Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition - Vol. XX - n° 1-2 - janvier-février 2016 36 Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition - Vol. XX - n° 1-2 - janvier-février 2016Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition - Vol. XX - n° 1-2 - janvier-février 2016
w w w . g r i o . o r g G R I O Coordonné par :
T. Thomas (Saint-Étienne)
Faut-il jeter le calcium avec l’eau du bain ?
P. Fardellone*
L’
équipe néo-zélandaise de I. Reid et M.J. Bolland vient de publier un nouvel article “sur” ou plutôt“contre” la supplémentation en calcium (1) . Si la question mérite d’être débattue, la démarche de ces auteurs, systématiquement à charge vis-à-vis du calcium, interroge également. En effet, après avoir tenté de démontrer que le calcium pouvait provoquer des accidents cardiovasculaires, il s’agissait maintenant, pour eux, d’apporter la preuve de son ineffi cacité dans la prévention des fractures ostéoporotiques. Dans ce but, les auteurs ont produit une méta- analyse comportant un nombre impressionnant d’études − 26 essais randomisés contrôlés et 44 cohortes d’hommes et de femmes de plus de 50 ans issus d’une recherche qui se voulait exhaustive de la litté rature scientifi que −, portant sur les eff ets du calcium alimentaire ou pharmaceutique et ayant les fractures comme critère d’évaluation.
Force est de constater que les méta-analyses sont un peu comme les auberges espagnoles : on y trouve ce qu’on y apporte…
Les essais randomisés contrôlés analysés par M.J. Bolland et al. montrent bien que la supplémentation calcique réduit le risque global de fractures de 11 % (RR = 0,89 ; IC 95 : 0,81-0,96 ; p = 0,004) et celui de fractures vertébrales de 14 % (RR = 0,86 ; IC 95 : 0,74- 1,00 ; p = 0,04), mais pas celui des fractures
de hanche ni de l’avant-bras. Malgré cela, les auteurs considèrent que ces études com- portent trop de biais qui vont dans le sens d’une réduction du risque et concluent qu’il n’y a pas d’eff et protecteur. Après avoir éli- miné les études de petite taille qu’ils estiment être les plus biaisées alors qu’elles sont en général plus souvent favorables au calcium que les études de grande taille, ils rapportent en eff et une disparition de l’eff et protecteur.
Les auteurs admettent toute fois qu’une sup- plémentation en calcium et en vitamine D pourrait être effi cace chez des sujets âgés carencés institutionnalisés à partir des don- nées d’une seule étude.
Les résultats des cohortes sont contradic- toires, comme cela est fréquent dans les études observationnelles dans le domaine de la nutrition où les facteurs de confusion sont très nombreux. Le calcium y apparaît comme ayant tantôt un eff et neutre dans plus de trois quarts des études, tantôt un rôle protecteur ou para doxalement délétère.
Là encore, l’utilisation des données est sujette à caution. L’analyse n’a pas porté sur les données individuelles, ce qui aurait amélioré sa pertinence. Les auteurs ont considéré qu’il y avait suffi samment d’études de cohortes pour décider, a posteriori, de ne pas analyser les études cas-témoins ou transversales qui sont considérées comme ayant un niveau de preuve plus
faible. On note aussi quelques entorses par rapport aux critères initiaux de sélection des études entrées dans la méta-analyse.
La référence 20 de leur étude ne porte pas sur les fractures, comme il était pourtant bien spécifi é dans les critères de sélection des articles, et les fractures ne sont pas rapportées dans l’article lui-même (2) . À l’issue de cette analyse, les auteurs concluent abruptement que la consommation de calcium n’est pas associée à la diminution du risque de fracture et qu’ils ont par ailleurs déjà mon- tré qu’elle s’accompagnait d’un risque car- diovasculaire. Cela aboutit donc, selon eux, à un rapport bénéfi ce/ risque du calcium tout à fait défavorable, ne justifi ant plus que les diff érentes instances, politiques ou médicales, continuent de promouvoir aveuglément une augmentation de la consommation en calcium au sein des populations de plus de 50 ans.
On attend d’une affi rmation aussi lourde de conséquences en termes de santé publique qu’elle ne s’appuie que sur des arguments scientifiques incontestables.
On s’aperçoit pourtant, à la lecture de la méta-analyse de M.J. Bolland et al., que partis pris scientifi ques et biais d’analyse sont suffi samment présents pour en fausser les résultats et limiter sévèrement la portée
de leurs conclusions. ■
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
1. Bolland MJ, Leung W, Tai V et al. Calcium intake and risk of fracture: systematic review.BMJ 2015;351:h4580.
2. Lau EM, Woo J, Lam V, Hong A. Milk supplementation of the diet of postmenopausal Chinese women on a low calcium intake retards bone loss. J Bone Miner Res 2001;16:1704-9.
R é f é r e n c e s
*Service de rhumatologie, CHU d’Amiens.
© La Lettre du Rhumatologue, n° 417, décembre 2015
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