Un regard fixé sur l'essentiel : la veuve et son obole

Texte intégral

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Saint-Quentin, le 7 novembre 2021

Un regard fixé sur l'essentiel : la veuve et son obole

Si Jésus n'avait pas exprimé son admiration, c'est plutôt sur les grands personnages que ses disciples auraient fixé les yeux. En rapportant ce geste gravé dans leur mémoire, les disciples expriment comment ils furent bouleversés par ce regard nouveau. Ce geste les a éveillés à la nouveauté

« Jésus ». Voir ces petites choses aujourd'hui, c'est un chemin pour réveiller le monde, comme nous le demande le pape François. On n'est pas habitué à louer ce qui semble sans valeur.

Ce qui émeut Jésus et le réjouit aussi, c'est qu'il voit s'accomplir la réalisation de cette pratique nouvelle qu'il veut voir instaurer dans les cœurs. Les deux piécettes signifient plus que l'offrande usuelle demandée. C'est un geste de donation de soi. Cette veuve donne tout ce qu'elle a pour vivre. Elle se donne jusqu'à donner sa vie.

Pour ceux d’entre nous qui se trouvent des tas d’excuses pour n’être que consommateurs au sein de l’Eglise, en invoquant le manque de temps, le manque d’argent, l’âge, le décalage des générations, l’Eglise plus « on a toujours fait comme ça » ; pour tous ceux qui voient l’Eglise comme lieu de consommation comme un autre et prennent sans penser à donner ; pour ceux qui estiment qu’ils ont déjà donné ; comme pour ceux qui ont du mal à œuvrer en compagnie d’autres ; pour ceux qui n’ont comme apport que la critique, pas toujours constructive ; pour ceux qui oublient que les petites gouttes font les grandes rivières ; cette veuve devient interpellation vivante : nous sommes appelés, en Eglise comme dans notre vie quotidienne, à donner ; à être et non pas paraître ; à donner en étant soi-même.

Mais ce texte est aussi un encouragement : à ceux d’entre nous qui croient qu’ils n’ont rien à apporter ; à ceux qui sont étouffés par leur modestie ou l’image fausse d’eux-mêmes ; à ceux qui n’ont pas confiance en eux, il y a ces deux petites pièces de la pauvre veuve qui nous rappellent que chacun d’entre nous, quel qu’il soit, a quelque chose à apporter ; a sa part, sa contribution.

Alors, c’est à chacun d’entre nous, aujourd’hui, de réfléchir à ce que nous pouvons apporter en offrande à Dieu : quel don, quelle qualité, quel temps, quelles capacités, quelles idées à mettre en œuvre … ?

Puissions-nous, en méditant cet évangile, nous interroger devant le Seigneur sur nos façons d’agir dans le monde mais aussi en Eglise. Parfois ne sommes-nous pas nous aussi pharisiens par nos comportements ? Sommes-nous vraiment toujours dans la gratuité, dans l’humilité et dans l’amour vrai de Dieu ?

Bon dimanche.

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32 e Dimanche TO B

PREMIERE LECTURE

« Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie »

Lecture du premier livre des Rois (1 R 17, 10-16

En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville.

Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore :

« Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit.

Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

PSAUME 145

R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,

il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés,

le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant.

D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

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DEUXIEME LECTURE

« Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude »

Lecture de la lettre aux Hébreux (He 9, 24-28)

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

ÉVANGILE

« Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres »

Alléluia. Alléluia. Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 38-44)

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. » Jésus s’était assis dans le Temple

en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara :

« Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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MÉDITATION

En Inde, un homme très pauvre mendiait le long du chemin. Dans sa misérable besace, il n’avait qu’une poignée de blé pour survivre. Soudain, son cœur se gonfla d’espoir en entendant le bruit d’un char chevaucher dans sa direction, conduit par un roi prestigieux, tout vêtu d’or et paré de bijoux. Le roi arrêta son char devant le pauvre homme qui se dit : « Voilà ma chance arrivée ! »

Mais à sa grande surprise, le roi demanda au mendiant : « Qu’as-tu à me donner ? » Le pauvre homme attrapa son sac, en tira un petit grain de blé et le donna au roi. Le roi le remercia et hop ! Le voilà parti ! Au déclin du jour, le mendiant tira les grains de blé de sa besace pour les compter… Voilà qu’il s’y trouvait un grain d’or ! » En un instant il comprit et se dit alors : « Oh, pourquoi n’ai-je pas donné le tout ! »

Beaucoup n’ont pas grand-chose, ils n’ont que juste le nécessaire. Ceux-là peuvent quand même donner beaucoup car il n’est pas nécessaire de donner de l’or ; la richesse la plus importante à partager, c’est la Parole de Dieu.

En chacun de nous se mêlent l’attitude du scribe et celle de la veuve. D'un côté, la recherche de possessions toujours plus grandes pour soi à travers les honneurs et la richesse. De l'autre, le don humble et gratuit de soi-même. Il nous faut, nous aussi donner ce que nous avons de plus précieux et c’est souvent donner de notre temps.

Ne nous laissons pas décourager par l’ampleur de la tâche et la faiblesse de nos moyens. Depuis les origines, Dieu ne cesse de nous montrer qu’il est capable de faire des merveilles avec peu de choses. Dieu ne demande pas grand-chose, il souhaite seulement que chacun lui apporte le " vrai " de sa personne. Que donnons-nous : des choses ? des gestes ? notre cœur ?

Dans la lecture évangélique de ce dimanche, Jésus nous attire sur un terrain qui fait peur : le terrain de la générosité folle. La générosité, nous la pratiquons tous de certaines manières, mais c’est une générosité prudente. Jésus observe les gens qui mettent de l’argent dans le tronc du Temple ; des riches mettent de grosses sommes.

Ça le laisse assez froid. Mais soudain, Jésus est aimanté par quelque chose de très différent : l’offrande d’une pauvre veuve. La veuve que Jésus admire est d’une pauvreté à faire tout craindre. Mais elle est riche d’une foi qui lui donne peut-être envie de rire quand disparaissent ses dernières piécettes : une certaine confiance ! Nous voici dans la radicalité de la foi, dans une attitude profonde et non en train d’anticiper le succès de la quête de dimanche prochain. La veuve est une des plus belles images de Jésus : elle fait éclater la foi qui chasse la peur du lendemain. Voilà pourquoi Jésus l’admire, elle est de sa race. La veuve ne donne pas seulement ce qui lui reste pour vivre, elle se livre elle-même comme si elle se donnait totalement à Dieu. Elle ne demande pas comment elle va faire désormais pour vivre. Elle fait un saut dans l’abandon total d’elle-même au Seigneur. Elle est vraiment fille d’Abraham, elle espère contre toute espérance. Elle se lance dans les bras de Dieu.

En effet, la principale différence entre l'obole de la veuve et celles des autres n'est pas du tout la somme donnée mais le sens de son don. Les veuves de l'époque étaient laissées à elles-mêmes, comme la veuve de Sarepta. La femme pauvre de cet Évangile donne ce qu'elle a pour vivre, son « nécessaire ». D'une certaine façon

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elle donne sa vie. Souvent nous donnons parce que cela fait partie d'une bonne vie en société, par convention, ou par intérêt. La veuve, elle, donne tout. Elle refuse la fatalité de sa misère. Puisque de toute façon elle n'a plus rien, inutile de garder ce rien, autant en faire quelque chose. Elle retrouve ainsi sa vraie liberté. Par son don, elle n'est plus une pauvre veuve mais elle devient l'égale de celui qui donne toute sa fortune. Le jeune homme riche avait reculé devant le don mais pas la veuve. Elle est sortie de la logique des contrats, des sacrifices pour la bonne conscience ou le prestige.

Dans l’abandon, cette femme d’Évangile semble se dire et nous dire : il y en aura encore, quand elle n’aura plus rien. Elle traverse l’accessoire, non pas avec détachement, mais avec légèreté. Cette femme est à la fois sublime et dérisoire, encourageant à être léger et grave… Elle reste elle-même ; elle n’imite pas les autres.

Ses gestes sont une interrogation à nous lancée. Ses gestes sont inquiétants ; mais ils nous grandissent en humanité.

Le regard de Jésus en dit long : un regard unique non banalisé. Dans ce regard, se rencontrent la simplicité du moment et la profondeur d’une vision qui éclaire et annonce un goût d’éternité, ce secret indéracinable dans tout être humain. Le visionnaire n’est plus celui qui voit, mais celui ou celle qui suscite l’espoir de voir Dieu.

Ne cherchons pas l’Évangile ailleurs ; il est à susciter de ces gestes aussi inédits qui pourraient nous apparaître suicidaires ; dans des gestes d’une rare simplicité et intensité, qui troublent notre vie. L’Évangile n’est pas là pour mettre de l’ordre dans la société, mais, pour reprendre Paul, il est une folie. Une folie qui nous amène à un certain éblouissement devant la pertinence d’un geste presque inattendu et le dérangement de l’Évangile. On sait que dans la tradition, le fou est une présence qui force les autres à répéter, à voir les choses, à pointer vers la vérité. Le fou force à rester plus près de la vérité, là où il semble qu’il n’y ait rien à comprendre.

Nous ne saurons rien d’autre de la route de cette femme. Mais on sait que devant les riches, la veuve de l’Évangile fait un sourire à la vie. Elle a donné au risque même de sa vie, riche d’une foi, d’une générosité qui dépasse la générosité. Elle donne pour vivre. Elle nous rappelle le devoir d’imprévoyance, au jour le jour. Elle n’a pas le choix : elle habite le présent, ce présent que Dieu invente avec nous. Nous nous le rappellerons tout à l’heure quand nous rechanterons le Notre-Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour…»

Cette femme a de quoi interroger le sens de notre foi, notre façon d’être et de vivre.

Hommes ou femmes, la foi fait surgir de temps à autre des gestes comme ceux d’aujourd’hui. Des gestes aussi fous, aussi radicaux. Si on veut les lire, ils nous interrogent sur ce que c’est, dans notre quotidien, dans l’attention portée à l’autre, à soi-même et aussi à Dieu, que de croire pour vrai.

Que donnons-nous aux autres ? C'est avec ce que nous donnons que Dieu peut tout construire ou transformer…

Le Christ nous invite aujourd’hui à la cohérence. Ce n’est pas tout de nous dire chrétiens, il faut savoir vivre en disciples du Christ. Il nous invite au service : « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en

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maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mc 10, 42-45)

Soyons vrais, soyons simples, accueillants, ouverts aux autres, généreux avec notre temps, nos talents.

Ce ne sont pas les smokings, les vêtements de grands couturiers, les titres honorifiques qui comptent. Plus nous serons semblables au Christ, plus nous serons transparents, cohérents et vrais. (SW

P. S. Vous pouvez venir participer aussi à la messe en semaine. A Saint Martin nous célébrons la messe tous les jours à 8h00. La messe est précédée par la prière des Laudes à 7h45. Soyez les bienvenus…

Prenez soin de vous et de tous ceux qui sont à vos côtés.

Merci pour votre générosité qui se manifeste à travers vos dons, deniers, quêtes ... Merci aussi de sensibiliser votre entourage à ce don en vous rappelant que « Donner pour son Église, c’est s’engager à ses côtés pour qu’elle ait concrètement les moyens d’accomplir sa mission de vivre et d’annoncer l’évangile », cette bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour nous, surtout maintenant, pendant ce temps difficile ….

P. Stanislas scj P. Pierre scj P. Dominique scj

Cette semaine nous avons célébré les obsèques de : + Pierre LENOIR (2/11)

+ Evelyne DESCARPENTRIES (3/11) + Sergio SANDRI (4/11)

+ Marcelle TAULLÉ (6/11)

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Père Léon Dehon

Ode sur le denier de Saint-Pierre

1871

Nous lirions ce que vaut le denier de la veuve, L’obole de l’enfant et sa privation.

Et l’épargne du pauvre offrirait une preuve D’une tendre dévotion.

Eh ! Qui n’aurait senti brûler d’amour son cœur Pour un père opprimé par des fils en démence : Contemplez ce vieillard si digne en sa douleur Si grand en sa sainte espérance.

Son front auguste et pur est toujours souriant.

Son cœur de père est prêt à pardonner l’offense.

Son doux regard vers Dieu s’élève en suppliant Pour implorer la clémence.

De la vie d'amour envers le Sacré Cœur de Jésus

1901

Il ne s’est pas contenté de vous adopter, il vous a donné son propre Fils. Il l’a envoyé pour vous racheter. Pouvait-il vous faire un plus grand don et vous témoigner un plus grand amour ? Saint Paul l’a compris : « Celui, dit-il, qui n’a

pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, ne nous a-t-il pas tout donné avec lui ? » (Rm 8,32). Si on eût laissé à votre disposition la liberté de demander à Dieu tel gage d’amour qu’il vous plairait, auriez-vous jamais songé à celui-là ? Auriez-vous osé le proposer ? Vous ne pouvez qu’avouer votre impuissance à lui rendre l’amour et les actions de grâces qu’il mérite.

Sans doute vous devez tout donner et vous donner vous- mêmes à votre Père céleste, qui vous a donné son Fils unique, mais qu’est-ce que le don de tout ce qui vous appartient et le don de vous-mêmes ? Qu’est-ce que l’amour le plus généreux dont une créature soit capable pour reconnaître dignement le dernier effort de l’amour de Dieu ?

Vous vous devez déjà à lui à tant de titres ; que pourrez-vous ajouter pour celui-ci, qui surpasse infiniment tous les autres ?

Une pensée de chez nous pour Aujourd’hui :

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