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Nombres normaux

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Texte intégral

(1)

Nombres normaux

Arnaud Girand 19 juin 2012

Référence :

– [QZ07], p. 550–551

Soit x∈[0,1) et r ≥2 un entier. On sait qu’alors xadmet un unique développement propre en base r:

x=

X

n=1

εn(x)

rn , lesεn(x)∈ A:={0, . . . , r−1}

Soitk≥1 et soitb∈ Ak. Alors on pose :

Nx(b, n) := card({i∈[n−k+ 1]|εi(x) =b1, . . . , εi+k−1=bk})

Nx(b, n)correspond donc au nombre d’occurrences du motifb dans l’écriture dexen baser. On pose alors la définition suivante :

Définition 1 (Nombre normal) Soit x∈[0,1).

Alorsxest dit :

(i) r–normal, pourr≥2, si pour tout motb∈ Ak (oùA:={0, . . . , r−1}) on a : Nx(b, n)

n −−−−→

n→∞

1 rk (ii) normal si il estr–normal pour toutr≥2.

Un nombre normal est donc un nombre plein de bon sens, qui se comporte exactement comme on aimerait. Et il a raison. On se propose alors de démontrer le résultat suivant :

Proposition 1

Presque tout réel (au sens de Lebesgue) de [0,1) (muni de sa tribu borélienne) est normal.

Démonstration : Soit r ≥ 2 et posons1 A := {0, . . . , r−1}. Pour x ∈ [0,1), on note par2n(x))n le développement de x en base r. On remarque alors que ce procédé nous fournit une suite i.i.d de variables aléatoires : la suite(εn)n, avec :

∀b∈ A, P(ε1=b) =P b

r,b+ 1 r

= 1 r On définit également la variable aléatoireN(b, n) :x7→Nx(b, n).

Fixons à présent b∈ A et posons, pourj ∈N,Xj := 1εj=b. Alors les variables aléatoireXj

sont i.i.d de loi de Bernoulli de paramètreE(X1) =P(ε1=b) =1r. De fait, par loi forte des grands nombres on a :

N(b, n)

n = 1

n

n

X

j=1

Xj

−−−−→p.s n→∞

1 r Et donc le résultat est vrai pour bde longueur1.

Sib= (u, v)∈ A2, on modifie légèrement le procédé en posantYj := 1εj=u,varepsilonj+1=v. On a alors :

N(b, n)

n = 1

n

n−1

X

j=1

Yj

1. À nouveau . . . 2. Ô surprise !

1

(2)

Cependant, les v.a Yj, bien qu’étant identiquement distribuées de loiB 1,r12

, ne sont pas indé- pendantes. On contourne ce problème en remarquant que les suites (Y2n+1)n≥0 et (Y2n)n≥1 sont, elles, i.i.d. Une application double de la loi forte des grands nombres nous donne alors :

1 n

n

X

j=1

Y2j−1−−−−→p.s

n→∞

1

r2 et 1 n

n

X

j=1

Y2j−−−−→p.s

n→∞

1 r2 De fait :

1 2n

2n

X

j=1

Yj= 1 2

 1 n

n

X

j=1

Y2j−1

+1 2

 1 n

n

X

j=1

Y2j

−−−−→p.s n→∞

1

r2 (1)

Et :

1 2n−1

2n−1

X

j=1

Yj = n 2n−1

 1 n

n

X

j=1

Y2j−1

+ n 2n−1

 1 n

n−1

X

j=1

Y2j

−−−−→p.s n→∞

1

r2 (2)

En effet, le second membre converge comme on le souhaite car : 1

n

n−1

X

j=1

Y2j= n n−1

 1 n−1

n−1

X

j=1

Y2j

En combinant ( 1 ) et ( 2 ) on obtient que : 1 n

n

X

j=1

Yj

−−−−→p.s n→∞

1 r2 In fine :

N(b, n)

n = 1

n

n−1

X

j=1

Yj= n−1 n

 1 n−1

n−1

X

j=1

Yj

−−−−→p.s n→∞

1 r2

En itérant ce procédé, on obtient le résultat suivant : pour tout b mot de longueur k sur A,

N(b,n) n

−−−−→p.s n→∞

1

rk. Presque tout réel de[0,1) est doncr–normal.

Or si on noteE(resp.Er pourr≥2) l’ensemble des réels de[0,1)normaux (resp.r–normaux) on a :

E= \

r≥2

Er

Cette intersection étant dénombrable on a, comme les P(Er) sont égaux à 1, queP(E) = 1. En effet,

P([0,1)\E) =P

[0,1)\ \

r≥2

Er

=P

 [

r≥2

[0,1)\Er

X

r=2

P([0,1)\Er)

= 0 D’où le résultat.

Références

[QZ07] Hervé Queffélec and Claude Zuily. Éléments d’analyse pour l’agrégation (3e édition). Du- nod, 2007.

2

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