IMPACTS DE LA RÉOUVERTURE DE LA CHASSE SUR LE TAUX DE SURVIE DES CERFS DANS LE BAS-SAINT-LAURENT
ENTRE 1996 et 1998
par Jean Lamoureux
Michel Crête Mathieu Bélanger
Société de la faune et des parcs du Québec Novembre 1999
taux de survie des cerfs dans le Bas-Saint-Laurent entre 1996 et 1998. Société de la faune et des parcs du Québec, Service de l’aménagement et de l’exploitation de la faune.
Rimouski. 16 p.
Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, 1999 ISBN : 2-550-35296-3
RÉSUMÉ
Entre 1996 et 1998, 59 cerfs de Virginie ont été munis de colliers émetteurs et suivis au moyen de la télémétrie dans deux des plus importantes aires de confinement de la région du Bas-Saint-Laurent : les ravages de Pohénégamook et de Témiscouata. Au cours de la période à l’étude, la chasse a constitué la principale cause de mortalité des cerfs adultes (39 % des décès constatés) alors que l’inanition a surtout affecté les jeunes de l’année (13 %). Contrairement aux résultats attendus, le taux de survie annuelle des biches (0,73) n’était pas statistiquement différent de celui des mâles adultes (0,66), malgré des modalités de chasse à l’arme à feu orientées seulement vers la récolte des mâles adultes. L’abattage des femelles, par erreur, durant la saison de chasse à l’arme à feu de même que le braconnage ont vraisemblablement diminué le taux de survie des biches et limité par le fait même la possibilité d’accroissement de cette population. Cette étude nous amène à conclure que le maintien de la population de cerfs dans le Bas-Saint-Laurent nécessite une gestion prudente de la chasse sportive, en plus de l’aménagement intensif des aires d’hivernage et des actions de soutien lors des hivers rigoureux.
TABLE DES MATIÈRES
ag
RÉSUMÉ... iii
TABLE DES MATIÈRES ... v
LISTE DES TABLEAUX ... vii
LISTE DES FIGURES ... vii
1. INTRODUCTION ... 1
2. SECTEUR D'ÉTUDE... 3
3. MÉTHODE ... 5
3.1 Analyse statistique ... 5
4. RÉSULTATS... 7
5. DISCUSSION ... 9
6. IMPLICATIONS POUR LA GESTION... 11
7. REMERCIEMENTS ... 12
LISTE DES RÉFÉRENCES ... 13
LISTE DES TABLEAUX
ag
Tableau 1. Probabilité que l'année, la saison, le sexe/âge et le ravage aient influencé le taux de survie des cerfs de Virginie suivis par télémétrie dans le Bas-Saint- Laurent entre 1996 et 1998. Les résultats proviennent d'un test log-rang pour l'analyse univariée et d'un test du rapport de vraisemblance pour l'analyse multivariée ...15 Tableau 2. Probabilité quotidienne de décès (PQD) et causes de mortalité des cerfs de
Virginie suivis par télémétrie dans le Bas-Saint-Laurent entre 1996 et 1998, selon le sexe et la saison ...16
LISTE DES FIGURES
Figure 1. Localisation des deux ravages à l’étude et des aires estivales utilisées par ces populations de cerfs dans le Bas-Saint-Laurent...17 Figure 2. Taux de survie annuelle des mâles adultes et des biches suivis par télémétrie
dans le Bas-Saint-Laurent...18 Figure 3. Taux de survie automnale des mâles adultes et des biches dans le Bas-Saint-
Laurent entre 1994 et 1998...19
1. INTRODUCTION
La sévérité des hivers est le principal facteur limitant les populations de cerf de Virginie à la limite nord de leur aire de distribution (Lamontagne et Potvin 1994, Dumont et a 2000). Potvin t a (1981) ont mesuré des taux de mortalité par inanition de l'ordre de 40 % dans le ravage de Pohénégamook au début des années 1970, lors d'hivers particulièrement rigoureux. À l'île d'Anticosti, la mortalité hivernale chez les biches a varié de 3 à 38 % selon le degré de portance de la neige durant l'hiver (Potvin et a 1997). De son côté, la chasse est devenue un facteur secondaire de mortalité depuis la mise en place de la Loi du mâle en 1974, car le taux de prélèvement des biches ne dépasse pas 5 à 10 %, ce qui permet aux populations de cerfs de s’accroître lorsque les conditions hivernales ne sont pas trop rigoureuses.
La population de cerf de Virginie du Bas-Saint-Laurent a connu un déclin majeur au début des années 1990 à la suite d'une série d'hivers rigoureux qui a amplifié l’impact de la prédation du coyote et de la dégradation du couvert forestier dans les ravages par la tordeuse des bourgeons de l'épinette. Cette situation avait amené le ministère de l'Environnement et de la Faune (MEF) à interdire la chasse à ce cervidé dans la zone 2 en 1993 et à mettre en place un plan de redressement (MLCP 1992) axé principalement sur le contrôle du coyote dans les ravages, l'aménagement de l'habitat hivernal et le nourrissage d'urgence lors des hivers difficiles. En parallèle, un programme de recherche a été initié en 1994 pour mieux comprendre la dynamique de cette population aux prises avec des conditions difficiles de survie. Dans le cadre de ce programme de recherche, des cerfs de Virginie ont été munis de colliers émetteurs et suivis par télémétrie à compter de l'hiver 1994 dans deux des plus importantes aires de confinement de la région, les ravages de Pohénégamook et de Témiscouata.
Le suivi effectué par Dumont et a (2000) entre 1994 à 1996 a révélé que l'inanition, la prédation par le coyote et les accidents routiers ont constitué les principales causes de mortalité des cerfs dans ces deux ravages alors que la chasse était interdite dans la zone 2. La compétition pour la nourriture est aussi apparue comme le principal facteur régularisant la population de cerfs dans le ravage de Pohénégamook.
La chasse au cerf fut à nouveau permise dans la zone 2 à l'automne 1996 à la suite du rétablissement significatif de cette population. Nous avons poursuivi le suivi télémétrique des individus marqués jusqu'à l'automne 1998, ce qui nous a permis de mesurer l'impact de la chasse sportive sur la survie des cerfs. Dans ce rapport, nous présentons les taux de survie observés au
cours des trois années suivant la reprise de la chasse, soit de 1996 à 1998, et nous discutons des implications de ces résultats pour la gestion du cerf de Virginie dans le Bas-Saint-Laurent.
2. SECTEUR D'ÉTUDE
Le projet s'est déroulé dans les ravages de Pohénégamook et de Témiscouata, localisés respectivement à environ 40 et 55 km au sud-est de Rivière-du-Loup (figure 1). Les deux ravages sont distants d'environ 40 km l'un de l'autre. Le ravage de Pohénégamook (long : 47°29'3", lat : 69°15'5") couvre une superficie de 25 km2. La population de ce ravage, estimée par un inventaire aérien selon la technique du double décompte (Potvin et a 1992), était de 520 ± 62 (α= 0,10) cerfs à l'hiver 1996, soit une densité de 20,7 ± 2,5 cerfs/km2. Le ravage de Témiscouata (long : 47°44'5", lat : 68°48'5") couvre une superficie de 221 km2 . La population y était estimée à 2166 ± 606 cerfs (α
= 0,10) à l'hiver 1997, soit une densité de 9,8 ± 2,7 cerfs/km2.
Les deux ravages sont situés dans le domaine de la sapinière à bouleau jaune. Les peuplements forestiers sont surtout de type mélangés. Les essences dominantes sont le sapin baumier ( s ba sa ea), l'épinette blanche ( cea g a ca), le thuya occidental (T ja occ de ta s), le peuplier faux-tremble ( opu us t e u o des) et le bouleau jaune ( et a a eg a e s s). Le couvert forestier de ces deux ravages a été fortement perturbé par la dernière épidémie de la tordeuse du bourgeon de l'épinette survenue à la fin des années 1970, ce qui a eu pour effet de réduire l'importance des résineux dans les peuplements forestiers. Les cerfs utilisent tous les types de peuplement au début de l'hiver mais se concentrent dans les peuplements mélangés à dominance résineuse possédant un degré de couverture en résineux compris entre 50 et 80 % lorsque l'enneigement devient plus important (Dumont et a 1998). Ces deux ravages font l'objet de plans d'aménagement forestier visant à optimiser la capacité de support de ces habitats pour le cerf, notamment au niveau de l'abri et de la nourriture (MEF et MRN 1994, 1995).
Les conditions d'enneigement et d'enfoncement dans le secteur d'étude sont parmi les plus difficiles de toute l’aire de répartition du cerf de Virginie au Québec. L'indice cumulatif de l'enfoncement des cerfs dans la neige, le NIVA (Potvin et Breton 1992), a varié significativement au cours de la période à l'étude dans les deux ravages. À Pohénégamook, les conditions hivernales se sont avérées très faciles en 1996 (2975 jours-cm d'enfoncement), difficiles en 1997 (6380 jours-cm) et près de la normale en 1998 (4443 jours-cm). Au Témiscouata, les conditions hivernales on été faciles pour les cerfs en 1996 (2242 jours-cm) et plus difficiles que la normale en 1997 (7291 jours-cm) et en 1998 (5257 jours-cm).
Le secteur d'étude fait partie de la zone de chasse 2. Les modalités de chasse au cerf sont relativement conservatrices. La chasse à l'arc s'étend sur 14 jours et la récolte des mâles, des
biches et des faons est permise. La récolte durant la chasse à l’arc fut de 287, 316 et 321 cerfs en 1996, 1997 et 1998, respectivement. Elle est composée à 20 % par les mâles adultes, à 42 % par les biches et à 38 % par les faons. La chasse à l'arme à feu s'étend sur 16 jours et seule la récolte des cerfs avec des bois longs de 7 cm et plus est autorisée. La récolte totale (incluant l’arc) fut de 1999, 1419 et 1354 cerfs en 1996, 1997 et 1998, respectivement. Aucune chasse n'était permise durant trois ans, soit de 1993 à 1995. La récolte observée lors de la dernière année avant le moratoire sur la chasse, soit à l'automne 1992, atteignait 352 cerfs au total.
3. MÉTHODE
Les cerfs de Virginie furent capturés au moyen de trappes Stephenson modifiées (Pichette et Samson 1975, Rongstab et McCabe 1984) en janvier, de 1994 à 1997. Les trappes étaient placées à proximité de sentiers de cerfs et appâtées avec des ramilles de thuya et de la moulée commerciale à bouvillon. Au total, 59 cerfs de Virginie dont 15 jeunes de l'année, 16 mâles adultes (> 1 an) et 28 femelles adultes (> 1 an), qui avaient été munis de colliers émetteurs de marque Holohil, ont fait l’objet de suivi télémétrique de 1996 à 1998 inclusivement. Sur l'ensemble des animaux marqués, 44 cerfs provenaient du ravage de Pohénégamook et 15 cerfs du ravage de Témiscouata. Les cerfs ont été repérés par voie aérienne une fois par semaine durant la période à l'étude sauf entre le 1er mai et le 1er octobre 1997 où la fréquence des repérages est passée à trois par semaine. L'appareil utilisé fut un Cessna 206, muni de deux antennes de type Yagi. Lorsqu'un collier émettait un signal d'immobilité, une recherche était entreprise au sol pour repérer l'animal et déterminer la cause de la mortalité s’il ne s’agissait pas d’une perte de collier. La cause de la mortalité était déterminée à partir des indices retrouvés sur le terrain (Dumont et a 2000). Lorsque cela était possible, le décès était attribué à l'une des classes suivantes : chasse, braconnage, inanition ou accidents routiers. On a attribué au braconnage les cerfs abattus par erreur durant la saison de chasse et ceux abattus illégalement en dehors de la saison. Les colliers provenant des cerfs abattus légalement à la chasse furent par ailleurs rapportés par les chasseurs aux postes d'enregistrement du gros gibier.
3.1 Analyse statistique
Nous avons calculé la probabilité quotidienne de décès (PQD) des cerfs de Virginie à l'aide de la procédure GENMOD de SAS (1988), en assumant un modèle exponentiel. Auparavant, nous avons vérifié si l'année, la saison, le sexe et l'âge ou le ravage influençaient le taux de survie des cerfs en effectuant deux analyses statistiques : un test univarié et un test multivarié. L'analyse univariée a été réalisée au moyen du test du log-rang (Procédure LIFETEST, SAS (1988)). Ce test non paramétrique a l'avantage d'être indépendant de la distribution, mais ne prend pas en compte les autres variables susceptibles d'affecter le taux de survie des cerfs. L'analyse multivariée a été conduite à l'aide du test du rapport de vraisemblance (Procédure GENMOD, SAS (1988)).
Contrairement au premier, ce test prend en compte l'influence des autres variables lors de l'analyse d'une variable spécifique.
Nous nous sommes assurés que le modèle exponentiel était acceptable en le comparant à celui de Weibull à l'aide d'un test de chi-carré du multiple de Lagrange (Procédure LIFEREG, SAS (1988)).
Le modèle exponentiel n'est pas influencé par l'histoire d'un sujet, de sorte qu'il assume que tous les animaux ayant survécu ont la même probabilité de décès au début de la période de calcul.
Aux fins de calculs, nous avons divisé l'année en quatre périodes : l'hiver (136 jours : 6 décembre au 20 avril), le printemps (10 jours : 21 au 30 avril), l'été (149 jours : 1er mai au début de la chasse à l'arc) et l'automne (début de la chasse à l'arc au 5 décembre). La saison de chasse à l'arc a débuté les 28, 27 et 26 septembre en 1996, 1997 et 1998, respectivement. Le taux annuel de survie (TAS) a été estimé en combinant les taux de survie des quatre saisons selon la formule suivante :
TAS = (1-PQDhi)136 •(1-PQDprin)10 • (1-PQDété)149 • (1-PQDaut)70
Le taux de mortalité par la chasse a été estimé en prenant le nombre de cas observés parmi les animaux marqués sur le nombre total de cerfs en vie durant l'automne. L'intervalle de confiance de cette estimation a été calculée en utilisant les approximations de la distribution binomiale, en appliquant la correction pour les petits échantillons (Dixon et Massey 1969). La comparaison des taux de survie entre les mâles et les femelles adultes avant et après la reprise de la chasse ainsi que des taux de survie entre les jeunes et les cerfs adultes à l’hiver a été faite avec un test de Z (Dixon et Massey 1969).
Le taux d'accroissement fini de la population de chacun des ravages (λ) a été calculé à partir du segment des biches en utilisant la formule suivante :
λ = λ1 + (λ12 + 4 λ0 f1)½ 2
où, λ1 est le taux de survie annuelle des biches, tel qu'estimé dans la présente étude. λ0 est le taux de survie annuelle des faons (Pohénégamook = 0,34; Témiscouata = 0,48 ; Dumont et a 2000) et f1, est le taux de fécondité pour les biches produites (0,79 faon par biche (> 1 an)).
4. RÉSULTATS
L'analyse univariée a révélé que l'année, la saison, le sexe et l'âge des animaux influençaient significativement la probabilité de décès (PQD) des cerfs munis de colliers émetteurs alors que le ravage ne s'avérait pas un facteur significatif (tableau 1). L'analyse multivariée a confirmé les mêmes tendances sauf pour les variations interannuelles (tableau 1) : clairement, la saison, le sexe/âge des cerfs ont influencé leur survie. Comme l'analyse univariée suggérait une variation annuelle de la survie des cerfs, nous avons examiné les données pour nous rendre compte que cette tendance était influencée surtout par la saison automnale, représentée par trois années pendant la période à l'étude contrairement par deux années pour les autres saisons. Nous estimons que cela a réduit la sensibilité de l'analyse multivariée. Nous avons choisi par conséquent de regrouper les années dans les calculs subséquents. Le modèle exponentiel s'est avéré acceptable ( χ2 de Lagrange = 0,098, P = 0,75) et celui-ci a été retenu pour le calcul des taux de mortalité quotidiens (PQD).
Entre 1996 et 1998, la probabilité quotidienne de décès des cerfs adultes munis de colliers émetteurs était de sept à neuf fois plus élevée au printemps et à l'automne qu'à l'hiver et à l'été (tableau 2). Le taux de mortalité quotidien ne différait pas entre les sexes pour chacune des saisons (Z bilatéral, P > 0,05), notamment à l'automne (Z = 0,54, P = 0,59) même si la pression de chasse durant cette période était surtout orientée vers les mâles adultes. Chez les jeunes de l'année, la mortalité était importante durant l'hiver bien qu'aucune donnée ne fut disponible pour les autres saisons. La probabilité quotidienne de décès des jeunes durant l'hiver était significativement plus élevée que celle des cerfs mâles adultes (Z = 1,70, P = 0,04, test unilatéral) et que celle des biches (Z = 1,79, P = 0,03, test unilatéral). Le taux de survie des jeunes était de 0,61 comparativement à 0,94 pour les mâles adultes et 0,95 pour les biches.
Durant la période à l'étude, la chasse à constitué la cause principale de mortalité des cerfs adultes avec 39 % (12/31) des cas de décès constatés (tableau 2). Le braconnage composait la deuxième cause de mortalité avec 16 % (5/31) des cas, 4 des 5 concernant des biches abattues par erreur durant la saison de chasse à l'arme à feu. La mortalité par inanition a affecté 13 % (4/31) des animaux suivis, principalement des jeunes de l'année. Les collisions avec les véhicules (6 %), la prédation (3 %) complétaient la liste des cas de mortalité identifiés entre 1996 et 1998 alors que 22 % des causes de mortalité demeurèrent indéterminées (tableau 2). Le taux de mortalité relié à la chasse, incluant les animaux blessés ou ceux abattus par erreur, fut de 0,17 (0,11 - 0,27, α = 0,05).
Le taux d'exploitation par la chasse des mâles adultes fut de 0,23 (0,1 - 0,42, α = 0,05) durant cette période.
Nous avons calculé le taux de survie annuelle des mâles et des biches en combinant le taux de survie calculé pour chacune des périodes de l'année. Comme l'analyse multivariée n'indiquait pas de différences entre les années et les ravages, nous avons jugé préférable de présenter une moyenne globale par sexe. Le taux de survie annuelle ainsi calculé fut de 0,66 pour les mâles adultes et de 0,73 pour les biches de 1996 à 1998. Ces taux sont inférieurs à ceux mesurés par Dumont et a (2000) entre 1994 et 1995, alors que la chasse était interdite dans la zone (figure 2).
Le taux de survie pour la période automnale a diminué chez les adultes des deux sexes, passant de 0,99 à 0,70 pour les mâles et de 0,99 à 0,76 pour les biches dès la première saison de chasse en 1996 (figure 3).
En se basant sur les taux de survie mesurés, nous estimons que le taux d'accroissement fini de la population de cerfs, entre 1996 et 1998, fut de 1,0 à Pohénégamook et de 1,08 au Témiscouata. Le taux mesuré à Pohénégamook se rapproche des valeurs rapportées par Dumont et a (2000) en 1994 (1,15) et en 1995 (0,87) alors que celui mesuré au Témiscouata est inférieur aux mêmes taux mesurés en 1994 (1,28) et en 1995 (1,23).
5. DISCUSSION
De 1996 à 1998, la chasse a constitué la principale cause de mortalité des cerfs adultes suivis par télémétrie dans le Bas-Saint-Laurent. Contrairement aux résultats attendus, la chasse et le braconnage ont réduit significativement le taux de survie annuelle des biches malgré des modalités de chasse à l'arme à feu orientées vers la récolte des mâles adultes seulement. Cela se reflète dans la probabilité quotidienne de décès de cerfs adultes qui ne différait pas statistiquement entre les sexes à l'automne au cours de la période à l'étude. Pour des modalités de chasse similaires, on a rapporté, au Nouveau-Brunswick et au Michigan, des taux de mortalité par la chasse et le braconnage variant de 1,6 à 4 % chez les biches alors que ce taux s'élève à 16 % dans le Bas- Saint-Laurent (Whitlaw et a . 1998, Van Deelen et a 1997). Cette mortalité additive a vraisemblablement réduit le taux de survie des biches si bien que le taux d'accroissement de la population s'en est trouvé affecté, ce dernier étant nul à Pohénégamook (λ = 1,0) et légèrement positif au Témiscouata (λ = 1,08) malgré des hivers relativement cléments. La récolte des cerfs mâles avec bois à l'arme à feu n'a pas varié significativement en 1997 (1102) et en 1998 (1032) dans la zone, ce qui corrobore ce résultat d’une population relativement stable.
Le taux de survie annuelle des mâles adultes est légèrement plus élevé que celui rapporté par Whitlaw et a (1998) dans le nord du Nouveau-Brunswick, qui était de 0,57 entre 1994 et 1997. Le taux de survie observé dans le Bas-Saint-Laurent est acceptable si l'on tient compte que, dans certaines juridictions fortement chassées, il peut être aussi peu élevé que 0,22 (Van Deelen t a 1997). Le taux de survie annuelle des biches (0,73) est cependant inférieur à ce qui a été trouvé ailleurs, notamment au Nouveau-Brunswick (0,85), ce qui s'explique par les erreurs d’identification durant la saison de chasse à l'arme à feu et le braconnage. Ces abattages d’animaux protégés ont représenté un facteur de mortalité aussi important que la chasse légale entre 1996 et 1998. Par ailleurs, on remarque que le taux de survie à l'automne a eu tendance à augmenter chez les adultes des deux sexes entre 1996 et 1998, mais de façon non significative (figure 3). Le phénomène peut s’expliquer par le fait que les animaux marqués au début de l'étude vieillissaient durant sa progression et que leur expérience amoindrissait le risque de se faire abattre à la chasse. De plus, il est possible que les cerfs aient modifié leur comportement pour devenir moins vulnérables à la chasse comme cela a déjà été remarqué ailleurs (Kilgo et a 1998).
La mortalité par inanition durant l'hiver a représenté la principale cause de mortalité chez les jeunes de l'année alors que les plus hauts taux de mortalité étaient observés au printemps et à l'automne chez les adultes. Pour ce dernier segment, mise à part la chasse, les cas de mortalité étaient surtout
attribuables aux collisions et à des causes indéterminées. Ces derniers survirent surtout durant la courte période de migration printanière des cerfs vers leurs aires estivales. Entre 1996 et 1998, la prédation fut une cause négligeable de mortalité des cerfs munis de colliers dans le Bas-Saint- Laurent. Toutefois, il faut noter que les densités de coyotes ont diminué dans la région comparativement à celles observées au début des années 1990, notamment à cause de la forte pression de piégeage. Selon Dumont et a (1995), le taux de mortalité par le piégeage des coyotes marqués dans la même région était de 38 % en 1994. Crête et Lemieux (1996) ont aussi noté des taux de mortalité annuelle de 50 % pour des coyotes de la Gaspésie, entre 1991 et 1993, suite à l'intensification du piégeage sur cette espèce. D'ailleurs, la récolte totale par le piégeage est passée de 845 coyotes en 1992 à 399 en 1998 dans le Bas-Saint-Laurent.
6. IMPLICATIONS POUR LA GESTION
La reprise de la chasse sportive dans la zone 2 a diminué la survie annuelle des biches et ce, même si seule la récolte des mâles avec bois était permise durant la saison de chasse à l'arme à feu.
L'abattage accidentel ou délibéré des biches s'est avéré suffisant pour limiter le taux d'accroissement de la population de cerfs de Virginie dans le Bas-Saint-Laurent entre 1996 et 1998.
Dans ce contexte, il importe donc de sensibiliser les chasseurs aux conséquences du non-respect de la réglementation. À plus long terme, on devra aussi examiner l’importance du prélèvement des biches durant la saison de chasse à l’arc, étant donné la popularité grandissante de cette activité dans le Bas-Saint-Laurent. Les cerfs abattus à l’arc représentaient 24 % de la récolte totale en 1998, comparativement à 8 % en 1990, alors que la récolte des archers est composée à 42 % de biches.
Ces résultats nous amènent à conclure que le maintien de la population de cerfs dans le Bas-Saint- Laurent nécessite une gestion prudente de la chasse sportive en plus d’actions de soutien lors des hivers rigoureux et de l’aménagement intensif de l’habitat dans les aires d’hivernage.
7. REMERCIEMENTS
Les auteurs tiennent à remercier toutes les personnes ayant participé de près ou de loin à la capture et au marquage des cerfs de Virginie, et plus particulièrement messieurs Claude Daigle et Rolland Lemieux. Nos remerciements s’adressent également à madame Francine Bélanger pour la dactylographie et la mise en page de ce document ainsi qu’à monsieur Gaétan Daigle du Service de consultation statistique de l’Université Laval pour l’exécution de l’analyse statistique.
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Tableau 1. Probabilité que l'année, la saison, le sexe/âge et le ravage aient influencé le taux de survie des cerfs de Virginie suivis par télémétrie dans le Bas-Saint-Laurent entre 1996 et 1998. Les résultats proviennent d'un test log-rang pour l'analyse univariée et d'un test du rapport de vraisemblance pour l'analyse multivariée.
Facteur Univariée a Multivariée b
Année 0,001 0,3001
Saison 0,0002 0,0016
Sexe/âge 0,047 0,0235
Ravage 0,6459 0,8188
a : Procédure LIFETEST de SAS
b : Procédure GENMOD de SAS
Classe d'âge/sexe Saison na PQD x10-3
Écart-typeb x10-3
Causes de mortalité
Prédation Chasse Braconnage Inanition Collision Autrese
Jeunes Hiver 9 3,58 1,79 3 1
Mâles adultes Hiver 14 0,45 0,30 1 1
Printemps 15 4,01 3,12
Été 15 0,59 0,35 1
Automne 19 3,31 1,23 7c 1
Femelles adultes Hiver 25 0,34 0,21 1
Printemps 26 3,06 2,28 1 1
Été 24 0,45 0,25 1 2
Automne 30 2,52 0,78 5d 4 1
a : nombre de cerfs marqués
b : écart-type de la moyenne
c : chasse à l'arme à feu
d : chasse à l'arc
e : causes indéterminées
Figure 2. Taux de survie annuelle des mâles adultes et des biches suivis par télémétrie dans le Bas-Saint-Laurent.
a : Dumont et a . (2000)
0,92a 0,89a
0,79a
0,74a 0,73
0,66
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Mâles adultes Biches
Taux de survie annuelle
1994 1995 1996-1998
Figure 3. Taux de survie automnale des mâles adultes et des biches dans le Bas-Saint-Laurent entre 1994 et 1998.
a : Dumont et a . (2000)
0,7
0,79 0,86 0,76 0,83 0,89
0,99a 0,99a 0,99a 0,99a
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1