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Choisir un métier à risque ? Le cas des pompiers genevois

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Academic year: 2022

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Master

Reference

Choisir un métier à risque ? Le cas des pompiers genevois

REYES MURY, Sophia

Abstract

Ce mémoire, basé sur le cadre théorique de la psychodynamique du travail, propose de cerner la perception de I'activité des pompiers à Genève, de comprendre la motivation des choix de cette population malgré la dangerosité et de saisir la façon dont ils font face aux risques physiques, psychiques, présents et futurs, grâce à des stratégies défensives. Cette étude, qui s'est déroulée auprès de pompiers volontaires et professionnels du canton de Genève, s'attarde sur quelques concepts théoriques et définitions appartenant à différents auteurs pour les mettre en lien avec les données recueillies.

REYES MURY, Sophia. Choisir un métier à risque ? Le cas des pompiers genevois. Master : Univ. Genève, 2018

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:116166

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(2)

FACUTTÉ DE PSYCH0T06IE ET DEs SCIEITICES DE L'ÉDUCATION

TITRE/SOUS.TITRE

Choisir

un métier à

risque

? Le cas des

pompiers

genevois.

MEMOIRE REALISE EN VUE DE L'OBTENTION DU/DE LA

MAÎTRISE UNIVERSITAIRE EN SCIENCES DE L'ÉDUCATION . FORMATION DES ADULTES

ç:

Veuittez vous référer à ta dénomination officiette des tlfres figurant dans le guide des étudiants

PAR (Prénom-Nom) Sophia Reyes Mury

DIRECTEUR DU MEMOIRE (Prénom-Nom)

Jean-Michel Baudouin

JURY

(Prénom - Nom) Jean-Michel Baudouin Alain Girardin

Bernard Gisiger

LIEU, MOIS ET ANNEE GENEVE

Octobre

2018

(3)

@

FACULTÊ DE PSYCHOIOCIE ET DES SCIENCES DE t'ËDUCATION

RESUME (maximum 150 mots)

Ce mémoire, basé sur le cadre théorique de la psychodynamique du travail, propose de cerner

la

perception

de

I'activité des pompiers

à

Genève, de comprendre la

motivation des choix de cette population malgré la dangerosité et de saisir la façon dont ils font face aux risques physiques, psychiques, présents et futurs, grâce à des stratégies défensives. Cette étude, qui s'est déroulée auprès de pompiers volontaires et professionnels du canton de Genève, s'attarde sur quelques concepts théoriques et définitions appartenant à différents auteurs pour les mettre en lien avec les données recueillies.

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FACULTÉ DE PSYCHOIOGIE ET DES 5CIËNCEs DE L'ÉDUCATION

Déclaration sur I'honneur

Je déclare que les conditions de réalisation de ce travail de mémoire respectent la charte d'éthique et de déontologie de I'Université de Genève. Je suis bien I'auteur-e de ce texte et affesfe que toute affirmation qu'il contient et qui n'est pas le fruit de ma réflexion personnelle est attribuée â sa source

;

toutpassage recopié d'une autre source est en outre placé entre gtillemets.

Genève,le

Prénom, Nom

Signature

L/4 cCohra zal*

àq)

2

q ?g^ flry

(5)

Choisir un métier à risque ? Le cas des pompiers genevois.

Maîtrise Universitaire en sciences de l’éducation - Formation des Adultes

Mémoire de Master de Sophia Reyes Mury Sous la direction de Jean-Michel Baudouin Genève, octobre 2018

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Table des matières I. Introduction

Résumé ……… 5

Mots clés ……… 5

Remerciements ……… 5

Avertissement ……… 6

Liste des abréviations ……… 6

Avant-propos ……… 7

Point de départ de la réflexion ……… 8

Plan du travail ……… 8-9

II. Cadre théorique

Le risque : un concept qui devient incontournable ………. 11-12 Le risque concernant les pompiers dans la littérature scientifique …. 12-15 Présentation du mémoire ………. 15

Statistiques et description de l’activité étudiée à Genève …………. 16-21 La psychodynamique du travail ………. 22-24 Précisions supplémentaires de la PDT dans ce mémoire …………. 24-25

III. Méthodologie

Les phases de réalisation de la recherche ………. 26 Fondements méthodologiques ………. 27-28 La conception de l’enquête ………. 29-30

- La population - Le corpus

- Les modes d’accès aux interviewés - Les guides d’entretien

Méthodes d’analyse des données ………. 30-33

(7)

3

IV. Analyse, interprétation et discussion des résultats

i. La nature et les spécificités de l’activité

a. Les horaires ………. 34-37

b. La fatigue émotionnelle et physique ………. 37-39 c. La diversité de l’activité ………. 39-43

- La diversité des outils - La diversité des lieux

- La diversité des victimes et des professionnels - La diversité du type d’intervention

d. Le double parcours des pompiers ………. 43-46 e. Le travail d’équipe ………. 46-49 f. L’engagement familial ………. 49-56 Conclusion de la nature et des spécificités de l’activité … 56 ii. Les motivations d’engagement

a. La passion ………. 58-61

b. L’aide aux citoyens ………. 62-64 c. La diversité des activités ………. 64-66 d. Ami(s)/Connaissance(s)/Famille(s) chez les pompiers 66-68 Nouveaux apports de la partie motivations d’engagement 69-70 iii. Les sources de souffrance

a. L’inaction ………. 72-75

b. Les tâches indignes ………. 75-76

c. L’effet miroir ………. 77

d. Le sport ………. 77-78

Conclusion intermédiaire des sources de souffrance … 78-79 iv. Les stratégies et les dispositifs de compensation

a. La parole ………. 81-84

b. Le temps libre et le repos ………. 84-86 c. La liberté, confiance et travail d’équipe ………. 86-88 d. Le refoulement et le déni ………. 88-89

e. La carapace ………. 89-90

f. La sélection et la formation ………. 90-92 Conclusion des stratégies et des dispositifs de compensation 92-93

(8)

4

v. Conclusion

Synthèse finale ………. 94-97

Autoévaluation du travail: entre apports, améliorations et limites … 97-98

Conclusion finale ………. 98-99

vi. Bibliographie

Bibliographie ………. 100-102

Sites Internet ……… 102

Images ………. 103

vii. Annexes

Annexe 1 : Champ lexical du risque dans la littérature ………. 105 Annexe 2 : Chronologie des sapeurs-pompiers à Genève ………. 106-108

Annexe 3 : Entretien 1 ………. 109-146

Annexe 4 : Entretien 2 ………. 147-173

Annexe 5 : Entretien 3 ………. 174-199

Annexe 6 : Entretien 4 ………. 200-232

Annexe 7 : Entretien 5 ………. 233-246

Annexe 8 : Calendrier école latine 2016-2017 ………. 247

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I. Introduction

Résumé

Ce mémoire, basé sur le cadre théorique de la psychodynamique du travail, propose de cerner la perception de l’activité des pompiers à Genève, de comprendre la motivation des choix de cette population malgré la dangerosité et de saisir la façon dont ils font face aux risques physiques, psychiques, présents et futurs, grâce à des stratégies défensives. Cette étude, qui s’est déroulée auprès de pompiers volontaires et professionnels du canton de Genève, s’attarde sur quelques concepts théoriques et définitions appartenant à différents auteurs pour les mettre en lien avec les données recueillies.

Mots clés

Motivation - Risque – Pompier –Stratégie –Identité – Psychodynamique Remerciements

Tout d’abord, je tiens à remercier mon professeur Jean Michel Baudouin, directeur de mon mémoire, pour son suivi et ses conseils. Ses questions pertinentes ont permis d’affiner ma pensée. En plus, grâce au séminaire de vie proposé et dirigé par cet enseignant, j’ai pu découvrir personnellement les bienfaits de parler de soi et de son parcours à des tierces personnes. C’est la raison pour laquelle aller à la rencontre des pompiers et les écouter pour ce travail a été un vrai plaisir.

De même, je remercie la sérieuse participation des pompiers ayant collaboré à cette enquête, qui m’ont fourni des données intéressantes et des pistes pertinentes. En effet, ils m’ont offert leur vision, leur vécu, ainsi que leur réalité en m’ouvrant grand leurs bras avec enthousiasme, m’accueillant dans leur maison, leur lieu de travail ou leur lieu de bénévolat.

Enfin, je remercie ma famille et mes amis pour leur soutien tout au long de ce travail.

Particulièrement, je suis reconnaissante envers mes amies, Emilie Gutzwiller, Yasmine Nassouh, Mélodie Maire et Marlène Serigado, qui m’ont aidé à corriger les retranscriptions des entretiens.

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6 Avertissement

Afin d’alléger la lecture dans ce mémoire universitaire, nous emploierons le masculin ainsi que certaines abréviations énumérées et décrites dans la partie suivante de manière alphabétique.

Liste des abréviations

ADN : L'acide désoxyribonucléique

BLS- AED : Basic life support- automated external defibrillation (mesures de base pour sauver la vie- défibrillation externe semi-automatique.)

CFF : Chemins de fer fédéraux

CIFP : Le centre d’instruction feu et protection civile CIM: Classification internationale des maladies CSSP : Coordination suisse des sapeurs-pompiers CTA : Le Centre de Traitement des Alarmes

DSM: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders DTS: Le débriefing du stress traumatique

FSSP : Fédération Suisse des Sapeurs-Pompiers GPL : Le gaz de pétrole liquéfié

HUG : Hôpitaux universitaires de Genève LLL: Le lifelong learning

NRBC : Nucléaire, radiologique, biologique et chimique

OCPPAM : L’office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires PDT : La psychodynamique du travail

PLS : La position latérale de sécurité

SEFRI : Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation SIG : Services industriels de Genève

SIS : Le Service d'Incendie et de Secours

SSA : Service de Sécurité de l’Aéroport International de Genève SSP : Le Syndicat suisse des services publics

TPG : Les Transports publics genevois

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7 Avant-propos

« Pourquoi avez-vous choisi cette thématique de mémoire » est la question à laquelle les étudiants devront répondre, d’une part pour leur propre directeur de recherche, d’autre part à toute autre personne ayant discutée avec l’étudiant durant sa recherche. Cette question, je n’ai pas su y répondre au début de ma recherche et je disais simplement que c’était un sujet choisi au hasard. Pourquoi avoir choisi les pompiers comme public cible de ma recherche ? Sûrement grâce à leur uniforme et leur camion rouge ont répondu certains en plaisantant.

Sachant que ma thématique était les activités à risque, j’aurais très bien pu choisir un autre public cible tels que les policiers, les militaires, les infirmiers, les médecins, les sportifs de l’extrême ou les ambulanciers. Cependant, j’ai choisi les pompiers. En me concentrant sur cette question, j’ai pu découvrir qu’il n’y a nul hasard dans nos choix, et parfois il suffit de se plonger dans nos souvenirs pour avoir accès aux réponses concernant certaines décisions.

Enfant, j’ai été marquée par une visite chez des pompiers. Ma sœur devait avoir entre 2-3 ans, et moi être âgée de 6-7 ans au moment des faits. Voulant être coquette comme les grandes, ma sœur a mis un écrou à son doigt en imaginant enfiler une bague. Le drame est survenu quand elle a essayé de l’enlever. Ne pouvant pas le faire, elle a accouru auprès de ma mère qui a tenté à son tour avec du savon et de la crème de faire glisser l’écrou. N’arrivant pas non plus avec cette technique et voyant que le doigt de l’enfant enflait à vue d’œil à cause de la pression de l’écrou, ma mère décida d’amener ma sœur chez les pompiers volontaires. Leur caserne était à 15 minutes de la maison. Ma sœur est ressortie avec un beau sourire. Ce fut le premier souvenir que j`ai de ces individus héroïques qui aident les petites filles.

Le deuxième événement qui me fait penser que mon choix n’est pas anodin est que mon arrière-grand-père maternel, avec lequel j’ai toujours eu un sentiment de similitude dans nos goûts et activités, a été un des 125 citoyens fondateurs des pompiers volontaires au Guatemala. Ceci me lie encore plus personnellement dans ma recherche. Certes, il y a le côté travail universitaire pour acquérir un diplôme qui me motive mais également pour des raisons de gratitude, d’intérêt et d’admiration envers cette activité. De plus, mon intérêt a crû à la suite à l’aide et de la gentillesse des participants de cette recherche qui se sont montrés motivés pour répondre à mes questions.

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8 Point de départ de la réflexion

Nous sommes tous, au long de notre vie, portés à faire des choix concernant notre parcours professionnel. Les centres d’orientation, les psychologues, les formateurs, les salons des métiers, les tests d’orientations, les parents, les portes ouvertes ou les séances d’information sont des exemples de personnes, de lieux, ou d’outils utilisés pour orienter les individus dans leurs choix de parcours.

La raison pour laquelle un individu choisit une activité est le point de départ de ma réflexion.

En effet, « comment » cet individu favorise une activité plutôt qu’une autre est une question intrigante qui mérite une attention plus forte lorsque l’activité en question est plutôt décrite comme risquée. En effet, un travail qui est au service de l’autre et qui implique de mettre en danger sa sécurité demande à être étudié. D'autant plus qu’il existe d’autres façons de gagner sa vie d’une manière moins dangereuse et moins contraignante. C’est ainsi que mon choix s’est porté sur une activité à risque telle que celle des pompiers. Mon interrogation de départ est : « Quels sont les processus qui poussent ces individus à risquer physiquement ou psychiquement, corps et âme, pour la population ? Et, comment y arrivent-ils ? » Cette question se focalise sur le concept du risque et de l’activité elle-même pour mieux cerner les processus motivationnels et les stratégies qui font que des hommes deviennent des pompiers.

Plan du travail

Afin que le lecteur puisse lire agréablement ce mémoire, je vais brièvement présenter les 7 grandes parties qui l’organisent.

La première partie correspond à « l’Introduction ». Partie dans laquelle ce plan de travail s’inscrit avec sept autres sous parties qui correspondent au résumé, mots clés, remerciements, avertissement, liste des abréviations, l’avant-propos et le point de départ de la réflexion.

La deuxième partie correspond au « Cadre théorique ». Dans cette partie, nous présenterons le concept de risque de manière générale ainsi que dans le domaine des pompiers. Ensuite, l’on présentera le sujet du mémoire. Pour mieux s’approprier le milieu des pompiers, on se penchera sur les statistiques et la description de leurs activités. Après, on expliquera le domaine de la psychodynamique du travail, ainsi que le lien entre cette recherche et la PDT.

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9

Afin de faciliter la lecture du document, le champ lexical du risque dans la littérature se trouvera dans l’annexe 1 (p.105)

Dans la troisième partie, correspondant à la « Méthodologie » seront présentés les phases et fondements méthodologiques. Ainsi que l’explication de la conception de l’enquête et les méthodes d’analyse des données.

La quatrième partie présentera l’« Analyse, interprétation et discussion des résultats». La nature et les spécificités de l’activité seront présentées, suivies des différentes motivations d’engagement des pompiers et des différentes sources de souffrance. Après l’analyse de ces caractéristiques, les stratégies défensives feront surface.

Dans la cinquième partie, une « Conclusion » rappelant les points essentiels de ce mémoire ainsi qu’une analyse critique de mon mémoire sera apportée.

Finalement, dans la sixième et la septième partie, nous trouverons la bibliographie et les huit annexes utilisées dans ce travail.

Figure 1 : Schéma conceptuel Concept de

risque en sociologie

Sources de souffrance et

de plaisir

Motivations Activités et

leurs organisation Statégies défensives (individuelles:

et collectives)

PDT

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II. Cadre théorique

Pour l’élaboration de mon mémoire, j’ai tout d’abord recueilli de la littérature scientifique concernant les pompiers. Ceci, afin de comprendre l’activité et le terrain. Ces lectures m’ont permis de me familiariser avec le monde des sapeurs-pompiers, ainsi qu’avec certains termes nécessaires dans le jargon propre à cette activité. En parallèle, je faisais des lectures sur la thématique du risque, de la psychodynamique, de la souffrance, du plaisir et de la motivation. Le repérage des sources a été fait principalement à partir du site internet de la bibliothèque de Genève qui renvoie au moteur de rechercher Réro Explore des bibliothèques Genevoises. Des mots-clés tels que pompier, risque danger, ont été utilisés. Les ouvrages ou travaux de recherche en possession des pompiers que j’ai interviewés ont également été un bon repérage de sources. Ensuite, pour la réalisation des interviews et l’écriture du mémoire, certains ouvrages sur la méthodologie ont été utilisés comme référence aux étapes importantes à suivre lors d’une recherche.

On peut donc regrouper en 4 catégories les sources consultées : les sources scientifiques générales sur les pompiers, les sources spécifiques aux pompiers Genevois, la littérature scientifique sur les thématiques du risque, la motivation, la psychodynamique du travail et la littérature sur la méthodologie de recherche.

Pour entamer l’analyse des entretiens de nos pompiers, quelques précisions s’imposent. Les recherches sociales sur la profession de pompier demeurent très rares en Suisse et encore plus rares dans le canton de Genève. Par conséquent, les recherches sociales sur les pompiers utilisées ici se concentrent principalement sur des recherches menées au Canada, Etats Unis, Belgique et France. Mon travail va essayer de partir du risque, de la souffrance psychique et physique et des stratégies défensives des sapeurs-pompiers pour comprendre comment des personnes choisissent, se motivent et continuent dans cette activité.

La rareté des recherches sociales sur les pompiers m’a conduit à me positionner sur une démarche exploratoire et qualitative. Les extraits d’entretiens utilisés ici proviennent de pompiers professionnels ou volontaires du canton de Genève ayant accepté de répondre à mes questions. Ces pompiers ont des différents parcours de vie, âges, grades, formations, niveaux socio-économiques et situations personnelles.

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Il est également à noter que les extraits d’entrevues ont été rendus anonymes pour développer une relation de confiance. Ils ont tous en commun d’exercer ou d’avoir exercé l’activité de pompier à Genève.

Le risque : un concept qui devient incontournable

Les différentes significations du risque sont nombreuses et apparaissent dans tous les domaines. Plusieurs grands événements et catastrophes dans certains champs d`activité ont donné naissance dans les années nonante à une sociologie du risque. Il y a d’une part, l’intérêt des sciences sociales d’étudier le risque sous forme de prévention ou de précaution.

Et, d’autre part, une autre sociologie qui s’intéresse plus à «la signification des activités engagées par les individus dans leur vie personnelle et professionnelle » (Le Breton, 2012, p.8).

Tout d’abord, nous allons nous pencher sur la définition du risque en étudiant les schémas sémantiques du risque. En effet, il y a des mots qui sont automatiquement associés dans la littérature ou dans le sens commun au risque (Annexe 1). C’est ainsi, par exemple, que les mots « risque et incertitude ont un domaine sémantique qui se recouvre, et ils sont souvent utilisés comme des synonymes » (Le Breton, p.3, 2012). La différence ou distinction entre les deux provient de la gestion des risques. En effet, « le risque est une incertitude qui est quantifié, il témoigne d’un danger potentiel susceptible de naître d’un événement ou d’un concours de circonstances, mais il n’est qu’une éventualité, il ne peut pas se produire une situation envisagée » tandis que l’incertitude se traduit sur « une absence radicale de connaissance à son propos ». Le risque peut être mis en évidence par des statistiques et des probabilités que cela se déroule mais pas l’incertitude. C’est pour cela que dans la partie

« Statistiques et description de l’activité étudiée » (pp.16 à 21) de ce mémoire, nous donnerons quelques chiffres pour mieux cerner le risque chez les pompiers.

Maintenant, on va tenter de comprendre les différentes définitions du risque, parce que c’est un concept ambigu qui est difficile à cerner. Hansson (2005) dit qu’il n’existe aucune définition du risque qui soit communément acceptée et qui permette de caractériser son statut. Dans cette partie, citons les différentes définitions que cet auteur donne du risque avec des exemples que l’on peut imaginer dans le domaine des pompiers:

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• un événement indésirable susceptible de se produire comme par exemple un feu d’appartement,

• la cause d’un événement indésirable susceptible de se produire comme par exemple, un individu qui s’endort avec une cigarette allumée à la main (cause) et qui pourrait provoquer un incendie (événement indésirable qui peut ou pas se produire),

• la probabilité d’apparition d’un événement indésirable comme par exemple, la probabilité qu’un feu d’appartement survienne,

• l’espérance mathématique des conséquences d’événements indésirables susceptibles de se produire comme par exemple, la probabilité que la personne ou les objets de l’appartement brûlent (conséquence d’un feu d’appartement),

• le fait qu’une décision soit prise dans des conditions où les probabilités sont connues comme par exemple, rentrer dans l’appartement en feu sachant qu’il y a une grande probabilité que le plafond s’effondre.

Suite à ces définitions multidimensionnelles, dans ce mémoire, je souhaite dégager pourquoi le métier des pompiers est dit à risque. Dans la partie suivante nous approfondirons la notion de risque dans la littérature scientifique du domaine pompiers.

Le risque concernant les pompiers dans la littérature scientifique

Pour avoir un aperçu des dangers dans la santé des pompiers, on va faire un bref panorama de quelques dangers exposés par les travaux scientifiques qui expliquent les effets de cette activité sur la santé. En effet, depuis les années 80, il y a eu une croissance des recherches et de l’intérêt des problèmes de santé des pompiers. L’article de Guidotti et Clough (1992), énumère quelques risques de l’activité qui peuvent être regroupés, selon eux, en 5 sous- catégories : physique, thermique, ergonomique, chimique et psychologique. Pour se donner une idée, voici quelques exemples des dangers encourus par les pompiers :

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 Problèmes pulmonaires associées avec l’inhalation d'air chaud et de constituants toxiques de la fumée, particulièrement la combustion de matériaux plastiques, monoxyde de carbone, hydrogène de cyanure, nitrogène, chlorite, etc.

 L’hypoxie est une des causes de mortalité durant les feux (appauvrissement en oxygène dans l'atmosphère affectée, ce qui conduit à la perte de performance physique, confusion et incapacité à s'échapper.)

 La réactivité/ sensibilité des voies respiratoires augmente après l'exposition au feu.

 Problèmes de stress thermique produits par une forte chaleur endogène due aux propriétés isolantes du vêtement de protection et l’effort physique.

 Taux élevé de stress (par exemple, les manœuvres de trafic dangereuses et les niveaux de bruit élevés des sirènes contribuent au stress).

 Stress cardiovasculaire pendant la réponse aux alarmes et le processus de combat contre le feu.

 Stress post-traumatique

 Blessures (chutes, brûlures, coupures, etc.)

 Les effets chroniques : le cancer du poumon, les maladies cardiaques et les maladies pulmonaires, génito-urinaires, du colon et rectal.

 Risque accru de malformations cardiaques congénitales chez la progéniture des pompiers masculins.

Soulignons que cette liste est non exhaustive mais les différentes recherches qui prouvent ces facteurs viennent de l’intérêt scientifique pour cette activité. Il y a eu l’introduction de nouveaux équipements, prescriptions, organisation, formations, ou tout autre moyen pour diminuer les risques suite à ces recherches.

Ici, nous situons l’activité des pompiers comme risquée en relation au risque encouru de blessures physiques et psychologiques liées directement ou indirectement à leur activité.

C’est-à-dire, directement lors de leur activité et indirectement ultérieurement à leur activité.

De manière directe pendant l’intervention comme par exemple, un pompier blessé parce que le toit s’effondre sur lui. Et, de manière ultérieure comme par exemple les maladies développées postérieurement dans le temps. Par exemple, l’étude française de S.

Mandigout, N. Troubat, J. Bonis, E. Van Praagh, P. Chum, J.-C. Daviet (2011), montre que le passage brutal de l’état de sommeil à celui d’éveil précipité par un appel d’urgence

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nocturne est responsable d’une augmentation de la fréquence cardiaque. Par conséquent, « la combinaison des facteurs de risques cardiovasculaires individuels (hypercholestérolémie, diabète, hypertension artérielle, manque d’activité physique pour les pompiers volontaires) et environnementaux (situation d’urgence et exigences de travail physique extrêmes) contribuent au nombre croissant d’accidents cardiaques dans cette population » à force de pratiquer cette activité de nombreuses années. En effet, ces maladies se développent après une période d’activité. Il y a également les blessures physiques dues à des activités répétitives telles que les maux de dos causés par la charge du matériel lourd ou bien, les maux de genou dus au choc répété du corps vers le sol lors de la descente des perches dans les casernes lors des appels en interventions.

Soulignons que, la cause matérielle du dommage corporel peut être par exemple, l’incendie, l’explosion, une fuite de gaz toxique, des anomalies de fonctionnement d’instruments ou machines, des circonstances météorologiques, etc. Le risque peut être externe, interne, résiduel, présumé, collectif, individuel et/ou partagé. Ainsi, le risque peut être externe à l’activité elle-même comme par exemple une blessure en pratiquant un hobby ou du sport.

Le risque peut être collectif dans le sens où il touche plusieurs individus à la fois comme par exemple, lors d’un incendie, le feu peut intoxiquer plusieurs pompiers à la fois. Le risque peut être individuel, où il n’y a qu’un seul individu blessé comme par exemple, un pompier qui se cogne contre une poutre. Cependant, le risque peut se transformer d’un risque individuel en un risque collectif. En atteignant comme par exemple lorsque plusieurs pompiers, abandonnent la lutte contre le feu pour porter secours à leur camarade blessé par la poutre.

Le risque est imprévisible par l’organisation du travail (risque inconnu), cependant il peut être combattu par des mesures et des consignes de sécurité. En effet, il y a des mesures préventives individuelles et collectives. Il en existe de deux types : matérielles (casque, veste, bottes, oxygène, …) et règlementaires (consignes de sécurité, prescriptions, …). Le risque peut être résiduel ce qui indique qu’il n’est pas totalement effacé par l’organisation du travail ou/et présumé (mal connu dans ses détails) ce qui indique qu’il est suspecté. De plus, les risques et leurs résultats varient selon l'époque (situation temporelle et historique). Ainsi, le risque dépend de la temporalité dans laquelle les pompiers sont entrés sur le marché du travail (les changements dans la technologie, les matériaux utilisés, les conditions de travail, etc.).

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En résumé, nous allons retenir qu’il existe quatre caractéristiques majeures du risque dans cette activité :

1) Le risque est une composante de l’activité et a des conséquences sur la santé physique et psychique des pompiers.

2) Il existe le risque d’accident à caractère soudain (perçu instantanément) et le risque de maladies professionnelles (qui surviennent avec le temps).

3) La notion de risque n’est pas statique et peut se transformer (modulable) avec le temps.

Ainsi, le risque au temps X n’est pas le même qu’au temps Y, car l’activité elle-même (et d’autres variables) change.

4) Le risque est partagé avec les co-équipiers, car l’activité elle-même est collective.

Présentation du mémoire

Rappelons que notre question de recherche est: Quels sont les processus qui poussent ces individus à risquer physiquement ou psychiquement, corps et âme, pour la population ? Et, comment y arrivent-ils ? Par conséquent, cette recherche poursuit trois objectifs intermédiaires nécessaires pour essayer de comprendre ces processus:

1. Comprendre l’activité des pompiers à Genève et son organisation.

Nous devons plonger le lecteur dans cette activité pour comprendre l’organisation de l’activité et les enjeux auxquels les pompiers font face. Afin de répondre à l’objectif numéro un, nous décrirons la nature et les spécificités de l’activité grâce à des lectures sur le domaine et les entretiens.

2. Saisir comment les individus choisissent cette activité (facteurs motivationnels).

Le choix du travail est poussé par des facteurs auxquels on aura accès grâce aux interviews.

On tentera de comprendre le lien entre le choix des pompiers et le concept du risque.

3. Déchiffrer les stratégies qui sont utilisées par les pompiers pour lutter contre les risques (physiques et psychiques).

Afin de répondre à l’objectif numéro trois, nous citerons d’abord les sources de souffrances générées par cette activité pour ensuite parler des stratégies mises en place par nos pompiers.

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Statistiques et description de l’activité étudiée à Genève

Pour comprendre l’activité des pompiers à Genève, nous allons dans cette partie faire une description de la structure, organisation et formation des pompiers à Genève.

Il existe plusieurs structures de pompiers à Genève : le SSA (Service de Sécurité de l’Aéroport International de Genève), Le SIS (Service d’Incendie et de Secours), les sapeurs- pompiers volontaires et les pompiers d’entreprise. Chacune de ces structures possède ses propres caractéristiques et similitudes. Dans cette partie, on décrira brièvement les 4 structures mais on s’intéressera plus en profondeur au SIS et aux sapeurs-pompiers volontaires. En effet, nos interviewés appartiennent à ces deux structures.

Le SSA est chargé, 24h/24h de la sécurité sur le périmètre de l’aéroport et de ses alentours.

Selon les chiffres de l’année 2015 du site Internet de l’Aéroport International de Genève, le SSA fait 8511 interventions (54 interventions avion, 35 feux divers (feux de véhicules compris), 210 alarmes automatiques et techniques, 2 accidents circulation, 71 pollutions hydrocarbure, 8 alarmes chimique/radioactivité,12 inondations,11 alarmes neige et verglas, 30 alertes météo Cat II/III (Avec le niveau 2, on doit s’attendre à des dommages matériels et avec le niveau 3, on doit s’attendre à des dégâts considérables et étendus auxquels s’ajoute un danger pour la vie humaine.),149 assistances diverses, 5262 prévention Pleins avec passagers à bord, 2667 conduites sanitaires), le SSA est «membre depuis 2005 de la Fédération Suisse des Sapeurs-Pompiers (FSSP) et au bénéfice depuis 2007 de la certification et de la reconnaissance de sapeur-pompier professionnel.»

Le SIS est le corps des sapeurs-pompiers professionnels de Genève (le plus grand de Suisse). Il assure la sécurité du territoire genevois dans sa totalité avec ses 3 casernes reparties dans le territoire genevois :

- la caserne principale à la rue des Bains qui est ouverte 24h/24h pour assurer la sécurité du secteur Arve- Rhône en journée et tout le territoire genevois la nuit, - les 2 casernes secondaires aux Asters et à Frontenex sont ouvertes de 7h à 21h pour

assurer la sécurité sur la rive droite et de L’Arve-Lac.

(21)

17

Figure 2 : Répartition géographique des sapeurs-pompiers

Les sapeurs-pompiers volontaires, quant à eux, sont repartis dans 48 compagnies du Canton (4 en ville et 1 par commune) et viennent en aide aux SIS.

Pour finir, selon les risques qu’elles présentent, certaines entreprises (Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Services industriels de Genève (SIG), Palexpo, Givaudan, Firmenich et les Chemins de fer fédéraux (CFF), sont soumises à l’obligation de mettre en place un service de défense interne. Les pompiers d’entreprise, sont chargés de garantir la protection de celle- ci jusqu’à l’arrivée des pompiers professionnels.

Selon les Statistiques de la Coordination suisse des sapeurs-pompiers CSSP en 2016, les organisations des sapeurs-pompiers professionnels et d’entreprise à Genève sont au nombre de 46 avec un effectif du personnel de tous les corps de 1901 personnes. Ces pompiers font face à des situations variées avec un total de 5726 interventions imprévues avec alarme (9846 heures). L’activité de la lutte contre le feu s’élève à 1235 interventions (3773 heures) ,

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1341 pour les événements dus à la nature (2546 heures), 52 pour le secours routier ( 130 heures), 912 pour les assistances techniques (807 heures d’ engagements pour pannes d’ascenseurs, sauvetage de véhicule, sauvetage de personnes et animaux, etc.), 211 pour la protection contre les hydrocarbures (1766 heures) , 37 pour les risques chimiques (74 heures), 2 pour les interventions ferroviaires (6 heures) , 1031 fausses alarmes de détection incendie (100 heures) et 905 autres interventions (644 heures). Les 4103 autres interventions sont prévues et planifiées à l’avance comme par exemple la régulation du trafic, le service de garde des salles ou le service de garde de foehn (1350 heures).

Ces situations variées dans l’espace public et l’espace privé requièrent du matériel particulier avec des engins spécifiques : « Une commission cantonale de l'équipement et du matériel, réglementairement institutionnalisée, est chargée d'établir des normes uniformes pour les équipements, le matériel et les véhicules ainsi que pour les achats centralisés. Pour ce faire, elle est composée de représentants des corps de sapeurs-pompiers, elle est présidée par l'Office cantonal de la Protection de la Population et des Affaires militaires (OCPPAM) et se réunit au minimum deux fois par an » (Page internet de la République du Canton de Genève : Protection population, armée Matériel et équipement des corps de sapeurs-pompiers.). C’est ainsi qu’à « chaque outil, à chaque machine, correspondent des matériaux (le bronze, l’acier, l’inox, le kevlar) mais aussi des contenances, des puissances, des résistances, des capacités ou encore des risques et donc des types d’intervention » (Boullier et Chevrier, 2000, p. 19).

Les pompiers en intervention occupent une fonction particulière et il est indispensable pour eux que le matériel soit bien rangé et les hommes opérationnels. Il y a donc une double organisation à prévoir : dans les camions/fourgons/véhicules et à la caserne. C’est ainsi que chaque engin et chaque caserne possèdent le matériel approprié et des hommes parés à agir qui sont soigneusement rangés comme une grosse boite à outil. Le corps même du pompier devient son instrument pour l’action.

Cette variabilité d’intervention fait que les engins sont prévus pour avoir le matériel nécessaire pour tout type d’intervention et à chaque intervention « correspondent des actions à réaliser, des gestes à accomplir, une liste d’outils, d’appareils de machines qui forment une chaîne, un squelette » (Boullier et Chevrier, 2000, p. 24). Certaines interventions demandent une réponse immédiate afin de contrôler et réduire le sinistre. En très peu de temps, les pompiers doivent pouvoir être présents dans n’importe quel lieu géographique. La vitesse est donc un critère essentiel dans cette activité. La rapidité d’intervention peut avoir des conséquences sur le déroulement de celle-ci.

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De manière générale, toutes les caractéristiques de cette activité (le maniement d’outils, la variabilité du type d’intervention et la rapidité d’intervention), nécessitent des compétences propres à cette activité. Ces compétences sont acquises par des formations qui dépendent du statut professionnel ou volontaire :

- La formation des sapeurs-pompiers volontaires demande certaines conditions d’admissions (« avoir entre 18 et 35 ans (dans les cas exceptionnels 40 ans); être en bonne santé et posséder les qualités physiques appropriées; être domicilié sur le territoire de la ville de Genève ou à proximité; avoir un casier judiciaire vierge; ne pas avoir de poursuite. ») et « a lieu chaque année pour une durée totale de 70 heures.

Cette école comprend notamment la formation obligatoire de porteur d’appareils respiratoires et celle relative aux engins, échelles et tuyaux. Nombreux exercices de groupe et d’ensemble préparent les nouveaux et nouveaux venus à intégrer pleinement une section d’engagement » (Site Internet de la Ville de Genève : Devenir sapeur-pompier volontaire). Cette formation s’accompagne par la suite d’autres formations complémentaires qui sont assurée par l’Etat. Le centre d’instruction feu et protection civile (CIFP) dispense tous les cours cantonaux pour les sapeurs-pompiers volontaires du canton de Genève : la formation de base, les cours de spécialisation et la formation des cadres.

- La formation des sapeurs-pompiers professionnels, quant à elle, procède en plusieurs étapes. Aujourd’hui, la mise en place du brevet fédéral garantit la qualité de la formation de cette activité. Pour y arriver, l’École Latine à Versoix a été créée pour une uniformisation, unification et une cohésion pour former les pompiers de Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Bienne et l’Aéroport international de Genève. Au terme d’un concours sélectif pour l’admissions sur deux phases, comprenant pour la première phase, des test de français, de connaissances générales, de mathématiques, de physique/chimie et pour la deuxième phase des exercices de groupe, et de démonstration de leur aptitude manuelle, les aspirants débutent 18 mois de formation repartis de la manière suivante : 9 mois d’école ( Annexe 8, p.247 ) distribués sur 5 modules différents qui constituent le module de base (techniques d’extinctions, moyens et engins de sauvetage, protection respiratoire, travail sur cordes, etc.), le module sanitaire (le corps humain, réanimation cardio-pulmonaire, urgences médicales, urgences traumatiques, transports de patients, etc.), le module de permis poids lourd (obtention du permis C avec formation

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théorique et pratique) , le module NRBC (technique de reconnaissance d’intervention et rétablissement pour les accidents chimiques) et le module technique (sauvetages de personnes et animaux, outils de coupe, moyens de levage/treuillage, connaissances des véhicules standards, hybrides, tram et métro) et 9 mois de stage pratique au sein des corps de sapeurs-pompiers professionnels. C’est au terme de ces 18 mois que les aspirants se présentent au brevet fédéral.

En résumé, ces formations préparent les pompiers à l’utilisation technique de certains outils, en les préparant aux situations qu’ils peuvent rencontrer sur le terrain. La théorie est évidement présente, mais la mise en pratique de cas concrets en simulant les interventions fait également partie de la formation. Par exemple, lors de la journée que j’ai passée avec les aspirants pompiers, nous sommes allés dans un bâtiment prévu pour une simulation d’incendie avec l’utilisation d’une fausse fumée et de fausses victimes pour habituer les participants à des conditions d’incendies réelles. Cette théâtralisation du sinistre permet de familiariser les futurs pompiers à la réalité du terrain.

Figure 3 : Images théâtralisation de la pratique

Suite à cette description, les points essentiels à retenir de cette activité sont :

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 Il existe une augmentation du nombre d’interventions pour les pompiers professionnels et volontaires. Cette augmentation d’interventions aurait des conséquences sur l’organisation du travail et sur les pompiers. En effet, il faut tenir compte du nombre des pompiers (facteur humain avec une limite de production dus aux efforts physiques et cognitifs).

 La mission principale des pompiers est de garantir la sécurité de la population. De cette mission découlent toutes les autres actions transversales de cette activité. Par exemple, la préparation du matériel à l’avance, les formations, la conditions physique, etc. sont des actions qui feront une bonne intervention et qui auront comme but final de porter secours à la population.

 Les pompiers font face à des situations diverses et variées. Chaque intervention est différente parce que les lieux, les personnes, la temporalité, etc. sont différents.

 L’utilisation de matériel adapté est essentielle pour le bon déroulement des interventions et la protection des pompiers. Ce matériel est un outil de travail qui est conçu par d’autres corps professionnels et scientifiques, afin que les interventions soient efficaces. Ce matériel nécessite une vérification et un contrôle après/avant chaque intervention.

 Une bonne organisation de l'activité est de rigueur pour maîtriser les aspects variés de cette activité. L’organisation prend en compte par exemple, chaque pompier (postes, hiérarchie, rôles, etc.), chaque objet (rangement, utilité, etc.) ou chaque prescription (règlementation interne, consignes, procédures, etc.) dans l’action.

 Vitesse, rapidité et efficacité sont indispensables lors des interventions. Ce sont trois caractéristiques du travail dans l’urgence.

 Les pompiers doivent avoir les compétences nécessaires qui leur permettent de réaliser leur activité. Ainsi, des formations initiales et continues adaptées sont nécessaires afin de préparer au mieux les pompiers.

 C'est un travail avec des horaires irréguliers.

Ces différents points ne sont pas exhaustifs, mais ils permettent un bon aperçu de certaines caractéristiques du travail des pompiers. La contextualisation du terrain est un passage nécessaire pour la bonne compréhension du lecteur.

La psychodynamique du travail

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La psychodynamique du travail (PDT) est une approche qui a comme sujet d'étude les relations entre :

Le plaisir et la souffrance au travail L’organisation du travail

Cette discipline tente de mieux saisir comment le travail, qui a une dimension de peine, de souffrance, peut aussi constituer une source de construction de la santé. En d’autres termes,

« ladite approche s’intéresse, en effet, à l’organisation du travail comme source de plaisir et de souffrance et comme lieu d’émergence de stratégies défensives aidant les individus à composer avec les exigences de leur situation de travail afin de demeurer en santé. » (Marie Alderson, 2005). Ainsi, d’un côté cette souffrance peut conduire à une usure, fatigue, ou mort prématurée mais d’un autre coté la construction de santé peut se faire par des stratégies défensives pour demeurer en bonne santé.

Cette discipline a été essentiellement développée par Christophe Dejours en France à partir de 1970. Il a utilisé la PDT pour analyser l’activité des pilotes d’aviation de chasse et des ouvriers. Il est intéressant de noter que cette discipline est dite interdisciplinaire parce qu’elle s’alimente d’autres disciplines telles que l’ergonomie, la sociologie, la psychodynamique, la psychanalyse, la psychologie, etc. Et c’est justement cette variété de disciplines qui a créé l’intérêt pour la PDT dans ce mémoire. En effet, l’utilisation de plusieurs concepts appartenant à des disciplines différentes pour analyser les entretiens a été faite.

Pour expliquer la PDT, nous devons passer par 3 prémisses théoriques (Vézina, 2010) qui situent cette discipline. Ces 3 points permettent la compréhension de la dynamique de l’individu, l’univers du travail et le champ social, qui interagissent pour la bonne santé mentale des personnes.

Prémisse 1 : la quête d’accomplissement

L`individu a une envie de s’accomplir. Ceci veut dire qu’il y a une recherche d’identité qui le motive également à vouloir offrir sa propre contribution à la création sociale ou à la création d’une œuvre commune.

Cette première prémisse amène les questions suivantes :

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- Quelle sont les motivations des pompiers pour leur accomplissement personnel ? - Le risque a-t-il une dimension motivationnelle pour l’identité des pompiers ? Prémisse 2 : le travail réel dépasse toujours le travail prescrit.

Bien qu’il existe de nombreux discours pour limiter et définir le travail (contrat de travail, objectifs/coûts de travail, les consignes, les protocoles, la prévention des risques, etc.) le travail ne se résume pas qu’à cela. Il possède un côté énigmatique et mystérieux. Pour qu’il y ait une production, il faut que les employés connaissent ces discours et donnent naissance à une harmonisation de cet ensemble. La prescription est un découpage théorique de l’activité mais ne peut être exhaustif et dans la réalité des faits, les individus peuvent contourner voire éviter ces prescriptions pour réaliser la tâche qui leur est demandée. En effet, cette prescription sous-évalue la variation des situations et leur imprévisibilité. Ceci devient donc, une contradiction à laquelle l’individu doit faire face. Il sort du discours pour se confronter au monde réel.

Cette deuxième prémisse amène les questions suivantes :

- Quelles sont les conséquences de contourner la prescription en cas d'issue dramatique chez les pompiers ?

- Est-ce que la prescription chez les pompiers doit être plus stricte pour éviter le risque ? Ou au contraire, une trop grande prescription freine-t-elle l’activité ?

Prémisse 3 : le nécessaire jugement de l’autre

Le travail ne peut pas être singulier mais pluriel. En effet, c’est une pratique sociale où le regard de l’autre et sur l’autre est inévitable et nécessaire pour l’accomplissement et la construction identitaire. Ce regard peut être tantôt interne (appartenant au collectif de travail) comme externe (appartenant à un public à l’extérieur de la communauté).

Cette troisième prémisse amène les questions suivantes :

- Le regard de l’autre est-il une source de motivation pour réaliser l’activité des pompiers?

- Le regard interne de l’autre est-il plus présent dans un travail collectif comme celui des pompiers ?

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- Le regard externe de l’autre est-il plus présent dans un travail à l’extérieur (interventions dans l’espace public) ?

Ces 3 prémisses énoncées, nous aideront à mieux cerner certains discours dans la partie Analyse, interprétation et discussion des résultats de ce mémoire et elles nous permettront de trouver des pistes d’analyse. En effet, nous allons nous focaliser dans le travail qui « est une action dirigée où s’établit une triple relation : à l’objet de l’action, aux autres personnes concernées par l’objet et à soi-même » (Vézina, 2010). Le rapport entre l’activité et l’humain est au centre parce qu’il y a un affrontement ou friction entre certaines tâches de l’activité et les pompiers. Ceci, peut mettre en péril la santé physique et mentale du pompier. C’est pourquoi, grâce à la PDT, nous pourrons nous focaliser sur ces spécificités du vécu des pompiers interviewés.

Précisions supplémentaires de la PDT dans ce mémoire : Certaines précisions sont tout de même nécessaires :

-Dans ce travail, le terme « travail » sera employé comme synonyme « d’activité ». On ne se limitera pas à une activité professionnelle régulière et rémunérée mais également je vais inclure le volontariat (pompier professionnel et volontaire).

-Le risque est lié au plaisir et à la souffrance dans l’activité étant à la fois une source de plaisir et souffrance. Il fait partie de l’organisation de l’activité qui doit prendre en compte cette dimension pour prendre des dispositions pour lutter contre celui-ci.

Le plaisir et la souffrance dans l’activité L’organisation de l’activité

Le risque

-Ici, notons que la méthodologie se différentie de celle de la PDT qui quant à elle part d’une demande émanant du groupe de travailleurs, a besoin d’une connaissance du terrain et utilise l’observation clinique. Tandis que dans cette recherche, la demande émane de moi, ayant utilisés les entretiens et des visites a une caserne, au lieu de formation et au musée des sapeurs-pompiers comme source de connaisances.

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III. Méthodologie

Dans toutes les recherches, il est essentiel d’expliquer au lecteur comment la recherche a été construite et réalisée, afin d’argumenter et légitimer le bien-fondé des résultats. C’est pourquoi dans cette partie, on expliquera la conception de ce mémoire.

Les phases de réalisation de la recherche

La réalisation de ce mémoire a 4 grandes phases qui peuvent être décrites de la manière suivante :

-La première phase comprend la rédaction du plan de mémoire comprenant l’état de la littérature scientifique, des discussions avec le directeur du mémoire, l’élaboration des questions de recherche et d’hypothèses. Dans cette partie, on passe d’une réflexion large à une question spécifique qui est le fil rouge du mémoire.

-La deuxième phase comprend la collecte des données. Dans cette partie, les interviews sont faites sur un total de 6h30 heures d’entrevue, auprès de 5 pompiers et comporteront un total de 151 pages de retranscription sous forme de verbatim intégral (Annexes 3 à 7). Des visites au musée de sapeurs-pompiers à la Jonction, à l’école Latine, et la caserne 2, ont permis également de comprendre le contexte.

-La troisième phase comprend l’analyse qualitative de données obtenues auprès des pompiers par entretien et par grands thèmes. L’utilisation de codes couleurs (jaune et vert dans les verbatim) a permis de relever les paroles dont les thématiques ressortaient souvent.

-La dernière phase comprend l’écriture, les corrections, les lectures et les vérifications du mémoire.

Il est important de noter que ces phases ne sont pas exclusives et certaines tâches décrites dans l’une des phases peuvent avoir eu lieu également dans une autre phase.

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27 Fondements méthodologiques

L’entretien est utilisé comme technique d’enquête dans ce mémoire. C’est ainsi, que je me suis trouvée avec les différents pompiers dans une situation sociale de « rencontre et d’échange et non pas un simple prélèvement d’informations » (Blanchet et Gotman, 2007 p.15) où un effet de coproduction du discours et des informations recueillies a eu lieu. Cette rencontre s’est produite à mon initiative durant la fin de l’année 2016 et le début de l’année 2017. La durée des entretiens varie entre 50 minutes pour le plus court à 1 heure 43 pour le plus long, dépendant du type d’informations que l’interviewé avait à me transmettre.

Plusieurs stratégies ont été utilisées pour trouver des participants telles que les connaissances que j’avais, la rencontre d’anciens pompiers bénévoles dans le musée des sapeurs-pompiers, ou la prise de contact par mail. Ces entretiens contiennent des informations contenues dans la biographie de chaque pompier. C’est-à-dire, que l’information recueillie est le reflet du vécu de chaque pompier. Les entretiens ont été menés par moi- même, soit en compagnie d'un pompier, soit avec lui et son conjoint. La forme d’entretien collectif n’était pas voulue au départ, mais elle a découlé des circonstances. Ceci modifie «la relation sociale dépassant le traditionnel couple constitué par l’enquêteur et l’enquêté » (Duchesne et Haegel, 2008, p.8). Cette flexibilité et adaptation des circonstances fait que j’ai dû adapter et modifier mes choix initiaux en fonction de l’évolution de mes connaissances sur le sujet, des questions émergentes au fil du temps et du type d’entretien (individuel ou collectif).

L’entretien est une « improvisation réglée » (Bourdieu, 1980), parce que j’ai écouté les pompiers sur des sujets donnés, mais ils ont également parlé librement sur les thèmes qu’ils voulaient également aborder. C’est ainsi, que chacun de mes entretiens était une situation singulière mais faite avec une organisation et préparation selon le pompier et les effets de connaissances produites. C’est ainsi, que des grilles d’entretien ont été construites en amont aux entretiens (première partie de l’annexe 3 et 4). Ces entretiens étaient divisés en deux grandes parties : une partie différentiée selon le statut et position de l’interviewé et une partie commune aux 5 entretiens concernant des questions liées au risque, au parcours de vie et au profil. J’ai adapté la grille d’entrevue par rapport aux fonctions et expériences de chacun des pompiers rencontrés.

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Nous pouvons, dans cette partie préciser, que la thématique de cette enquête fait que je me suis intéressée à leurs expériences vécues et l’accent est mis sur la vie sociale, telles que la

« relation avec d’autres personnes, situations traversées avec leurs contraintes et leurs opportunités, pratiques récurrentes, projets formées et cours d’actions orientés vers leur réalisation… » (Bertaux, 2016, p.11). Cela a comme conséquence le fait que ces entretiens étaient narratifs dans plusieurs parties en mettant en avant le récit de vie de ces hommes avec une orientation vers l’activité de pompier. En effet, dans les récits recueillis, les domaines de l’existence ont été abordés, tels que les relations familiales et interpersonnelles, la formation, la vie professionnelle et l’emploi. Et, c’est l’articulation de tous ces domaines qui est riche en information.

Voulant analyser le sens que les pompiers donnent à leurs pratiques et à certains évènements dont ils ont été témoins, l’enquête par entretiens m’a semblé particulièrement pertinente, ayant comme effet la production de données verbales : un discours qui m’était jusque-là étranger. Le type de données recherchées et le fait que j’ignore « le monde de référence, ou que l’on ne veut pas décider a priori du système de cohérence interne des informations recherchées » (Blanchet et Gotman, 2007, p.37) m’ont fait choisir cette méthodologie. D’autre part, ma question de mémoire demande une articulation entre les contextes sociaux, les raisons pour lesquelles ils font ce métier et les conditions dans lesquelles ils l’exercent.

S’ajoute à cela, le fait que je ne connaissais pas ou très peu cette activité au début de l’enquête. Donc, ces entretiens exploratoires avaient un double objectif : s’approprier la connaissance de l’activité et en faire ressortir des aspects auxquels je n’aurais pas pensé de manière spontanée. L’avantage est que ces entretiens ont pu mettre en lumière des phénomènes qui ont eu comme effet un déplacement du questionnement par rapport à celui du début de ma recherche.

De plus, rappelons que ma question de recherche demande comment les hommes deviennent pompiers et comment ils durent dans cette activité. Ainsi, l’entretien «ne peut prendre en charge les questions causales, les pourquoi, mais fait apparaitre les processus et les comment » (Blanchet et Gotman, 2007, p.37)

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29 La conception de l’enquête

- La population :

En relation avec la définition de l’objet du mémoire, la définition des catégories de personnes que j’ai interrogées sont des pompiers (professionnels ou volontaires) du canton de Genève.

Aucune contrainte d’âge ou d’années d’ancienneté n’a été prise en compte. Au sein de l’échantillon, différentes caractéristiques ont émergé : les pompiers professionnels, les pompiers volontaires, les pompiers novices (ou ayant peu d’années d’activité), les pompiers expérimentés, les pompiers à la retraite et les pompiers en activité. N’étant pas sûre si le risque était le même entre sapeurs-pompiers volontaires ou professionnels, j’ai fait le choix d’inclure les sapeurs volontaires dans cette enquête après lecture du texte de T. Keller , M.

Keller , D. Keller ,V. Candas (2005). En effet, dans cette étude, on s’intéresse aux astreintes physiologiques des sapeurs-pompiers lors de l’approche d’un feu. « Sachant que les pompiers professionnels ont une expérience et un entraînement plus poussé que les pompiers volontaires, dont le vécu au feu et la condition physique sont moindres, nous avons voulu savoir si ces facteurs modifiaient les réponses des individus dans des conditions environnementales aussi extrêmes » et le résultat de cette étude montre que les professionnels sont capables de mieux se protéger de la chaleur. Avec cet exemple, on ne prétend pas mettre une égalité ou une hiérarchie entre les pompiers professionnels et volontaires concernant les difficultés rencontrées mais on inclut les pompiers volontaires, parce qu'il y a une augmentation de risque si le niveau d’expérience et d’entraînement est plus faible que chez les professionnels.

- Le corpus :

Afin d’analyser les perceptions des pompiers, 5 entretiens ont été menés et retranscrits. La taille du corpus a été définie grâce aux consignes formulées pour un travail de fin d’études en fonction de mon thème, du type d’analyse projeté et du temps pour la réalisation du mémoire.

- Les modes d’accès aux interviewés :

Pour prévoir comment j’allais avoir accès aux pompiers interviewés, j’ai répondu à la « double exigence : pratique et de neutralité » (Blanchet et Gotman, 2007,p.52-53). C’est-à-dire, que je voulais une méthode commode, adaptée, facile et efficace pour prendre contact avec la population cible tout en restant la plus impartiale possible. Et, c’est ici que la notion d’accès

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direct et accès indirect rentrent en compte. J’ai utilisé pour cette recherche les deux modes d’accès. Le premier est considéré comme plus neutre en cherchant directement le contact.

Pour ce mode d’accès direct, j’ai utilisé le musée des sapeurs-pompiers de la ville de Genève comme terrain d’immersion dans cette activité mais également comme lieu de rencontre avec les guides retraités, qui comme le commandant du SIS Nicolas Schumacher l’écrit sur la page web du site internet du musée «ont une carrière de sapeur-pompier derrière eux, même si l’on ne quitte jamais véritablement cette magnifique profession! Les explications qui vous seront données, les expériences qui vous seront contées et les anecdotes, très nombreuses après plus de 30 ans de métier, vous permettront sans nul doute de mieux comprendre l’immense champ d’action des sapeurs-pompiers genevois. » C’est dans ce lieu que j’ai pu rencontrer et échanger les coordonnées avec des anciens retraités qui ont voulu participer à mon enquête. Le mode d’accès indirect qui passe par « l’entremise de tiers, institutionnels ou personnels » est moins neutre parce que ma demande était « amicale, sociale ou institutionnelle » (Blanchet et Gotman, 2007, p.54). En effet, j’ai également interviewé des connaissances ou des connaissances de connaissances.

- Les guides d’entretien :

Dans la mesure où ma recherche est exploratoire, mes connaissances et hypothèses de recherche évoluaient à la suite de chaque entretien, m’obligeant à des allers-retours à la théorie. Les entretiens se sont faits d’une manière de plus en plus structurée en fonction des informations plus précises sur le domaine étudié, ainsi qu’avec mes axes étudiés (risque, motivation et stratégies). Au début, il me fallait m’immerger et me familiariser avec ce monde en acquérant des connaissances basiques (des codes verbaux, les types d’interventions, les formations, etc.) pour pouvoir mieux appréhender ma question de recherche.

Méthodes d’analyse des données

Les entretiens que j’ai recueillis et enregistrés ne parlent pas d’eux-mêmes et il faut effectuer l’analyse du discours. C’est-à-dire que je me suis appuyée sur des extraits textuels que j’ai sélectionnés pour les confronter à mes thématiques de recherche. Pour pouvoir faire cette analyse, j’ai retranscrit de manière littérale les propos des interviewés et de l’interviewer. Et, c’est ce corpus de texte écrit, qui m’a permis de produire des résultats. Ainsi, « stabiliser le mode d’extraction du sens et produire des résultats répondant aux objectifs de la recherche

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» (Blanchet et Gotman, 2007,p.89) sont le double objectif de l’analyse du contenu. Afin de réaliser l’analyse du contenu de ces entretiens, différentes méthodes ont été combinées et utilisées : l’analyse par entretien et l’analyse thématique. L’analyse par entretien se justifie, parce que j’étudie le processus par lequel les pompiers passent pour leurs choix d’activité.

Cette méthode révèle la singularité de chaque parcours biographique des 5 pompiers interviewés. Tandis que l’analyse thématique défait cette singularité pour aller vers des thématiques plus communes se référant aux mêmes thèmes que l’on peut retrouver dans les 5 entretiens.

Un entretien ne décrit pas exhaustivement une pratique et le réel est soumis à 4 principales transformations dont il faut tenir compte : «la délimitation opérée par la définition de l’objet ; la sélection des éléments jugés pertinents au travers des questions ; le tri par l’activité de codage et de recodage des informations recueillies : la lecture d’une partie seulement des données » (De Singly, 2016). Ces transformations réduisent la complexité de cette réalité.

Pour y remédier, dans mon entretien il y a les questions de faits (tentant de cerner la dimension de la pratique d’un pompier) et des questions d’opinion (pour avoir leur avis).

C’est-à-dire que l’on a essayé de garder une posture d’objectivation en se focalisant sur des éléments concrets et pratiques.

Dans la littérature, l’enquête par entretiens convient à des études de groupe restreint. Mais se pose le problème de la représentativité de mes résultats. En effet, l’échantillon trop limité de 5 pompiers ne permet pas de généraliser les conclusions à l’ensemble des pompiers de Genève. Certains pourraient croire que la véracité dépend du nombre d’entretiens qui ferait sa force mais ici rappelons que « les entretiens n’ont pas pour but d’être « représentatifs » (pour ça il y a le questionnaire). Le but est de reconstruire « l’univers sur lequel on travaille.

» (Lefèvre, 2016)

L’interconnaissance des couples dans mes entretiens collectifs, peut avoir un effet sur la liberté de parole. En effet, les couples vont évidemment confronter leurs propos après l’entretien que j’ai mené et « les risques d’autocensure ou conflictuelle peuvent peser sur les relations interpersonnelles après l’entretien » (Duchesne et Haegel, 2008, p. 47). C’est à dire, que les couples, peuvent ne pas vouloir s’exprimer par peur des conséquences de leur parole après les entretiens. Mais cette limite est insignifiante parce que dans tous les entretiens collectifs menés, il y a eu du temps dans lequel la partenaire n’était pas présente. Donc, ceci

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