;etla créationde cesnouveauxcentres directementUée à la suppression des écoles normales pourrait être interprétée commele signed'unenouveUeère hégémoniques'ouvrant à
la culture du secondaire et succédantà ceUe du premier degré. Cette hégémonieidéologiquepeutd'ailleurs s'appuyer surdes données objec-
10 RechercheetFormation
L'identité professionnelle de l'enseignement secondaire n'est pas héritière des mêmes traditions que ceUe du premierdegré. Ses profes¬
seurs Ucenciés ou agrégés sont très majoritairementissus de l'Uni¬
versité. Enseignantuneetenseignantsd'unediscipUne,leur compétence professionneUeleur apparaît d'autant plus Uée aux savoirs acquis pen¬
dantleurs quatreou cinq annéesd'études universitaires, qu'aucuneplace n'y aété faite à l'apprentissage du métier. Sortis de l'université bien davantagemathématiciens ou anglicistes que professeurs decoUègeou de lycée, lesprofesseurs du second degré continuentdans leur vie profes¬
sionneUe de sedéfinir leplussouventpar ladiscipUne enseignée, notam¬
mentau travers de très vivantes associations professionnelles « de spé¬
cialistes ». Ces associations, qui touchent une grande partie des professeurs dans chaque discipUne, savent agir le cas échéant comme d'efficaces groupes de pression, lorsque « la discipUne estmenacée », c'est-à-direlorsqu'un projet de réforme risque d'amener la proportion oulevolumedel'enseignement discipUnaireàdiminuer.
Outre la trèsfortemarquelaisséeparl'enseignementuniversitaire de ladiscipUne,laculture dusecond degréseréfèrevolontiersà desvaleurs
Uéesàlaconnaissance,àla transmissiondupatrimoineculturel, àl'idée d'un progrès notamment scientifique et technique civiUsateur, lui- même lié à la fécondité dela recherche et àl'excellence des formes d'enseignement. Lesmodèles pédagogiquesportéspar cetteculture sont fortement marqués par l'académisme de l'enseignement universitaire :
exposé en cours magistral, appUcation en travaux dirigés, expérimenta¬
tion entravaux pratiques. Bienadaptés au pubUctraditionneUement
« écrémé » des universités et des lycées, ces modèles se sont trouvés déstabiUsés par l'hétérogénéité des élèves, conséquence du triomphe de l'enseignementde masse, d'abordau niveau du coUège, et dorénavant au-delà. Lesyndicatmajoritairedansle second degré,parsesrevendica¬
tionspropres etpar ceUe du courantqu'il influenceau sein de laFédé¬
ration, est le gardien très ombrageux de ces valeurs et des formes d'enseignement, derecrutementetdeformationdesprofesseursquileur sont attachées. Savigilance sourcilleuse estparticuUèrementsensible en matière de recrutement : toucheràlaUcence, modifierles épreuves du concours peut être considéré comme un « casusbeUi » ; en matière de formation, la maîtrisepour tousestl'idéal àatteindre. L'idée des IUFM, c'est-à-diredelaformationdetouslesmaîtresdans desinstituts univer¬
sitaires,estsonenfant,déjàâgé ;etla créationde cesnouveauxcentres directementUée à la suppression des écoles normales pourrait être interprétée commele signed'unenouveUeère hégémoniques'ouvrant à
la culture du secondaire et succédantà ceUe du premier degré. Cette hégémonieidéologiquepeutd'ailleurs s'appuyer surdes données objec-
1. Stratégiesfrançaises 11
lives : prolongation dela scolarité au coUègepuis au lycée ; forte aug¬
mentationdes effectifs des professeurs, aujourd'hui plusnombreux (en
incluant ceux du technique) quelesinstituteurs ; élévation des niveaux derecrutement et doncpassage obligéde tous lesmaîtresparl'Univer¬
sité.
L'organe du syndicat des enseignements secondaires s'appeUe juste¬
ment«l'Universitésyndicaliste».
L'identité culturelle de l'enseignementprofessionnels'est développée dansun contexte profondémentdifférent.Lesécolesnormales nationales d'apprentissage (ENNA), fondéesen1946-47, ontété chargées àl'origine deformerlesmaîtres-ouvriersdesnouveaux« centresd'apprentissage», ancêtres de nos lycées professionnels. Uneréflexionintenses'yestdéve¬
loppée très
tôt,
notamment sous l'influence de la Cgt, afin de tenterd'articuler
une formationsocio-cultureUeàlaformationprofessionneUe desouvriers(4). Alorsquelaformationuniversitairedesprofesseursdu second degré est marquéepar la cohérence interne des concepts, qui caractériseunediscipline, laformationdesmaîtres du techniques'orga¬nise autour d'unefînaUsation des savoirs et des savoir-fairequi donne sensàl'apprentissagedesprocessus techniques,ainsi qu'àl'acquisition
des compétences professionneUes. La formation en ENNA s'est appuyée égalementsurles valeurs dominantes de «l'aristocratieouvrière » etde
l'éducation populaire:le goûtdel'action, dutravaUenéquipe,
l'attrait pour
les réaUsations, pourl'efficacité, l'amour
dutravail
bienfait,
l'engagementpour
lapromotion sociale et cultureUe des classes popu¬laires, la solidarité. Le modèle pédagogiqueprévalantest celui del'ap¬
prentissage, c'est-à-dire une pédagogie alternant des phases d'acquisi¬
tion desavoir-faireprofessionnels àla foisinductives et applicatives
-
etdesphases de transmission desavoirs,pratiqueset théoriques, direc¬tementUésauxsavoir-faire.
Les syndicats del'enseignementprofessionnel restenttrèsattachés à cetteculture ouvrière,endépitdesévolutionsprofondesquiont marqué depuis quinze ans lerecrutement des professeursdes lycéesprofession¬
nels : hier munis
d'un
Cap etd'une expérience d'ouvrier, ils doivent maintenant êtretitulairesd'un Btsoud'uneUcence.Le syndicataujourd'hui majoritaire appartient àlaFédération. Son organe est«l'ApprentissagepubUc ».
Ecole
libératrice,
Université syndicaUste, Apprentissagepublic
: l'histoire des évolutions du système éducatiffrançais depuis la Libé-1. Stratégiesfrançaises 11
lives : prolongation dela scolarité au coUègepuis au lycée ; forte aug¬
mentationdes effectifs des professeurs, aujourd'hui plusnombreux (en
incluant ceux du technique) quelesinstituteurs ; élévation des niveaux derecrutement et doncpassage obligéde tous lesmaîtresparl'Univer¬
sité.
L'organe du syndicat des enseignements secondaires s'appeUe juste¬
ment«l'Universitésyndicaliste».
L'identité culturelle de l'enseignementprofessionnels'est développée dansun contexte profondémentdifférent.Lesécolesnormales nationales d'apprentissage (ENNA), fondéesen1946-47, ontété chargées àl'origine deformerlesmaîtres-ouvriersdesnouveaux« centresd'apprentissage», ancêtres de nos lycées professionnels. Uneréflexionintenses'yestdéve¬
loppée très
tôt,
notamment sous l'influence de la Cgt, afin de tenterd'articuler
une formationsocio-cultureUeàlaformationprofessionneUe desouvriers(4). Alorsquelaformationuniversitairedesprofesseursdu second degré est marquéepar la cohérence interne des concepts, qui caractériseunediscipline, laformationdesmaîtres du techniques'orga¬nise autour d'unefînaUsation des savoirs et des savoir-fairequi donne sensàl'apprentissagedesprocessus techniques,ainsi qu'àl'acquisition
des compétences professionneUes. La formation en ENNA s'est appuyée égalementsurles valeurs dominantes de «l'aristocratieouvrière » etde
l'éducation populaire:le goûtdel'action, dutravaUenéquipe,
l'attrait pour
les réaUsations, pourl'efficacité, l'amour
dutravail
bienfait,
l'engagementpour
lapromotion sociale et cultureUe des classes popu¬laires, la solidarité. Le modèle pédagogiqueprévalantest celui del'ap¬
prentissage, c'est-à-dire une pédagogie alternant des phases d'acquisi¬
tion desavoir-faireprofessionnels àla foisinductives et applicatives
-
etdesphases de transmission desavoirs,pratiqueset théoriques, direc¬tementUésauxsavoir-faire.
Les syndicats del'enseignementprofessionnel restenttrèsattachés à cetteculture ouvrière,endépitdesévolutionsprofondesquiont marqué depuis quinze ans lerecrutement des professeursdes lycéesprofession¬
nels : hier munis
d'un
Cap etd'une expérience d'ouvrier, ils doivent maintenant êtretitulairesd'un Btsoud'uneUcence.Le syndicataujourd'hui majoritaire appartient àlaFédération. Son organe est«l'ApprentissagepubUc ».
Ecole
libératrice,
Université syndicaUste, Apprentissagepublic
: l'histoire des évolutions du système éducatiffrançais depuis la Libé-12 RechercheetFormation ration peut être lue au travers du prisme desluttes d'influence et de pouvoirquesesontUvréestrois culturesenseignantesparfaitementsym- boUséesparlestitres-pharesdelapressesyndicale.
Ladifficilemise enuvre duplanLangevin-WaUon non encoreter¬
minée pourl'enseignementprofessionnel en estl'iUustration. Son blo¬
cage- pendantla IV*RépubUque-, ses difficultésderéalisation ensuite notammentavec l'épisodede la création du corps des PEGC sontla traduction directe delalutte hégémonique quiaopposéle premieretle second degrés surle terrain du coUège, et, par voie de conséquence, pourlecontrôledelafédérationsyndicale. Onauraittort derechercher des causes strictementpolitiques à ce conflit toujours vivace. Ainsi, jusquedanslesannéessoixante,lesdirigeantsdesdeuxprincipalesorga¬
nisations rivales appartenaient à la Sfio. On serait sans doute mieux fondé à soutenir que l'appartenance actueUe des dirigeants des trois principales organisations à trois courants poUtiques de gauche histori¬
quement rivaux, leurpermet d'asseoir plus librement lejeu de conflits stratégiques en réaUtéfondés surdes oppositions culturelles. Comment, sinonpar laforce etlapermanencedesidentités professionnelles,expU- quer la stabiUté remarquable à la tête d'organisations regroupant une majorité d'enseignants, de groupesappartenant, de notoriétépublique,
à des formations poUtiques sans grande influence (à en juger par les études électoralespar exemple), voire largement déconsidérées dans la société commedanslemilieuenseignant?
Cetteforce,cettestabUité, sontdesindicationspuissantespourle tra¬
vaildesformateurs desIlIFMetdesMAFPEN. Commel'indique E. Morin,
les « outres anciennes » peuventaussi bien devenir des « îlots d'ar¬
chaïsme » que des « vecteurs demodernité ». Aux formateursde cerner danschacunedesidentitésprofessionneUes,lesstructuresculturellesqui serontles vecteurssurlesquels appuyerleur action(trans)formatrice et pourront ainsifavoriserl'évolution delaprofession.
MaisqueUesévolutions ?Etaunomdequoifaudrait-il les favoriser?
Voicidoncvenulemomentdegoûtersilevinestbon.
LE VIN NOUVEAU
Les originesduchangement sontdiverses.La professionenseignante, lesystème éducatif- quoi qu'onen diseparfois ne sontpas isolés du restedelasociété.Lesinteractionssontmultiples,mêmesieUesfontsen-
12 RechercheetFormation
ration peut être lue au travers du prisme desluttes d'influence et de pouvoirquesesontUvréestrois culturesenseignantesparfaitementsym- boUséesparlestitres-pharesdelapressesyndicale.
Ladifficilemise enuvre duplanLangevin-WaUon non encoreter¬
minée pourl'enseignementprofessionnel en estl'iUustration. Son blo¬
cage- pendantla IV*RépubUque-, ses difficultésderéalisation ensuite notammentavec l'épisodede la création du corps des PEGC sontla traduction directe delalutte hégémonique quiaopposéle premieretle second degrés surle terrain du coUège, et, par voie de conséquence, pourlecontrôledelafédérationsyndicale. Onauraittort derechercher des causes strictementpolitiques à ce conflit toujours vivace. Ainsi, jusquedanslesannéessoixante,lesdirigeantsdesdeuxprincipalesorga¬
nisations rivales appartenaient à la Sfio. On serait sans doute mieux fondé à soutenir que l'appartenance actueUe des dirigeants des trois principales organisations à trois courants poUtiques de gauche histori¬
quement rivaux, leurpermet d'asseoir plus librement lejeu de conflits stratégiques en réaUtéfondés surdes oppositions culturelles. Comment, sinonpar laforce etlapermanencedesidentités professionnelles,expU- quer la stabiUté remarquable à la tête d'organisations regroupant une majorité d'enseignants, de groupesappartenant, de notoriétépublique,
à des formations poUtiques sans grande influence (à en juger par les études électoralespar exemple), voire largement déconsidérées dans la société commedanslemilieuenseignant?
Cetteforce,cettestabUité, sontdesindicationspuissantespourle tra¬
vaildesformateurs desIlIFMetdesMAFPEN. Commel'indique E. Morin,
les « outres anciennes » peuventaussi bien devenir des « îlots d'ar¬
chaïsme » que des « vecteurs demodernité ». Aux formateursde cerner danschacunedesidentitésprofessionneUes,lesstructuresculturellesqui serontles vecteurssurlesquels appuyerleur action(trans)formatrice et pourront ainsifavoriserl'évolution delaprofession.
MaisqueUesévolutions ?Etaunomdequoifaudrait-il les favoriser?
Voicidoncvenulemomentdegoûtersilevinestbon.
LE VIN NOUVEAU
Les originesduchangement sontdiverses.La professionenseignante, lesystème éducatif- quoi qu'onen diseparfois ne sontpas isolés du restedelasociété.Lesinteractionssontmultiples,mêmesieUesfontsen-
1. Stratégiesfrançaises 13
tir
quelquefois leurs effets avecrelard.
Des différentes sphères en contact avec la sphère éducative proviennentdescontraintes, des influen¬ces, despressions, quiagissent demanière convergentepourintroduire
desinnovations,modifierdes attitudes,despratiques,desmodesde pen¬
sée etde gestion,
faire
bouger l'organisation du système, proposer d'autresmodèles,voireintroduirede nouveUesvaleurs.Les domaines économique,
politique,
social, scientifique et tech¬nique, socio-technique, idéologique ettechnico-pédagogique sontles
principauxsecteurs quiinfluencent directementcesmodifications.
L'économique
Habitué, depuis laLibération, àvivredansle contexte d'uneexpan¬
sionéconomiquecontinue- etprofitantdeseslargesses- le systèmeédu¬
catif n'a subique tardivement(audébutdesannées 1980) leseffets dela crise économique. Suppressionsd'emplois, créditsen régression,ontfait progressivementle succès dedeuxnotionsnouveUes :lagestionetl'éva¬
luation. NouveUe en effetdans l'Éducationnationale, l'idéede gestion, c'est-à-dire l'idéequ'à égalitéde moyensdes poUtiquesdifférentespeu¬
vent être poursuivies dans une académie,un étabUssement, une classe
-
etdes résultats différents obtenus. Lesnormes qu'U s'agissait de concevoir, de transmettre, de commenter, puis d'exécuter sontpro¬gressivement remplacées par la définition d'objectifs, l'autonomie des méthodes etl'obUgation de résultats. Le contrôle des normes, l'inspec¬
tion de la conformité des procédures, cèdentla place àl'évaluation des
effets. L'efficacité, l'efficience, apparaissent comme des valeurs nou¬
veUes,laproductivitésurgitau détourd'unslogan ministériel (80 % au niveau dubac), s'inscrit bientôt dans laloi, et progressivementdansla réalité. Déjà on évalueles élèves sans préoccupation de contrôle ou d'examen depassage , onétudiedes « flux »,on suitdes « cohortes », onmesure les « performances desétablissements », grâceàdenouveaux
« indicateurs ». Dans l'étabUssement, lacohérence d'ensemble doitêtre assuréeparun« projet»,conçuenpartieparlesenseignants eux-mêmes et,partant, susceptiblede les «mobiliser».
Commenttoutceci, qui apparaît profondémentnouveauetpassable¬
mentenrupture avecdes traditions quisemblaientbien ancrées, peut-U êtresans conséquences, profondes età longterme, surla nature même dela profession d'enseignant?
1. Stratégiesfrançaises 13
tir
quelquefois leurs effets avecrelard.
Des différentes sphères en contact avec la sphère éducative proviennentdescontraintes, des influen¬ces, despressions, quiagissent demanière convergentepourintroduire
desinnovations,modifierdes attitudes,despratiques,desmodesde pen¬
sée etde gestion,
faire
bouger l'organisation du système, proposer d'autresmodèles,voireintroduirede nouveUesvaleurs.Les domaines économique,
politique,
social, scientifique et tech¬nique, socio-technique, idéologique ettechnico-pédagogique sontles
principauxsecteurs quiinfluencent directementcesmodifications.
L'économique
Habitué, depuis laLibération, àvivredansle contexte d'uneexpan¬
sionéconomiquecontinue- etprofitantdeseslargesses- le systèmeédu¬
catif n'a subique tardivement(audébutdesannées 1980) leseffets dela crise économique. Suppressionsd'emplois, créditsen régression,ontfait progressivementle succès dedeuxnotionsnouveUes :lagestionetl'éva¬
luation. NouveUe en effetdans l'Éducationnationale, l'idéede gestion, c'est-à-dire l'idéequ'à égalitéde moyensdes poUtiquesdifférentespeu¬
vent être poursuivies dans une académie,un étabUssement, une classe
-
etdes résultats différents obtenus. Lesnormes qu'U s'agissait de concevoir, de transmettre, de commenter, puis d'exécuter sontpro¬gressivement remplacées par la définition d'objectifs, l'autonomie des méthodes etl'obUgation de résultats. Le contrôle des normes, l'inspec¬
tion de la conformité des procédures, cèdentla place àl'évaluation des
effets. L'efficacité, l'efficience, apparaissent comme des valeurs nou¬
veUes,laproductivitésurgitau détourd'unslogan ministériel (80 % au niveau dubac), s'inscrit bientôt dans laloi, et progressivementdansla réalité. Déjà on évalueles élèves sans préoccupation de contrôle ou d'examen depassage , onétudiedes « flux »,on suitdes « cohortes », onmesure les « performances desétablissements », grâceàdenouveaux
« indicateurs ». Dans l'étabUssement, lacohérence d'ensemble doitêtre assuréeparun« projet»,conçuenpartieparlesenseignants eux-mêmes et,partant, susceptiblede les «mobiliser».
Commenttoutceci, qui apparaît profondémentnouveauetpassable¬
mentenrupture avecdes traditions quisemblaientbien ancrées, peut-U êtresans conséquences, profondes età longterme, surla nature même dela profession d'enseignant?