CHAPITRE VII
ASPECTS GÉNÉTIQUES
DE L’INSÉMINATION ARTIFICIELLE
J. WOYKE
Zakdad f6’:c.’eyt!!e<!t! Szkoïy Gï6wnej Gospodavstwa 1t’iejskié!o,
Wavszawa 25, P(!logne
I,’insémination artificielle a
permis
desprogrès
considérables engénétique api-
cole et en
apiculture.
On i découvert de nombreux mutants, que l’on a pumultiplier.
La connaissance de leur 1 érédité contribue à la solution de divers
problèmes
degéné- tique
et dephysiologie.
L’apparition
d’abeillesporteuses
d’anomalies et la détermination du sexe ont été éclaircies. Desprogrès
ont pu être réalisés dansl’élevage
d’abeilles résistant mieuxaux
maladies,
meilleursagents
depollinisation
ou meilleuresproductrices
de miel.Ces travaux
peuvent
servir deguides
en différents domaine3 del’apiculture.
MUTANTS
On a découvert tout(! une série de mutants et étudié leur
génétique.
Le lecteurtrouvera
l’explication
de!! termestechniques
utilisés dans le tableau 2 et dans le texteci-dessous,
dans lepetit
dictionnaire « Die«-ichtigsten genetisch-statischen
Fachaudrücke in der Titrzucht », éditions
Eugen Ulmer, Stuttgart, 19 66 (en
alle-mand)
et dans lelexique (voir
page3 r 3 ).
On connaît à ce
jour plus
de r5mutations affectant la couleur des yeux. MICHAI-’
,OFF
(rg 3 i)
a décrit le care ctère « albinisme de l’oeil » et en a étudié l’hérédité. ROTHEN- Buxr,!R, GowE! et PARK( 1952 )
ont décrit les yeux destypes « ivory
»(i) (ivoire),
c cream »
(cr) (crème),
«si Low» (s) (neige)
et « chartreuse» (cl 2 ). (Remarque : l’expli-
cation des dénominations de couleurs et nuances
figure
au tableau 2, 1,AIDLAW,GREEN et KERR
( 1953 ) distinguent
2 allèles dutype
« chartreuse », ch 1 et ch2,
et ont identifié comme cause de la coloration rouge des yeux legène
« red »(rouge), (chr)
allèle dug!ne ch,
ainsi que legène
non allèle dutype
« brick» (bk)
(brique).
L’interaction b/!-ch conduit auphénotype
« buff »(rouge brun). Cn!,!,
Gow!N et CARLISLE
( 19 6 3 )
ont relevé une coloration rose des yeux, «pink
»,(!) (rose),
ungène qui
influence aussi la viabilité. LAIDLAW, BAIŒYet TUCKERont décriten
19 6 4 cinq
nouvelles mutations de la coloration des yeux : « B!rrsoN green» (chB) (vert B!rrsorr),
«cherry (che) (cerise),
«garnet
»(g) (grenat),
«pearl (Pe) (perle)
et « tant
» (s!) (couleur tan).
Le « BENSON green » et le «Cherry
» se trouvent au locusdu « chartreuse ». Le « tan » est allèle au
type
« snow » ; lephénotype sls t
est rouge. Le« tan » est
épistatique
parrapport
autype
« chartreuse-2 » et autype
« brick », maishypostatique
parrapport
auxtypes
«ivory
» et « cream ». I,mnr,nw et TUCKER ont décrit récemment( 1955 )
letype
« umber »(iu) (terre d’ombre),
coloration des yeux allèle autype
«ivory
n etincomplètement
dominante parrapport
à cetype.
Tous les
gènes
décrits sont récessifs parrapport
autype
sauvage. Lesgènes
«
pearl
» et « cream » sontliés,
avec un tauxd’enjambement (crossing over)
de 0,33p.100
(I,ArD!,aw,
B9rrsy etT U C K E R , rg65).
I>es liaisons entre mutations de la couleurdes yeux et autres mutations furent aussi constatées. MACKENSEN
( 195 8)
a décritla liaison entre les
gènes
« chartreuse » et « hairless »(=
« sanspoils »). I, AID r, AW ,
B
ANBY et Tucx!x ont
évoqué
en19 6 5
lapossibilité
d’une liaison entre « brick » et un facteursemi-létal,
le mêmequ’entre
« brick » et legène
« nombre réduit de facettes ».Trois mutants de la f mne des yeux ont aussi été décrits : ce sont le «
Cyclops
»(L
OTMAR
, zg 3 6),
le nombre réduit de facettes(( reduced
facet number » =rf ;
KERRet LAiDi,Aw,
195 6)
et l’absenced’yeux (« eyeless
» = e : I,mD!,nw etT UCK E R , ig6 5 ).
Les mâles sans yeux sont stériles et on ne leur a pas trouvé de testicules.
La
mutation,
couleur brune du corps, « cordovan» (c),
décrite en 1951 par MAC- h!xs!! est très utile aus;i commegène
de marquage. Legène
de la couleur noire du corps(«
black » =bl),
décrit par LAiDLAw et BANBY( 1952 ),
domine la couleurjaune
des abeilles Italienres chez leshomozygotes
et leshémizygotes.
Des mutations des
poils
du corps furent aussi décrites : mélanisme héréditaire(=
« erbliche Schwarzsucht » = s(D REHER , 1940 )
et l’absence depoils ( _
« hairless »=
h ;
MACKENSEN,zg5 7 ).
« hairless » est lié augène
ch(valeur d’échange
4,1 p. zoo ;MAC K ENSEN, 1958).
Cinq
mutations des ailes ont été identifiées : aile rudimentaire( _
« Rudimentalwing
» =Rw ;
HACHINOHE etO NISHI , 1953 )
ailependante ( _
«Droopy
» =D ;
RoTx!NSUx!,!R, GOWEN et PARK,
1952 ),
aile courte(
= « short » =sh ;
KERRetL.!ID!,Aw, 195 6),
ailetronquée (=
« truncate » =t y )
etaile plissée (=
« wrinkled »= wy ;
I,mD!,aw,
Barrsy etTucK!,R, i 9 65).
Ces mutations vontgénéralement
depair
avec des facteurs létaux ou semi-létaux. Rw et i sontliés,
valeurd’échange
31
p. 100
(H ACHINOH E
etO NIS HI, i953)-
ABEILLES
D’ORIGINE
ANORMALE(ABEILLES MOSAÏQUES
ETANDROGYNES)
I,’insémination artificielle combinée avec le marquage
génétique
par desgènes
mutés ont
apporté
des vues nouvelles surl’apparition
d’abeillesd’origine
anormale(tabl. 3).
Divers
types
d’abeillesporteuses
d’anomaliesprovenant
d’oeufs non fécondésont été décrits. Les oeufs non fécondés à deux noyaux donnent des mâles
mosaïqués (tabl.
3 , i a).
De la fusion de deux
prénoyaux
dans les œufs non fécondés naissent des femellesparthénogénétiques (tabl.
3, 1b).
Deuxprénoyaux haploïdes
de l’oeuf peuvent sesegmenter
une ouplusieurs
fois avant la fusion. Deuxnoyaux-fils haploïdes
secombinent d’abord en un noyau de
segmentation diploïde,
dont sedéveloppe
du tissu femelle. Les autresnoyaux-fils
sedéveloppent
en tissumosaïque
mâle(tabl.
3, 1c).
C’est ainsi que se forme un
androgyne.
Des oeufs
fécondés peuvent
aussi donner naissance à diverstypes
d’individus.Les oeufs fécondés ne se
développent
pasuniquement
enfemelles,
cequi
estnormal,
mais donnent
aussi,
dans le cas d’allèlesidentiques
concernant le sexeaprès
endo-gamie,
des mâlesdiploïdes (W OYKE , zg6 3 ).
Leparagraphe
suivant donneplus
deprécisions
à cesujet.
Lorsque
seulement unpronucléus
est fécondé dans un oeuf à deux noyaux, l’andro- gynequi
en naîtpossède
du tissu mâled’origine
maternelle(«
matrocline»)
et dutissu femelle
provenant
des deuxparents (tabl.
3, 2.1b).
Lapolyspermie (féconda-
tion par
plusieurs spermatozoïdes) peut
aboutir à diverstypes
d’abeillesporteuses
d’anomalies. Deuxspermatozoïdes peuvent
se réunir dans un oeuf et leprénoyau
del’oeuf
peut
rester non fécondé(tabl.
3, 2.2a).
Il en résulte unandrogyne
dont letissu
diploïde
femelleprovient
de 2pères,
sanspart
de la mère. Lapolyspermie
d’unoeuf à noyau
unique
a pourconséquence
la fécondation de ce noyau. Mais il arrivefréquemment
que ladégénérescence, qui
seproduit
normalement chez un ou chezplusieurs spermatozoïdes,
ne seproduise
pas et que ceux-ci sedéveloppent
en tissumâle. De cette manière naît un
androgyne
dont le tissu a uneorigine
différente de celledéjà
décrite. Dans ce cas lesparties diploïdes
femellesproviennent
des deuxparents,
mais lesparties
mâleshaploïdes
ne sedéveloppent qu’à partir
despermato-
zoïdes(tabl.
3, 2.2b).
Une femelle
mosaïque peut provenir
parpolyspermie
d’un oeuf à 2noyauxlorsque
les
spermatozoïdes
de différentspères
s’unissent aux deuxprénoyaux (tabl.
3,2 .
2
c).
Lesprénoyaux haploïdes
de l’oeufpeuvent
toutefois aussi sesegmenter
d’abordet dans ce cas deux d’entre eux
peuvent
être fécondés par desspermatozoïdes
diffé-rents tandis que les deux autres fusionnent. Il en résulte une femelle
d’origine
par-tiellement
parthénogénétique, ayant partiellement
deuxpères
différents(tabl.
2, 2.2
d).
DÉTERMINATION
DU SEXELe
problème
de la détermination du sexe n’a pu être résolu quegrâce
à l’insé-mination artificielle. ?VIACK!NS!N a constaté
( 1951 )
que lorsd’accouplement
indivi-duel mère X fils la moitié des reines
produisaient
dans les cellules à ouvrières uncouvain dont seulement 50 p. 100 survivait.
I,’observation
a été confirmée par HACxINOIi! etJ IMB U (Ig58).
MACK!NS!N a identifié en outre au moins II allèlesdifférents
responsables
de cephénomène.
I,AIDI,Aw, GOMES et KERR(1956)
ont trouvéI2,4 !
3!56
de ces allèles auBrésil,
dans unepopulation panmictique.
ROTHENBUHLER( 1957
)
a observé des taches de tissu mâlediploïde
dans les yeux de mâlesmosaïques
descendant deparents apparentés
d’unelignée androgyne.
Ceci a été confirmé ulté- rieurement par DRESCHER et RoTH!NSUH!,!R(Ig64).
Des mâles
purement diploïdes
n’ontcependant
pas pu être identifiés. On sup-posait
que les oeufs devenushomozygotes
en un certain locus « x » parendogamie
n’éclosaient pas et que de
petites
zones de tissus mâlediploïde
nepeuvent
survivreque
grâce
à leur liaison avec du tissu mâlehaploïde
à viabilité normale.W
OYKE a
cependant
démontréentre-temps ( 19 6 2 )
que tous les oeufs de reinesendogames peuvent
êtreportés
à éclosion. Il a pu démontrer quequelques
larves demâles étaient entièrement
diploïdes (W OYKE , ig6 3 ).
Le faiblepourcentage
de survi-vants
provient
de ce que les ouvrières dévorent les larves àpeine
écloses. Les larvesde mâles
diploïdes
sont viables etpeuvent
être élevéesjusqu’au
stade adulte(W OYKE , 19
6 3
, 19 65).
Leur provenance d’oeufs fécondéspeut
êtreprouvée
sous lerapport cytologique
et sous lerapport génétique (W OYK E, I g65 ;
1 WOYKE et KNyT!r&dquo;19 66).
On
peut dire,
enrésumé, qu’il
existe une série d’allèles concernant le sexe,qui,
en état
hétérozygote,
sedévelopperont
en femelles et, en étathémizygote
et homo-zygote
en mâles. Leshomozygotes
sont viables mais les ouvrières les dévorent aupremier
stadelarvaire ;
c’estpourquoi
leur existence n’aprimitivement
pas été cons-tatée.
MALADIES DES ABEILLES
Une résistance des abeilles aux maladies infectieuses était
déjà
connue avantque l’on eût utilisé l’insémination artificielle dans les recherches
(S TUPT F VANT ,
Ig2o ;PA
R
K,
PELLET et PADDOCK,I g 37 ).
On avait constaté que la résistance à laLoque
américaine est héréditaire.
On avait aussi pu réunir
quelques
indications relatives au mécanisme de la résistance à laLoque européenne (ST UR TE VA rrT, I g 2 o)
et à laI,oque
américaine(Woo-
DROW
, 1941; HOLST, Igq2 ; WOODROW et
STATES,
1943 ; STURTEVANT et REVEL,Ig53).
Le recours à la méthode de l’insémination artificielle a
permis
des étudesplus approfondies
de cettequestion.
RoTH!NBUHI,!R et THOMSON( 195 6)
ont constaté degrandes
différences de survie chez les larves delignées
différentes inoculées de spores deLoque
américaine. Ces différences sont aussi héréditaires(L E W IS
et ROTHENBUHLER,19
6 1
).
Des différences ont été constatées dans letemps
degermination
des spores, de même que dans le nombre des bactéries relevéesquand
les larves de 2lignées
avaient reçu les spores à
l’âge
de 21heures(B AMRI C K , I g6 4 ).
Mais les abeilles adultesde
lignées génétiques
différentesprotègent
aussi les larves à desdegrés
différents(T
HOMSON
et ROTHENBUHLER,1957).
RoTH!NBUH!,!R
( 19 6 4 )
a fait la preuve de différences considérables dans lecomportement
de 4lignées endogames
àl’égard
de couvain mort deLoque
américaine.Deux
lignées endogames
mirent destemps
considérablement différents àdésoper-
culer et à évacuer le couvain tué à l’acide
cyanhydrique (J ONES
et ROTHENBUHLER,I
g6 4
).
Les colonies d’abeillesjaunes
et résistantes évacuent toutes les larves tuées par laLoque
américaine alors que les coloniescomposées
d’abeillesâgées
deplus
de4
semaines n’évacuent les abeilles mortes que
pendant
une miellée. Laprésence
dedifférences
génétiques ayant
étéconstatée,
onpeut
en étudier le caractère héréditaire.Ro’rH!!BUH!,!R
procéda
aux croisements nécessaires et identifia au croisement en retourquatre types
de colonies :I )
des coloniesqui désoperculent
les cellules et éva- cuent les larves mortes ;2 )
des coloniesqui
se contentent dedésoperculer
lescellules ; 3
)
des coloniesqui
évacuent le couvain mort des cellulesdésoperculées
parl’apicul-
teur ;4 )
des coloniesqui
nedésoperculent
pas les cellules et n’évacuent pas nonplus
le couvain mort.
RoTH!rrBUH!,!R a élaboré
l’hypothèse
de deuxloci,
selonlaquelle
ladésopercu-
lation d’une cellule contenant une larve morte
dépendrait
del’homozygotie
d’ungène
récessifunique (désigné
par « u»)
et,l’évacuation,
del’homozygotie
d’un autregène unique
récessif(désigné
par « r»).
DR!scH!R a constaté en
19 6 4
que la tendance au mélanisme estindépendante
du mâle fécondant. Il
présume qu’il
est unhéritage
« matrocline ».POLLINISATION
On sait
depuis longtemps
que les colonies d’abeilles manifestent des différencessous le
rapport
de la récolte depollen.
Nyn et MACK!rrs!! ont recherché ces dernières années si la tendance à récolter lepollen
de luzerne est héréditaire et s’il étaitpossible
de sélectionner des
lignées
à forte ou à faible tendance à récolter lepollen
de luzerne.N Y
E et MACK!rrs!rr
( 19 6 5 )
ont constaté d’abord que des colonies dont les reines étaient soeurs se ressemblaientplus quant
à laproportion
depollen
de luzerne récoltéque des colonies dont les reines n’étaient pas
parentes.
Ceciindique
que le caractère étudié est héréditaire. MACKENSEN et Nyt ont montréplus
tard( 19 66, 19 68)
que dans lalignée
à forte tendance à récolter lepollen
deluzerne,
lepourcentage
moyen des butineuses de cepollen augmentait
de39 ,8
p. 100 dans la secondegénération,
à
49,8
p. 100 dans la troisièmegénération,
à66, 4
p. 100dans laquatrième génération
et à
86, 2
p. 100dans lacinquième génération.
Lespourcentages correspondants
dansla
lignée
à faible tendance à récolter lepollen
de luzerne étaient de2 6, 2 , 14 ,8, 7 ,6
et 7,2.
Quand
les reines de laquatrième génération
de lalignée
à « forte tendance »pouvaient s’accoupler librement,
lepourcentage
de butineuses depollen
de luzerneatteignait
du reste encore52 ,6
p. Ioo. Il en découle que la tendance à récolter lepollen
de luzerne est héréditaire.
Ces résultats ouvrent des
perspectives quant
à la sélection delignées spéciales
et de
grande
valeur oud’hybrides
commercialement utilisables pour lapollinisation
de la luzerne. La
possibilité
de sélectionner des abeillesspécialement aptes
àpolli-
niser le trèfle violet et d’autres