Anopheles hancocki Anopheles gambiae Ecologie Transmission du palu- disme Lutte antivectorielle Kobdombo Arrondissement de Nyako- kombo CamerounAyos Afrique subsaharienne
É cologie de Anopheles hancocki Edwards, 1929 et étude de son implication dans la transmission du paludisme dans un village du bloc forestier sud-camerounais
F.N. Nopowo (*,1), P. Akono Ntonga (1), C. Tonga (1), L. Offono Enama (1), A. Mbida Mbida (1), S. Kekeunou (2)
(1) Université de Douala, Faculté des sciences, Département de biologie et organismes animaux. Laboratoire de biologie et physiologie des orga- nismes animaux. B.P.24 157 Douala, Cameroun.
(2) Université de Yaoundé I, Faculté des sciences, Département de biologie et physiologie animale. Laboratoire de Zoologie. B.P.812 Yaoundé, Cameroun.
4953 reçu le 23 août 2019, accepté le 7 février 2020
Summary: Ecology and contribution of Anopheles hancocki Edwards, 1929 in malaria transmission in a village of south Cameroon forest block
Anopheles hancocki est l’un des vecteurs secondaires du paludisme dont l’écologie larvaire est encore méconnue dans le bloc forestier sud-camerounais. Cette information est pourtant fondamentale pour la mise en place d’une stratégie de contrôle efficace là où ce moustique se fait le vecteur des plasmodiums responsables des paludismes. La présente étude détermine l’écologie larvaire d’An. hancocki et de son degré d’implication dans la transmission du paludisme dans un village fluvial du district de santé d’Ayos.
L’échantillonnage des moustiques a eu lieu dans le courant de l’année 2018 au rythme d’une enquête par trimestre en combinant la méthode du « dipping » de collectes des larves à celle des captures des mous- tiques adultes sur les volontaires. Pour chaque gîte, les larves ont été prélevées puis élevées en insectarium et les paramètres physico-chimiques mesurés in situ. Les moustiques adultes ont été identifiés suivant les critères morphologiques et moléculaires. L’infectivité des vecteurs a été déterminée selon le test ELISA CSP et la détermination de leur âge physiologique basée sur l’aspect des trachéoles ovariennes. Un total de 3618 adultes de moustiques appartenant à 7 espèces a été obtenu dans la localité d’étude, comprenant An.
hancocki, An. gambiae, An. moucheti, Mansonia africana, Culex pipiens quinquefasciatus, Aedes albopictus et Aedes aegypti. Les gîtes d’An. hancocki se sont montrés comparables à ceux d’An. gambiae. Toutefois les valeurs de ‘Total dissolved solid’ (TDS) et de conductivité des gîtes d’An. gambiae ont été significativement supérieures à celles des gîtes d’An. hancocki. Ce dernier s’est d’ailleurs montré comme étant l’espèce la plus agressive en représentant 45,6 % de la faune culicidienne capturée dans la zone d’étude. Son cycle nocturne d’agressivité a montré une activité maximale située dans la tranche horaire 20h-22h. Les femelles de cette espèce étaient significativement plus âgées que celles d’An. gambiae et contribuaient à 40 % de la transmis- sion du paludisme dans la localité avec un taux d’inoculation entomologique (TIE) moyen annuel de 2,92 pi/H/an, pas loin derrière An. gambiae 3,65 pi/H/an. Les larves d’An. hancocki ont, à quelques différences près, les mêmes exigences écologiques que celles d’An. gambiae. An. hancocki entraîne une transmission pérenne du paludisme dans la région d’étude et impose de ce fait, la mise sur pied d’une stratégie durable de contrôle des paludismes.
Abstract :
Anopheles hancocki is one of the secondary vectors of malaria whose larval ecology in the South Cameroonian forest block is still unknown. This information is however fundamental for developing efficient and sustainable control strategies against this mosquito in localities where it acts as disease vector. The present study describes the larval ecology of An. hancocki and its contribution in malaria transmission in a riverbank village of the Ayos Health District. Mosquito sampling took place in 2018 on a quarterly rate, combining the dipping method for larval collection with adult mosquitoes capture on volunteers. For each of the breeding sites, physicochemical characteristics were measured and lar- vae were collected and reared to adult. Molecular alongside morpho-taxonomic techniques were used for the identification of mosquito species. Physiological age was determined based on the appearance
Entomologie médicale
Anopheles hancocki Anopheles gambiae Ecology Malaria transmission Vector control Kobdombo Nyakokombo subdivision CameroonAyos Sub-Saharan Africa
Introduction
A
u Cameroun, les pouvoirs publics appuyés par les partenaires au développement déploient pour contrôler le paludisme, des moyens multiformes se déclinant en deux volets. Le premier consiste à la prise en charge rapide des patients basée sur un diagnostic précoce suivi de l’administration de combinaisons de molécules à base d’artémisinine et le second concerne la mise en place d’opérations de lutte contre les vec- teurs [28]. Ce dernier volet repose depuis 2007 sur une approche intégrée dans laquelle les moustiquaires imprégnées d’insecticides (MII) et les aspersions intra- domiciliaires d’insecticides (AII) sont les interventions principales. Cependant, une meilleure planification des stratégies de lutte antivectorielle devrait être fon- dée sur des informations entomologiques fiables et convaincantes renseignant sur la bio-écologie des vec- teurs ainsi que leur implication dans la transmission du paludisme. Ces informations sont disponibles pour la plupart des écozones rencontrées dans l’ensemble du pays et sont majoritairement axées sur les vecteurs majeurs au détriment des vecteurs secondaires des paludismes. Des 14 anophèles (Diptera : Culicidae) susceptibles de transmettre les Plasmodium au Came- roun, 9 sont qualifiés de secondaires. Il s’agit de : An.paludis, An. carnavalei, An. coustani, An. marshal- lii, An. ziemanni, An. pharoensis, An. hancocki, An.
wellcomei et An. ovengensis [11,17,25]. À ce jour, très peu d’études relatives à la bio-écologie de ces vecteurs secondaires ont été menées dans l’ensemble des éco- zones du pays. Pourtant, ces vecteurs jouent un rôle accessoire en assurant la pérennité de la transmission dans un faciès éco-climatique donné. Bien plus, ils peuvent dans certains biotopes être considérés comme des vecteurs d’importance locale. Pour ce qui est d’An.
hancocki, les premières études sur cette espèce datent de 1940. C’est au cours de ces études vieilles de 80 ans que les sporozoïtes ont été découverts pour la première fois dans les glandes salivaires des femelles de cette espèce [18,19]. Depuis lors, aucune étude d’envergure sur An. hancocki n’a plus été menée sur le territoire, l’es- sentiel des travaux s’étant simplement limité à la des-
cription de sa répartition géographique. C’est d’ailleurs au cours de ces dernières études [26] qu’il ressort que l’espèce An. hancocki avait une distribution hétérogène dans la partie sud du pays, notamment à Douala, Kribi, Ebolowa, Dschang, Batouri, Mbandjock, Buea, Likoko, Bertoua et Ayos [26], chaque localité présentant des spécificités écologiques particulières qui peuvent avoir une incidence sur la capacité vectorielle du vecteur et sa bio-écologie.
Pour cette étude, nous avons choisi le site de Kob- dombo qui est le chef-lieu de l’arrondissement de Nyakokombo situé à 23 km d’Ayos. Ce site a été retenu en raison de ses particularités écologiques favorables à la prolifération de l’espèce An. hancocki. Bien plus, les études préliminaires menées de mars à mai 2017 ont montré une prédominance de cette espèce, confirmant ainsi les résultats obtenus dans cette même localité par Languillon et al. (1956) [24]. Il nous est donc apparu nécessaire de déterminer l’écologie de cette espèce dans cette région, son cycle d’agressivité ainsi que son niveau d’implication dans la transmission du palu- disme afin de planifier des stratégies de lutte, à la fois plus adaptées et plus efficaces.
Méthodologie
Description du site d’étude
L’enquête a eu lieu à Kobdombo (04°06’N-12°30’E), localité rurale située à 23 km de la ville d’Ayos dans la région du Centre (Fig. 1). Cette localité a été érigée au rang de chef-lieu d’arrondissement de Nyakokombo le 16 juin 2010. Depuis lors, on assiste à la construc- tion de nombreux édifices publics. La végétation est constituée d’une forêt plus ou moins dégradée du fait de l’activité anthropique. Toutefois, la présence de grands arbres filtrant les rayons de soleil mérite d’être signalée. Le réseau hydrographique est prin- cipalement constitué de la rivière Nyakokombo qui se jette dans le fleuve Nyong (Fig. 1). Ces cours d’eau sont colonisés par une formation herbacée (Pistia sp) qu’affectionne l’espèce de moustique An. moucheti. Les habitations sont majoritairement construites en terre
of their ovarian tracheoles and CSP ELISA test was used to assess infectivity. In total, 3618 adult mos- quitoes belonging to seven species were collected in the study area, namely An. hancocki, An. gambiae, An. moucheti, Mansonia africana, Culex pipiens quinquefasciatus, Aedes albopictus and Ae. aegypti.
Breeding sites of An. hancocki were similar to those of An. gambiae. However, the total dissolved solids and conductivity values were significantly higher in An. gambiae breeding sites than in those of An.
hancocki. An. hancocki was the most aggressive mosquito species and represented 45.6% of the local aggressive culicidofauna. His nocturnal cycle of aggression showed maximum activity between 8 pm and 10 pm. Females of this species were significantly older than those of An. gambiae and contributed to 40% of malaria transmission in the locality with an average annual EIR of 2.92 ib/p/year lower than that of An. gambiae (3.65 ib/p/year). Except for few differences, ecological requirements for the development of An. hancocki larvae are similar to that of An. gambiae. An. hancocki contributes to the perennial transmission of malaria in this area; implementation of vector control strategies is therefore needed.
battue avec des toitures en tôles ondulées, exceptés quelques édifices publics construits en blocs de par- paings. Ces habitations sont positionnées de façon linéaire de part et d’autre d’une route non bitumée et mal entretenue rendant ainsi la localité peu accessible en saison pluvieuse. Les traces de pneus d’automobiles et de motocycles constituent généralement le lieu de ponte de l’espèce An. gambiae en saison des pluies. Le climat est équatorial, de type guinéen caractérisé par 4 saisons : 2 saisons pluvieuses (septembre-novembre et mars-juin) et 2 saisons sèches (décembre-février et juillet-août). La moyenne annuelle de la pluviométrie est de 1971,2 mm ; la température moyenne annuelle oscille autour de 26°C et l’humidité relative moyenne annuelle est de 80 % [3]. Comptant environ 1500 habi- tants en 1987, cette localité en compte aujourd’hui près de 11 200 [8]. Les activités économiques menées sont l’agriculture (cacao et café, banane, manioc, arachide, maïs, igname….) et la pêche. L’élevage n’y est pas pra- tiqué. Cependant quelques chèvres, porcs et volailles divaguent à travers le village. Cette population souffre fréquemment de la dysenterie amibienne du fait du manque d’eau potable, des vers intestinaux, de l’oncho- cercose et de paludisme (médecin de l’hôpital régional d’Ayos, comm. pers.). Elle utilise les serpentins fumi- gènes et les moustiquaires imprégnées d’insecticides pour se protéger des piqûres de moustique et se rend
habituellement dans le centre de santé de la place en cas de maladie.
Collecte et traitement des moustiques
La présente enquête a fait appel à deux méthodes d’échantillonnage : la collecte des larves et la capture des femelles adultes sur des volontaires.
La collecte des larves de moustiques a eu lieu chaque trimestre de l’année 2018 au rythme de 4 jours consé- cutifs par trimestre selon la méthode de « dipping » [33]. Dans la zone d’étude, tous les gîtes potentiels de ponte des moustiques ont été systématiquement visités et les caractéristiques physico-chimiques mesurées in situ. Les gîtes ont été regroupés en cours d’eau, flaques d’eau, traces de pneus d’automobiles, etc. Les larves col- lectées ont été élevées séparément en insectarium en fonction de la nature de leur gîte [13]. Les adultes obte- nus ont été morphologiquement identifiés [18,19,23].
Les femelles des moustiques adultes ont été collectées en 2018 en utilisant la méthode de captures nocturnes sur des volontaires vaccinés contre la fièvre jaune et soumis à une prophylaxie contre le paludisme. Ces captures ont eu lieu de 18 heures à 6 heures, au rythme de 5 nuits consécutives tous les 3 mois, à l’intérieur de 10 habitations choisies en fonction de leur proxi- mité avec un point d’eau. Les moustiques capturés ont été identifiés sur la base des critères morphologiques [18,19,23]. Les ovaires des anophèles ont ensuite été
Figure 1
Localisation du site d’étude Location of the study site
disséqués pour la détermination de l’âge physiolo- gique, basé sur l’aspect des trachéoles ovariennes [14].
Chaque anophèle disséqué a été placé dans un tube Eppendorf de 1,5 millilitre contenant du silicagel, puis conservé dans un congélateur à -20 °C pour les ana- lyses moléculaires.
Analyses de laboratoire
L’ADN génomique a été extrait des pattes et des ailes des anophèles en utilisant la technique d’extraction au CTAB 2 % [15]. Les membres du complexe An.
gambiae s.l. ont ensuite été identifiés par PCR [16]. La détermination des taux d’infection des anophèles a été faite après détection de la protéine circumsporozoïte (CSP) dans la tête et le thorax à l’aide de la technique ELISA CSP [9,37].
Analyse statistique des données
Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel SPSS (Version 19.0 for Windows, SPSS Inc., Chicago, IL, États-Unis). Le test de Wilcoxon a permis de comparer les densités agressives entre les espèces.
Le test de corrélation de Pearson a permis de vérifier la corrélation entre les taux d’infection et les taux de parité pour chaque espèce de moustiques. Le test H de Kruskal Wallis a permis de comparer les données des paramètres physico-chimiques des gîtes larvaires des moustiques. Le seuil de significativité de toutes les analyses statistiques a été fixé à p=0,05.
Résultats
Diversité des moustiques à Kobdombo
Un total de 3618 adultes de moustiques a été obtenu dans la localité d’étude en utilisant les méthodes d’échantillonnage par dipping et captures nocturnes.
Sept espèces de moustiques ont été identifiées : An.
hancocki, An. gambiae (seule espèce du complexe gambiae), An. moucheti (seule espèce du groupe mou- cheti), Mansonia africana, Culex pipiens quinquefascia- tus, Aedes albopictus et Ae. aegypti (Tableau 1).
Ae. aegypti a été capturé uniquement à l’état larvaire.
Les six autres espèces ont été obtenues à la fois par les collectes larvaires et les captures nocturnes sur les volontaires. Les moustiques de la sous-famille Anophelinae ont représenté 79,4 % des moustiques capturés. An. hancocki (41,6 %) a été l’espèce la plus abondante, suivie d’An. gambiae (26,7 %) et d’An.
moucheti (11,1 %). Les Culicinae ont été faiblement représentés avec seulement 20,6 % des effectifs obte- nus.
Caractéristiques physico-chimiques des gîtes lar- vaires d’An. hancocki et d’An. gambiae
Les données sur les caractéristiques physico-chimiques des gîtes larvaires d’An. hancocki et d’An. gambiae sont consignées dans le tableau 2. Pour ce qui est des carac- téristiques chimiques, les gîtes d’An. gambiae et ceux d’An. hancocki paraissent comparables. Cependant, les valeurs de total dissolved solids (TDS), de tempé- rature et de conductivité des gîtes d’An. gambiae sont significativement supérieures à celles enregistrées dans les gîtes d’An. hancocki. Les différences ne sont pas significatives pour ce qui est des valeurs des autres paramètres (Tableau 2). Pour ce qui est des caractéris- tiques physiques, les larves d’An. hancocki affection- nent les gîtes ombragés (larves héliophobes) alors que celles d’An. gambiae prolifèrent dans les gîtes enso- leillés (larves héliophiles). Cependant, les larves de ces deux espèces d’anophèles présentent des affinités à la fois pour des gîtes temporaires et naturels (Tableau 2).
Tableau I
Diversité des moustiques à Kobdombo Diversity of mosquitoes in Kobdombo
Taux de piqûres, taux de parité, indice sporozoïtique (IS) et taux d’inoculation entomologique (TIE) des moustiques
Un total de 980 femelles de moustiques endophiles réparties en 6 espèces se sont montrées agressives vis- à-vis de l’Homme. Il s’agit de : An. hancocki, An. gam- biae, An. moucheti, M. africana, Cx. p. quinquefasciatus et Ae. albopictus. Le taux moyen global d’agressivité a été de 1,06 p/H/n (387 p/H/an). An. hancocki a repré- senté 45,6 % de cette culicidofaune agressive suivi d’An. gambiae (34,2 %) et d’An. moucheti (15,8 %).
M. africana (0,7 %) a été l’espèce la moins agressive (Tableaux 1 et 3). Les taux de piqûres d’An. hancocki ont été significativement supérieurs à ceux d’ An. gam- biae (p=0,03) et d’An. moucheti (p=0,005). Le cycle nocturne d’agressivité a montré une activité maximale dans la tranche horaire 20 h-22 h pour An. hancocki et 22 h-24 h pour les autres anophèles (Fig. 2).
Un total de 876 ovaires d’anophèles capturés sur les volontaires a été disséqué. Se basant sur l’aspect des trachéoles ovariennes, 148 ont été classés pares et 728 nullipares. An. hancocki a totalisé 39,9 % des anophèles
Tableau II
Comparaison des caractéristiques physico-chimiques des gîtes d’An. hancocki avec ceux d’An. gambiae dans la localité d’étude (Test H de Kruskal Wallis)
Comparison of the physicochemical characteristics of the deposits of An. hancocki with those of An. gambiae in the study area (Kruskal Wallis Test H)
Tableau III
Variations des densités agressives pendant la période d’étude Variations in aggressive densities during the study period
pares contre 35,8 % pour An. gambiae et 24,3 % pour An. moucheti (Tableau 4). Une différence significative a été enregistrée entre les femelles pares d’An. hancocki et celles d’An. moucheti (p<0,001).
Un total de 893 femelles d’anophèles identifiées a fait l’objet de tests ELISA CSP. Les indices sporozoïtiques moyens annuels se sont chiffrés à 1,8 % ; 3,1 % et 1,3 %, respectivement, pour An. hancocki, An. gambiae et An. moucheti (Tableau 5). Les femelles infectées d’An.
hancocki ont été les seules capturées à toutes les saisons (Tableau 5). La tranche horaire 0h-2h s’est révélée celle où l’on a retrouvé le plus de glandes salivaires infec-
tées chez cette espèce (Fig. 2) alors que chez les autres espèces anophéliennes, cette tranche horaire se situait entre 22 h et 2 h (Fig. 2). Plasmodium falciparum a été la seule espèce plasmodiale retrouvée chez les mous- tiques infectés. Il n’existe pas de corrélation entre les taux de parité et les taux d’infectivité d’An. hancocki (Fig. 3). Par contre, cette corrélation est positive chez les autres anophèles (R2 = 0,993 ; p=0,002) (Fig. 3).
An. hancocki a ainsi contribué à hauteur de 40 % de la transmission du paludisme dans la localité avec un TIE moyen annuel de 2,92 pi/H/an. An. gambiae apparaît comme le vecteur majeur de la localité avec un TIE
Tableau IV
Variation des femelles de moustiques pares durant la période d’étude Variation of parous mosquitoes females during the study period Figure 2
Cycles d’agressivité nocturne et distribution horaire des piqûres infectées (A) d’Anopheles hancocki et (B) des autres anophèles capturés à l’intérieur des maisons de la localité d’étude
Nocturnal aggression cycle and hourly distribution of (A) infected Anopheles hancocki bites and (B) infected other Anopheles bites inside houses in the study area
moyen annuel de 3,65 pi/H/an. An. moucheti dont les femelles ne transmettent le paludisme qu’entre janvier et octobre peut être considéré comme un vecteur occa- sionnel (Tableau 6).
Discussion
L
a présente étude a montré que la faune culicidienne présente dans la localité de Kobdombo est riche et diversifiée. Elle est composée de 7 espèces bien connues du bloc forestier sud-camerounais. Il s’agit de 3 anophèles (An. hancocki, An. gambiae, et An.moucheti) et 4 Culicinés (Cx. p. quinquefasciatus, Ae.
albopictus, Ae. aegypti et M. africana) [2,3]. Cette diversité est consécutive à une multiplicité des gîtes présents dans la localité, différents les uns des autres par leur nature, leur dimension, leur profondeur ainsi que par les caractéristiques physico-chimiques des eaux qui les composent. La traversée du Nyakokombo (cours d’eau permanent), la présence de chantiers de construction, le mauvais état des voies routières ainsi que le manque d’assainissement sont à l’origine d’une telle abondance des gîtes de ponte des moustiques [10,22,32]. Les moustiques du genre Anopheles sont les plus abondants dans la localité (79,4 %). Ce résultat s’explique par la présence de nombreux milieux natu-
Tableau V
Figure 3
Variations des taux d’infectivité et de parité en fonction des mois d’étude, (A) d’An. hancocki, (B) d’autres Anopheles Variations in Infectivity and Parity Rates according to the months of study (A) for An. hancocki, (B): other Anopheles
Indice sporozoïque moyen (IS) des différentes espèces d’anophèles Average sporozoitic index (SI) for the different Anopheles species
rels dans la localité d’étude. Les dépotoirs d’ordures qui sont généralement à l’origine des gîtes pollués qu’af- fectionnent les moustiques du genre Culex sont très rares. De surcroît, les gîtes artificiels, sites de ponte préférentiels des Aedes, sont peu nombreux et les gîtes naturels prédominants. Des résultats similaires ont été enregistrés dans la plupart des localités rurales du bloc forestier sud-camerounais et montrent que les popu- lations rurales sont plus exposées au parasite respon- sable du paludisme qu’à d’autres pathogènes transmis par les moustiques [36]. De tous les anophèles col- lectés, An. hancocki a été l’espèce la plus représentée dans la localité d’étude. Cette information contraste avec celles obtenues par plusieurs autres auteurs ayant conduit leurs recherches dans les mêmes écosystèmes.
En effet, An. gambiae est reconnu comme le vecteur majeur du paludisme dans l’ensemble du bloc forestier du sud-Cameroun [5,7]. Dans les localités de cette par- tie du territoire qui sont traversées par un cours d’eau de moyenne importance, il est plus souvent observé une prédominance des espèces An. moucheti et An. nili [4,6,35]. La prolifération de l’espèce An. hancocki dans la localité d’étude est très certainement due à la pré- sence de plusieurs points d’eau naturels et de la rivière à débit lent colonisée par Pistia sp. Cette analyse cadre avec les résultats d’Hamon et al. [20] et de Gillies et De Meillon [19]. Ces derniers ont en effet découvert que les larves d’An. hancocki se développaient dans des marécages aux eaux claires et des rivières à courant lent, parfois en présence de Pistia sp. L’analyse com- parative des gîtes recensés dans notre étude a montré qu’An. hancocki se développait dans les conditions éco- logiques presque semblables à celles d’An. gambiae. Les gîtes sont tous naturels, temporaires ou permanents et pourvus de débris flottants. Cependant, les gîtes d’An.
gambiaesont ensoleillés alors que ceux d’An. hancocki sont plus ombragés. Il convient tout de même de rele- ver que les exigences écologiques de l’espèce An. han- cocki ne sont pas strictes, car Rageau et al. [29] avaient
retrouvé An. hancocki associé à des larves d’An. gam- biae au cours d’enquêtes menées au sud-Cameroun.
Ainsi, An. hancocki pourrait être doté d’une grande plasticité écologique. Signalée dans plusieurs localités du bloc forestier du sud-Cameroun dans les années 1940, cette espèce a montré une certaine résilience aux bouleversements environnementaux [1]. La collecte des larves d’An. moucheti se justifierait par la présence du Nyakokombo, cours d’eau à débit lent pourvu de l’espèce végétale Pistia sp [27]. Les larves de M. africana ont été prélevées dans les marécages herbeux à proxi- mité de la rivière Nyakokombo. Ces larves vivent géné- ralement fixées sur les tiges et les racines des plantes immergées, tout particulièrement les Typha dont elles puisent l’air dans les espaces aérifères [34]. Ae. albo- pictus et Ae. aegypti ont été collectés dans certains gîtes artificiels de la localité. De nombreuses études ont montré que les femelles de ces deux espèces sont attirées par cette catégorie de gîtes au moment de la ponte de leurs œufs [30,38]. Darriet et Corbel [12] ont d’ailleurs montré que certaines teneurs en engrais NPK peuvent influencer le comportement de ponte d’Ae.
aegypti. Les faibles densités des Aedes enregistrées dans la localité d’étude pourraient s’expliquer par une utilisation limitée des engrais NPK en agriculture, cette dernière étant une agriculture de subsistance dans la zone d’étude.
Les résultats de cette étude montrent qu’An. hancocki est l’espèce la plus agressive pour l’Homme à Kob- dombo. C’est la première fois en Afrique centrale que cet anophèle est signalé plus agressif en présence d’autres vecteurs tels que An. gambiae et An. moucheti.
Son cycle d’agressivité à l’intérieur des maisons montre de surcroît un pic précoce situé dans la tranche horaire 20h-22h, contrairement à celui des autres anophèles qui est plutôt situé entre 22h-24h. En regard de ces observations, An. hancocki semble donc s’être adapté aux habitudes des populations. En effet, Kobdombo a bénéficié d’une importante couverture en mousti-
Table VI
Taux d’inoculation entomologique moyen (TIE) pour différentes espèces d’anophèles Average entomological inoculation rate (EIR) for different Anopheles’ species.
quaires imprégnées d’insecticide lors de la campagne gratuite de distribution de 2016. Ainsi, pour contour- ner la protection physico-chimique dont bénéficient désormais les populations, cette espèce capitalise ses prises de repas sanguins préférentiellement avant 22h30, heure au-delà de laquelle les populations dor- ment sous une moustiquaire. Cette aptitude à modifier son comportement de piqûres en fonction des habi- tudes des populations a déjà été observée chez An.
gambiae et constitue l’un des facteurs ayant fait de cette espèce le vecteur majeur du paludisme dans plusieurs localités du sud-Cameroun voire d’Afrique centrale [31]. Si cette faculté est aussi confirmée chez An. han- cocki, il serait alors très probable que les affections palustres dues à cette espèce augmenteraient considé- rablement au cours des années à venir. En outre, Le test ELISA CSP a montré que tous les anophèles collectés dans la localité peuvent héberger Plasmodium falcipa- rum dans leurs glandes salivaires. Même si An. gam- biae apparaît comme le vecteur majeur du paludisme dans la localité, An. hancocki est la seule espèce capable de transmettre le paludisme à toutes les saisons. Ces résultats sont conformes à ceux de nombreux auteurs qui ont montré la capacité de cette espèce à héberger et à transmettre le parasite. En effet, des sporozoïtes avaient été observés dans les glandes salivaires d’An.
hancocki et cela dès 1932 en Ouganda [21], puis au Nigéria [20].
Conclusion
L
es résultats de cette recherche sur l’écologie et l’im- plication de l’espèce An. hancocki dans la transmis- sion du paludisme sont d’une importance capitale pour la mise sur pied des futures stratégies de lutte antivec- torielle dans la région. Toutefois, des études complé- mentaires concernant la sensibilité de cette espèce aux insecticides devront être menées pour apporter les ren- seignements nécessaires à l’amélioration des méthodes de lutte antivectorielle.Remerciements
Les auteurs remercient les populations de Kobdombo pour leur collaboration.
Liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
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