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Éditorial

2 l’actualité chimique - septembre 2012 - n° 366

Les réalités de l’innovation en chimie

M

arc Ledoux a été responsable de la politique industrielle du CNRS de 2006 à 2010. Il fait donc partie des collègues convaincus qu’il est vain d’opposer une recherche fondamentale et une recherche appliquée, convaincus aussi du travail d’incitation que doit fournir l’organisme de recherche pour « faire sortir » l’innovation potentielle et lui donner sa nouvelle vie vers le monde écono- mique. Comme il a également dirigé le Département Chimie du CNRS pendant deux années, nul autre n’était mieux désigné pour illustrer cette démarche pour nos lecteurs par les sept exemples qui vous sont présentés dans ce numéro et qui appartiennent au domaine de la chimie (incidemment pas exclusi- vement au CNRS). On sera frappé de constater, dans tous les exemples, la culture de cette double compétence – la science, mais aussi l’analyse d’un besoin appliqué et de la façon d’y répondre. S’ils ne font pas forcément le grand écart entre ces deux compétences, tous les auteurs des études s’effor- cent de s’en approcher ; ce n’est pas facile et peut- être n’est-ce pas suffisamment reconnu par le sys- tème – laissé surtout aux vocations individuelles.

Pourtant, il traîne partout que sans innovation, point de salut –  pour l’industrie, pour l’économie tout entière. Le géant Procter & Gamble patine ? C’est que « nous n’innovons pas assez » avouent-ils [1]. La biopharmacie vit mal la crise ? C’est qu’elle ne pratique pas assez « l’innovation ouverte » [1-2]. Ces assertions sont au-dessus de toute discussion : un nouveau paradigme. Et tout le monde d’y aller de son mea-culpa : nous ne sommes pas assez bons, nous allons nous améliorer. Les chercheurs, cible toute particulière de tels discours, sur lesquels se construit de plus en plus l’organisation, voire la jus- tification sociale de la recherche scientifique, peu- vent se consoler de voir que d’autres qu’eux ne sont peut-être pas plus avancés dans la mutation de la société si vivement réclamée. Et la triste affaire du

« brevet européen » démontre que les politiques sont bien souvent là pour exhorter les autres sans être pour autant vertueux [1]. Après vingt années

d’un magma de négociations, ce brevet allait voir le jour : début juillet enfin, les gouvernements euro- péens se sont mis d’accord. Hélas, la semaine sui- vante, le Parlement rejette tout sine die –  guerre institutionnelle que certains qualifient de « bazar ».

L’enjeu est pourtant énorme : pas tellement par l’im- portante économie dont les dépôts de brevets devraient bénéficier, mais plus encore par la fuite des idées ou des réalisations dont souffre l’Europe – certains ont chiffré ces dommages en dizaines de milliers de pertes d’emplois. Cet échec n’est que le symbole d’un système européen déficient sur le plan de la valorisation. Ne voit-on pas tel de nos col- lègues, lauréat de la Médaille de l’innovation du CNRS, voir échouer tous ses efforts – de plusieurs années  – d’intéresser l’industrie française à son invention, conduit à se lier à un partenaire étran- ger ? On peut être « internationaliste » dans la recherche, des situations de ce genre ne font pas plaisir. Simplement, elles soulignent une fois de plus les incapacités de notre système, et en l’occurrence sa composante industrielle, et en aucune façon sa composante scientifique.

Les chercheurs sont de plus en plus ouverts à ces activités innovantes –  la culture de notre milieu change. L’Actualité Chimique est prête à refléter cette évolution d’une façon plus permanente que par la publication d’un numéro thématique : elle est ouverte à la publication de « courtes » nouvelles à insérer, de notes explicatives, ou encore d’articles plus soutenus. Les « novateurs » communiqueront ainsi par le biais de notre − de votre ! − revue avec leurs collègues chimistes sur ces tendances pro- fondes de la recherche d’aujourd’hui.

Paul Rigny Rédacteur en chef

[1]Les Échos, 4 juillet 2012.

[2] Poisson R., Comment développer la compétitivité de la R & D européenne. I. La réponse du monde industriel, L’Act. Chim.

2012, 360-361, p.  90 ; II. La réponse des politiques, L’Act.

Chim. 2012, 362, p. 40 ; III. La contribution du monde acadé- mique, L’Act. Chim. 2012, 363, p. 13.

CPE Lyon 2

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EDIF p. 17

EDP Sciences p. 56

EuCheMS encart

Faculté des Sciences d’Orsay p. 28

Fondation de la Maison de la Chimie 4

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ICSM p. 64, 3

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ICSN p. 41

Servier 2

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